Skip to main content

Full text of "Chronique scandaleuse, ou histoire des estranges faicts arrivez soubs le regne de Louys XI. roy de France. Depuis l'an 1460 jusques à 1483. Escrite par un greffier de l'hostel de ville de Paris."

See other formats


This is a reproduction of a library book that was digitized 
by Google as part of an ongoing effort to preserve the 
information in books and make it universally accessible. 

Google™ books 

https://books.google.com 





Google 


A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression 
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 


Consignes d’utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer Vattribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère. 


À propos du service Google Recherche de Livres 


En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en a idant les auteurs et les éditeurs à éla rgir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http : //books . qooqle . com| 





























^CuUsA— JJ Ü J j 


-b‘. W 'S A ^'° 







314227 


CHRONIQVE 

SCANDALEVSB 

OV HISTOIRE 

DES ESTRANGE FAICTS 
m arriuez foubs le Régné de 

ɧM)l o v y s x i. . 

ROY DE FRANCE. 


Depuis Fan 14.60 iufques à 14-&3. 
Efcrite par vn Greffier de l’Hoftel de ville 



IMPRIMEE 


Sur le vray Original, M. DÇ. XX, 


Digitized by ^.ooQle 






Y / 




Digitized by LaOOQLe 





AV LECTEYR. 



My Lectevr, Ietedonnecc- 
ftc Chronicquc en (à pureté, tant 
pour le langage que pour l’Hiftoi- 
re: le lay Conféré fur diuers Ma- 
nufcrits dignes de foyjceque tu recognoiftras 
aifement par la leéture d’icelle. Hllena bc- 
foin de recommandation, les faiéts qu elle trai¬ 
te luy donnent fon paflfeport,tu y trouueras 
aflez dequoy contenter ton cfprit, & remer¬ 
cier celuy qui a mis la peine de te la donner, 
non à moitié comme duHaillan, & quelques 
autres ont fai (St, mais enticre & fans alteration; 
Portant fur le front la vérité. A Dieu. 


Digitized by LaOOQle 


Digitized by 


Googl 






TABLE DES MATIERES 


CONTENVES EN CETTE 
Chronique. 



Bas merueil 
leux d'vne 
ieune fille de 
i8. ans en la 


*ville du Mans , foy difan t 
eflre pojfedee du malin ef- 
prit. 9. fa tromperie defcoit- 
uerte. ibid. 


Bourbonnais. 16+ 

^Alliance du Roy auec 
le Roy dzAngle terre. 160 
Alliance iuree entre le 
Roy le Roy de Qijhlle. 
z 98'. lit ioye qui en fut 

faite. ibid. 

cAdiancede l'Empereur 


, cAccord de. Charlesftere et* du Roy. - 2.18 

du Roy auec le Duc de Bre- Alliance du Roy auec le 

tagne . 13$ Roy d'Efpàgne. /y» 

Accouchement de la Roy - cAmbaffadeurs êt> Egti- 
ne, d’vn beau fils nommé fesauoient tous les prefens 
Charles acAmboife. 157 du Roy, 538 

cAduertijfement au Roy cA miensréduit a ï obeif 

très-important y dene cou- fancedu Roy. 16$ 

cherau bois de Uinciennes: Amitiégrade du R o'ten- 

iltaccorde. . 84. uersfes gens de guerre. 207 


Agnex. de Bourgongn ? ^Angers fjy autres ter- 

Duçheffe de Bourbonnois res appartenant au Roy de 
et» Auuergne y meurt au (ecille y mifes fous la main 
chafieau de Moulins en du Roy. 109 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 


Anthoine bafiard de 
Bourgongne vient à Paris 
en habit mefeonu , les 
fondons quilylaijfa par 
vne telle arrivée. 7 

e Anthoine de (habânes 
Çompte de Dampmartin, 
prijonnier en la Bafiille, ef- 
ehapé. zz 

Anthoine Fradin Q>rdé¬ 
lier, efi bannya perpétuité 
de France. 295 

c Anthoine de fhafleau- 


en armes deuant la maifon 
de ville. . yj 

Arriuee du Roy aeAn-* 
gers (y pont de See , 
pourquoy. 23 

Arriuee de Damoifelle 
%Aiarguerite d'cAutriche à 
Taris,&fon honorable ré¬ 
ception. 3^9-3 3° 

c Armee redoutable du 
Roy contre les Bourgui¬ 
gnons. z il 

Armee duDuc deBourgo - 


neuf. Seigneur de Latigfad gne desfaite par les Suijfes. 
mignon du Roy Louy s XI. zyo. zyi 
ni. 4 receu dudit Roy en oArmee la plus belle qui 

dons plus de quatre ces mil- futoncqueshjeüe. 29 

le e feus d'or. ibid. cArmignat mis entre les 

cAnthoine Seigneur du mains du Roy fans ejfufion 
Lauefchappedesprifonsde defang. lyi 

Lujfon en Auuergne. 133. cArfon, lieu de retraite 

celuy qui legardoit,decapi- près de Roye, d'vn grand 
té. ibid. nombre de voleurs Bour- 


Appanage de Charles, guignons. 113 

frere du Roy. 128 Arras refufe de fe ren- 

Appointemens fait entre dre au Roy. 27a. eft 
les gens delà chambre des finalement pris. 27/ 
cAydes, & t'Untuerfité de eArragon cemetiere des- 

Parts. 6 François. 208 

cArchers et» Arb ale fier s ^Article d'importance 


Digitized by LaOOQle 


é y T a ble des Matières 

freJenteaCihirles. yi mémorable faite par les 
Artillerieportant boulet Suffis deuant Moratjur 
de 5 ùo. liures pefiant. 300.. le Duc de Bourrante fan 
maux quelle fit. ibid. *16.276.2:7 
Artillerie de Tours tou- Beaujeufrere duDuc de 

te yfutamenee au cbafteau Bourbon eft mu par trahi . 
du Louure a Taris. 161 fin es mains du Comte 

Afre enuoyé en prefent d’Armignac. j$ 9 

parteRoyauRoyd’cAn- Beaulieu pris par les 


gle terre. llt 

ôAJfemblee des ' trois 
Bfiats en la'ville de Tours. 


B 


Bourguignons y fur le Roy. 

28 

Beaulne rendu au Roy 
par compofttion. zy 9 

Bellefifj très honora¬ 
ble réception de la Roy ne 
au terrain de Paris. 112. 

B Aron en Angleterre Belles ordonnances fai- 

eut la tefie trenchee tes par le Roy le lendemain 
parle (omte deZ/uaruuich. de fin fiacre. j§ 

*39 Biens du Comte d’Sn 

Barons, Çheualiers fiEfi- donner au (onefiabfe , g/ 
cuyers gens de guerre, non à fin fier e le Comte de 

d enuiron neuf à dix mille Neuers. 170* 

tombât ans morts en la def- Biens de T terre Morin 
faille du Duc d Y~orth. Threfirier du Ducde Ber- 
10 ^ ty, pris par inuentaire, 

Barons efiarteleXfi Lon - mis en la main du Roy . 
dres, contrelafoypromife. 22 

* Biens du Duc de Bour - 

Bataille & desconfiture gongnemis (y arrefieTy f 


Digitized by 


Google 



Table des Matières, 


mains du (omte de ‘Uuar- Bourguignons entrent 
uuich, 161 partrakifonaupaysdeNi - 

Bled fort cher vniuerfel- uernois , 198 

lement par la France. 319 Bourguignons défaits 
Bleds , 'vins y et toutes par le 'Roy dansTronquoy. 
fortes de biens , fansfortir 210. le lieu abbatu. 
croifent en abondance au ibid. 

Royaume de France. 2 Bourguignons défaits 

Bled vendu à Paris. & tu e Z deuant Beauuau. 
1460. lefeptier vingtqua- J/S 
trefols Tarifs. 3 Bourguignons quittant 

Bourgeois de Taris Je de- honteufement le fiege de 
fendent vaillamment con- Beauuais y mettent lefeupar 
tre les rufef afauts des tous les bleds etc» villages. 
Bourguignons. 33 184. 

Bourguignons font mon- Bourguignons chafe% 

tre entre Charenton gy d Eu , fortent vn bajlon a 
Paris. Le Roy auec trois la main , payent dix mille 
Seigneurs y fans efre co - efcus,etc. 187 

gneu les void. 81 Bonne et, agréable ref 

Bourguignons mettent & ponce donnée par Ànthoi- 
afeent vnpont pourpafer ne Baflard de Bourgongne 
au port aï Anglais,. s 9 auxcsfmbajjadeurs. 7 

Bourguignons reuien - Bon defir et* intention, 
nent brauer deuant Taris, de l os4utheur duprefènt li- 
Bourguignons logéfa ure en la recerche des fin- 
ishfonlebery auec leur ar- gularttefdes vies desRgys 
tillerie, font défaits par le deFrance. . 

J{oy , ayant fort peu de Bretons etBourguign'os 

gens. 56 eftasfort niiferabUsetaf- 

famez 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 

famefyfont benignemët Je- à l'Efiore pour trahifon , 
courus deviurespar les ha- enterré auec beau Jeruice. 
hit an s de Taris au comma- 

dementduKoi. 7 6 Calahriens & Bourgui- 

Bretons & Bourgui- gnons tous nuds ennomhre 
gnons efcarmouchent Pa- de z+. 'Vendus au butin , 
ris. J 2. quatre pour vn efeu. 6 6.qui 

Bretons en grand nom- reuient kfix deniers Pari - 
bre prennent les villes de fis par homme. 66 

Caen de Boy eux contre Capdet Remonnet Capi - 

le Roj. 11 p taineGafcon pendu çontre 

Bretons chajJeTjie Ba- la foj promife et» ven¬ 
jeux. 134 geancefaite de fa mort par 

But in fort grandgaigné le Roy. 50y 

fur les Bourguignons. 37. Canons & grandquan- 

de plus de deux cens mille tité depouldresfaites kPa- 
ejeusd'or. ibid. ris. 164. 

Butins trefgrands O* (ardinal dangers pris 
riches conquis par les gens & mené prifonnier a 
du Roj en la Duché de tALonbafon, fes biensfai- 
Bourgongne , Conte f de fis en la main du Roj t 
(haroloiSy eù> Adafonois. dijlribuc% a fon plaifir. 
166 1 4.8.0^14.9 

C Cardinal d'Yorth ac¬ 

compagnant le Légat de 

C ^Aen (y* autres villes Rome contre Henrj de 
-J deNormandie redui - Lancajlre Roj d'Angle - 
tes en ïobejjjance dts Duc terre. / 

deBerrj. 82. Capn Cholet ftrgent, 

Qtdet ctAlbret décapité traiélé comme il meritoit 

» 

e 




Digitized by 



Table des Matières. 


dans vn or tombereau,par 
le bourreau de Paru. 49 
Cent mille hommes de 
cheual & leurs cheuaMx 
deuant Paris, fournis et* 
nourris de biens longtemps 
par ceux de Paris mefme. 
77.fans rien enchérir Jbid. 

Cerfs, biches cé» grues, 
tant qu'on en peut trouuer 
dam î^aris ,pris eù» portes .£ 
àAmboife. 14Z 

Chandelles ardentes aux 
fenefires, chiens en-, 
fermes^ denuiéi fur peine 
delahart. 31 

Chaleurs excejjiues, non 
veües telles de vie d'hom¬ 
me. 197 

Chancelier, Admirai, 
Aiarefchal,premier P ren¬ 
dent, Preuoft de Paris, çÿ* 
autres defapointez par le 
Roy a fa venue à la Cou¬ 
ronne. 16 


Changement dt offices 
efiablispar leRoj efiantx 
Orléans. 89. 

Chofes remarquables 
fur la porte fainfl Denis à 
l’entree du Roy. ij. 16.& 
par la vil le. ibid. et* 17 
Charles 7. mourut au 
Chafieau de Meun fus 
Yeure de maladie incura¬ 
ble le zz. Juillet 1461. 70 
Charles dciskteleun efi 
décapité au chafieau de Lo¬ 
ches. 133 

Charles efrefioufi pour 
Duc par ceux de Rouen, 
e£> luy donnent Panneau. 

91 

Charles 7. amené mort 
en t Sglifenoflre Dame des 
Champs, fa pompe funè¬ 
bre , accopagnee de grands 
dueils e£jplufieurs. iz.13 * 
14 

Charles de tJMeleun, 


Chancelier de France, faitgrandAdaifircAhoflel 
<27* le general des finances du Roy ,attparauattt,e£ioit 
détenus en arrefi d Malins fin Lieutenant. 49. 

par le Duc de Bourbon. Charlet le Tonnelier, 
ai criminel]} coupe la tangue 


Digiti ^ )y 


Google 




Table des 
pour ne rien confeffer. i+f 
Charlotte fille naturel¬ 
le de Charles 7. femme du 
Senefchal de Normandie 
furprife en adultéré eél tuee 
par fin mary,auecfin pail- 
lard. zjs 

Chartreux mis hors de 
leurs cellules et» oratoires 
par les gens de guerre. 6j 
Chaumont fur Loyre 
misàfeu&rafi. pf 
Cinq dames prefentees 
au Roy fous beau myflere 
près l 'Eglife fainél Ladre. 
*5 

Cinq cens Bourguignons 
a Cjranjfon pendus en la 
place de cinq cens alle¬ 
mands qui en furent ofte%. 
zji 

Clocher de fainéle Ge- 
neuiefue à Varis brufié de 
fouldre qui auoit duréneuf 
cents ans. 33/ 

Comte de Sommerfit 
Anglais y vient parler au 
Rey en laBafiille , le Roy 
le fait boire et» luy donne 
fa cape de velours noir. 


Matières. 

parce quilpleuuoit. 6 0 

Çomte dSureceu Lieute¬ 
nant deRoya Varis. 

Comte de ZJuaruuich 
Capitaine de Calais, fai¬ 
sant pour Richard Duc 
d Yorth contre le R oyfon 
maigre. / 

Çomté de JM ont fort re- 
baillee auDuc deBretagne. 
81 

Comté de D unois bien 
guerdonné duRoy. 7/ 
Çomté de Dampmartin 
reçoit de grands dons du 
Roy. 7/ 

Çomté defainél Vol créé 
Çonefiable de France:fait 
le ferment fur la table de 
marbre. 76 

Çomte de 'Uaudemont 
prijonnier. ipf 

Çomte de Vuaruuich 
tué en la bataille contre 
Edouart. 16g 

Comte de Vuaruuich 
pour fuit auec greffe armée 
le Roy Sdouart,dans Î^An- 
gleterre. ijp 

Comte deRouJfi (yfin 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 

armee fe campe fans ref - nobles de s'armer pour em- 
Henceen la Comté deTon- pefcher l'entree aux zAn- 
nerre y gatte & deftruiél glois. 99 

tout iufqua Joigny e£> Commandement du Roy 
Troyes. *88 d'abbatre le pont fainéle 

ComteDaulphind Au- Maixance . 45 

uergne } fait des dommages Commandement de te - 
irréparables en Bourgon- nir r vn feau d eau deuant 
grte. *88 chafque porte de maifon. 

Comte d'Armignac tué 
enl’ajfault de Leftore par 
les gens du Rojy. * 9* 

Comté de Koujfllon de¬ 
rechef mife és mains du 
Ro-y. 212 

Cornette apparue à Ta¬ 
ris. é8 


17 

C onde mis en la main du 
Roy. 28p 

Conduite et> prudence 
d’cAnthoine de Chabanes 
Comte de Dampmartin. 

9 S 

Confrmationfaiéle par 


Cornette chet fur Taris le R oy despriuileges a eux 
le 18. Nouembre. 14 6 /.çÿ* donner durant la guerre ► 
faifoit fembler toute la vil- 8f 
le enfeu, ibid. vn homme Confpiration de Guil - 
voyant cette Cornette en laume de la Jtdarche y dit le 
dèuint fol de frayeur. Sanglier d'Ardaine contre 
fiid. Louys de Bourbon Eue f 

Cornette très - longue que de Liege. 5 24. fa gran- 
courant merueilleufement de cruauté. ibid. 

v eue au Ciel le 29. luillet Communication faite de 

14.61., dont Tarisfembloit ' zi.perfonnagespout refor- 
tout enfeu. 12 mer la iuftice. zoo 

Commandement aux Couronne ne peut efre- 


Digitized by CjOOQle 





Table dc&M&tteces^ 

baiüee ny âefmembree par deBçauicuA , i$z 
le Rojy. 6f Defencefort ancienne de 

Courjïer leplus beau de faire aucune afjemblee dans 
lefcurie du Roy enuoyécn' Taris fans la licence du 
prefent a ëdoüart Roy Roy. 
d(Angleterre. zri Dejfcnce a tous mar- 

Cruautédes Bretons et» chands de vendre aucuns 
Bourguignons en Nor- draps de foye aux gens de 
mandie. 15+ guerre t ny camelots, zoi 

ffuauté inhumaine des Defenfe de fe baigner en 


Bourguignons contre ceux 
de la ville de Ne/le. 17 6 

D 


la riuiere de Seine. 17 
Deux grandes clartef^ 
efpouuent allés défendent 
du Ciel. îyo 

- Draps de laine taxeüfd 

D Ebat fort grand ar > trente deux folsparifis lau- 
riu'e d T arts y entre les ne aux gens de guerre feule - 
gens^J Officiers du Roy ment. • zjz 

en fa chambre des Ay de sa Dejloyautê du (onefia- 

TariSyôtiVn desBedeaux ble. 131 

delVmuerfité. 6 Dejfein du Koy fur la 

Deliberation du Roy Comté d'Armignac. ijo 
pour faire la guerre au Duc Dinan ville de Lïcgcpri- 

deBourgongnaeùjfon fils fè par trahifon y pillee& 
le Comte de (harolois. 104 Jàecageù y , y *, v 103 
Deliurance de tous les Dix mille efeus donner 
prifonnïers de Taris y par le auSeigncur qmpshprifon- 
Roy y le tour famSIDenk, -nky le Teinte dÔrenge, 

Z84. . . . ;.)' îZZf 

Deliurattcê de monfieur ». DolefiduùëA artillerie 

iij m 


€ 


Digitized by 


Googl 



T^tê 

& prtfe / affaut , < • »• ,;f<t 4' - depefle 0 Nancy en Lot - 
Domaine du Roy pour U raine. ip / 

plufpart aliéné a fon trejpas D ucdAlençonprtspri* 

338 . . . fonnierpar Triftan l'Ermi- 

Dons du Roy a iSglife te Preuofi desÀiarefchaux 
de la vifloire près Scnlis. ipi 
2pf Duc de (alabre hienre- 

Dou^egreffes bombar • compenfé du Roy. 7$ 

des faites à Taris , Orléans, Duc de Bourbonpeu re- 


Tours , & Amiens. x8j 
Duché de Normandie 
donné par le Roy àfonfre- 
reCharles au lieu dcBery. 

7 * -V., 

Duc dYorth vient af- 
faillir le Roy Henry de 
Lancaftre enfonparc - en 
main armee & le prend 
prifonnier. / 

DucdeBourgongnenen 
pouuantpîus ,pratjqueJjo- 
mes pour empotfonner k 
Roy. jp8 

Duc deBourgongnefaù- 
Je ordinairement fa fqy du¬ 
rant les troues. 208 

Duc deBourgongne ms 
a fa croix deparDieupar 
P Empereur:. 22+ 

D uede Calabre meurt 


compenfé. 7S 

Duc de Bretaigne à fon 
appointement auec le Roy. 
81 

Duc de Berry fait borna¬ 
ge au Roy de la Duché de 
Normandie , au bois de 
• Vinciennes. 84. 

\ Duc de Guknne &le 
Roy fonfrere mken bonne 
paix et> amitié, 14p. la 
ioye qui en fut faite, ibid • 
Duc de Clairance frere 
dEdouart Roy d'Angle¬ 
terre exécuté d'vn mer¬ 
veilleux &imfitéfuppUc'e. 
28 j. 28 £ 

Duc d'Albanie frété du 
.iR<y dEçoffevsént\à refu¬ 
ge au Roy. 306 

IDuc de Bmrgmgne 


Digitized by 


Google 





Table des Matières. 


meurt dBmges : gpinhu* 
me aux chartreux dcDijon 
jo8 , 

D uc fi Alençon crimi¬ 
nel de leTJ zJJfdieflé con¬ 
damné4 Mort en la ‘ville de 
Vendofme. izo. fauf Je 
flaifîr dv Roy ; il efi pri- 
fonnier à Loches , deliuré 
pardonné. . Jbjfi. 
Duc fi A[lençonfaulfiJâ 
foyauRoy. . no 

Duc d'Y'pryb pay e fa 
trahifon, efi t u é efi» fis 
gens par le Duc de Som¬ 
mer Jet f cou fin du Roy 
d'Angleterre, y .fa . te fié 
mife au bout fi^ne lance, 
ftfi autour d'icelle vne 
couronne de feurre par 
mocquérie, 10 

Duc de Berry frere dit 
Roy mené fecrettement cil 
Br et aigneparles AmbaJJa- 
deiirs. -, 2 r 

Due fie .Bourbon fait 
guerre au Roy , prend toti¬ 
tesfisfinances , fût pendre 
le Seigneur de Çrufjel , mi¬ 
gnon dnRoy. 


Duc de Bretagne renon¬ 
ce d toutes aüiances % et»fie* 

/'T- r Z 3 X 

Due de Nemours mené 

prifonnrer a Vienne en 
Daulphiné. ijzJSufemme 
accouche fienfat & meurt* 
ibid- mené de Vienne a 
Tierre afiifi à Ly on, ibid . 

Duc de Milan tué par 
V# gentilhomme dans ta 
grande Eglife de Mi¬ 
lan : 'uengence incroya¬ 
ble fur le meurtrier. 26$. 
264. 

Duc de Bourgongne 
trouué mort tout nud apres 
la bataille perdue deuanr 
Nancy. 269.17 or 

■ Quc.de Bourgongnepor- 
lejajprtiete & croix rou¬ 
ge d Angleterre. if3. fi 
déclaré ennemy capital du 
.Roy.de France* . ibid. 

,, Que de Bourgongne afi 
fiegéenfion parc par les 
gens du Roy. 16 6. efi ré¬ 
duit en extrefme mifire, 
fanslatreue. ibid* 

Duc de (alabre quitte 


Digitized by LaOOQle 



Table desMatieresJ 

fa femme fille du Roypbur Xie:3$j> 'autres^ dé trop 
efpoufer U fille du Duc dè boire. ibid. 

Bourgongne , & tref-in- Edoüart Roi d'angle* 
grat fe rendenrkÀyduKoy. terre femme le Roi de lui 
ï73 rendre les Ducbe% de 

Duc de B ourgongne Guienne & de Norman* 
rompt latreue entre luy & die. ait 

le Roy. 174- • Edoüart rentré en An* 

Duc deB ourgongne en* gleterre aidé du Duc de 


ire a ch eu al en iEglifi de Bourgongne auecpuijfante 
Nesle dans le fiang dès armee, occupe la couronne 
meurtris , e yfaboufonne- partrahifen, 16S 

Yie, 176 Edoüart Roi d‘'Angle- 

Duc de Bretagne plus terre's enfuit vers le Duc 
craint par le Roy pour fis de Bourgongne fin beau* 
rufisque le Duc de Bour- frere. 161 

(rongne parfit cruauté, Eglifi nofire Dame de 

' Qèriprès Orléansprefques 

Duché de Bourgongne toute bruslee par mefgarde. 
efi mis en la main du Roi 174 
apres la mort du Duc de- Sglifes gymaifens brufi 
uant Nanci. ali lees en la ville deD inan par 

Duché de Çuerles ajfic- les Bourguignons. ^ 103 

gépar le Duc de Bourgon- Empereur vient a Mets 

-ip 6 pourpenfer mettre le Duc 
de Bourgongne t mais en 
E vain. *97 

Emprunts 'très-grands 

E Douar d R ofid’Jngle* faits fur Taris\ pour le re¬ 
terre meurt d’Jpople- couurement d'Jrras çfiJ 

autres 


Digitized by ^.ooQle 



Table des Matières. 
272 on^ains 


Autres* 

ëntreprife faite fur la 
perfonneduRoi. gz 
ëudemcntieres ville 
£ Alençon mife es mains 
du Roi. 

Enuoy des quatre ordres 


24.6 

ëfeus ayansvn croijfant 
au lieu de la couronne, 

cLjC. 2-4-7 

ëfioille accompagnant le 
Roy. u) 

Eftabliffement delà fe - 


_ •» a J J 

de Paris au Duc de Berry t fie , touchant lordre du 
S3 Roy nouueÜement infiitué. 

ëpitaphe honteux ap- 1S3 
pofe par eferit fur le corps EfiienneCheualie^Thre- 

mort de ÏSuefque de Paris, forier des finances du Roi 
pourquoy 172. Charles 7. vn des execu- 
*73 teurs du tefiament dudit 

Epitaphes & eferits dif- Roi. 11 

famatoires contre le Roi Eu rendu aux Bourgui- 
appofeXjt fainél Innocent^ gnons. 18f 

(S7 hoflel de ville. 167 Eue/que de (onfiances 
ëfehange du (hafiel de fait prifonnier en la Con. 
Blancajfort en Gafcongne ciergerie de Paris: tousfes 
faitparleRoy. yf biens temporels mis en la 

Efclair merueilleux main du Roi. 311 

tonnerre effroyable, ny Sur eux baillé & hure 

Efcus mis à trente fols, aux Bretons* 82 

trois deniers tournois. 


202 F 

Sfcus (Cor du Roi va- 

lants vingt s et» quatre I ^ Amine extrejme dans 
fols parifis , trou tournois x Nancy pour le fiege. 
mis au prix de trente cinq 2 6$ 

t 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 


Faulfe accufation fume, 
226,2.87 

Femmes et* filles de Di- 
nan contraintes apres lefac. 
de leur ville de s'abandoner 
pour gaigner leur vie. loy. 

Fertilit é très-gran¬ 
de abondance du Royaume* 
de France. 2 . 

Feu mis far cas de for¬ 
tune aux foudres à canon 
fur la forte du Temple. 6o\ 

Fille aifnce du Roy ma¬ 
riée au Seigneur de Beau* 
jeu. 

Fille naturelle du Roy 
fianceeau bafiard de Bour¬ 
bon. 86 

Fouldre terrible en l’E- 
glife de Fefcamp en Nor¬ 
mandie ou les cloches fu¬ 
rent toutes fendues (ymi- 


Fraçois de FracefiDuc de 
Berry fils du Roi meurt au 
cbafteau d'zAmboife. ipj 

q 

O Auuain Mamieldé¬ 
capitéau pot de l Arr- 
che : fatefie au boutd'vne 
lance :Jon corps jetté en la 
riuiere. $6 

Gens de guerre du Duc 
deBourgongnefomment les 
Trelats (y populaire- de 
Beauvais a fe rendre, jo 

Gens du Roy enlèvent 
tout le bled de Fourgon -, 
gne eL> Ticardie , befiail, 
prifonniers gyc. (y lé tout, 
amené à zA miens & Beau¬ 
vais. 216 

Gefors demande fecours 


fsenmajfe. 7 au Roy. 4 72 

Francs zArcher S tous (jomememet deCham- 

caffeX^en France, {y les pagne donné àmonfieur de 
Suijfesmis en leur lieu. 313 (haflillon. 10$ 

François prifonniers en -, Gouvernement deNor- 
Angleterre tous delivre^ mandie donné. auComte.de 
renvoyez libres en faineïToi Ÿ avparauanten- 
France. 161 mmy du Roy. iqj 


Digitized by LaOOQle 




Table des’ Matières. 


(grandes defeonfitures 
'faites fur lesFlamans $/ 
Picard s par les gens du Roi. 
1.6 6 

Cf ronds blancs mis à 
on%e deniers tournois, zoz 
Grand Çonjetl tenu,en 
Fhofel de‘ville a Paris , 
pour fe refoudre des An* 
glois. y 

(fronde iuflice faite l'an 
14.6o.a Taris y fur plufîeurs 
larron s , facrihges , pipeurs 
& crocheteurs. ' 5 

Grands Princes (y Sei¬ 
gneurs tue% en la proditoi-, 
reprifede Henry de Lan- 
clafreRoy d'cAngleterre. 
S 

Guerre tres-grande en¬ 
tre les Liégeois & le Duc 
de Bourgongne. ioz 
Guillaume deCorbiefait 
premier Prefident deDau-t 
p biné par le Roi. 18 


H Abitans eFcAuxerre 
penfans picorer les 


pais du Roi, font attrape 1 ^ 
& chaftieX^ 178 

Habitons deftinÛ Qoud 
rendent le pont aux Bour¬ 
guignons par compoftion. 
34 

Henri de Lancaftrefait 
prifonnier par le (omte 
‘Uuaruuich. / 

Henri de Liuresprefente 
les clefs de la porte fainél 
Denis au Roy. // 

Henri Cou fin exécuteur 
de la haute lujïice a Paris 
Fan 14.60, en la nouuelle 
execution de fupplice nou- 
ueau de Perette Mauger. 

4 ' ■ ; r 

Heraux enuoie^d Paris 
par le Duc de Berriaux ha¬ 
bitons ,4 /’ Vniuerfité^ a l'E- 
ghfe, (y d iAîeffîeurs de la 
Cour. Si 

Htfloire merueilleufe 
cFvnfranc archer de Adeu- 
don. . Z14. 

Montage de là princi¬ 
pauté d’Qrknge au Roi . 

ZZf- 

Honteufe fuite du Duc 

ï ij 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières^ 


de Bourgongne devant 

NuX, . 227 

Hontettfe fuite experte 
du Duc de Bourgongne de¬ 
vant Beauuais. 184 
Hollande & Zélande 
prefques notez. 14 / 
Hui fl entrées de parc 0# 
Henri de Lancafire Roi 
à'Angleterre fut trahi par 
hui fl Barons quigardoient 
chacun fon entree. f 
Huie y 'ville au Ltegegai - 
gnee apres longfiege. ird 

1 


la ville de Tours pour tra> 
hifon. 18 p 

Jean Hardi entreprend 
dempoifonner le R oi.ip p. 
200. fon proceXJçfJ exe¬ 
cution. 201.2 03.204 
Jean Aiarceau fe pend y 
eSlporté au gibet de Taris» 
2f 

le an Petit coupe lagorge 
àjàfemme - 2/ 

Jean de Bourges &fon 
compagnonpour seftrere- 
tire-^du Roi y noieXdam la 
Seine ,par fentence duTre* 
uojl des Marefchaux. 


44 

I cAcques Fournier fon* Jeanne du Bois , s en va 

feillerduRoifeprecipp- afis plaiftrs laiffant fon 
te dvnefenejbe. 100 mari , qui la rameinea- 
Jacques dArmtgnac uec lui Çjj lui pardonne. 
Duc de Nemours t fomte zp. 
delà Marche defeapité es Jeanne de France femme 

halles de Paris. 279^.80 de Jean, Duc de Bourbon* 
Jean Bon natif du pais nois &d’Auvergne meurt 
de Galles , conjpire dem* œMolins,&*ygijl, enîE- 
poifonncrmonfieurk&au - glife de nojlre Dame, 
phin , tla les Jeux creueT^ 320 
pourfupplice. 263 Images de pierre de 

leanDcimereJtarteleen Juin# Louis &* Char le* 


Digitized by LaOOQle 



Table des 
magne , changées en la fale 
du Valais. z6j 

fmpofttion (tvn efcu 
fur chafque pièce de vin. 

* 4-9 

■ Impofîtionforaine oftee 
à ceux de Paris. zo 

Importions ofteesfur Pa¬ 
ris > excepte les denrees de 
ftxfermes,&c. 4/ 

Jmpudente fubfcription 
de lettres. 67 

Jngratitude très-grande 
du (ordinal d angers en - 
uers le Roi. 1+ 6 

îuftices, maux & vio¬ 
lences faites par le R or. 
33 7.pour cefon peuplepref 
que s mis a bas. ibid. pref 
que audefefpoir à fon tref 
pas, ibid. 

lnfolences ef ranges des 
*fJiegeX'danszArra& contre 
le Roi g^/ fon armee. 
*73 

loufiesfaites a Paris dc- 
uantles 7 * ournelles. 13 0 

lugement ejfrange en 
l'an 1460. donné contre 
omefemme larromejfe & 


Matières! 

receleufe à Paris t d*eflre en¬ 
fouie en terre toute viue. 3 


T ArronsfonetteZ^i ( e- 
L-jftans ieunes) publique¬ 
ment au cul deücharette 
l'an 14.60, 3 

Laurent de Afory gen- 
ttlhommeypourfa trahifon 
condamné defire ejcartelé 
aux halles deTarisynaisfut 
pendu feulement. 4.1 
Légat de Rome vient en 
Angleterre. 4, 

Légat enuoyé de Rome 
efneut le peuple a fedition 
contre fon Roy légitimé 
Henry de Lancaftre et> de 
la Roy ne fa femme, 4, 
Légat du Tape , nommé 
le (ardinal fainêl Pierre 
ad Vincula y enuoyé en 
France , receufort honora¬ 
blement. 3 iz 

L'Eftore brujlee , gf/ 
renuerfee dans les fofjeZ^ 
ipz 

Liberté grande donnée 


t Uj 


Digitized by 


Google 



Table des Matières. 

parle Roy en tout le pays Tonthoife. é6.et>67 
de Normandie aux c An- Louys on^iefme, Daul- 

glois e£j cAnglifches de phin , apres la mort dejon 
pouuoir demeurer et . traf- pere (harles 7. fitplufeurs 
fiquer audit pays fans fauf officiers en la chambre des 
conduit: 10 Qsmptes. 11 

Lifrelofres allemands Louys onXtefme fils de 
& Calabrois enrage^de (harles feptiefme, duquel 
faim courent aux viures. eflfaite laprefente hifioire. 
76 z 

Leheac Lieutenant du Louys de Luxembourg 
Roy à Parts. 104. Coneîlable de France fait 

Longueuille, fay , & prifonnier : mené en la Ba- 
plufeurs lieux et 'villa- JliUe: fonproce^faiâl. 233. 
ges brufle ^ par les Bour - 234. 237. 238. 23$. ^/ 
guignons au Raillage de 240. 

Caux. 18 j 

Louanges de Charles 7. tJM 

n 


Loup enuoyê en prefent A A cA chinât ion des 
par le Roy , au Roy d’cAn- i VI Anglois pour 'venit 
gleterre. 211 rauager le France. 

Louys XL fefaitfrere Marchans François fur 
et» compagnon de la grand les terres du Duc de Bour¬ 
bon frairie aux Bourgeois gongne perdent tous leurs 
de Taris en ÏEglifc de la biens qui leur furentfaifis. 
Magdelaine, le 8. de Sept. i j<> 

146j. 63 Marguerite de Bourbon 

Louys Sorbier,traifred Comteffe de Breffe meurt 
fonRoimet les Bretons das éthique ; 333 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 


Adaladie ,fiebure , et* 
rage de tellepar tout lepaïs 
ui enfit mourir,grand no- 
re. $20.321 

Adariage traillé de mo - 
fieur leDauphin auec la fil¬ 
le du Ducd\Auterichc.$2$ 

- Adenaces des Bourgui¬ 
gnons a ceux de Taris. 3 2 
Meruetlles aduenu'ès au 
Royaume d'Angleterre , 
lani+ào. 4 

Adefcbanceté d'vn fer - 
gent deTaris^et j des maux 
quilfit. 33 

Aiontdidier réduit a 
lobeyffanceduRoy. 16 / 
Adontdidier donné a 
monfieur de Qharolois en 
butin {y héritage perpétuel 
7f. autres chofès.ibid. 

Molins en Cfibers au 
pays de Niuernois , pris par 
rufeparles Bourguignons. 

'ZJt 

Adonlir es faites a Pa- 
.ris>des officiers t bourgeois, 
manans habit an s d'i¬ 
celle •ville. 204. 

Adontigny ancien gibet 


de Paris. 3. fon entrefuite 
auec Adontfaulcon. ibid. 

Adort du Roy Louys 
XI. x Ad ont ils le^ Tours. 
3 3 7-gift a noflre Dame de 
(Jery ,parfon ordonnance. 
ibid. 

Adort du (omte d'Eu. 
170 

Adort accidentelle de 
Louys deTilliereSy Notaire 
et* Secrétaire du Roy. 27 
- c 'Adule fauue fon mai- 
lire. 6 s 

N 

TV ’lAncy reuiens en lo~ 
I N beyffance defon Duc 
et* Prince, les Bour¬ 
guignons cbajfez bagues 
faulues. zf9 

Nauires du Duc de 
Bourgongne ajfiegeant la 
•ville de Nufrompuès et* 
m'tfes en pièces dans le Rhin 
(y émir onfept mille Bour¬ 
guignons tue%en icelles (y 
noye'Z. zij 

.Nejle ville prife par le 




Digitized by LaOOQle 



Table des Matières^ 

Due de Bourgongne. 17 / de Charles fonfrere. *>2. 
Nejle mis a feu (yrafé.177 Office d'Admirai donne 

Neuf Chaflel de Ni- au bafiard de Bourbon. * 
court belle 'ville de guerre pp 
e£*grande , bruflee par les Ordonnances tref belles 

Bourguignons. 18 / pour la fortification de B a- 

Noms de quatre bom- ris. 17p 

bardes du Roj, afçauoir. Ordonnance du Roy en 

Londres:Brabant:Bougen faueur du Duc de B our- 
Brejfe:&fainélOmer.21 g gongne. ifi.&i+z 

Nopces de monfieur le Ordonnances tref belles 
Daulphin & de madame faites en la maifonde ville 
Marguerite de Flandres. • deVaris par le commande- 
33f.en la rutile d'zAmboi- ment du Roy pour la def- 
fe, ibid. fenfe & tuition de ladite 

Notable procefion a ville. zz 

Parts, zip. d'enuir on cent Ordonnance a tous hu¬ 

milie perfonnes. ibid. bit ans d'auoir armes. zS 
Noyon refijle vaillam- Ordre du R^y nouuelle - 
ment & enuoye au loin les ment mis et* créé efl en - 
Bourguignons. 186 uoyépar le Ro^ enprefent 

Nu^ ville d Allemagne au Duc de Bretaignepour 
affiegeeparle Duc de Bour- le porterie. zjz 

gongne. Z07 Ordre tenu aufacre de 

LouysXI. z+.zs 

O 


O Fficiers en Norman¬ 
die execute^ , pour T^Ain de deux deniers a 
les queftions du R0? et* 1 B cannais vaut trois 


Digitized by 


Google 




Table des Matières. 

fols parfis en ïarmee des Jlre Dame de H aulx, 739 - 
Bourguignons afidillans. Pèlerinage du Roy 3 d 
17y Sain fl Michel. ijS 

Pain de douleur & eau Pèlerinage du Roy à S. 
de triélefie ordonne ^ d Claude & auec luy bien fix 
Thomas LouefleReligieux mille combat ans. 379 

four le meurtre par luÿ P erone prifi & le Comte 

commis. iio.gym deNeuersquiefioitdedans. 

Tardon fait au Conejla- 79 
bleparleRoy. 207 P étonné donné d mon - 

Parpignan mis en la main Jieur de fharo lois en butin 
duRoy. 218 perpétuel çÿ» héritage. 7/ 

Tarpignan abandonnée Permifion a tous ydnglois 
Philippe ifMonfieur de Sa- de trafiquer librement en 
uoye. 1 91 Francefdufau Roy Sdou- 

Parpignan pris par le Roy art de la Marche , [es aidiez 
etA,rragon: non le chafieau. & complices.] . 1 60 

19 3 Permifilon du Roy d tou* 

Paix entre le Roy & les tes gens de quelque nation 
Flamens dont fut chanté d qu ils fufient avenir demeu- 
Toitrs te Deumlaudamus. ter d Paris pour le repeu- 
$18 pler. " 109 

Paix entre le Roy t'y les P eflilence très grande d 

Princes , publiée en four de Paris (y enuirons. 108 
Parlement . 85 Petit P kart Capitaine 

Velerinage duRoy dpied pour le Roy d Nejle 3 auec de 
dSainflDenySt gyenche- fisgens pendu par comman- 
min il donne grâce d trois dement du Duc de Bour - 
ribaux voleurs. 116 gongne. 176 

Peler in âge du Roy à No- Picards ingrats fi mot - 


*J 
0 


Digitized by LaOOQle 



T ablé des M uier es. 

quentduKoy. 77 Prefens très-grands faits 

Picards & Flamensac- par le Roy au Comte de 
cufentleRoyd tortd'auoir Puaruuich . 1 08 

voulufaireprendreprifon- Prince d'Orenge prifon- 

nier le-Duc de (barolois, zo nier duRoy. zzj 

Pierre fort groffe tombe Princes de (jades tué en 

fur la manche du Rjoy for- la bataille contre Edouart. 
tant du chafieau dAlen- 168 

çon . 196 P rifonniers deliure^ d la 

P irrede (jueroult natif venue de madame la Daul- 
de Lefignen efeartelé aux phine. 334 

hallespour trahifon. 46 P rifonniers détenus es 

Pierre de Ai or ui Hier def prifons de Paris , deliure ^ 
appoinélé de. fon office de parle Prince de Piedmont. 
Chanceüier. 87 133 

PierreVuy defapoinélé P roceffion Generale de 

de fon office de maiffre des tous les èflats de Parts va d 
R equeftes dé Ihofiel du Saint}Denys. 333 

Roy. 87 Proceffion Generale & 

Prebftrcs,religieufes,an- notable de Paris. z'j 

riens hommes > femmes , & Proceffion Generale d 

enfants tueTfruellement en Paris en l'Eglife Sainéle Ça- 
la ville de Liège. * 4 o therine du Pal desSfcoliers 
Prcfentftit au Roy dAn- 31 
gleterrepar leRoy. zzp P roceffions commandée 
Prefent duDuc duMaine par le Roy durât trois iours 
auDucdeBerry. 60 pour la deliurancedeHcn- 
Frefem tres-beaux du ry de l'AnclaffreRoy d'An- 
Roy faits aux Ambaffa- gleterre & fon reflabliffe- 
deurs d Angleterre. 310 ment. 161. le mefme par 


Digitized by LaOOQle 




Table des Matières. 

to ut es les villes du Roy au- repris de P iquigny. 22/ 

me. 162 Pourparlédu Roy auec le 

Tromejfede fidelité & Conefiable , vn pont entre 
fruice faiél au Roy par le deux fait exprès.' 206 

Duc de Bourgongne. 137 P unition exemplaire d'vn 

Promejfejolemnellefaite Normant. 63 

au Roy par les Ducs de Ne- Punition d'vn Normand 

moùrs, de Bourbon^ eti Sh qui ayant eu plufieurs en- 
res d'Armignac&Z dé Al- fans de fa fille propre ^ les 
bref y de ne porter iamais les tuoit aujfi tofi qu'ils efioient 
armes contre luy. . 30 nais. ioj 

Pont dësArhes ajfiegépar ' Punition d'vn del'hofiel 
le Roy. ' p 2 duRoy quiauoitfalffiéfon 

Pont Sainéle- Maixance fignet & celuy d'vn des Se - 
rendu par compoffioncretaires . 277.27$ 

argent. 28 Puijfance deParisinefii- 

T ont des Bourguignons piable . 76 

au port d l'Anglots coupe. 

S} 

Ponts de Chamois y de S~^\ Vcttrev ingtsnauires 
Beaumont Sur-Oife , de Flandres pris pour 

autres y abbatus par le com- le Roy } par Çoulony&c. 30 p 
mandement du Roy. 2 g le grand Butin prts fur eux 

Portes S.Martin , Mot - ibid. 
martre , leTemple , S. Ger - Quefiions & noifes très 

main DefpreXj S. e ViAor i grandes en Angleterre. 168 
et* S. Michel furent toutes 
murets: 26 R 

Pourparlé duRoy Eception du Roy de 

d S do u art Roy d'Angleter- X\ Portugal d Paris. 260 

* a 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières, 


R ecompenfe faite au Duc 
de Lorraine par les Suijfes 
deuant Morat. 2/7 
R egnede Charlesfeptief 
me. 2 

Régnault de'Ueloux Gen¬ 
tilhomme de Poiélou efcar- 
télé aux halles de Taris. 232 
Religieux faux accufa- 
teur, puny (y noy éparfen - 
tence. ioy 

Religieux Centre les 
Moines noirs en yiuuergne 
trouué mafle (yfemelle, fe 
feruant des deux, ffr)gros 
d’enfant. 298 

Remerciments du Roy a 
ceux de Paris pour leur loy - 
auté. 30 

Remuements merueilleux 
par lesBourguignons es pri- 
fes de Dampmartin , Nan- 
touillet, Viïïemouble (y au¬ 
tres. z8.et>2y 

Retraite du Roy au cha- 
fieau deAionlehery, caufe 
de grand perte £7 accident. 

59 

Reuerence par trois fois 
fur vn genoiiil au Roy par 


le Roy d'Angleterre £- 
doüard. 228 

Richard Duc cfYorth 
fait guerre à Jon Roy pour 
le Royaume ou il prétend 
droiÜpremier. j 

Riuieres de Marne ty 
Seine fort grandes (y leurs 
dommages en diuers lieux. 
8. notamment à Claye . 
ibid. 

Riuieres de Seine, Mar- 
ne,Yonne,at » autres fi très- 
fort gélees que tous char¬ 
rois,gens {y befies pafoient 
par dejfus la glace. 314. 

ponts rompus par le degel 
(ficelles. ibid\ 

Robert Defiouteuille re¬ 
mis en fon office de Preuofi. 

U 

Robert Defiouteuille y 
Cheualier Preuofi de Paris, 
prifonnier en la Bafiille,et> 
depuis au Louurepour iniu- 
fiiees fifrj abus dont onîac- 
eufoit. g 

Rouen repoujfe •vaillam¬ 
ment le Duc de Bourgongne 
(y le met a honteufe fuite* 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 


. 186 Roy ne d'Angleterre, pri- 

Rouen pris par le Duc de fonniere , racheptee de fa 
Bourbon. 74 rançon de cinquante mille 

Roy deCecilleJeDuc du efcusd'or. .2/4 

s^iaine, et» 20.0u30.mil- R oyne de France décou¬ 

lé combattis accompagnons cbe d'vn beau fils, appelle 
le Roy à Angers (ypont de <JMonfieur de Berry , qui 
See. 23 vefcutpeu. iSS 

R07 de Tortugal vient Royedonné dMonfieur 
à la ville deTours deman- de Charolois en butinper- 
der fecours au Roy : duquel petuel & héréditaire. 7/ 
il effort honorablement re~ Roye & Alondidierpris 

ceu. 260 fur le Roy par le Bafiardde 

Roy en diuerfes fois pour Bourgongne. 2j 

vn iour en grand danger de Roye, reduiéîe a ïobeif 

faperfonne contre les Bour- fonce du Roy. 16 S 

guignons aCMonlehery. $8. Roye rendu au Duc de 


ou fe trouuerent trots mille 
fin cents hommes morts, 
ibid. 

Roy s (ÏEfcoffe (y d’An¬ 
gleterre ont grand guerre 
enfemble. 529 

Roy ne d'Angleterre ar- 
riue à Paris, auec tous les 


Bourgongne. 177 

Rudejfesfaiéles tres-gra- 
des en la maifon du Treuofi 
de Paris par Jean cAduim, 
durât fon emprifonnement . 
8 

S 


fient, efi receuëfort honora- P âge refponfè du Roy au 
blement par le commande- Procureur du(hafiellet. 

mentduRoy. 162 

Roy ne accouche aNogent Sage-Femmes d'au iour- 

le, Roy, etvnefille» 19 dlhuy appelles autrefois. 

Ch /if 


Digitized by PaOOQle 



Table des Matières. 


ventrieres. 4 

Salle^art (yfon équipage. 


79 

Sale^art capitaine a Beau- 
uais emporte vne grande 
defpouille des Bourguignos 
dans la ville affiegee. 182 

Sanglier enuoye t en pre- 
fent, par le Rojy, au Roy 
d'Angleterre. zii 

Sainfl Quentin rendu au 


Roy. 


230 


SainflValery y le^Je (fo- 
toy rendu aux Bourgui-r 


gnons. 184 

Sain fl Valéry paye ftx 
mille efeus pour fe deliurer 
du fiege. 187 

Sainfl Quentin en Ver- 
mandois pris pour le R^y, 


fans refi fiance. 163 

Satnfle Ampoule appor¬ 
tée à Paris (y delàoTours. 


33S-&33^ t 

Sauetier d'Auxerre en - 
noyé pour Ambaffadeur 
aux gens du Roy , gy leur 
refus defe rendre. 16j 

S cales heraultd'Angleter¬ 
refurpris,portant lettres de 


trahifon. zzz 

Séditieux puny (y pendu 
près le pont de Charenton. 
78 

Seigneurs accompagnant 
le Roy faifant fon entree a 
Paris. if 

Sept Bourguignons tueï ^ 
d'vnfeul coup y gy plufieurs 
blejje^ d'vne tiree de Ser¬ 
pentine. 7+ 

Sépulture honorable du 
Duc de Bourgongne , a luy 
donnée par le Duc de Lor¬ 
raine à Nancy. 271 

Sergens fuftige'fpar les 
carrefours de Paris {y ban¬ 
nis. 106 

Simon (ourtois décapité à 
Tours. zpp 

Siégé deuant Sainfl Mo- 
rife y at> fa reddition par 
compofition. 27 

Siégé mis deuant Rionen 
Auuergnepar le Roy contre 
le Comte d'cArmignac, Duc 
deNemourSydeBourbon {y 
autres. zp 

SixÇhanoines {y le Doyen 
de l’Eglife de Roüen 3 bannis 


Digitized by LaOOQle 



Table des Matières. 


de Normandie - p 6 

Six cbofes defcouurirent 
le Duc de B ourgongne tout 
nud apres fa mort. 170 

Sommation à ceux d'Au¬ 
xerre de fe rendre au Roy. 

Soudaine maladie au Roy, 
auTleffisprèsdcTours. 313 
& auffi tofl apres aTouars. 
ibid. 

Sternay general de Nor¬ 
mandie habillé en (ordelier 
Obferuantin ejl pris & 
conu au pont SainélTierre. 
poefl noyé en la riuiere Du¬ 
re auecfon Augujlin. pz 
Subieéls du Roy de quelle 
qualité qu'ils fujfent le re- 
doubtoyent extrêmement. 

33 * 

T 

T Ables rondes mifespar 
les rués pour donnera 
boire a tous venants. 11$ 

Targes de iz. deniers , mis 
à vn%e deniers . zoz 

TeDeum laudamus chan¬ 
té a Paris pour la vélo ire 
du Roy fur le Duc de Gùer- 


les deuant Tournay. 17 p 
TeDeum laudamus chan¬ 
té à Taris pour la paix et» 
alliance entre le Roy et» le 
Duc de Bourgongne, 
l'allegreffe publique. 138 
Terre mouuant & trem¬ 
blant merueilleufemcnt en 
Auuergne. zpp 

Therouenne rudement af- 
fiegee par les Ticards & 
Flamensqui n'y eurent que 
la honte &lafuite.30j.3 08 
Tonnerres , vents,pluyes 
gaftent tout au pays de Soif 
fons. joz 

Trahifons eftranges du Ço- 
neftable fainél Taul contre 
le Roy. Z4.5.&Z44. 

Tremblement de terre , à 
Tours, Amboife, & autres 
lieux en Touraine. 133 
Trois cents efeus d'or pro¬ 
mis aux dénonciateurs des 
autheurs des libelles diffa¬ 
matoires affich encontre S. 
Innocent çÿ* ailleurs. iép 
Tromperies exécrables des 
Officiers de ÏEueJque du 
Mans% p 


Digitized by LaOOQle 


Tablc des Matières. 

Treue marchande entre le par les gens duDuc de Bour- 
Roy & le Duc de Bour- gongne. 211 

gongne zy/.pour le temps berges de moyfeet* d'A- 
de neuf ans. ibid. ron. 

Treues (Tvn an entre le Vicomte de Villars en 
Roy pfyj le Duc de Bour- Toi flou fait le Roy fonhe- 
gongne. 16-/ rider. if+ 

Treues entre le Roy ffj Vin, pommes, choux ffj 
les Bretons et» Bourgui- ruues enuoye% au Duc de 
gnons. 61 Berry par le Duc du Maine 

Treues, criee et»publiée a 60 
toupours entre le Roy Vin deTannee aux Bour - 

lesTrinces. 7/ guignons. 62 

Treues de 22. mois auec Vingt (y deux millefept 
les Angloisyp.tantpar mer cets hommes Bourguignons 
que par terre. défaits deuant Morat . 2/7 

V Ville de Liegebruflce 

\ T Aine et» foie menace faccagee. 140 

V des Bretons & Bour- Ville & (hafteau de S. 

guignons a ceux de P aris. zAmant Lalierprife d'af- 
' fault. 2+ 

Vaijfelle d argent faipe Vjfon en Auuergne donne 
par tout Paris, pour- au bafard de Bourbon. 100 
quoy. 2ÿf Vuaruuich eflfait Çou- 

Verdun, Monfauion QJ uerneur du Royaume d'An- 
Semur en Lauxois pris tant gleterre. 161 

par affaultque parxompop- Vuaruuich (omte portant 
don y mis es mains du Roy. l'efpee nue deuant le Roy 
294- qu on menoit prifotinier à 

Verdun en Lorraine pris Londres. / 

F 1 N. 


Digitized by LaOOQle 



Digitized by LaOOQle 


Digitized by 




























L ES 

CHRONIQVES 

DV TR.ES-CHRESTIEN 

ET TRES-VICTORIEVX 

e LOYS DE VALOIS, EÉV ROT 
de France ( que Dieu abfolue ) 

Vnziefme de ce Nom, 

AVE C QVES TLVSlEVRS A VITRES 
aduentures aduenüès tant en ce Royaulme de 
. France , comme «t pays vcifins , depuis 
. Part milqüatn-cmspixat^iû/quee 
en lan mil quatre cens quatre 
*vingtsç£ trqistnclujiuement. 

' ‘ '' . . V * • • ' ' i. X \ J. . f ’ i i • 

L’HÔNNËVR6c ioüangedeDieu 
nôftre doulx Saulueur &: Rédempteur, 
de la ' Vierge & 

pucelle Marie * fais le jboyen defquels 
Huiles Bonnes œiuirês ou opérations ne. peuüent 
eftrecondüi«5bes^ Etpource auulque plufieurs Roys^ 
Prkdes ^eomres^cBarons^ Ppdats j ntib$cs hom¬ 
mes ÿ gen^ d^Eglifey & i\dtfe pb^ulacê, fe font 
fouü(|nc delidéz £c dçli&erit à ouyr & efcputér 

A 



Digitized by LaO Me 



i Les Chroniques 

dcshiftoires merueilleufes, 8c chofes aduenuës en di- 
uers lieux,tant de ce Royaulme que d’aultres Royaul- 
mes Chriftiens. Au trentecinquiefme an démon aa- 
ge me dele&ay en lieu de pafler temps & defcheuer 
oyfiuetéàefcripre & faire mémoire de plufieurs cho¬ 
fes aduenuës au Royaulme de France, & aultres Roy- 
aulmes voifins, ainfi qu’il m’cn eft peu fouuenir. Et 
mcfmement depuis l’an mil quatre cens foixante, que 
regnoit a Roy de FranceCharles feptiefme de ce nom, 
iulquesautrefpasduRoy Loysvnziefme de ce nom, 
fils dudit Roy Charles, quifut le penultiefme iour du 
mois d’Aoultjl’an mil quatre cens quatre vingts & 
trois,combien due ie nevueil ne n’entens point les 
chofes cy apres eicriptes eftreappellees diètes ou nom¬ 
mées Chroniques, pource que a moy n’appartient,& 
que pour ce faire n’ay pas eftë ordonné 8c ne m’a efté 
permis : Mais feulement pour donner aucun petit pafi 
fe-temps aux lifans,regardans,ou efcoutansiçelles. En 
leur priant humblement excufer & fupployer à mon 
ignorance ? & addrefler ce que y feroit mal mis, ou ef- 
cript: car plufieurs defdites chofes & merueilles font 
aduenuës en tant de diuerfitez & façoris"eftrâges, qüé 
moult pénible chofe auroit efté à moy, ou aultre,de 
bien au vray & au long efcripre la vérité des chofes ad: 
nenuës' durant ledit temps. : ! : V ; 

Et premièrement, touchant le faiét 8c vtilité de la 
terre durant ladite année mil quatre, cens foixante. 
Au regard 8c en tant que touchele t terroüer; ^ finaige 
duRoyaulme derFrancê,il y creut compeébamment de 
blez, qui furent bons 6c de garde, 8c n en fut point 


Digitized by Laooole 



dv Roy Loys XI. \ 

vendu au plus chier temps de laditte annee que vingt- 
quatre fols parifis lefepcier : mais il n’y creuft que bien 
peu de fruitt. Etau faitt des vignes il y eut bien peu de 
vin,& par efpecial enl’Ifle de Frâce, comme dvn muy 
devin pour chafcunarpent, mais il fut bien bon : & fe 
vendit chier le vin creués bons terroüers d’entour Pa ¬ 
ris , comme de dix & vnze efcus chafcun muy. 

En ce temps fut faitte iuftice & grande execution 
audit lieu de Paris, de plufieurs poures & indigentes 
creaturesjcomme de larrons,fàcrileges,pipeurs,& cro- 
cheteurs. Etpourlefdits cas plufieurs|enfurent batus 
au cul de la charrette pour leurs ieunes âges & premier 
meffaitt : Et les aultres pour leur mauuaife couftume 
& perfeuerance furent pendus & effrangiez au gibet 
de Paris, nommé Montigny, nouuelle créé & eftably 
pour la grand vieilléffe, ruyne &: décadence du prece¬ 
dent & ancien gibet nommé Montfaulcon. 

Audit temps fut fait mourir & enfouye toute viue 
audit lieu dé Paris vné femme no riimêe P èfrette Mau* 
ger, pour occafion de ce que laditte Perrettc auoit fait 
& commis plufieurs larrecins, & en ce faifànt par long 
temps continué, &aufli fauourifé & rècellé plufieurs 
larrons, quiaufli faifoienc &c commettoient plufieurs 
& diuers larrecins audit lieu de Paris, lefquels larrecins 
pour lefdits larrons vendoit & diftribuoit, & l’argent 
quedeceellerecepuoit en bailloit & deliuroit aufdits 
larrons leur portion, & pour elle en retenoit fon bu¬ 
tin. Pour lefquels cas & aultres par elle confeffez fut 
condamnée par fentencé donnée dü Preuoft de Paris, 
nommé Meflire Robert Deftouteuille Cheualier, à 

A ij 


Digitized by 


Google 



4 Les Chroniques 

foufFrir mort &eftreenfouye toute viuedeuant le gi¬ 
bet,^ tous lès biens acquis & conhfquez au Roy : de 
laquelle fèntence & iugementelie appella formelle¬ 
ment en laCour de Parlement,pour reuerence duquel 
appel fut différé à exécuter. Et apres quepar ladi&c 
Court le procez d’icelle eut elié veu & viute,fut dit 
par Arreft d’icelle, & en confirmant ladi&efentence, 
que ladiéte Perrette auoit mal appelle & i’amende- 
roit, & que iachéfcefentence feroit executee : ce qui fut 
dit à icelle Perrette, laquellc declaira lors quelle eftoit 
groffe, parquoy fut de recfaiefdifPeréde l’executer.. Et 
fut faiéfc vifiter par venmeres 6c mawofnes, qui rap¬ 
portèrent à ïuftice qu’eUeneftort point groflfe. Et in¬ 
continent ledit rapportait fut enuoyee enecuter aux 
champs deuant ledit gibet, par Henry Coufin exécu¬ 
teur delà hatilte iuflice audit lieude Paris. 



anime et Angleterre en iadifie année. 

N ce tetnps paffla la mer en Angleterre 
vil Legatde Rome, Légat dé par le Pa¬ 
pe, qui illecprefcha le peuple du pays. 
Et par efpecial en la ville de Londres , 
maiftreffè ville duditRoyaulme., là ou il 
fift plufieurs remonftrances aux habitansdudit lieu,& 
aultres d’enuiron,contre & au preiudice du Roy Hen¬ 
ry d’Angleterre, lesquelles remonftrancé^ leGardinal 
d’YorthquLactompaignoit ledit Légat apres ladiéle 



Digitized by LaOOQle 


erpofitionpar luyexpoféen leur langage. Et tantoft 
apresladifte expofition faite,ledit peuple .qui eftoit 
aiTez de legiere creance fe efmeut pour faire guerre al- 
lencôtre dudit Roy Henry de; Lancaftre & de la Roy- 
ne fafemme,fille duRoy René de Cecille & de Iheru- 
falcm,ôe du Prince de Galle leur fils. Et print ledit po¬ 
pulaire pour leur Capitaine le Comte deyvarvuich, 
qui etoit Capitaine deCalais, pour & au lieude Ri- 
cnardDticd’Yorth,qui vouloir & prétendait a eftre 
Roy dudit Royaulme, qui maintenoit à luy duyre & 
compeéber ledit Royaulmed’Angleterre, côme prou- 
chain(heritier delà iignee & du confié du Roy Ri¬ 
chard. Et peu de temps apres ledit Duc d’Yorth qui 
auoit apres luy.grant nomkrede populaire en armes,» 
femifient aux champs & vindrenr envn parc où eftoit 
illec ledit Roy Henry auec plufieurs Ducs, Princes, & 
aulcres Seigneurs, auili tous en armes. Et auquel parc 
y auoit huit entrées, qui eftoient gardées par huit Bar¬ 
rons dudit Royaulme,qui tous choient traiftres audit 
Roy Henry. Lesquels huit Barons quant ils iceurent 
venir le Duc d’Yorth deuers ledit parc,lelaifterent en* 
trer enicelluyauec le Comte de Vvarvuich &: aultres^ 
quivindrent tout droit ou eftoitleditRoy Henry,lef- 
quels ils prindrent & faifirent. Et incontinent ce fait, 
vmdrent tuerplufieurs Princes&aultres grands Sei¬ 
gneurs de Ion fàng qui eftoient autour de luy. Et ces 
chofes faiétes ledit Comte de Vvarvuich print ledit 
Henry & l’amena tout droit en la ville de Londres, & 
portoit l’efpee nue déliant ledit Henry comme fon 
Conneftable. Et quant icelluy Roy Henry de Lanca- 

A iij 


Digitized by 



6 Les Chroniques 

ftre fut audit lieu de Londres, il le mena tout droit de- 
uantlaT our dudit Londres, dedans laquelle Tour e- 
ftdient quatre Barons dudit pays pour ledit Henry. 
Aufquels ledit Henry & V varvuich parlèrent par bel¬ 
les paroles, les tirèrent hors de la T our, apres ce qu’ils 
leur profmirent qu’ils ne auroient nul mal de leurs per- 
fonnes, & qu’ils les afleuroient : lefquels foubs vmbre 
de leurfdiâes promefles y dirent hors de ladiâeT our. 
Et ainfi qu’on menoit lefdits quatre Barons apres le¬ 
dit Henry & Vvarvuich,pluheurs de ladiâe ville de 
Londres s’efmeurent & vindrent tuer l’vn dcfdits qua¬ 
tre Barons, nommé le feigneur Defcalles, & luy bail¬ 
lèrent pluheurs cops orbes. Et le landemain ils firent 
efcarteller lefdits aultres Barons deuant ladiâre Tour 
de Londres , nonobftant lefdiâres promeffes ainfi à 
euxfaiâres. Et s’y fie qui vouldra. 

Audit temps aduint en la Cité de Paris vn erant de- 
bat entre les gens & Officiers du Roy en la Chambre 
des Aides à Paris,& vn des bedeaux de l’Vniuerfité d’i¬ 
celle fVille, pour vnexploiâfait par icelluy Bedeau à 
l’encontre de deux Confeilliers de ladiâre Chambre 
des Aydes, pour lequel exploiâ ledit Bedeau fut con- 
ftitué prifonnier en la Conciergerie du Palais Royal 
audit lieu de Paris. Dont ceulx de ladiâe y niueruté 
furent moult defplaifms : & pour lerauoir firent cef- 
fations en ladiâe Ville,de prefehier,lire,& eftudier.Et 
apres furent appointez,& fut tout reftably & demou- 
rerent contens. . 

Audit temps aduint à Paris auffi, qu’vn nommé Am 
thoine le Baltard de Bourgongne vint & entra en la- 


Digitized by c.ooQie 


.dv Roy Loys XI. 7 

diéle ville de Paris en habit mefcognu, & n y feiourna. 
que vn iour & vne nuit & puis sen retourna. Et quant 
ilfutfceu quileftoit ainfivenu en ladiéte ville, plu- 
fieurs Officiers du Roy & gens de façon d’icelle, furet 
fort imaginatifs comment ne pourquoy il eftoit ainfi 
venu que dit eft. Et de ladiéte venue en furent portées 
les nouuelles au Roy par aucuns qui en parlèrent à la 
charge de ladite Ville, qui n’y auofent aucune coul- 
pe. Et pour celle caufe & a grant halle le Roy enuoya 
audit lieu de Paris fon Marefchal feigneur de Loheac, 
& Maiftre Iehan BureauThreforier de France,pour 
pourueoir & donner prouifion audit donné à enten¬ 
dre. Et affin que le Roy n’euft aucune imagination 
que ceulx de ladiéle ville de Paris euftent aucune couk 
pe ou charge a ladiébe venue, luy fut enuoyé de par la- 
diéle Ville vne Ambaxade,ouelloient Maiftre Iehan 
[de Loliue Doéleur en Theologie & Châcelier de l’E- 

g life de Paris, Nicolas de Louuiers,fire Iehan Clerc- 
ourg general maiftre des Monnoyes, lire Iehan Lui- 
lierCler de ladiéle Ville,laques Rebours Procureur 
d’icefte, Iehan Volànt Marchant, & aultres : tous les¬ 
quels le Roy receupt benignement. Et apres leur pro¬ 
pos fait feruant à leur exeufation fut le Roy tres-con- 
tent d’eulx, & leur fift bonne & gracieule refponfe, 
& s’en retournèrent ioyeufement à Paris dont ils 
elloient partis. 

En ce temps Melfire Robert Deftouteuille Cheua- 
lier, qui eftoit Preuoftde Paris, fut mis & conllitué 
prifonnier en la Baftille fàinél Anthoine à Paris.Etde* 
puis au Louure par l’ordonnance defdits Seigneurs de 

- j 


Digitized by LaOOQle 



8 Les CHROîHQVEs r 

Loheac,màiftre Iehan Bureau, pour aucunes inrafticés 
ou abus qu’on luy mettoit fus,qu’il faifoit en exerçant 
fondit office, dont de ce ne fuft point attaint. Et lors 
par maiftre Iehan Aduin Confeillierlay en la Court de 
Parlement, furent faits plufieurs exploits en l’oftel 
dudit Deftouteuille : comme de cercner boiftes, cof¬ 
fres, & aultres lieux, pour fçauoir fe on y trouueroit 
milles lettres, & fift plufieurs rudeffès audit hoftel à 
Dame Ambroife de Lore femme dudit Deftouteuille, 
qui eftoit itioult faige , noble ôc honnefte Dame, 
Dieu de fes exploits le vueille pugnir : car il le a bien 
defferuy. 

En ladite annee furent les riuieres de Seine & Mar¬ 
ne moult grandes,tellement que en vne nuit ladidteri* 
uiere de Marne creuft & deuint fi grande à l’enuiron 
de fàind Mor des Foffez, comme de la haulteur d’vng 
homme, & fift plufieurs grands dommages en diuers 
lieux. Et entre les aultres dommages ladite riuiere 
vint fi grande à vn villaigè nommé Clay e,& en vn ho¬ 
ftel illec eftant qui eft à l’Euefque deMeaulx,qu’elle en 
emporta toutèïa maffonnerie du deuant dudit hoftel, 
ou il auoit deux belles tours nouuellement baftieside- 
dâslefqueftes y auoit de belles chambres bien nattees, 
voires bien garnies dé lits, tapiflèries, & aultrescho- 
fes qui tout en emportaladiéfexriuiere. . 

En ce temps aduint en Normandie que le corps de 
l’Eglife dé Fefcamp,par malle fortune & feu d’auentu- 
re qui vint de la mer de deuérs les Marches de -^Gor- 
nouaüe fe bouta au clochier d’icelle Abbaye, qui fïœ 
tout brûlé & ars, &: furent les cloches d'icelle Abbaye 

toutes 


Digitized by G.oooLe 



dv Roy Lo ys XI. 9 

toutes fondues & mifes envne mafTe, qui fut moult 
grant pitié en ladite Abbaye. 

Audit temps furent grandes nouuelles partout le 
Royaulme de France & en aultres lieux, d’vne ieune 
fille de l’aage de dixhuiét ans,ou enuiron,qui eftoit en 
la ville du Mans, laquelle fift plufieurs folies & gran¬ 
des merueilles, & difoit que le diable la tourmentoit, 
&failloitenl’air,crioit &efcumoit,& faifoit moult 
d’aultres merueilles, en abufànt plufieurs perfonnes 
qui l’aloient voinmais en fin on trouua que ce ri eftoit 
que tout abus,& quelle eftoit vne mefcnante folle,& 
faifoit lefdiétes folies & diableries par lenonrtement, 
conduire & moyen d’aucuns des officiers de l’Euef- 
que dudit lieu du Mans, qui la maintenoient & en fai- 
foienttoutceque bon leur fembloit, & que aufdits 
folies faire l’auoient ainfi duiéte. 

Audit temps aduint de rechief audit Royaulme 
d’Angleterre apres que la defconfiture deuant dite ait 
efté faite par le Conte dèVvarvuich,que le Duc de So~ 
merfet coufin dudit Roy Henry d’Angleterre,accom* 
paigné de plufieurs aultres ieunes Seigneurs parens & 
héritiers des aultres Princes & Seigneurs qui eftoient, 
& auoient efté tuez à la prife dudit Roy H enry de Lan- 
claftre, firent degrans amas de gens d’armes & vin- 
drenttenir les champs a l’encotre dudit Ducd’Yorth, 
& tant firent qu’ils le vin drènt trouuer en vn champ 
luy & fà compaignie, qui furent tuez. Et audit champ 
nommé les plaines fainéf Albons fut tué ledit Duc 
d’Yorth. Et apres qu’il eut efté tué luy coupperent la 
telle, laquelle ils mirent au bout d’vne lance. Et au- 

B 


Digitized by c.ooQle 



io Les ChronVq^ves 

; tour d’icelle telle luy mirent vne Couronne de feurre, 
en figure de Couronne Royalle,en derifion de ce qu’il 
fe vouloit faire Roy dudit Royaulme. Et auecques 
luy moururent audit champ bien fix vingts Barons, 
Cheualiers, Efcuy ers, & gens de nom dudit Royaul¬ 
me, &c grant nombre d’aultres gens de guerre, que 
bien on ellimoit de neuf à dix mu combatans. 

Et le mecredy tiers iourde Feburier audit an mil 
quatre cens fbixante,furent leues & publiées à. Roüen 
& en diuers aultres de la Duché de Normendie es 
lieux publicques & à fon de trompe, les lettres paten¬ 
tes du Roy. Parlefquellesildeclairoitfon plainr eftre 
tel, que par tout ledit pays de Normendie & les ports 
de mer d’icelluy, feuffent laiffez paifiblement defcen- 
dre tous Anglois & Anglefches ', de quelque ellat 
qu’ils feulfent, & en tel habit que bon leur femble- 
roit,tenans&aduranslepartydu Roy Henry d’An¬ 
gleterre & de laRoyne fa femme, fans aucun fauf- 
conduit auoir de luy, & de les laifTer conuerfèr par 
tout fon Royaulme. 

En l’an mil quatre cens foixante & vn au mois de 
Iuillet, aduint que le Roy Charles fut malade au Cha- 
fteaudeMeumfus Yeure, d’vne maladie qui luy fut 
incurable, dont & de laquelle maladie il ala de vie à 
trefpas audit lieu de Meum, le mecredy vingt-deux- 
iefméiour dudit mois de Iuillet, fefte de la Benoifte 
Magdaleine, entre vne &c deux heures apres midy du¬ 
dit jour, dont fut grant pitié & dommaige. Au Roy¬ 
aulme des Cieulx puifTe élire l’aine de luy en. bon re¬ 
pos: Car quant il viuoit c’eftoit vng moult faige & 


Digitized by c.ooQle 



dv Roy Loys XI. n 

vaillant Seigneur, & qui biffa fon Royaulme bien vny 
& en bonneiuftice & tranfquilité. 

Et incontinant apres ladide mort, & quelle fut 
magnifeftee, la plufpart des Officiers dudit lieu de 
Paris & plufieurs aultres du Royaulme s’en partirent 
& alerentaupays deHenault & de Picardie par deuers 
Monfeigneurle Daulphin, qui illec eftoitauec Mon- 
feigneur le Duc de Bourgongne. Lequel Monfei- 
gneur le Daulphin par le deces de fon feu pere venoit 
a la Couronne, pour fçauoir de luy quel eftoit fon 

{ daifir & comment ils fe auraient à gouuerner .foubs 
uy, & pour eftre de Iuyconfermezen leurs Offices. 
Auquel lieu apres icelle mort fïft plufieurs O fficiers en 
fa Chambre des Comptes à Paris, & aultres. Et entre 
aultres y fîfl & créa Mailtre Pierre L’orfeure feigneur 
Dermenonuille, & Nicolas de Louuiers, Confeilliers 
enladide Chambre, & Maiftre Iehan Baillet Maiftre 
des Requeftes & Rapporteur en fa Chancellerie. Ety 
çonferma én icelle Çharpbre Meffire Symon Charles, 
qui auffifefift porter audit pays en vne litiere, & les 
aultres Officiers requerans eftre confermez furent 
renuoyez à Paris, pour illec a adendre la venue du 
Roy. 

Et le vingt-quatriefme iour de Iuillet audit an foi- 
xante & yn, Maiftre Ethienne Cheualier qui auoit 
elle Treforier des finances dudit feu Roy Charles, & 
lequel il auoit nommévng des exécuteurs de fon tefta- 
ment, & aufïi Maiftre D reux Bude Audiencier de la 
Chancellerie de France > fe partirent de la ville de Pa- 
ris pour aier au corps ducut deffiund audit lieu de 


Digitized by 


Google 



ii Les Chroniques 

Meum : mais le feigneur d’Aigreuille Capitaine de 
Montargiisparlepourchasdvng Gentilhôme nom¬ 
mé Vuafte de Morpedon, furent arreftez audit lieu de 
Montargiis lefdis Cheualier & Bude,& illec furent 
vne elpace de temps: Et iufques à ce que le Roy les en- 
uoya faire deliurer,eulx& leurs biens, & depuis fu¬ 
rent par luy entretenus en leurs Offices de Trefbrier 
& Audiencier, 

Et eft affauoir que le ieudy vingt-troifiefme iour de 
Iuillet audit an foixante & vn, qui fut le landemain de 
ladiéte mort enuiron heure de nuit, fut veuë au Ciel 
courir bien fort vne tres-longue comete quiiettoit en 
l’air grant refplendiffeur & grande clarté, tellement 
quil fembloit que tout Paris feuft en feu & en flam¬ 
be , Dieu l’eri vueille bien preferuer. 

Et le ieudy 6 . iour d’Aouft quatre cens foixante 
& vng,le corps dudit deffunét arriua & fut amené re- 
pofer en TEglifede noftre Dame desChamps hors Pa¬ 
ris, ou il fut amené dudit lieu de Meum. Et le lande- 
main fut alé quérir audit lieu, & apporté à Paris en 
moult grande & belle conduire, ordonnance & re- 
uerence qui fut faidte audit corps, comme bien le va- 
loit: C’ell affauoir duClergié,des nobles perfonnes, 
Officiers, Bourgois& populaire. Et y auoit pour lu¬ 
minaire porté deuant ledit corps deux cens torches de 
quatre liures de cire chafcune piece, toutes arriioyees 
en double aux armes de France, & eftoient portées par 
deux cens poures perfonnes, tous reueftus de robes & 
chapperons de dueil. Et eftoit; ledit corps porté en vne 
litiereparles Henoüars de Paris. Laquelle litiere eftoit 


Digitized by G.OOQle 


dv Roy Loys XI. 13 

couuerte ôc aflèmblee dvng moult riche drap d’or, 
qui bien pouoit valoir mille ou douze cens efcus d’or. 

Ét deflus ladite litiere eftoit la pourtrai&ure faite du¬ 
dit defFunét Roy Charles,reuellu d’vn bel aby Royal, 
vne Couronne en la telle, & en l’vne de fes mains te- 
noitvngceptre,& en l’autre le ballon Royal. Et en 
ceeftatrat porté en la grant Eglife noftre Dame de 
ParisrEt tous deuant aloyent tous les Crieurs de corps 
de ladite ville, pareillement vertus de dueil, ôc ar- 
moyez deuant ôc derrière defdiébes armes de France. 

Et apres eulxeftoient portées deuant icelle litiere leE 
diètes deux cens torches, ainfi armoyees en double 
que dit eft.Et apres icelle litiere aloyent faifans le dueil 
MefTeigneurs les Duc d’Orléans, Conte d’Angolef- 
me, freres: les Contes d’Eu ôc de Dunois, Meflire 
Iehan Iouuenel * des Voifins Cheuaher Chancellier* iecroy 
de France, ôc le grant Efcuyer, tous reueftus de dueil ^^ aut 
ôc montez à cheual. Et puis apres icelle litiere aloyent f ms . 
à pied deux ôc deux tous les Officiers de l’Oftel' dudit 
deffiinét,aufli tous vertus de dueil angoifïeux, lefquels 
il faifoit moult piteux veoir: Et de la grant trifteüe& 
courroux que on leur veoit porter pour la mort de 
leurdit Maiftre, furent grans pleurs & lamentations 
faiétes parmy toute ladièbe ville. Et aufli y auoit au 
ioingriement de ladièleiitiere rix des Paiges dudit def- 
funèt, houfez ôc efperonner fus fix courriers tous ve¬ 
rtus ôc couuers de veloux noir, ôc lefdits Paiges audit 
habit de dueil. Et Dieu fcet le douloureux & pi¬ 
teux dueil qu’ils faifoient pour leurdit Maiftre. Et di T 
foit on lors que l’vng defditsPaiges auoit efté par qua- 

B iij 


Digitized by c.ooQie 



i4 Les Chroniques 

tre iours entiers fans boire & fans menger, pour caufe 
de ladi&e mort : Et le lâdemain qui fut le vendredy fe- 
ptiefine iour d’Aouft audit an foixante & vn, ledit 
corps d’icéluy deffimét fuit tiré hors de ladi&e Eglife 
de noftre Dame de Paris enuiron trois heures apres 
midy, & mené & accompaigné comme deuant eft dit 
en l’Eglife fainâ: Denis en France, & là il fut inhumé 
& y gift: noftre Dieu ait mercy de fon ame. Et vers la 
fin dudit mois d’Aouft noftre fouuerain feigneur le 
Roy de France Loys, lorseftant Daulphin de Vien¬ 
nois & aifiié fils dudit deftunél fucceda à ladite Cou- 
ronne,fiit facré Roy à Reims par l’Arceuefque Iouue- 
nel, auquel lieu il fut moult noblement accompaigné 
par la plus part des Seigneurs de nom de fon Royaul- 
me en moult grant& no table nombre. 

Et le dernier iour dudit mois d’Aouft il partift 
d’vng hoftel eftant aux faulxbourgs de la porte faintft 
Honnoré , nommé les Porcherons , appartenant à 
Meflirelehan Bureau qui fut fait Cheualier audit fà- 
creàReims, pour venir faire fon entree en fa bonne 
ville de Paris. Au deuant de laquelle entree ylïirent 
hors de la ville tous les eftats d’icelle, & par belle or¬ 
dre, pour illec trouuer le Roy & luy faire la reuerence 
& bien viengnant.En laquelle alfemblee eftoit l’Euef 
que de Paris nommé Chartier, l’Vniuerfité, la Court; 
de Parlement, le Preuoft de Paris, Chambre des 
Comptes & tous Officiers,le Preuoft des Marchans 
& Efcheuins tousveftus de robes de damas fourrées 
de belles martres. Et lefquels Preuoft des Marchans & 
Efcheuins vindrent aux champs rencontrer & faire la 


Digitized by 


Google 


dv Roy Loys XI. 15 

reuerence au Roy, 6c propofa deuant luy pour ladiétç 
ville ledit Preuoft des Marchans nommé Maillre 
Henry de Liures qui luy bailla 6c prefenta les clefs de 
la porte fainéb D enis, par ou il fift fàdiéte entree. Et ce 
fait chafcun fe tira à part : 6c au mefme lieu le Roy filt 
ce iour grant nombre de Cheualiers. Et en venant le 
Roy par ladiéte porte fainét Denis, il trouua prés de 
l’Eglife de fainét Ladre vn Hérault monté à cheual re- 
ueltu des armes de ladiéte ville, qui eftoit nommé 
Loyal Cueur, qui de par ladiéte ville luy prefenta cinq 
Dames richement aournees, lefquelles eitoient mon¬ 
tées fur cinq cheuaulx de pris, 6c eftoit chafcun cheual 
couuert 6c habillié de riches couuertures toutes aux ar¬ 
mes d’icelle ville .-Lefquelles Dames 6c chafcunepar 
ordre auoient tous perfonnages tout compiliez à la li¬ 
gnification de cinq lettres faifans Paris, qui toutes 
parlèrent au Roy ainfi que ordonné leur eftoit. 

Et en icelle entree faifant le Roy, eftoit moult no¬ 
blement accompaigné de tous les gransPrinces & no¬ 
bles feigneursde fon Royaulme, comme de Meflei- 
gneurs les Ducs d’Orléans, de Bourgongne, de Bour¬ 
bon, & de Cleues, le Comte de Charrolois fils vnic- 
que dudit Duc de Bourgongne,des Contes d’Angou- 
lefme, de fainét Pol, 6c de Dunois, 6c aultres plu- 
fieurs Contes, Barons, Cheualiers, Capitaines, 6c 
aultres Gentilshommes de grant façon,qui pour hon¬ 
neur luy faire en ladiéle entree auoient de moult bel¬ 
les & riches houfteures dont leurs cheuaulx eftoient 
tous eouuers, lefquelles houfteures eftoient de diuer- 
fes fortes 6c façons, 6c eftoient les vnes d’icelles de fin 

j■ 


Digitized by c.ooQle 



1 6 Les Chr^niq^ves 

drap d’or, fourrées de martres febelines, les aultres de 
veloux fourrées de pennes d’ermines,de drap de da¬ 
mas, d’orfeurerie, & chargées de grofles campanes 
d’argét, blanches & dorees,qui auoient coufté moult 
grant finance, &c fi y auoit fur lefdits cheuaulx & cou- 
uertures de beaulx ieunes enfans Paiges, & bien riche¬ 
ment veftus. Et fur leurs efpaulles auoit de belles ef- 
charpesbranlansfur les cropes defdits cheuaulx,qui 
faifoient moult bel ôc plaifànt veoir. 

Et à l'entree que fift le Roy à ladidte ville de Paris 
par ladidte porte faindt Denis il trouua vne moult bel¬ 
le nef en figure d argent, portée par hault contre la 
maçonnerie de ladidte porte deftiis le pont Ieuis d’icel-, 
le, en fignifiance des armes de ladite ville, dedens la- 

3 uelle nef eftoient les trois Eftats, & aux Chafteaulx 
e deuant & derrière d’icelle nef eftoient Iuftice Ôc 
Equité 7 , qui auoient perfonnages pour ce à eulx or¬ 
donnez , & à la hune du maft de la nef qui eftoit en fa¬ 
çon d’vn lis yfioit vng Roy abillé en habit Royal que 
deux Anges conduifoient. 

Et vng peu auant dedens laditfte ville eftoient à la 
fontaine du Ponceau hommes ôc femmes fàuuaiges, 
quifecombatoient ôc faifoient plufieurs contenan¬ 
ces : & fi y auoit encores trois belles filles faifans per- 
fonnaigesdeSerainestoutesnuës,& leur veoit on le 
beau tetin droit feparé, rond ôc dur, qui eftoit chofe 
bien plaifànt, ôc difoient de petits motets ôc bergeret- 
tes. Et près d’eulx ioüoient plufieurs bas inftrumens 
qui renaoient de grandes mélodies. Et pour bien raf- 

frefchir les entrans en ladidte ville y auoit diuers con- 

* - . — « • 


Digitized by LaOOQle 




Dv Roy Loys XI. 17 

conduits en Iadi&e fontaine gettans laid, vin, &y- 
pocras,dont chacun buuoit quivouioit : $c vng peu 
audeflfoubs dudit Ponceau à l’endroit de la Trinite', y 
auoitvne paillon par perfonnaiges, & fans parlerDieu 
eftendu ert la Croix les deux larrons à dextre & à 
feneftre. Et plus auant à la porte aux Paintres auoit 
aultres perfonnaiges moult richement habillez. Et à la 
fontaine (aine Innocent y auoit aufii perfonnaiges de 
çhaflfeurs, qui accueillirent vne bifehe illec eftant, qui 
faifoient moult grant bruit de chiens &: de trompes 
de chaflès. Etala boucherie de Paris y auoit efehauf- 
faulx figurez à la baRille de Dieppe. Et quant le Roy 
pafla il le liura illec merueilleux affault degens du Roy 
à l’encontre des Angiois eftans dedens iaçu&e baftille, 
qui furent prins & gaignez , & eurent tous les gorges 
coppees. Et contre la porte de Chaftellet y'auoit de 
moult beaulx perfonnaiges. Et oultre ledit Chaftel- 
let fur le pont aux changes y auoit aultres perfonnai-^ 
ges, & eftoit tout tendu par deffus ; •& à l’heure que le 
Roy pafla on laiflfa voler parmy ledit pont plus de 
deux cens douzaines d’oyfeaulx de diuerfes fortes &ç 
façons, que les oy felleurs de Paris kiflffcrent aler, com¬ 
me ils font tenus de ce faire rpource qu’ils ont fur ledit 
pont lieu & place àiour de fefte pour vendre lefdits 
oyfeaulx, Etpat tous ks Hcux enlüi&e vlUe par ou le 
Roy pafla càeioumee, êftoit tout tendu au long des 
rues biennotablsment : & ainfî s en ala faire fon oroi- 
fon en l’Eglife noftre Dame de Paris, depuis s’en re- 
toumafouper en £b>n*Palais Royal a. Paris en la. grant 
falle dicelluy : lequel fouper fut moult bel & plantu- 


Digitized by 


Googl 



i8 Les Chroniques 

tcux, & coucha celle nuit audit Palais.Et le landemain 
premier iour de Septembre audit an foixante & vn, il 
fe deflogea dudit Palais, & s’en âla loger en fon Ho- 
ftel desTournelles prés delà Baftille defainét Anthoi- 
ne, où il fejourna depuis par aucun temps : Et là il fift 
& ordonna plufieurs chofes touchant les affaires de 
fon Royaulme ,& illec fift plufieurs ordonnances, & 
defapointales plus grans & principaulx Officiers de 
fondit Royaulme : Comme le Chancellier Iuuenel, le 
Marefchal, l’Admiral, le premier Prefident de Parle¬ 
ment , le Preuoft de Paris, & plufieurs aultres. 

Et en leurs lieux y en mift d’aultres tous noimeaulx. 
Pareillement aufti defàppointa plufieurs Maiftres des 
Requeftes,Secrétaires,Confeilliers & Clers des Com¬ 
ptes, de la Court de Parlement,des Generaulx des 
Aydes, de la Chambredu Trefor, des Generaulx des 
Monnoyes & aultres. Et en leurs lieux y en mift de 
nouueaulx. 

Et le tiers lourde Septembre mil quatre cens foi¬ 
xante &vn, le Roy auècques les Seigneurs & aucuns 
Gentilshommes de fa maifon foupperent en l’oftel 
de Maiftre Guillaume de Corbie lors Confeillier en 
{a Court de Parlement. Et celle nuit le Roy le fift & 
creapremier Prefident du Daulphiné: & la y furent 

} )lufieurs Damoifelles & honneftcs bourgeoifes dudit 
ieu de Paris. Et en ce temps le Roy eftant audit lieu de 
Paris, fift de grandes, honneftes & bonnes chieres en 
diuérs lieux & hoftels de Paris. 

Etfiaduintcncétempsauditîieude Paris, quevne 
belle ieune femme nomnaeelehanne du Bois, femme 


Digitized by LaOOQle 



•Dv Roy Loys XV 19 

d’vn Notaire de Chatellet de Paris/e partit Ôc abfenta 
horsdelamaifon de fondit mary & s’en ala ou bon 
luy fembla. Et apres fondit mary bien confeille' de fes 
principaulxamis la reprint,& fe contint de là en auant 
auecques fondit mary bien & honneftement. 

En l’annee mil quatre cens foixante& deux enfui- 
uant,nefuruindrentgueres de nouualletes qui feuf- 
fent de grant mémoire, pourquoyn’en eft icy fai£te 
aucune mention. Et au regard de l’annee enfuiuant 

O 

mil quatre cens foixante trois, pareillement que dit 
elt,nefuruint riens que doye eftre mis en grant mé¬ 
moire: mais l’hyuer fut court fans eftre froit, & fut 
l’eftélong. Il creuft en ladi&eanneeafiez de vin & af- 
fez bon. Et au regard des autres biens de terre n’en fut 
pas grant habundance. 

Enl'an 1464. àvn iourdemardyquinziefmeiour * 
de May le Roy vint & arriua en là ville de Paris, qui 
venoitdeNogent le Roy,od illec la Royne s’eftoit 
deliuree d’vne belle fille. Et ce iour il fouppa en l’oftel 
de Maiftre Charles d’O rgemont feigneur de Mery, 

& puis s ? en partit audit mois de May de ladidfe ville de 
Paris pour aler es marches de Picardie, cuidant illec 
trouuer les Àmbaflades du RoyEdouart d’Angleter¬ 
re , que on luy auoit dit qu’ils y deuoient venir par de- 
uers luy, qui ny vindrentpoint. Et àceftecaufe s’en 
partit dudit pays de Picardie & s’en ala àRoüen & aul- 
tres heux de Normendie. Aduint que vng Balenier fut 
prins fur.meres marches de Hollande, dedens lequel 
eftoit auecques aultres vng nomme le Briard de Ru- 
bempré, lequel Balenier & çeulx que dedens eftoient 


Digitized by c.oooLe 





to Xes Chroniques 

furent prins tous prifonniers par les nauiresde Flan* 
dres: Et apres ladideprife faide plufieurs Picards & 
Flamans difoient & publioient que dedens icelluy le 
Roy les auoit cnuoy ez pour prendre prifonnier Mon* 
feigneur de Charrolois, dont il neftoit riens. 

En ce temps le Roy qui eftoit en Normendie s’en 
partit pour retourner audit, lieu de Nogent. Et puis de 
là s’en ala à T ours, à Chinon, & de là à Poitiers. Au¬ 


quel lieu de Poidiers ala & fut par deucrs luy vne Am- 
ballade de Paris, luy requérir aucunes franchifès pour 
ladide ville, dont riens ou que peu ne leur accor¬ 
da, finon que l’impolition foraine n auroit plus de 
cours en ladide ville, qui neftoit pas grand chofe: 
mais ils n’en ioüyrent point nonobftant leurdit 
don, pource que les gens des Comptera qui leurs 
lettres s adreffoient, ne leur vouludrent bailler d’i¬ 


celles leur expédition. Etauffi furent deuers le Roy 
audit lieu de Poidiers les Amballadcurs du Duc de 


Bretaigne, qui par luy furent oys fur aucuns articles 
■qu’ils luy expoferent touchant le fait du Roy & dudit 
Duc: Lefquelsarriclesou la plus part d’iceulx furent 
par le Roy accordez, & cniceulx articles accordan t lef 
dits Amba/ïàdeurs promifrcnt de faire venir ledit Duc 
de Bretaigne audit Poidiers ou ailleurs , pour, confer-*- 
mer ic euix articles accordez. Et à tant le départirent 
dudit lieu de Poidiers lefdits Ambalfadeurs, feignons 
eulx retourner audit pays de Bretaigne : mais ils firent 
tout le contraire, comme cy apres fera di t : car ils parti-* 
rent dudit Poidiers àvngiourdc Samedy, & ceioür 
ne firent que quatre lieues, &: illec demourerent iuf- 


Digitized by ^.ooQle 



dv Roy Loys XI. ±t 

que$ aulundy enfuiuant que Monfèignèur le Due de 
Berry frere du Roy s’en partit auili dudit lieu de Poi¬ 
tiers , & vint iufquesaufdits AmbafTadeurs qui le re¬ 
cueillirent & l’en emmenerenc audit pays deiBrerai- 
giie à bien grant haftei & diligence,pour paouir que le 
Roy n’en euft nouuclles & qu’ils reulTent iuiuis. Et 
défia efloit audit pays ale par deuers icelluy DucMon»* 
Jfeigneur IcComte de DunoysîEt £ s’en alerent audit 
pays de Brccaigne apres, ledit partément aucuns partir 
culiers par deuers monditlèigneùr de Berry. 

Et tantoft apres ledit partcmcat ainfî. fait que dit 
eft, Monfeigneiir le Duc de Bourbon porta guerre au 
Roy ôc à Tes pays, & print toutes les finances qui e- 
fioientau Royeitanseri ces pays, & fi y fill prendre & 
arrefter lefdgneur de-Crufibli qui cftoit fort faihilier 
du Roy. Et lequel feigneui de Cruflbl patfôit lors pat 
les pays de niondit lcigneur de Bourbon , menant 
auccqu.es foy faniUe & plufieurs de fes biens, tous 
lefquels furent en arreftch la villedeCbfhem' Bour-^ 
bonnois. 

Et apresles.chofcs defïufHidtes furent auffiarreftet 
prifonniers en la ville de Molins, le feigneur deTray-* 
delparauant Gbancellierde France,&maiûre Pierre 
Doriolle General desfinances du Roy,lefquels furent 
longuement détenus en^rreft en kdîâbe ville de Mo-» 
fins: Et puis apres parmonditleigneurlc Duc furent 
deliurez, & s’en retournèrent par deuers le Roy. s. 

- > EtleDimencfie dou2defmeioorde Mars audit an 
qpaatrecens fbixàn te quatre,apres ledit partementdè 
Monfeigneur de Berry dudit fieu de Poitiers, Am 

C iij 


Digitized by 



Les Chroniques 

thoinc dé Chabannes Comte de Dampmartin, qui 
eftoit conftitue' prifonnier en la Baftille fain<ft Anthoi- 
11e, s’en partit & efchappa dudit lieu & s’en ala en Ber¬ 
ry & en Bourbonnois: où illec il fut reeueüly par les 
gens de mefdits fedgneurs de Bourbon & Berry. Et 
pouroccafion dudit efchapement en furent pluueurs 
conftituezprifonniers. 

: Et lemercredy enfumant quinziefme iour du mois, 
Meftire Charles de Meleum Lieutenant du Roy,Mai- 
ftre Iehan Balue Efleu Eucfque d’Eureux, & Maiftre 
iehanle Preuoft Notaire & Secrétaire du Roy, vin- 
drent & arriuerent à Paris-en loftel delà ville, où illec 
fut faille ledure d’aucuns articles dont le Roy leur 
auoit baillé charge. Et apres ladide ledure ainfi fai- 
de, furent faides en loftel dèladide ville plufïeurs 
belles O rdonnances pour la tucion, garde, & feureté 
d’icelle ville : comme.de faire guet & de garder les por- 
tesxi’icelle , les.aultres fermer & murer : & mettre 
les chefhes defer des rues de ladide ville en eftat, pour 
feruir quant meftier en feroit:& plufieursaultres qui 
longues feraient a eferipre, que icpaflè cypour caufe 
derbriefucté. y. iv.:! 

En ce temps furent prins par inuentoire & mis en la 
main du Roy, tous & chafcun les biens de Pierre Mo¬ 
rin trouuez & eftâns à Paris , pource.qùe ledir Morin 
qui eftoit Treforier de Monleigneur de Berry tenoit 
pour ledit fei^neur contre le Roy , 1 a Ville Ôc Tour de 
Bourges 2. & a cefte caufe le Royjdonna POiKcé de 
Huiffîer du Trefbr qui eftoit audit Morin,à vng norsu- 
irté Iacques Tefteclerê. 


* ■ 


Digitized by c.oooLe 


dv.Roy Loys XI. 25 

Et apres le partement dudit Dampmartin,il trouua 
façon & moyen de prendre & auoir iur GiefFtoY 
Cueur, fils de feu Iacques Cueur, les places de fainâ: 
Forgeau&fain&Morice,oùilprint leditGiefFroy a 
fon prifonniér, & àueequesaum print tous les biens- 
quiîauoitèfditslieux. 1 - ' 

Et apres ces chofes le Roy s’en tira deuers Àngiers 
& le pont de See, pour fçauoir le vouloir deceulx qui 
ainfi s’eftoient mauuoifement de luy départis & alez 
audit pays de Brétaigne. Etauoit le Roy auecques luy 
pour le accompaigner, le Roy de Cecille & Monfei- 
gneur du Maine : Et fi le fuiuirent plufieurs gens de 
guerre de fon Royaulme, & en grant nombre, quôn 
eftimoit eftre de vingt à trente mil combatans. Et 
apres que le Roy eut.ainfi efté iHec vne efpaflè de 
temps,voyant qu iln’yfaifoit gueres sen ala & tira 
au pays de Berry vers YiTouldun,Viarron,le bourg de 
Dreux, &aulcres places enuiron : & mena auecques 
luy grant quantité de fes gens; de guerre & de fon ar¬ 
tillerie, & laiflà lefdits Roy de Cecille & feigneur du 
Maine bien accompaignez de gens de guerre,pour 
garder & deffendre que lefdits de Bretaigne mentraï- 
lent en, Normendie ne en aultres fieux de ce Royaul¬ 
me, pour le dommaiger. 

- Et quant le Royfut ainfi venu audit pays de Berry 
que dit pft, il ièj outna illec vng peu de temps, & puis 
s’en partit pour aller au pays de Bourbonnois : & laifi- 
fa la ville de Bourges fans y aler,pource qu’il y auoit 
grant garnifon dedens ladiéle ville, dont eftoit con¬ 
ducteur & Capitaine Monfeigneur le Baftard de 


Digitized by c.ooQie 



*4 Les Chroniqves 

Bourbon pour mondit Jfcigneur de Berry : & vint 
entrer aüdit pays de Bourbonnois ,ouillcc enuiron le 
iour de l’Afcenfcion noftre Seigneur, la Ville & Cha- 
ftel de fainft Amant Lalier fut prinfe d’atïàult, & peu 
de temps apres luy fut rendue la Villç & Chàfteldé 
Molucon parcompofition,ctedcnslaquelle eftoient 
laques de Bourbon & trente cinq lances , qui s’cnale- 
rent eulx & leurs biens faufs, & iurerent que iamais ne 
s’artreroient contre'le Roy. . 

Et la veille dudit iour d’Afcenfdon Noftte Seigneur 
arriuerent à Paris Monfeigneur le Chancelier Trai- 
nel, Maiftre Ethienne Cheualier,Nicolas de Lôuuiers, 


Mailtre Iehan de Molins : par lefquels le Roy efcrip- 
uoit à Tes bons bourgeois, manans & habitans de Pa¬ 
ns , en les merciant de leurs bora vouloirs 6c Iqyautez, 


en les priant & enhortant de bien en micubc conti¬ 
nuer : Et par iceulx leur mandoit qu il leur enuoyeroit 
la Roync pour accoucher à Paris,comme à yulo du 
mondé queplus il aimoit; ? 

Et le ieudy penultiefine iour de May l*an mil quatre 
cens foixante cinq ,aduint que à vng moulin qui eft 
par delà Moret en G affinais, nommé le moulin ba£- 
lèt, en vne hoftellerie illcc criant fe vûwfcent loget 
I ehan de la Hure marchant de la ville de Sens» vng ficn 
nepueu 6c aultres en là compaignie: & en ladite ho- 
fiellerie enuiron minuit vindrent de trente à quarante 
hommes a chenal tous en armes, qui eftoient venus 
défaits lieux dcfainéf Maurice & fainét Forgeau, qui 
ernmenerent pc^oniiiers efdits lieux lefdits: laHure tic 
ceulx de ladite compaignie ,enfemble tous. leurs 

biens 


Digitized by 


Google 



BV Rô'y Lôÿs XI. 

biens & bagues : 9e dudit teriips te Roy ordonna de; 
rompre &■ abbatré 4es portt&de Chamois, de Beau-; 
mont fur Oife, & aultres. 


Etleieudyfixieûneioutdeluing audit an mil qua¬ 
tre cCfisfoixante cihq \ âdüïïït a Paris en k rue faind 
Denis deuant labarbedor,que vng ancien homme, 
Bonnetier nommé Iehan fylarceau,fe pendit & eftran- 
gla en k maiion^ 8c fut le corps trouué mort. Si fut 
deipendu & apporte' aüChàftelletde Paris ,ponr eftijef 
illec vilité: & apres ladi&e vifitation fai&e fut enuoyé 
ôc porté pendre ledit corps au gibet de.Paris. Et en ce 
mefme iour y eüt vhg kboureur démontant- VCli-r 
^nencourtnommé Iénan Petit, quicouppa la gorge 
à là femme. , , ; , - ; j 


En ce temps le BâftafddeBourgongne&leMaref^ 
chai de Bourgongne ââéompaignea de grantquanti-t 
te de gens de guerre de la compaignie dudit Monlèi- 
gneurdeCharrolois, eommencereittà courir fus aux 
villes & fubje&sdu Roy par port d’armes,& vûjdrent 
prendre fus le Roy Roye & Mbntdidrer J&tjorS Mon- 
îèigneur’le Conte de N'eùers & Iouaehia Rpuault 
Mareichal dé Prince,' éftansponftfoRoÿ çkdèns. la 
ville de Péronne a tourbien ipiatremîl corhÈ^tans, fe 
retrayerent àbîoyon & a ConapiengUeb &laiflerçnt 
audit lieu d^Peronne -pxmr k sarde d’icelle » des< no¬ 


bles de >Frantaey tecihqlcms francs archicrs, :. Jï. ; ; ; 

Et le Dimenche vnziéfiiaeioucdudic mois de Iuing 
futfaiéiq àPaosvüé moult Belle.& notable procef- 
frbrti^enanlèefoudumiiLpmrÉecs, moukdk kinéfes 
reliques,^ entée Mitres ïairtéleseliofésf^rentportees 

’ D 

. -J 


Digitized by c.ooQie 





iê Lés CHÉ-OifiQjfK? 

les cliafles de Madame faip&qÇ ençuiefue &ç fain& 
Marcel : Et par beûe orid wpafiçç ÿindrint en la,gratis 
EgiifedeParis,oùillec futcjbanteevnç haulteMelTe 
de noftre Dame* Et ittee prefcha .au .peuple Maiftre 
de Loliue Do&wr en 7* heoiog^gui de* 
claira qüeladi&e aflèrablee de çoiigregacion fè Faifoit 
pour la faute'& bonne profperitc 4u t R,oy, & auili de 
la Royne& dufnii&qui eftoitaUlQW dfc^>&poûr 
la paix ôc bonne vnion eftee flaife entre le Rcfy- & les 
Princes : & pour les biens dec^tre. 

Audit temps le Roycflamm Bourbonnais s’en ti¬ 
ra à fainû Pourfàin ,anquelE^U’Madanie la Duehelfe 
de Bourbonnois de d’Auucrgne fa fœur.s’en aiapour 
parler à luy, comme delplaifante du difçord qu’ellç 


Bourbon lm mary. Et pour .y (»ider trouuer bon 
moyen ce qui nefepeutfaite lots ï&t, cependant ledit 
Monkigneucki>ucyuida hoïs,de Mo.üÆins > & s’en 
âl&àRyon. - ' L r : 7 v 

Audit tempsfùt ordonne en l’oftdl de la villede Pa¬ 
ns, que les pomudefaieuftM^rtin^ Montmartre, le 
T eroplc', fainfb Geo^ain J^c%rez»füïi^Vi<ftot,fis 
fainft Michel, SCermmt tnautcsmurecs, & quôoi ferdic 
guctde nuit deffus les murs d’kdlc ville 
- Audit temps futennoyc nacrcrc leite^eidcuancfàin^ 
Morife,tenu Arioccupe paxladuen dudML<3aiirc dâ 
Dampmartm : À tenir lequel liège y êftcitle Bailly ■ de 
Sens nommé Meffire CHarLesdc Mclcun^âc pluJaéUJCS 
gens de commun# aneequçs itsydEt endures y.iut de 
rechiefeüuôyë AntHoinè Bailly de Mebun > qui y me* 


Digitized by LaOOQle 






, D.v Roy Loys XI. 

na auecqües luy aucuns archiers 5c arbalcftriers dudit 
lieu de Paris : 5c tântoft apres que ledit de Mcleun 5c 
iceulx archiers 5c arbaleftriers furent ainfi arriuez de-- 


uauic ladiébe place,ceulx dudit fainét Morifè fe rendis 
rént par coimpofition, & baillèrent ladite place. 

Audit temps aufli aduint que vng nommé maiftre 
Loys de TilÉerçs, Notaire 5c Secrétaire du Roy 5c 
Treforier de CarcalTonne 5c.-Grened.er de Selles eu 
Berry, qlii eftoit feruiteur de meflire Anthoine de 
Chafteauneuffèigneur du Lau, fut tuépar malle forr 
tune d’vngatchicr quieftàyoit vn arc duquel il droit 
vne flefche contre vng huys qui eftoit deuant luy, que 
à feure ledit maiftre Loys ouuroit, 5 1 luy vint paflerla 
flefehe tout au trauers ; du corps : âc.inoonthicnt s’eu 
alageéterdeflîisvnecouchetteeftant en la chambre: 
demis laquelle il rendit famé à Dieu incontinent 


après.: •. . ■ 

Et le iôur faipift Iebari fiapfcifte vûtgt^qimmefott 
jour dé Iüing, aucuns qui fe baignoientà leurs plai- 
fances en la rmierc de Seine par malle fortune fe noyè¬ 
rent : 5cpour caufe de ce fut edé par les carrefours de 
Paris;quede là enauantnidinc feuft fi hardy de foy 
aler plus baigner en ladiéte riuiere: 5c que chafcun 
teint de iour aeuant fomhuysvpgfeau d’eaue, fur pei¬ 
ne de pîifom & de fbixante fouis parifis d’aaméhde. 

Et le landemain vingt-cmquieîmc iour dùdit mois 
de Iuing,fut ordonné en ladiâe ville de Paris que tou- 
teslcs chefnes-des Tués deladiéte ville fcroientabatues 


& laüfees gc&r fin terre, és lieux ou elles font ordon- 
nees,pour eftretoutespreftes , & regarder ouilyau- 

D ij 


Digitized by 



ï-t Le s C b r om qv% s 

roic feultc pour les amender & y poutuebir à festrôü- 
uet toutes preftes quant befoing en feroit: ce qui fut 
fait. Et fi fut aufli ordonné & enjoingt à vng chafcun 
de ladite villeq'u'ils fdatmaffenty&; eudenüproùifion 
darmeures chalcun félon fon eftat jipour la garde de 
ladite ville, & pour eltre tous prefts quant meftier en 
lèrqit. Et ce par cedulîes enuoyees de par ladite villea 
vng chafcun particulier. ; ' J :< % ?• > : 

Audit temps tous Bourguignons, Picards, & aul- 
tres nations del’obeyfïance!& loubs la conduire du¬ 
dit monfeigneurde Charrolois,miatcherent tant en 
France qu’ils vindren t Sp arridcrent îufques a Ponts 
faindte Maixance,qu’ils .trouuerent moyen d’auoir, 
& que vng nommé - tyadre qui en eftoit Capitaine 
pour maiilre P ierreL’oifeureleigneur E) ermen onuil- 
le, leur bailla par compofition & argent qu’il en print 
dudit feigneur de Charrolois. Eta cellecaufe vindrent 
'&pafïè£sntparray:i f IifledéFtande, qui par lesdefluf- 
•dùs’fut fort dommaigé: nonobftant quils dilbient 
par tout ouils palïbient qu’ils venoient pour affran- 
chirle pays de France pour lesbien publicq. . 

Et incontinent apres ledit palîàige mit audit Ponts 
fainéte Maixance, lefdits Bourguignons eurent la pla¬ 
ce de Beaulieu qui longuement atioit elle tenu contre 
iceulix Bourguignons paraucuns dè la charge & com- 
paignié de Iouachin Rouault, qui s’en alerent par 
compofition eulx & leurs biens làufs. 

£t lefdits Bourguignons âinlivenus en Iadiéte Idc 
de France, s’efpendirent en diuers lieux en icelle , & y 
prindrent Dampmartin, Nantoullet, Viliemonble, 


Digitized by C.ooQle 


dv Roy Loys XI. z ? 

& aultrês menues places. Et puis à Laigny fur Marne 
où ils firent plufieurs exploits, comme de ardre ôc 
brufler tous les papiers qu’ils trouuerent fur le fait des 
Aydes, & ordonnèrent en ladiébe ville que tout yfe- 
roit franc : & fi ordonnèrent que le fel qui eftoit au 
grenier dudit lieu pour le Roy raft baillé & diftribué à 
tous ceulx qui en vouldroient auoir, en payant le droit 
du marchant feulement. 

Et le Dimenche dernier iour dudit mois deluing 
audit an foixante& cinq, Iouachin Rouauit Maref- 
ehalde France a toutcent & dix lances, vindrent & ar- 
riuerent en la ville de Paris pour la garde d’icelle, com¬ 
bien qu’il n’en eftoit gueres de meftierrcar les habitans 
d’icellé qui tous eftorent bien vnis & loyaulx au Roy, 
eftoientafTez foufEfans pour la garde d’icelle ville. 

Audit temps le Roy qui eftoit au pays deBourbon- 
noismift lenege deuantRion en Auuergne,dedens 
laquelle y eftoientmonfeigneur le Duc de Bourbon* 
le Duc dé Nemours, le Comte d’Armignac, le fei- 
gneurd’Albret, & aultres. Et auoit le Roy deuantla- 
diébe ville la plus belle & noble armee que oncques fut 
guère veuë: car il auoit de bonnes gens de guerre & de 
grant façon, vingt-quatre mil hommes combatans & 
mieulx. - ‘. 

* Et apres que ledit ftege euteftéainfimis deuantladi- 
£be ville de Ryon, & voyantà Paris que lefdits Bour¬ 
guignons approuchoient de lacfiébe ville, fut ordonné 
Sc eftably en icelle ville de Paris vng grant guet à che¬ 
nal , quialoit toutes les nuits fur les murs & en ladiébe 
ville, depuis l’eure de minuit iufques au iour apparant: 

D iij 


Digitized by c.ooQie 



30 Les Chrôniqves 

Pour la conduire duquel guet y auoit Capitaines or¬ 
donnez par icelle ville par’chafcune nuit, de gens de 
façon d’icelle. Auquel guet eftoient ordinairement de 
huit vingts àdeux cens cheuaux, ou miculx. 

Et le lundy fécond iour de Iuillet audit an, maiftre 
Iehan Balue Èuefque d’Eureux, fift le guet de nuit par- 
myladi&e ville, & mena auecquesluyla compaignie 
dudit Iouachinauecques clarons, trompettes & aul- 
tres inftrumens, fonans par les rues &c fur les iriuts,qui 
neftoit pas accouftumé de faire à gens de guet. 

Et lemercredy quatriefmeiour dudit mois de Iuih- 
let audit an foixante-cinq, le Roy eftant deuant ledit 
lieu de Ryon eferipuit à meflire Charles de Meleun 
fon Lieutenantaudi^Paris, audit Iduachin &c audits, 
habitans de Paris, par fire Charles de Charlay foi* 
Cheualier de guet audit lieu de Paris, par lefqueües 
lettres le Roy mercioit moult fort ledits hàbitansde 
Paris de leurs bonnes loyaultez, en les priant & exhor¬ 
tant de toujours y continuer & perfeuerer, & que de- 
dens quinze iours enfuiuans luy & toute fon armee fo* 
roit à Paris : Et fi leur mândoitde bouchepar ledit de 
Chatlay certain accord qu il auoit fait aüec lefdits 
Ducs de Bourbon & Nemours,& les fires d’Armi- 
gnac & d’Albret. Et comment en faiiànt ledit.accord 
chaücun d’ëulx auoit promis au Roy de bien & foyâul- 
ment le feruif, & de viure & mourir pour luÿ. Et pat 


aultrés deffus nommez, prome&oienrde faire tout 
deuôir , de faire faire la paix au Rôy par les aültres fei>- 
gneursauecqueseuk allez contre luy. Et que pour ce 


Digitized by LaOOQle 


dv Roy Loy$ XI.’ ji 

faire feraient enuoyezde par Iefdits quatre fçigneurs 
certains A mhaifadeurs deuers le Roy a Paris dépens lç 
ioiir 6c fefte de my Aouft enfuiuant, pour traiter de 
ladi&e paix. Et que ouiefdits aultres feigneurs. auec 
eubcaliez contre luy .ne vouldrent entendre à icelle 
paix, ils promifrent 6c iurerent que d’orefnauanc a ia-r 
mais ils ne s’armeraient contre le Roy,&j qu’ils vi- 
uroiemc &: mourraient pourluySc.fon Royaulme. Et 
futtouteequediteft ainfi protni^par Iefdits quatre 
feigneuüSjftu lieu de Moifliat près dudit Ryon. Et 
pour plus ample promeife ils s’en obligèrent es mains 
de deux Notaires Apoftoires, vovdans 6c aecordans 
eftre incontinent excommuniez fepar eulx,ou l’vng 
d’eulx eftoit fait le contraire. Et pour les nouuelles def 
fufdt&e$ fut ordoirik 6c délibéré que le vendredy en* 
fuiuant ea; feraient faites procédions generales en 
l’EgÜfc defain&e Katherine du Val des Efcolliers à 
Paris >kquelk v hit fai&e bien honnefte 6c folempt- 
nette, & y prefcha ledit ioür maiftre Iehan Pain 6c 
Chair Dodeur en Théologie. 

Eckmccredy futpublié 6c fait fçauoir par les car¬ 
refours de Paris* que en chafcunhoRel d’icelle ville y 
eut vne lanterne 6c vne chandelle ardente dedens du¬ 
rant la mut; que çhafeun meChaige qui auroicchien 
l’enfertnaft cn&maifon, 6c iùrpeinedelaharn : r 
u r. Et le vendridy enfuiuant la cotnpaignie, ou la pluf- 
part defilits Bourguignons vindrent 6c arriucrent à 5. 
Denis en France eulx loger illec. Et ce iour venait à 
Paris trente chcuaulxdcnaaree, dont Iefdits Boucgui 4 
gnons eivpriadrcatles vingt 6c deux, les aultres nuit 


Digitized by 



"%i Les Chroniqves 

cheuauxfefauUerent& vindrent à Paris. Et bien toft 
apres que lefdits Bourguignons eurent efté ainfiarrp 
uez audit lieu de làin<5b Denis, partie d’eulx s’en ale- 
rentdeuantlepontde faindt Clout pour le cuider a- 
uoir, cequ ils ne peurent pour celle rois, & a tant s’en 
retournèrent. 

Et le Dimenche feptiefme iour de Iuillet audit an 
foixante-cinq, lefdits Boürguignoüs vindrent voul- 
llerdeuaht Paris'& n’y gaignerènt"riens, finon qu’il 
en y eut aucun d’eulx tuez de l’artillerie, eftant defliis 
les murs d’icelle ville, & puis s’en retournèrent, audit 
lieu dcfainâ: Denis. ' •» • • 

Et le lundy enfuiuant huitiefine iour dudit mois de 
Iuillet, lefdits Bourguignons vindrent de rechief dé¬ 
liant Paris \ êc delïogerent tous dudit fàin<£fc Denis, 
en amenèrent àueceulx toute leur artillerie. Et pour 
grande cautelle & fubtillité enuoyerentauant qu’ils fe 
monftraflent quatre de leurs Heraulx aux portiers de 
la porte faind Denis, dé laquelle éftoient Commiito 
res & Capitaines pour leiour,maiftre Pierre L’orfe- 
ure feigneur Dermenonuille, Sc rpaiitre Içhan de 
Pompaihcourt feigneur de Cervelles , &; vihdrenr fëfc 
dits quatreHeraülx demander des viures pour leur olE, 
& auili que on leur donnai!: pafTaige parmy ladite 
ville, & dirent que feon leur bailloitt ledit palfaige^ 
lèfdits viures qu îlsentretoientdedens laBidevüîe au 
def-honneur & grande confufion d’icelle ville. ï 

> Et ainfi queon efcoutoit lefdits quatre. H eraulx fur 
lès ehof& deffufifc£les, Srauant queon ieu£b peu auôk 
loifir de leur rendre aucune refp once, leffe'Bourgujt- 

gnons 


Digitized by c.oooLe 





bv .Roy . Lo.ys XI. 3 $ 

gtl$®s cuis^iMrpjciidrfi àïk^camaÆii les fôhfa&s de 
S^âQ^Uc^Pc ftadfraemfcnt caik q^rgatrdoierk, ladi r 
ëfceporte dfe 5; Deftis ,vmdr<ent. à grant faneur girofle 
cbftïpaignie Pc artncepaflêc iufques .à (àinftjUdre ëç 
pljsatfWtt» cttLdamègaigcwE ksbimeces' qui aüx&ulxt 


boraSjdebi 


lc:Hakarit.Iâdi£lte porte auoient 
çfté faites, Avenir iufquesà lachâre porte Pc dedenfc 
ladiëfegifte, «a: j ettgntparr eulso canonsyferpenriner, 
Pc fmltEes trdiËfe lAqupykÜri^ Pc 

vàillamment refilte parles bourgois de Paris, 6t àuh 
très illec.de par iadicSbe yillc^ par les gens dé 

lotiachinâc de Idy? «dîmes qui s’y vihdreàt trobuen 
Ecyeiitlors defHits Bourguignons tirez iraurear & 
puis s’en retournèrent aux champs km aultre choft 
faire, 8c femifrent enbataiile deuanc ladite ville i St 
bis y :eüt beau hurxibilis de barons, vulgytes ,< ferpen- 
tines, coiileurines, & aultre trait quf leur fut enuôyë 
de ladite ville,& donty eut aucunsde met ôc !naurez> 
Etdurantladiéteelhmbtfé^ paiflart refi¬ 

rent à verge du £haiMlet dé Paris nommé Caflft 
Chollet^qui encourant fort efchauftëpat plüfieurS 
des unes de îPaxâq erioip àtautte Vof& ces mots j bôütëi 
vio uftous end'os; maifont 8c ferme» vos huis, Cto léfc 
Bourgmgnoûs font entrez dedens kvïife. Età eaïlfë 
de feiîdy qu’il hityeüitpiufieurs ferflMeSgroffes qui 
enhoaoüdietienpauant'teril^yèc d'afûltrcâ éïi iti 0 urù- 
renf&pefthfbmlèurenfendement. "• 

• Le mtody ëhfuiuâfnt rie fut riens fait deuaht Paris, 
finm^uhleÉohted^^âï^Pc^ qiîi éffeoit audit lieu 
detkin&Penis auecqùes : lddk ; feignent dfeCharrolbis, 

E 


Digitized by 



$4 .-Les Cri roNieves 

ic partit cludit lieu def^inû Denis aueeqüéS4ücün$ 
Pidtrds & Boyrgriigiions'eftans iïidit lieù 'd^fam^ 
D cuis, poutfs^eii aler au poncfaindtCloud, ôc poürle 
prendre & auoir, ce qu’il ne peuft pour ce iour : Et le 
mefcredy enfuiuant nicraenep aumütfefàiirift Pot ccf- 
taine quanDittj d^artiHerredadic ïcignbxbdeaCharro- 
lois, cotnmede cinquante a fûixante chariots. Et ce 
tnefmeioucaucuns de Ikoompaignie de meflire-Picrre 
deBraeyffircàtkonde!Pai-tscpcna.ralefaleurauèntU- 
re deffiis lefdits B ourguignons,• qui aïnfi Soient audit 
iàinét Cloud; defquels Bourguignons en fut par eulx 
medeux ÿ ôc en fht prins cinq rident l’Vng dicedlx dut 
fort nanre, & tellementque tout le douant defbn vi-. r 
faige luy fut aba tu d Vng coup d’efpee, & luy pendoit 
le viiàigeàiafpeaniur fà poitrine ; Et pat icculx, Bour¬ 
guignons fut prins vng Arcbidr feruiiieiir. de Mcffire 
Iehan Noyer Cheualiet de la compaignie dudit Bre- 
2 e. Et ledit iomldç mercredy enuiron fix heufes de 
nâitdefdits Bourguignons; bailler enr vite. éfearmou- 
ehe terrible & mérüeulêufe-àubouleuàrt dudit fainét 
Cloud, qui fort efpouuenta ceulx de dedens qui le te-i 
noient pourle R,oy : telljdment qu’ils poudrent com- 
pôfition dé rendre ledicipont à ITeure prefeiterce qu’ils 
firent & s’en reuindrent à Paris , eulx & leurs biens 
faufs : & fi promirent de liurer.& bailler lefdits cinq 
Bourguignons prins ledit iour. Et pour ce faire de-, 
mourerent pour oftages laques leMaire bourgeoisdfe 
Paris, qui eftbit Capitainéduditfàinâ: Cloud, &vng 
homme d’armes de la compaignie dudit JdeBreze, 
eilant audit pont defain€l Cloud* ; \ , ■ • 


Digiftzed by Google 


forknurbi'4’€lfîBîd<3la 
ville de Paris vng grandConfeil; pour délibérer &. 
i^ôk^i^i^reÇonfcièf^itixndÂëatriiiitsJBouxgiüi; 
gaoiis^tel^a'ilsîuoiqnc rpqius! que deladidievUle: 
rrailèrit^Uôyerâricünsdelegciez paricellcvilk', par 
deuenleditfeigrieur He Ghârrolois pourleur eftre dit 
pat adxîpéebdudie ôi>kft>fecKtv lesueàuüês; pour lcfrt 
quelksdsdftbiôrframfrye^ paÿsdc 

France.' A quoy feé coricludqaæ^on ferék-fçaüoiri a.u« 
dkdeCharioîoisqit’ïi \caü»3ÿaftbjamdaüfiondkiit f, 

t» -r • i ... .. ! t. : • rr • r r • i nt 



pûurau 


toiotpnq 


de Orléans , ouâ EonGonfoireflarndudit jHcu dcPan 
ris , f pour leur faire telle'refponcequ/ii iferoit aduisç de 
fairp: Et cttrafcffiif ifltaf-vâ^e&ta^^ 
fkne^cnüiijffliidriîq lieiiRkœd^ndflœ^^ 
ledit fergncuk - deCftarro lois’, pour auoir laneiponce 
de <æ quexlirefti'AuFqaek 1 fiarfdlo conxnse dèuant eft 
die r y àf qnéledbdeChaçrolad^iapjprqufchaÛida aücufa 
lüeuiprésjparisj'&eiiuoyaft; bdic raùf cpriduiüôcque 
ouvrait à Idy çoUr l ? e£couter,6s.aültre choie n’eurent:. 
Etapmces chofesiiis feqeiroacanolr^cinnai^imt dit; 
naprÈrj&î fSaxdhjamra : isuecj dè lknioc^doriti tbfeux; fut 
baille: & fi. demandèrent à auoir. du Jkcréi St aukres 


drpgucri^pqinraucuns GenrildioaimidS-qui eftoient 
maJadesenleiiE Chfcydoift æml kurrific rejfêfe* qui s en 
tindoantà, bienùfial xonions de:Ceul«::dé ladite ville; 
Çcà tant s’en retournèrent iceute deûx Beraivilx, 

Eij 


Digitized by 


H és ? .CHlR.ONïîQrss 


mois de Iuiliet atuqüti an fohôanfie & quinze *atrâkercnt 


re GuHkiimoGon^imrpqnirjçportç^ntJ^t^de^aï 
le Roy aux ’Bouigpis $ mahànst & habitant® ide ladidte 
ville, par la teneur defquelksle: Roy ks rajeccioit cx>m-* 
me deuaqt die/leuni bonsiQuloirs ipi’tkia&ateht cnn 
uirs luy j'&iderkrbonne ; âo efiandeitefiftenbe-qbaJb 
auoient fài £fce à Kencompelddioits &0(iU3guîghcaM. Et 
qu’ikva^ffihcadidtsftaiiby kiffii w <:do Ja.Bofcolc jfib 
Ganfiasocdieiaaii cc^ttikleiflrxÛDo^ntidepM^y^Iià* 
quelle <rrcdaM:e ed»iocn^et jqne le Roy lès mercroit 
mouladeifois de/lcun. grandes: k>yaultez „j3c ft leurl 
priait loülwte jdç iriifulk jconctFf 

nuer-j !Ec qhaxkffcmiébiioly aftfuitkrit tl jEaroit l.Pak 
th yeoimmanhéitxhtraocndc que,plus â dcûhjiteftre* 
pont damier Teqidde 3&t>jkowiiion rp^wwfcjÆ qui! 




i\èi[ 


meqafcm&l ncincannanmd vcmft erüadiâieyiflc, cnt 
poiuble luy {croit d c ^ymümeo ir;. Audi die &jpria kt» 
ditGûMtfinbddeptîj ieRoy çqmc cenbcxikjParis :pQii& 
tseodèmau logis. des gûnsi d’annes fiede tcaâi[3: qtu3:M 
Roy amoit & menait aüecqucs.litiÿ : 8c suffi dé mettre 

* ^ V 1 | • A f * ■*- §■ , Z'® r v 




du potmaiftreld enry dë iiiucaJ 3 œua&dcs, fyknkanE, 
que:suffifecokoû.. i ziv/:..A.i ;.:.t h il 

:-i Et le Iqndy.fjn^uuant-Géfdcigg.Boucgnignons 1 qifc 
eftoietdeî^gez idaffid fiânébGloiiR^ anall etméldgci 
à- Montlehery^mbt ^tiouDeiïtüraii^rie^ciddandaètt 


HH»” w il» k EM ww 


Digitized 


Iby GoOglC 



&v Roy Lots XI. 1 $7 

& de Brétaignedc Conte de Danois & aùhres qui s’en 
vcnoient audit de Charrolois. Et de ce enfurentpor- 
tcçs, ks.nQunellcs auRoy qui eftoitdeça Orléans potit 
s mtvvènir à-Bam ;tLaqttei>& à coure diligence; vint ék 
arriuale mardymatinfixiefmd iour dudit moj$ dé 
Juillet à Chaftrès foubs ledit Montlehéry.. Et d’ilieç 
fansifay ceÆradthicr ouquobknpeu,: 8c fans attendre 
toutbfi compkignic qui cftoit pour gensii chenal la 
phistœllcô: miailxên point que oneques auoit efté 
vaaërpQjauaiic^pt)urxnitd^ degkms ;cmjl.yi auoit.-Se 
yinc riappcr& 'DCJiiter dedens raimœdeidit^)Bc«H> 
guignons^ illec àfabordef yeuft faitdesplùs beaulx 
faks-d’amies queianmiais furent veus pour vng peu de 
gensrtiac audic’eftoient tousnoblies hommes,vaillant 
j8cdegraiitéflitc, qui tellement b efongnerent que le 
Ray gaigm.& mift en fuite roiitel’auangarde defdits 
Bouiguignpns ÿ&iyeüft d’iccuk ficaggirignans ai hw 
diétcireaK)nuegrartdqîiandt^deirLorts&pris. Ecdt 
icelle defcanficure en vint incontinant le bruit à Paris; 


de laquelle ville en yffit aux champs plus dç trente mit 
pexfdratcs ,paracdcfqueks en alerent aiçheujLM l’e& 
cart,8ctrauuercnt moulrdefdits Bourguignons qui 
furent prinsâc dcfjconfis par culx, 8c auili de ceulxdcs 
vilkigcs diantout d!ice]iq ville yXommedéVainiicsy 
Scure^iàmârCloud > Surefnes, 8c aultresr Peux. 
£c en cefaifamfut gaLgnehkn grantbutin fur lefdits 
Bouiguignons, tant en chariots, Bahus, malles, boi* 
tics/queaultiremeut r ôctaht y perdirent lefifcts Bout-* 
guignons que on difoit lors que leur perte en toutes 
•i&ofes montait plus de deux cens mil efeus d’or. £c 

iE 


Digiti d by c.ooçLe 



3 g . L £ s : CHR CKN/LQVES 

;aprés queiàdiûe auangàrde eafttûé ainfidefosMifîte"* 
.leRoy n on content de ce, mais cuidant toufiourspen- 
•jfeuçrer & auoir le bout dieeub :Bourgtûgnons,!& 
^nsifoyredrclcbirnc prendreawam repas, ne iuy:ric 
fes gens ,fe rebouta luy, fa garde , & environ quatre 
censlances delà compaigniedédenslefdits Bourgui* 
gnons, qui s eftoient fort ralkz par le moyen dudit 
Conte de iïàkwSb Pol , qui moult oien lèruift ledit, de 
Charrolois celle iourneerlefquels Bourguignons:re^ 
cudüii’ent-vigoureuiçmentle Roy ôclàdkbeajmpaij- 
gtùe,,' car ilfejsfeftoientiferrez en bamiüe&:pajrjordte,& 
leur artillerieippreÜree, de laquelle ils gireuerent fort 
les gens du Roy» & en tuèrent plufieurs gens de bien* 
& auflède ceulx de la garde- du Roy qui: moult:.vail* 
lammentiè portèrent & feruirenc bien le Roy,;qiïi 
euft illec beaucoup affaire, & en grant dangierpardi- 
ueirfes fekdcfà perforine: car iln tuïoictque.iwTg peu 
degefis ii8e fans-artillerie sEttdlemqnt y futiopprèfe 
le Roy qui toufiourseftoit des premiers dedensÿ quil 
ûefçauoicque faire. Etpbfé oresqu’ilnauctttqitevn^ 
peuidegensiyfî mainccnoient plufieurs/queî s’il toaq 
éu jdauantagecinq cens francs archrers à pie' poür jlkc 
expedier les.Bour guignons, qiii illec furentiettezpdf 
t^rrequfapres fe releuoiemt ÿqu’il ctuftmis on tdicimfcF- 
icdkioh iceuk Bourguignons ^quefiarnais nlcuRMe 
memdire d’eulx en armees. Ledit feigneurde Charroi- 
lois y perdit toute fa garde. Et atrifi fift lcRôy beau¬ 
coup délai fiennc. Et rqtteHementiuiuyidlit deÇhair 
rolois que par deux fois fut priins par Geuffroy çjjejSè. 
Belinôc Gilbert de GrafFay, & puis fur refcoux. Et 


Digitized by ^.ooQle 


dv Roy Lo ys XI. 1 ^ 

durant ladi<fte iourneey euft grantoccifiondc hom- 
mes & decheuaulx ,dontpluüeursen furent tuefe par¬ 
les ribaülx piétons ducoftédudit de Bourgongrie, qui 
depicques & aultresferremens les tuoient, &.ymou- 
ttftdc gens de nobles maifons de cofté & daultre. 

'Et apres que tout fut fait on trouua queaudit champ 
yeftoient mors trois mil fix cens hommes, Dieu en 
aitlesames. Etversk nuit IcsEfcofTois de la garde du 
Roy, voyans & cbnfi derans le grant dangier ou le 
Roy eftoit & la grant perte de leurs gens : aufti que 
lefmts Boùrguignôs pourfuiuoient fort & afprement, 
prindrent le Roy qui moult eftoit las & affii<ft, & qui 
n’auodtcefsédecombattre & faire grans armes toute 
la iournee, fans boire & fansmenger, & le menèrent 
dedçnsle Chafteau dudit Montlehery. Et poureeque 
pluficürs eeris dei armee du Roy nauoient point veu 
qu’il euft ainii efte mene audit Montlehery & ne le 
fçauoiBnt où trouuer, cuidoient qu’il feuft mort ou 
pris , & à tefte caufc 1a plufpart d’ieeulx (émirent en 
fuite: Etlors Monfeigneur du Maine,Monficur l’Ad¬ 
mirai de Montaulban, le feigneurde laBarde&auI- 
tres Capitaines qui bien auoient de fept à huiâ: cens 
lances fe retrahirent, &c s’en alerent & habandonne- 
rent ainft le Roy.Et à ladite iournee nul des deflufdits 
ny frappa vng feul coup, & à ces moyens le champ dé¬ 
molira aufdits Bourguignons, & en icelle rencontre 
aunombre des mors y furent trouuez de gens de fa¬ 
çon & de bonnes maifons:C’eft aflàuoir Meflire Pier¬ 
re de Breze Çheualicr Senefchal de Normendie, Gçu£ 
froy defaindt Bclin dit la Hyre, Bailly de Chaumont, 


Digitized by LaOOQle 



4o .Les Chroniques 

ïioquef Bailly d’EumiK y&plufieurs aultrcs Cheuar 
licrs & Efcuycrfc de nom dd brcompaignic duRoy ; Et 
aufîi de la compaignicdcfdits B our guignons yefteut 
beaucoup de mors, fie de pris plus que de ccubt 4d 
Roy. Et apres que ie Roy eut ndfté vngipèu rd&fCby 
audit Ghifteau de Montlehcrÿ, fiaft mené & conduit 
d’illec iufques en la ville de Corbueil, ou il yfejourna 
iufqnesavt ieudy enfumant dixhuiéHefme iour.dudit 
monde Iiûlletqu’ilarauafht Ie,tarden> fa villede Pa¬ 
ns : &c fouppa cedit iour en l’oftel de fon Lieutenant 
general Meffire Charles de Meleun, & auccques luy 
y jfoupperentaufïi plufieurs feigneurs, damoifellbs, fie 
bourgoifes : auquel lieu il recita fon aduenture tout 
ainft aduenuë audit Montlehery. Et en ce faifant dift 


fie declaira de moult beaubc mots & piteux , dequoÿ 
tous fictoutes plorérent bien largement. Er fi dift plus 
que auplaifir de Dieu le lundy enfumant il retourne-. 
roit .de reehief à l’encontre de Tes ennemis, €fc qu’il 
mourEQitçh lâpour fuite, oif que brief en auroit 
bout, dortt il ne fe fift riais : pourcè qui! fut confeilid 
pour le mieubt du contraire, auecques ce qu’il fut laft 
cheméwfeniy de fefc gais deguerre, fie ne rintpointa 
luy, çat il elloitaffez & trop vaillant. , i ' 

Et levendredy enfuiuant dixncufiefme dudit mois 
de Iuillet audit an foixante-cinq ,vng Gentilhqmnae 
nomme Laiirens de Moryprès de MicdryënErancc, 
qui aûokeffé canif ituépriionnier en la Bàltidc famëfc 
Anthoine, pour occanon de ce qu’il auoit fàüarife 
lefdds .Bourguignons ► & les aiiok induits âcrhdaca 
en dniersliétee, en plufwuts maillons addesmdiuets 



Digitized by G.ooQle 


DV RO Y' liO VS Xir %% 

Villaiges d’entour Paris appartenans a âuîcuns bour** 
gôis audit lieu de Paris, pour icelles maifons pillier & 
prendre les biens defdits bourgois de Paris. Et queen 
ce faifant auç c plufieurs larreciris fut fait fon procez 
fur lefdits cas audit lieu de la Baftille, par aucuns Côm- 
mifïàires à ce faire ordonnez. Par lefquelles fut dit & ; 
declairé audit de Mory qu’il eftoit cnmineulx de cri¬ 
me deleze Majefté, &:commc tel le condempnerent 
à eftre efcartellé es Halles de Paris, & fes biens & heri- 
taigés acquis & confîfquez au Roy, dont & dequoy il 
appella en la Court de Parlemen t : par reuerence. du¬ 
quel appel fut différé d’eftre exécuté pour ledit iour: 
Et le fàmedy enfuiuant par la Court de Parlement fut 
vuidé ledit appel, en corrigant iceliuy fut dit par Ar- 
reft de ladiéte Court que ledit Laurens de Mory ferait 
pendu & eftranglé au gibet de Paris. Et fuft exécuté 
çedit iour. d. r. r :•: r.. 

: Et ceditiourdefamedy PEuefquedeParis nommé 
Maiftre Guillaume Chartier & aultrès Confeilliers & 
gens d’Eglife dcladiÀe ville, fufent deucra le Roy en 
fon hqltcl des T oumelIes.Et là fut orbpofé deuant luy 
par ledit Eüefquè & diètes de moult belles parales,qui 
toutes tendoient affin que le Roycbnduifift delà en 
ftuanf toueps fps affaires par boncxrafeil, ce qde le Roy 
accordà.Et futlors ordonnéqùe deiaenauanc iroient 
au Confeil du Roy auecqueS le CoiifeiLordinaitê: c’eft 
affauoir Çx Confeilliters bbuigois de làdiète ville ,Ex 
auïtjc^ CoidèiUiensidêrla Court de Parlement fix 
Çlersprms enrViiiuerfité de Paris. Et àuffî pource 
que le Roy vit qu’il auoit moqlt d*ennemis en foui 

F 


Digitized by 



4* Ltt 0HR.ON1(^VBJ 

Royaulme, mift endeliberationde trotmer des geins' 
de guerre auecques ceulx que defià il auoit, & auffi: 
combien on en crouueroit à Paris.: Et à cefte caufe fut; 
ordonne quê tons ceulx de Paris feroient prrns par ef-i 
cric & par dixenes, poiir en prendre de chafcunedixe-: 
ne dix hommes, mais il ne s’en fift riens. 

Et au moyciidc la venue du Roy à Pàrisdlconuicnt 
que pluficurs gens de guerre qui le. fuiuaieht feuflenc 
logezesvillaiges d’antour Paris & de Brie, & aultres; 
Heux voifins ^Icfquck gafterent &. defeonfirent tous 
lefdits viilaiges ,&c prinnrentde fait & fins riens payée 
tous viurd qu’ils y troimertnt, & aultres chofes qui 
appartenaient, tant aux hahitans defdits viBaigcs que 
d’anlcres demouransà Paris : Etaufh quant le Roy fer 
trouula à Paris ii .fe ttèuùaforcchargé des geiis de 
gucrre. y pour lefquels payer de leurfdits gaiges & foui- 
dees,luyconuintfiner de grans fommes ac deniers? 
car il nercceptiokriicris idaitçùnes viflesr for liefqudlcs 
bfdks gaiges eftoientaffignez., qui cftoient tenues te 
vfurpefes par aucuns Princes qui nc:\wbdbient riens 
foumâr eftre euçâHy dudit payement en! leur pays, foi 
contmntdefaireempïunt d’argent furpluheurs Of¬ 
ficiers & aultres de fi ville de. Paris, aufqudta de par 
luy fot demandé argent à prefterydequoy ik forent 
rcfiufans , amnoms defigranc femme que on-leur de- 
tnandoit. Et pour leur reffiasàauomscfeulx foc dit Ô 6 
declaire.de pàt lé Roy quedeluyiiseftokric priue^d^ 
roütcsOffices R 6y aulx, commé^moittfo 
netcau Greffier de Parlement, maiftreMartitt Picard, 
GonffilHccdes:Comptes ) & aultres.^ ^ v 


Digitized by ^.ooQle 


dv Roy Loys XI.' 

Et le: mecisedy eWkmàûtvingeqùacriefiïée, lour.jdç 
Iuillecauditan foixaritcciriq, ieRsdy fîfl; bailler eomf 
million au IPreuoft forain de Senlis pour àler abatre le$ 
arches depbmfàin&e Madrances, poutce qu’il eftoit 
gcaht bruic que le léignair xîe Sauleufcs auee grànt 
nombre de gens deguerre, venoicnt audit lieu poutle 
prendre fusceulx qui le tenaient pour Je Roy. Et ce 
mcfme iour le Roy du auoit donné fa Capitaàieirk à 
Iehan L’orfeuteChaftellain r dudit liai j & luy donna 
charge d’aler garder ladideplacé,& luy deffendit bien 
fort queriens nen feùft rompu dudit pont. Et le ven* 
drcdy ehfiliüant le Roy ordonna qu’il derriourroit 
deux cens lances à Paris, fcijibs la chargea conduire 
dudit Bahardd’ArhùgimcCofjitEide Comminge, de 
meilireG iUes ! defamt 3 yfndnjBan% de Senlisdé:fîre de 
la Barde, de Gharle&des Mares,& dudit mcfEreChar¬ 
les de Melcun, que le fyoy cofïâAm Lkutcnantpour 
hiycnladiCie vilîe^àiai'ebtioni&t ïcqiicfted’aucunes 
gens d’Églifey &:dcs PreupfbdeaMarchahs & Efche^ 
uinsde ladiéte ville. j 

.:i Etlé iàmedy enfiiiuant vingt^eptkfme tour dudit 
mois de Iinllec audit an foixante ciiaqy vng. nommé 
Iehan de Bourges qui auoit eûé Clerc & fcruiteur de 
mai&re Iehatl Berard Conieillier du Roy naftrc Sire 
en ia Gourcde Parlément , qui auoit efté mis & con* 
fticué prifonnierauec Gaciou Meriodeau & Frakiçois 
Meriodeau fon frere, pour occafioh de ce quils âé 
aulcres * s> éftoienc chez de Paris cm Bretaigne par de-» 
vrcri haondit feigneur de Berry j; en; conipdrant cootfè 
le Roy : fut iceliuy Iehan de Bourges tiré hors de la 

Fij 


Digitized by 



Les Chrolniqa^es 

Baftiftêy& icdic François: Meribdeati. Et par la £cn- 
tfctrce du Préuofctfes Marefchauh: furent noyez en la 
riuief ê de Seine par le bourreau de Paris, deuât la tour 
de billy : & 1 e mardy enfiiiuaht vin gt-ncufiefme iout 
d’icelluy mois ledit < 3 acEen.qui eftoit Notaire du Roy 
au Chaftellet de Paris., &c pour ledit cas fut pareille¬ 
ment tiré dudit lieq de la Baftille, comme les aultres 
deflùs nommez, & noyié auheudefftddiil Etpardlle-t 
ment y fut âulïi naye;vng pbttfe dyde à Maçon qui 
auoit èfté enuoyé dè Paris à Eftampès de par là femme 
d’vngnommé maiftre O do dé Bucy r^pour porta: let¬ 
tres audit de Bucy fomniary,qUl Icirseftbir Adubcat 
au Ghaftellet de Paris j& qui çltoit audit lieù d'Ellam- 
pes,apeclcfrereduditfâgnein de fàin £b Pbl, dont il 
eftoit fèbiiteur ^eftjdrc audinEnanipès àuec les aultres 
Princes &c Seigneurs.eftans côntte LdRoyycommedit 
eflr. Etlequel aydeà Maçon rapporta,, rpfpcmce defdi- 
ûesiettres àdadûfee femme deraaiflrè O db, quiauoit 
gaighé par chafcuii îourqud auoit vacque à afer audit 
Heud’Eltampes & retournera Paris v pair chafcun tour 
déux fols parmsv Ppurlequel cas ledit ayde a! Maçon 
futauili çondempné à mourir > & fut noyé afu, deuant 
dit lieu apres les aultres deflfus nommez.: Et le landes; 
mainiut *fait commandement?à. icelle femme duefas 
mrifhê Odb de vuider iEars : de la tille, de Paris, ce 
quelle fift & s’en ala à fainéb.Arrthoiiïedes champs 
hors Paris : ou depuisxcaifiours, s’eft tenue, iiifqucs à 
cu.que l’appointemcntrftit fait encrele Roy 8 c les 
Princes-& Seigneuns, qui depuis vindrent àfàint Mo% 
Conflans,&deuant Pâris. . ... .. J 


Digitized by LaOOQle 


d v Roy Loys XV 4$ 

, Et apres que ladi&e rencontre euft efte ainfï faietc 
audit lieu de Montlehery, lefdits Princes tous enfèm- 


ble ainfi eftans contre le Roy que dit eft, furent & de- 
mourerent enfemble, fe mirent audit lieu d’Eftampes 
& s’y tindrent par l’efpace de quinze iours : Et apres fe 
deflogerent& prindrent le chemin par deuers fainét 
Mathurindel’Archant, Moreten Gaftinois,Prouins. 


& le pays d’enuiron. Et quant le Roy en eutouylès 
nouuelles, il enuoya à Meleun, Monftereau, à Sens,&5 
aultresvillesd’enuiron,desgens de guerre,&del’ar^ 
tilleriepour gardée lefdits lieux, & pour faire des fail¬ 
lies fur les deifufdits quant ils verroient leur auantage; 

Et le famedy tiers iour d’Aouft audit an foixante- 
cinq ,lc.Roy ayânt fingulier defir de faire des biens a 
fà ville de Paris &:aux habitans d’icelle, remift lequa- 
triefmeduvinvendu à detail en ladite ville au hui- 


étiefme : & veult que tous preuillegez peuifentioyr de 
leurs preUilleges, tout ainn qu’ils àuoient fait durant 
la vie dudit dedunéb Roy Charles. 

Et en oultre ordonna toutes les importions qui 
auoient cours en kdi&e ville eftreabatuës , hors Sc cxà 
cepté les denrecs de Ex fermes vendues en gros en icel¬ 
le ville : c’eft affauoir les fermes de la buiche, du pie 
fourehié, le drap vendu en gros, le poifïbn de meh-Et 
ce mefine iourèos chofes furét publiées à fon de trom- F 
pe par les carrefours de Paris, en iaprefence de lire De^ 
nisHeflfelinEfleu fur le fait desAydes à Paris: Et in£ 
continent apres ledit cry tout le'papulaire oyanticeh» 
luy, choient de joye&de bon vouloir, Noël, î^ocl; 
Et en furet faits les feuxparmylesiucsdeladi&evillei 
* F iij 


Digitized by c.ooQie 



4$ !Lés Chron iqjv es 

. Et le Diménchc enfuiuant quart iourd’Aotift, 
Reuerend Pere en Dieumaiftre Iehan Balue fut iàcré 
a Euefque d’Eureux cnl'Eglifc noftre Dame de Paris* 
& ce mefme io ur le R oy fouppa en loft eide fon Tre-r 
forier des finances, maiftre Êftienne Cheualicr : ôc le 
mardy enfuiuant fut exécuté és Halles de Paris vng 
jeune cômpaignon nommé'maiftre Pierre de Guc- 
roiiltnarif de Lefigneni & illccefcartellé parla fcnten* 
çedu Preuoft des Marefchaulx, pour occafion de ce 
qu!i]auoit confefle eftre venu de Bretaigncà Paris, 6c 
illec enuoyéi de l’ordonnance du Due de • Brçtaignc 
pour dire ôc aduerrir le Roy que plufieufs Capitaines;* 
6c chefs deguerre de fon ordonnance 6c retenue e- 
ftoient à luy contraires, pour ;ôc afEm de mettre difTem 
tion entre le Roy & lefilits gens de guerre, & auflî 
pour accuferpluüeurs notables perfonnes de Paris, de 
non eftre à luy fcaulx, & auecques ce pour efpiér & 
regarder quels gens de guerre & puifiance le Roy 
auoit pour tout ce que dit eft, 6c rapporter aufdits 
princes 6c feigneurs au Roy contraires, pour mieulx 
ôc plusaifément exécuter contre luy leur dampnee en- 
treprife. Et pour ledit cas fut ainfi exécuté que dit eft, 
fes biens & heritaiges au Roy acquis Ôc confifquez. 

- Audit temps lelfe Bretons, ôc Bourguignons pa& 
fcrét les riuieres de Seine «Sc Ÿonnepar bafteaulx qu’ils 
trouuerent à Morct en Gaftinois 6cailleurs. Et audit 
paflàige faifaot fe y trouua Satezart ôc aucuns de k 
ccynpaigniedeI.oua(diiiiRouauIi pour cuider empef* 
çhcr ledit paflâige, mais ilsn’eftoient que peu de geiw 
ôc fans artillerie. Elles ennemis du Ro y en aument lar- 


Digitized by LaOOQle 


bv Roy Loys XI.' 45» 

gement,parquoy les eonuint recuiller & retraire : Si 
audit paflaige fut tué par lefdits Bretons contre lefdits 
gens du Roy d’vne ferpétine,qui d’vng coup emporta 
le bras dvn Paige,& apres vint frapper vn gentilhonv 
me nommé Pamabel parent dudit Iouachin Rouault, 
parmy le petit ventre, & apres en tua trois aultreS 
nommes de guerre. > 

Et le: kudy enfuiuant huiéfciéfme iour d’Aouft,’ 
Monfeigneur de Pretigny Confeillier du Roy noftre 
Sire & Prelident en fà Chambre des Comptes à Paris, 
& Chryftofte Paillartauffi Confeillier dudit feigneu? 
en fàdiéte Chambre, que le Roy auoir enuoyez pat 
deuers le Duc de Calabre qu’ils trouuerent au pays de 
l’Auxerrois, pour luy porter lettres de par le Roy, s’en 
retournèrent à Paris par deuers le Roy a toute la ref- 
ponfe qu’ils auoient eue dudit de Calabre. Et le famé- 
dy enfuiuant dixiefme iour dudit mois leRoy fe partift 
de Paris pour aler a Rouen,Eureulx, & aultrcslieutetf 
Normendie,&ala ce iour à P on thoife : & àfon parte- 
ment de Paris ordonna plufieurs francsarchiers qui e- 
ftoient venus dudit pays de Nofme|idie, & enuirori 
quatre cens lances des compaignies de feu Floquet,dii 
Conte de Boutongne, de reu G euffiroy de fàin&Be- 
Ütt, dtofcigneurdeCraon& dufeigneurde la Barde, 
eftre& demeurer à, Paris pour la garde & turion dé 
ladiébe ville. 

Et ledit iour du partement du-Roy fe tint & affermi 
bla vn graiit confcd énl’oftébde >lâdii£be Yiftedè Pârisj 
& en icclluy tenant vint & âtriua audit cOnfeil vrig 
Gentilhomme de par k R oy nommé h fèigneü* dé 


Digitized by c.ooQle 



4* Les C hr o n r qv s s 

BttifTet qui vint dire à tout le confeiï ainfralTemblé* 
que le Roy leur mandoit depar luy qu’il auoit change 
propos, & que le mardy enmiuant il feroit de Ton re¬ 
tour audit lieu de Paris : & au regard defdits francs ar- 
çhiers de Normendie qui citaient des Bailliages de, 
Caen & Alençon, ils frirent logez par distribution : 
c’eft alïauoir ceulx de Caen qui auoient iacqueétes ou. 
eftoit efcript delfus la broderie Caen,frirent mis & 
logez toutdedens l’oftel & pourpris dudit Temple:& 
les aultres dudit Bailliage d’Alençon qui auoient ia- 
queéïes ou eftoit deftiisefcript aufti de broderie, Âuài 
partent : furent logez au quartier dudit T emple, ou ils 
peurent eftre logez oultrc l’ancienne porte dudit 
Temple. 

En ce temps maiftre Ieliafn Bcràrd Confcillier du 
Roy en là Cour de Parlement, s’en partift & ala audit 
pays de Bretaigne par deuers mondit fèigneur de B er- 
ry, pour ce qu’il diloit qu’on auoit arrdtce prifonnic- 
re là femme a Paris, & fait vuider hors de ladite ville,' 
pource que on la chargoit d’auoir ’fauorifë mondit r 
fèigneur de Berry Ôç autres fes feraitçuts contre le 
Roy, 

Audit temps fut public & crié par les carrefours de 
Paris, que tous ceulx de laditfte ville qui .auoient, ma¬ 
rdis aux chaps d’icelle ville, feiffent qoupper & abatre 
tous les faulx & aultres arbres eftans en iceulxi & tout 
cededens deuxiours, du aultrernent &>u$ iceulx fàülx 
& aultres arbres eftoiçnt' habandonnez jà tpuf .-ceute 
quiles vouldroiçntabatre. Et ce mefme ioftr vint &; 
arriuaà Paris.monfieur leÇpfttç d’Eu, oummfiiLieu^ 

tenant 


Digitized by c.oooie 


dv Roy Loÿs XIC 49 

tenant du Roy. Et comme tel y fut receu I edit iour qui 
eft oit letreiziefmeiour d’Aouft mil quatre cens foi- 
xante cinq. 

Et le mardy enfuiuant quatorziefme iour dudit 
mois d’Aouft, ledit Câlin Chollet dont deuant eft 
parle, pour le cas deflufdit de auoir crié en courant par 
les rués de Paris,boutez vous en vos maifons & fermez 
vos huis, caries Bourguignons font dedens Paris. Et 
qui à caufe de ce auoit efte depuis conftitué prifonnier 
par fcntence du Preuoft de Paris fut condempné à 
eftrebatu par les carrefours de ladiébe ville, & priuc 
de toutes Offices Royaulx, & eftrc vng mois encores 
en prifon au pain 6 c à l’eauë. Et fut ainfi mené que dit 
eft battre par lcfdits carrefours dedens vng ord, villain 
& paillard tumbereau, dont on venoit de porter la 
boue en la voirie. Et en le batant par lefdits carrefours 
comme dit eft,le Roy crioit à haulte voix au bourreau, 
bâtez fort & nefpargnez point ce paillard, car il le a 
bien pis defteruy. Et ce mefme iour arriua à Paris deux 
cens archiers tous à cheual, dont eftoit Capitaine Mi¬ 
gnon: tous lefquels eftoient afTez bien en point,au 
nombre defquels y auoit plufieurs cranequiers, voul- 
giers & couleuriniers à main. Et tout derrière icelle 
compaigniealoyent à cheual huiét ribauldes & vng 
moine noir leur confeffeur. 

En ce temps meftire Charles de Meleun qui auoit* 
efté Lieutenant pour le Roy audit lieu de Paris durant 
le temps deftufdit fut defappoindé de fa charge, 6 c fut 
baillee audit feigneur d’Eu,& au lieu dudit eftat de 
Lieutenant le Roy le fift fon grant maiftre d’hoftel i ôc 

G 


Digitized by c.ooQie 



jo*. Les Chroniqves 

fi luy bailla le bailliage & la Capitainerie d’Eureux, & 

la Capitainerie de Honnefleu. 

En ce temps aucuns defdits Bourguignons & Bre¬ 
tons qui s’eftoient rafrefchis en la ville de Prouins, 
s’en retournèrent à Laigny fur Marne le iour & fefte 
demy-Aouft. Etlcvendredy enfuiuant vindrent lo¬ 
ger à Creteil maifon fur Seine, Cheelle Sainde, Ba- 
pteur,&aultres lieux illec enuiron. Et pource qu’on 
aoubtoit fort lefdits Bourguignons & Bretons retour¬ 
ner deuant Paris, & qu’il rut rapporté que maiftre Gi- 
rauld canonnier s’eftoit venté de affeoir & affortir de 
fon artillerie à la voirie deuant la porte faind Denis & 
celle de faind Anthoine pour fouldroyer aucuns lieux 
de ladide ville, & au long des meurs fut ordonné ce 
iour en ladide ville que chafcune perfonne alaft le 
landemain en ladide voirie garni de pics & de pelles, 
pour ruer & efpendre icelle voirie, ou ce que on en 
pourroit faire, & ainfi fut fait : mais on ny filt quepeu 
ou néant, '& fut tout laifsé. Et à cefte caufe furent fait$ 
defliis lefdits murs plufieurs tauldis, bouleuers, ôc 
tranchées au long deldits murs, pour la feureté & def- 
fence de ladide ville & des habitans d’icelle, & auffi de 
ceulxquifeemployeroient à la garde & deffence d’i¬ 
celle. Etlefamedy enfüiuant plufieurs notables per- 
ibnnes & de diuers eftats de ladide ville furent par de¬ 
niers mondit feigneur le Conte d’Eu Lieutenant pour 
le Roy en ladide ville, auquel ils firent de moult belles 
temonftrances qui concluoient qu’il luy pleuft pour le 
bien , proufEt & vtilité du Roy, de ladide ville & des 
iubieds d’icçlkj & du Royaubne, de aduifer façon 6 c 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. $r 

moyen par deuers lefdits feigneurs de Berry^Bourgon* 
gne, Bretaigne & aultres deuant nommez, dauoir 
auec eulx aucune bonne pacification de paix ou accord 
à rhonneur du Roy & aufoulagement & bien dudit 
Royaulme: A tous lefquels ledit monfieur d’Eu fift 
refponfe telle que le Roy l’auoit mis & laifsé à Paris 
pour y eftre fon Lieutenant, & en Ton abfence pour 
donner de tout fon pouoir, prouifion à tout ce qui fe- 
roitnecetfaire tant au Roy que au fait dudit Royaul- 
me, & que à ce faire eftoit bien tenu & obligé, & que 
àtoutcequepoftible luy feroit ilmettroit toute pof- 
fibilité de pourchafter ledit accord & bonne vnion 
auec les feigneurs defiufdits, & que fi meftier eftoit 
luy mefmes fe oftroit d’y aler en perfonne, & plufieurs 
aultres chofes luy fut dit de par mondit feigneur d’Eu 
& maiftre Iehan de Ponpaincourt fon Confeillier. 

Et le lundy enfuiuant lefdits Bretons & Bourgui¬ 
gnons & aultres de leurdiéte compaignie vindrent 
deuant le pont de Charen ton, auquel lieu ils aflirent 
plufieurs pièces d’artillerie, & d’icelles tirèrent aulcuns 
coups contre la tour dudit pont. Et incontinant ce fait 
ceux qui auoient la gardedudit pont l’abandonnèrent 
& s’en vindrent à Paris,parquoy & qu’ils n’eurent nul¬ 
le refiftence, pafferent incontinent par deflus ledit 
pont auecques leurdkfte artillerie. Et ce mefme iour 
enuironvefpresiceulx Bretons & Bourguignons vin¬ 
drent vouifter pardeuant Paris, & là y euft deux francs 
archiersdeCaën qui y furent tuez, & aufii y eut au¬ 
cuns d’iceulx Bretons & Bourguignons prins & ame-r 
liez à Paris : de celle nuit aucuns des deffufdits Bretons 

Gij 


Digitized by LaOOQle 



Les Chroniques 

& Bourguignons s’alerent loger dedens le parc du 
bois de Vincennes enuiron de trois à quatre mil hom¬ 
mes. Et le mardy enfuiuantmondit feigneur d’Euen- 
uoyadeuers lefdits feigneursvng nommé le feigneur 
de Rambures pour fçauoir de leur intention & qu’ils 
vouloient dire.Et le landemain ledit feigneur de Ram- 
bures retourna à Paris : mais de ce qu’ilfift par deuers 
lefdits feigneurs en fut peu de bruit,& ce iour vindrent 
voulfter deuant Paris: & auiTi yfht aulx champs des 
gens de guerre de Paris; mais il n’y euft riens fait finon 
qu’ilycuft vng franc archier d’Alençon qui fuft tué 
par lefdits Bourguignons. 

Et le ieudy enfumant vingt & deuxicfme iour dudit 
mois d’Aouft lefdits Bretons & Bourguignons vin¬ 
drent efcarmoucher 3 & il yflic de Paris plufieurs gens 
de guerre aux champs, & là y eutvng Breton archier 
du corps de mofieur de Berry qui eftoit habillié d’vnes 
brigandines couuertesdeveloux noir à doux dorez, 
&enfa telle vng bicoquet gamy de boüillons d’ar¬ 
gent dorez qui vint frapper vng cheual fur quoy eftoit 
monte vng nomme d’armes de l’ordonnance du Roy 
par les flans &c la euilfe, tellement que ledit homme 
d’armes en s’en retournant à Paris ledit cheual cheut 
foubs luy tout mort delfoubs les galleries des Tour- 
nelles : Et incontinant que ledit Breton eut ainfinauré 
ledit cheual, vint à luy vn archier de là compaignie du- 
. dit Monfieur d’Eu, qui le trauerfa tout oultre le corps 
d’vne demie lance ,& incontinent cheut à terre tout 
mort, & fut fon cheual amené ôc habillement; prins 
pour apporter àParis,& le corps laifsé mort en chemin 


Digitized by LaOOQle 


bv Roy Loys XI? ^ 

fe. Et bien tantoft apres vint vng Herau It à la porte S. 
Anthoinequi requill auoir ledit corps mort:ce qui luy 
fùfl o&royé, & le fift porter à S. Anthoine des champs 
hors Paris, où illec fut inhume' & fonferuice fait. 

En ceditiourmondit feigneurde Berry qui eftoit 
logié à B eaulce auecques plufieurs defdits feigneurs de 
fonfang,enuoya fesHeraulx à ladidfe ville de Paris 
qui apportèrent de par luy quatre lettres, les vnes aux 
bourgois,manans & habitans d’icelle ville, vnes à T V- 
niucrlîté, les aultres aux gens d’Eglife, & les aultres à 
la Court de Parlement: Qui contenoient en efFeft que 
luy & ceulx de fon fang auecques luy tous alïemblez, 
eftoient illec venus pour tout le bien vniuerfel du 
Royaulme de France, & que par ladite ville luy feuf- 
fent enuoyez cinq ou fix hommes notables pour ouyr 
les caufes pourquoy luy & ceulx de fondit fang e- 
floientainfi venus que dit eft. En obtempérant auf- 
quelles lettres & pour icelles oyr & efcouter furent ef- 
leuz & deleguez pour ladi&e ville, maillre Iehan 
Choart Lieutenant Ciuil au Chailellet de Paris, mai- 
lire François Halle Aduocat en Parlement,& Arnault 
Luillier Changeur de Paris. Pour l’Eglife de Paris mai- 
lire Thomas deCourcelles Doyen de Paris,maillrc 
Iehan de Loliue Dodteur en Théologie, & maillrc 
Euftace Luillier Aduocat en ladi< 5 te Court de Parle¬ 
ment. Et pour ladi&e Court de Parlement, maillre 
Iehan le Boulengier, maillrc Iehan le Sellier Archidia¬ 
cre de Brie, & maillre laques Fournier. Et pour i’Vf 
niuerfité tnaillre laques Ming Liant pour la faculté 
des Ars, maillre Iehan Luillier pour Théologie, mai-: 

G iij 


Digitized by C.ooQle 



Les Chroniqves 

lire lehan de Montigny pour Decret, & maiftreAn- 
guerrant de Parenri pour Medecine. Tous iceulx 
nommez dcffus eftoient menez & conduits par Reue- 
rend Pere en Dieu le deuant nommé Guillaume Euef 
que de Paris, qui eut la charge de prefenter, mener ôc 
conduire tous iceulx nommez. 

Ledid iour y eut vng archier du feigneur de la Bar-* 
de monté à cheual, armé & délibéré d’aieràfon auen- 
ture, vint à la porte faind Anthoine : auquel archier le 
Baftard du Maine qui gardoit la porte faind Anthoi¬ 
ne dift & deffendit qu’il n’y alaft point, lequel archier 
luy refpondit que fi Feroit, & qu’il n’elloit point à luy 
ne foubs luy : mai&eftoit audit de la Barde ion maiftre 
& Capitaine. Et lors pour fon refus ledit Baftard du 
Maine tira fon efpee pour frapper icelluy archier, & le¬ 
dit archier tira aufïi la Tienne pour fe reuencher. Et 
alors ledit Baftard du Maine cria à fes gens & aultres 
eftansà ladide porte, prenez ce ribault & le tuez. Et 
incontinent fut couru fus audit archier, & illeç le tuè¬ 
rent tout mort. Ce iour aufli vint nouuelles que mai¬ 
ftre Pierre D oriolle general des Finances du Roy, la- 
uok delaifsé & s’en eftoit alé rendre à monfeigneur de 
Berry. Cedit iour aufïi les Ambafïàdeurs de Paris qui 
ainfi eftoient alez à B eaulce par deuers les feigneurs de¬ 
uant dits, s’en retournèrent à Paris & vindrént arriuer 
en i’oftel des Tournelles, où ils trouuerent mondic 
feigneur d’Eu : auquel ils dirent ce qui leur auoit efté 
dit Ôcpropofé. 

Et le famedy enfuiuant furent tous les deiïiis nom¬ 
mez Ambaffadeurs en l’oftel de ladite ville,ou eftoient 


Digitized by 


Google 




dv Roy Loys XI. 55 

afTembtez plufieurs notables perfonnes pour oyr ce 
qu’il leur auoit efté dit par les deffufdits Princes & fei- 
gneurs, à quoy ne fut riens conclud pour la matinée : 
mais fut ordonné que ledit iour apres difner feroient 
affemblez en ladi< 5 te ville, rVniuerfité, l’Eglife, la 
Court de Parlement, & aultres Officiers, & le corps 
de ladiéle Ville, tous lefquels s’y trouuerent : & con¬ 
clurent qu’au regard des trois Eftats que requéraient 
eftre tenus lefdits Princes & Seigneurs dirent que la te- 
quelle eftoit iufte. Et en oultre que palTaige leur feroit 
baillé à Paris, & des viures en les payant, & aulïi en 
baillant par eulx bône caution, que nul mal ou efclan- 
xlre ne feroit faiét par eulx ou leurs gens en ladiéle ville 
ne aux habitans d’icelle, fauf fur tout lebonplaifîr du 
Roy. Eta tanticculx AmbafTadeurs retournèrent par 
deuers lefdits Princes leur dire leurdiéle deliberation. 
EteftafTauoirque durant que ledit Gonfeil fut en la¬ 
dite ville a Iadiéte heure d’apres difner, furent tous les - 
archiers & arbaleftiers de Paris en armes deuant ledit 
hoftel, pour garder d’oppreffer les oppinans audit 
Confèil. Et ledit iour de famedy les gens d’armes de 
l’ordonnance du Roy ellans en icelle ville, firent leurs 
monftres au long de ladiéte ville, & tous marchans les 
vngs apres les aultres par ordre, ce qui faifbit bien bon 
veoir. Ee premièrement aloient les archiers à pié dudiè 
N ormendie, & puis les archiers à cheual, & en apres 
les hommes d’armes des compaignies de mondit fei^- 
gneurd’Eü,de monfeigneur de Craon,de monfei- 
gneur delà Barde, & dudit baftard du Maine, & po- 
uoient bien eftre en tout de quatre à cinq cens lances 


Digitized by LaOOQle 



5 6 Les Chroniques 

bien en point,(ans ceulx de pied,qui bien eftoient 
quinze cens homes & mieux. Et ce mefme iour le Roy 
efcriuift lettres à ceulx de Paris,par lefquelles leur man- 
doit qu’il cftoit àChartres auecques fon oncle monfei- 
gnçur du Maine a tout bien grant nombre des gens de 
guerre,& que dedés le mardy enfuiuat il feroit a Paris. 
Et ce mefme iour vint & arriua à Paris l’Admirai de 
Montaulban & grant quâtité de gens de guerre auec¬ 
ques luy. Ce iour fe deflogea de Bçaulcemondit fei- 
gneur de Berry pour aler à S.Denis,& puis s’en retour¬ 
na audit lieu de B caulce pour ce qu’on luy dift qu’il fe¬ 
roit plus feurement audit lieu de Beaulce, ou prés d’il— 
lec eftoient logez lcfdits ennemis, que d’eftrefeul au¬ 
dit lieu de fkin<ft Denys,& aufli que on luy ala dire 
que le Roy venoit & retournoit audit lieu de Paris. Et 
le mercredy enfuiuant le Roy retourna à Paris, & ame¬ 
na auecques luy fon oncle monfeigneur du Maine, 
monfeigneur de Panthieure & aultres, & ramena fon 
artillerie qu’il auoit amenee auecques luy, & grant 
nombre de pionniers prins au pays de Normendie, 
qui tous furent logez à l’oftel du Roy à faincft Pol. Et 
de ladiéte venue que fift le Roy en fadiéte ville de Pa¬ 
ris,fut le populaire d’icelle moult fort refioüy en criant 
à haulte voix par tout où il pafloit par ladiéte ville, 
Noël. Et le landemain bien matin lefdits Bourgui¬ 
gnons & Bretons vindrent bailler vne reuerdie dé¬ 
liant le bouleuert de la T our de billy, ôcauoient auec¬ 
ques eulx trompettes, clerons, hauts meneftriers, &c 
aultresinftrumens,dont ilsfaifoient- grant bruit: Et 
illec & deuant la Baftille fainél Antnoine vindrent 

faire 


Digitized by c.ooQle 




Dr Roy Loy» XI'. p 

faire vngrgrand bruit & cry/en criant àlaftàult & à 
larme dbnc chàfcun fut fort cfpouuenté, &s’en ala 
chafcun fur les murs & en fa garde. Çt ledit iour vin* 
drent lefdits Bretons & Bourguignons voulfter de* 
liant Paris jdcfluslcfquels yfïirent grant nombre de 
gerisdegûerrede 1 ’oraonnance du Roy , Sc tant par 
port d’armes que de grofîes ferpentines du Roy qui 
Fore tirèrent ,iy eut deiourplufieurs defdits BretOns &t 
Bourguignons tuez. Et le vendredy enfkiuant vin* 
drent & amuerent à Paris des farines & aultres vi* 
tailles dupaysdeNormendie. Et entre les aultres cho* 
les y fut amené de la ville de Mante deux cheuaulx 
chargezde paftez d’anguilles de gort, qui furent ven* 
dus deuant le Chaflellct de Paris en la place à la volaiL 
le. Et ce mefme iour apres difhet yfürent dehors Paris 
Poncet de Riuiere & ceulx delà compaignie, qui bien 
pouoient eftre de trois à quatre cens cheuaulx, cuidans 
crouuer lefdits Bretons & Bourguignons, mais point 
ire s’y trouucrent, & ne fut lors riens fait: Et la nuit 
les Bourguignons qui eftoient logez à la grange aux 
Merciers s’en deflogerent, potrree que l’artillerie du 
Roy portoit de Paris iniques en ladiéfce grange: & au 
defloger abatirent toute la couuerture dudit lieu,& en 
emportèrent tout le préparatif, comme huis,feneftres 
& aultres boispoureuix taudir & pour àrdoir. Et ce 
jour ;le Roy hft dire à cinq des deuant nommez qui 
auoient elle a Beaulce deuecs lefdits Princes, apres la 
deliberation ainfi fàide que dit eft, deuant audit hor 
fiel delà ville qu’ils vuidaffent hors delà ville: defquei- 
les cinq perfonnes les noms enfuiuent :C’cfl aÆàuoii 

H 


Digitized by 



5* Les Chroniqves 

maiftrelehan LuillierGuréde faind Germain Làt£ 
xerrois,maiftre Euftace Luillier,& Arnaud Luillier 
fes freres, maiftrç Iehan Choart, & maiftre François 
Halle Aduocat en Parlement. 

Et le fàmedy enfuiuant dernier iour d’Aouft y eut 
moult belles faillies faiétes parles portes defain&An- 
thoine & fainét Denys. Et du cofté de ladiéte porte 
fàin&Denysy eutvngarchier de l’Oftel duRoy tué: 
& du cofté defHics Bretons & Bourguignons en y eut 
auflide tuez & naurez. Et fi aduint que vng gentil¬ 
homme nommé le feigneur de fainét Quentin fut en 
ladifte faillie ou efcarmouche abbatu de deffus vng 
bon courfier fus lequel il eftoit monté : & apres fut re- 
coux, mais il perdit fondit courfier & deux aultr.es 
beaulx cheuaulx. Et du cofté de ladiéle porte fainéfc 
Andioine ny fut riens fait. Et ce iour le Roy faillit aux 
champs du cofté de fonbolcuart de la Tour de billy, 
& illec fift paffer au trauers de Seine de l’autre cofté, de 
trois à quatre cens piétons pionniers, qui eftoient: ve¬ 
nus du pays de Normendie pour aler pionner à l’en- 
droit du port à l’Anglais, & deuant Conflans tout do¬ 
uant le fiege defdits B ourguignons à l’endroit de la ri- 
uiere : car on difoit que leidits B ourguignons auoienc 
intention de faire vng pont pour paüerladiéte riuiere. 
Et audit lieu le R oy ordonna certain nombre de gens 
de guerre pour garder &c deffendre de faire ledit pont 
& palTer ladiéte riuiére, & apres lefdits pionniers ainfi 
paflez que dit eft, le Roy aufti pafta apres eulx ladiéle 
riuiere tout à cheual dedens vn g bac Uns defeendre de 
dcfliis ledit cheual. 


Digitized by G.ooQle 


/ 

’ dv Roy Loys X'I. ^ 

' Et le Dimenehe enluiuant premier iourde Septem¬ 
bre lefdits Bourguignons mirent & agirent vng pont 
pour pafTer ladite riuiere audit port à l’Anglois, Et 
aduïnt que à l’eure qu’ils auoient délibéré de palier 
par delïus ledit pont arriua audit port àl’Anglois cer¬ 
tain grant nombre de francs arcniers & aultres gens 
de guerre pour le Roy, qui vindrent aiTeoir engins au 
boutdudit pont, dont ils tirèrent à l’encontre defdits 
Bourguignons, & en tuerent & naurerent, & leur 
conuint reculer. Et de l’autre cofté de la riuiere du co- 
•fté defdits Bourguignons paflà à nagé vng Normant, 
qui ala coupper les diables ordonnez à porter ledit 
pont, & partant ledit pont sen ala aual l’eaue. Ce iour 
auffi fut tiré grant quantité d artillerie dedens l’oft d e£ 
dits Bourguignons, pourquoy les conuint reculler 
plus arriéré. Ce iour aüfïf lcldits Bourguignons tirè¬ 
rent de leur artillerie aux gens du Roy eltâns audit 
port à l’Angloisv & y eut vn G entilhomme de Nôr- ' 
mendie qui eut la telle emportée d’vng coup de fer- 
pentine. Aufli vindrent & arriuerent à Paris par deuers 
le Roy deux Ambalfades, l’vne pour le Duc de Ne¬ 
mours, l’autre pour le Conte d’Armignac. Leditioür 
aufli fut faiéte belle faillie aux champs par meflire 
Charles deMeieun& Malorrie, &; ceulx de leur com- 
paignie qui faillirent tous bien en point pour efcar- 
moucher fus lefdits Bretons & Bourguignons.Et ledit 
iouraufli arriua à Parislesvoulgiers & cranequinièrs 
du pays & Duché d’ÀnjbU qui bien pouoient eftre 
quariecenshommes qui aum ledit iourfiirencmenez 
aux champs pour efcarmoucher lefdits Bretons Sc 

H ij 


Digitized by c.ooQle 



éo ;’Xeï Csrokic^ves 

Bourguignons,- & y eut àçefte fckdenx archîor$ de 
l’ordonnance du Roy tuez, & vng prins ; &c les gens 
du Roy prindrent fept Bourguignons entuerent 
deux.Tédir iour ènçot es fotà-Haris àfciwtépardGuérs 
le Roy le Conte de Sommorfttdu RoyaUlmed’An-* 
gleterrequieftoit de loft defditf Bourguignons, & 
parla au Roy qui eftoft an la l^ftdl.dmnîâ Antfhome* 
allez longuement, & puis luy fut donné à. fedira, &c 
print congié du Roy, qui au partir pouf ci qu il pion- 
noitluy donna facappeam eftoftdeveioux noir, 

. ; iwt Âe^ic«3abrte àtt- 

dit an foixantednq monièigneiir dù Marne qui eftott 
loge'à Parisdeuaatlofteldu Roy > èrooya à monfei* 
gneOrle Diwde Bercy deux muyidbvinverinçjl, qua* 
tre demies queues de vmde Rçnftnfij & vng; eheual 
charge de pommes, dechoulfoderaues* it ieroardy 
«nfuiuant; durent nomme* &. eûeus Ambaftàdeurs 
pour k Roy &kfdits 3 ourguign ans,* priun^mmuf 
niquer furkuus diffens, G ’eft aftàuoir pour le Roy 
furent eileu? mondit fdgneur du Maine ,1e frigneur 
dePrécigiT^PiekènitdçsCoîbptcïi&'i'twlïrclejiaü 
Dauuêt Prelident dk Parlement de ^Jioulèuk^ Et 
dii.toftédefdtts Princes & feigneurs conccajircs,furent 
nomme?:kDucjdçCnlaricé > .kGonte(kftiinâ:.Pol ) ^£ 
leGomcede Danois. Encéiour aiufti i par; cas;dc fqmif- 
ne fut mis & boute le feu dedans la poùidtcJt canon 
qui eftoit à la potte du Temple, qui on emportait 
corohkdeladh^tepocttr, &ijft defchkcgier hukpipcês 
<d artillerie eftansn, kdi<fte. porte, quia ladirite-nciift 
eftoienttOutcs chargées, £t incontinent qrw lefdits 
r H 


Digitized by ^.ooole 


bv Ror Lovs rXÎ.’ & 


fcignmrt Arabalfedeurs furent ainfi efleuz &: hom-i 
mez, pOurparlerent enfemblc fur l’accord àc pacifica-i 
lion d'entre cube » & fut fait treneiufques au ieudy çn- 
fiiimmt, ; Pendant laquelle crcne ne fat fài£^ audiinô 
guerre de co£té ne d’aultre : mais durant icelle çh^fcuÀ 
miû peine delà part de fby fortiffier. Et durant icelle 
tmie veut piufrc«ri,aieca J &: venues factes de coite êà 

a. a V r* . « • • - « « « • m \ i 


ne dénote faillir queraondit fçigneur du Manie éii re-i 
tournant de L’oftdefdits Bourguignons ddf aux por¬ 
tiers! x^e ladiâç/p prœJï^âj.Andïaihe q uiis feiîfènc 
tous bonnes chiercivâcxpie, au'plaiûrdô Dieu âdàntf 
qui! feuft hui&iouns lors à. aduenir ;■* tous aurotéiW 
cauftdeiiaycj&f deqiecNdel. Et cedit iboekdtdte t¥eU 
u£ filcccduinuceinCqucs au mercredy cMttpant. -lÉ-dê 
veiidrcdy après furent tous reçu!* feignèurs confulter 
cnfemblenn k gtanthe aux; pets-,4ê#jpub« Vrig 
pamHan.jpoacodfccauiêillcc Ksrdbnhéi^ ^epéndâiit 
lefdits Bretons & Bourguignons en grant nombre 
commc deux mil op cnuioon, ôt des plus honneftes 

sui^écsaufbâé ck r d«diMre)S;AndgKiiedesyia«ipè^ 
Et auiïi yflkfaors de Paris plu&qus perfonnespourles 
ikrvxbifc ^parler Gbeulr ; nonoblfan c : que IÇ’R&ÿ 
i’oiffdeffcn^y^cenfaE bien maieontçïït,-&:v<>ÿanè 
tes adiofo fut /raim de leur faire 1 jefter plufieurs câ^ 
nous fie ürpertrin es qui efloient chargées çn la Tour 
«kjBillÿflpê àsàs d’iiiec. Ejd quamie^HUdelkrkt 
tmèit cni îadwüo ifc en fit prendrdiesnoïwr de piu^ 
Üous parafent. EticDimençbe ciiiuiuant Büiâlëfme 

H iij 


Digitized by 




4z Les - Ch ko niques 

iour de Septembre fefte de N offre Dame, te Roy par¬ 
tie de fon nofte] desTournelles pour aler en la granc 
Eglife NoftreDame : & eny allant palTa par l’EgliTe. 
de la Magdel ene, oùiliec iT£e fiftjfrere &compaignon 
delà grant Confrairieauxbourgois de Paris, &auec- 
ques luy s’y mirent lEuefquc d’Eureux Ôc aultres.Etle 
lundy enfuiuàt neufiefine iour dudit mois de Septem¬ 
bre, lefâits Bretons & r Bourguignons furent es ter* 
roüersdeClignencourt, Montmartre, la Courtiilc 8c 
aultres vigno oies d’entour Paris, prendre 8c venden- 
gier touteJa vendange qui yuéftoit, jaçoic-cequ’elle 
neftoit point meure 1 , & en firent du vin tel quel pour 
le boire. Et à celle caufe furent cculx de Paris con¬ 
traint? de vendanger les aultres vignes par tout autour 
de Paris, qui neftoientpasademy meures , ôc aufE lé 
temps leur fut fort contraire : Et fut la plus méfehante 
annee & poure vignee qui.long temps fut. fceuë.en 
France* &-> l’appelloit on le vin de l'année desJHonr* 
guignons. 

En ce temps vindtent à Paris plufieurs des nobles 
de IsformendiçipômfcmirléRoyen fes'guerrcsîtous 
lefquels furent logez àux faulxbourgsdéiàin£ Mai*# 
çel lez Paris. Entre lefquels en yauoit aucuns particu- 
licrsqui firent monlcae mauL» & larrecins., & deçà en 
fofent deux-reprins par aucuns desbt&u^oisde ladi&c 
ville, 8ç qui contre leur gré 8c vouiencéy vôulbient 
entrer. Et pour le refius;qui leur en for fait par lefdits 
bpurgojis fc d$utdirént itsulx dë Nôrxtiemffe pkififcuifs 
iniurçs &mayuailès.pafolle$;j en dubd lebdlant à i’cm 
contre d’eulx& enlesappelâfctfaiftres Bourguignons^ 


Digitized by LaOOQle 


bv Roy Loys XÎJ 

ôc qu’ils les mettraient bien en point, & qu’ils ne- 
floient venus dudit pays de Normendié a Paris, que 
pour les tuer & piller. Defquelles chofes information 
Fut faite à la plainte de ceuîx dudit Paris, qui defdites 
paroles fe fentirent fort irtiuriez. Et veuë icelle le prin¬ 
cipal malfaiteur & prononceur defdites parolles,fut 
condempné à faire amende honorable deuant l’oftel 
de ladite ville au Pro cureur d’icelle pour toute ladite 
ville , telle nuë, deffeint, vue torche au poing , En di-' 
fantpar luy qùefaulfement ôc mauuaifemcnt il auoit 
menty en dilant lefdi tes patelles: Én priant & requé¬ 
rant icelles, hiyeftre cemifes & pardonnees, & apres 
eut la langue percee, dont il auoit piro feré lefdites pa~ 
rolles, ôc ce fait fut banny. 

; Et le lundy enfuiuant les Bourguignons fe vindrent* 
înonftrer deuant Paris, entre lefquèls y eftoit inonfei- 
gneurdefaint Pol,pour parler auquel le Roy ylïxt 
dehors Paris & parlèrent enfemble bien deux heures. 
Et pours’enretourner feurement le Roy bailla pour 
luy en hoftaige monfeigneur le Conte du Maine, qui 
demeura en loft defdits Bourguignons iufqucsau re- 
tourdemondit J feigneur;de fiint Poi : & cb mefîne 
jour le Roy en retournant des champs dift à plufteürS' 
de Paris eftans à ladite porte fain t Anthoine, que- 
lefdits Bourguignons neleur dônçroient plus tant da 
■peine qu’ils auoient fait, ôc iqUÜi lès en garder oit bien: 
ôc lors vng Procureur de Chaftellef nomme Pierre: 
Bcronluy refpondit, y aire Sire : mais ilsvendangent 
nos vignes êtmengent nos radins fans y fçauoir re¬ 
médier. Et le Roy répliqua qui! valloit mieux qu’ils 


Digitized by 



^4 _ Les Ch r o vï.qtvj s 

yend^ngéaflenf lefdi&es vignes, & mentirent Iefc 
dits raifins que çequWŸeoiflent dédens Paris prenq 
dre leurs tafles & vaillant qu’ils auoient mis & mufle» 
dedens leurs càues & celliers. Et le vcndredy enfuiuanç 
vint &‘arriua,çs. Halles de Paris deux cens cheuaul^ 
tous chargez de mafee & de toutes maniérés & fortes, 
& y vint aufli plufieurs faulmons, eflm*gons, & du 
harenc frais, en dcfpit & malgré detous.léfditS Bout-* 
guignons , Bretons & aultres, ainfi eftans deuant Pâ-« 
ris, qui auoient menaflez ceulx de ladidx ville de leur 
faire mengier leurs chats âc leurs rats par famine. Et 
depuis fut ladi&e treue cmatimïeepar dêux hu trois 
fois iufques au dixhui&ieftnc iour de Septembre,pen¬ 
dant laquelle lefdits Bretons & Boiirguignonsfeauiti 
tarèrent fort en leur oft * à la gtant charge fôüle du 
pays & du peuple. Et n’stft point à ddubter que quant 
le Royeüft voulu dire auant ,^quil etfftefté bien fer- 
uy des gens de guerre prenans ibukkes!* 

auecqu^lei nobles-âe peuple de.Paris',quï?feonnedoî 

uotionauôieiit au fainét : il eurt fubiuguc te tfliistoui 
fefHits ennemis en tel eftatque iamais j ne ifeuflènÇ re¬ 
tournez dontiliseftoiempaïtit^pourvefairdeualnty^ 
ditSte Ville dé Paris; 1 . ? -J ,? \ 

Et ledit lourde mercredy dixhoiiéhcfmc iour dtxdic*. 
mokde Se^rembre y n6noibflani? lepqurpairlédefiiite^ 
Ambdfladeétrsde ; collé & pi*sSuhixd ;fuc tout rompu Sc 
perdu le bonefpoir que on aùoit eu porauanL ; 

Et cedft tout de mercredy fut defemparé le fiegequé 
le Rayauroit fait; audit Iponrà^ÀngioîSyauque) fiego 
auoient eil éfai&è* dé belles tranchées & bouilcuers * 

tentes 


Digitized by 


Google 








fevvRoY« I*oÿ$ XT . 1 

tehtcé &.pauiHons : & apfesdcdk defbnpàreinent 
tous les geiis de guerre eftans audit (îege s*en vindrent 
retraire & loger aux Chartreux près Paris, dedens le- 

3 uei lieu des Chartreux furent logez flx cens hommes 
e guerre & leurs cheuaulx. Et teuement en fut ren?- 
ply ledit lieu, que les fain&s hommes Religieux de 
Jeans en furent dechadez & boutez hors de leurs celles 


& lieux de deuotioh . Etltc landemain iour de ieudy 
lefdits Bretons & Bourguignons paflerent laididbe ri- 
uiereaudit port àTAnglois,^ vindrent au point du 
iour efearmoucher lefaits gens de guerre du Roy ainfi 
logezàfàindb Marcel, les Chaxtreux,& fàinâ: Vi&or, 
& en y eut de cofte' & d’aultre de mors ,naurez & pris. 
Et ce mefme iour fe fift vng grant.Confeil & afïèni- 
hleèen laChàmbi]e des Comptés, auquel furent a£- 
■femblez auecquesaultres les feize Quartemers d’icelle, 
les Cinquanteniers, & de chafcun defdits Quarteniers 
£x hommes notables auec aucuns iÇonfcilliersj de la 
Court de PàrlernentjO fficiers & aultresi Et illec moi*- 
feigneur le Chancellicr Mbmillier dift & expofa de 
parle Ray comment il s;eflx)it^iaiidementJilislcrifbn 
deuoir , dîaubir•oflœfct âuh Princes, &idcigfteui£ qui 
eftoientdeuant Paris'auix demades qu’ils luy fâifbient 
pour fappaqaige de mohfcigneurle Duc de Berry, 
pôiûièqueIxls>aernati4aientaik)irla!Duclié/ dé Guÿ- 
enheÿPoiétoi^iSclepays'deXainilongejOüderaDu- 
tdiédeNormeiidie.'rÀ quoy leur fut cuti& refpondu 
pacikdkConfeil'-àiiifiàfreiiiblcÿ què le fyoy ne leur 
pjckurit-paiBailkr^idi^meibbrcEdeTaEourQnneiEt 
depuis le Roy lèur oi&it bailler le pays de Champai^ 


1 


Digitized by LaOOQle 



\çç îiss r C*liOîîi<^ys5r 

gne éc BnE r rcferuéà luy Mcaulxj Moniiercafc & M» 
leuri, pour ledit âppanaige. Etaufdits de CharroJois, 
& aultresfeigneurs fift degrans offres ppur leurs def-r 
Aaycmàis yoeiqù%: de deuc^cmt point iefïufo: : mais 
rrçns ne\rcoildrênt artepeerj & deéioura. tout iniques 
au vendredy matin enfuiuant: Auquel iour leieuneSo 
nefchal de Normendiejyffit hors de Pâtis a cour bien 


iixcenselneuaidxpcakrE&Mmôudîcr^ & foy'mouûrer 
-deuantles deffufdits. Et pareillement fc monfbrerent 
de l’autrecofls de la riuiercigrant quantité de gens de 
guerredeumt lefdics Eimtgmgildns ^ qui fort tirèrent 
.engins celieibüfcttce, domkâtmefcenttAg Gennlboni- 
.me de Poiblou de k conrpaighie de manfeigneur de 
-PantEieutc,qm lè nommait IehanGbanreaufeigneur 
de Pamapelie. Etdedemlfis^gnlespres kinûAndioi- 
jac des champs yfuùnt prins bien vingt ou vingt-qua¬ 
tre paillais Calibriens & bourguignons, tous nuds 6c 
uroten pdiiÉ^üi tomi^Brtntn/eddks au kudffi,^ ctt 
-donmnbon quatre pourvu^ îefeu > qui eft ! audit prix 
iixibulsfixdeiuerspàrilislàpiieee. 

"■ > Ecle l^edy chunuan nom-. 

: më Loys Sorbier ,qm cfloit a ÉdiuJuMièrld^ioenaiic 
delouacbin Rouarnt Marcfdhalde France, par fauice 
f fe maunaife trahifon quil Eft ÔL coidpira oontre le 
R»y fëwi fouileraln iagneur bGnatadbdcnp ladiâtc 
-vittcdb'firetons ôdaultrestfonerais' du Roy^ ôélçnfaja- 
iànc par iuÿ ladi ce trahifon rcqft endonappointeirtent 
■que oeukquièftofent Imt&K hchide'Pcmîhfcidèda;]^ 
compagnie dudit iouraefain i qduanet vidulrboiemi def. 
mouccr, s en yroiend fiandbfciiuâit mlx & lèurs biens 


i 


Digitized by ^.ooQle 


,dv Rot l’OYs XI. 1 *7 

&ufs. Et incontinent qu’ü eùtainft bailteekdiéleydle 
dePonfchoifeiils’eh partit, luy & aucuns de faconvr 
paignie,& alcrent deuant Méulanc porter & mon¬ 
trer i’enfeignedudit Iouichin,affinqueceulxeftans 
aUdit lieu ioskroutsifent dedens fans en faire didjeiilte, 
encuidânt par Iuy qu’ils neuffent point ençores.efld 
aduertis de ladite crahifon : mais auant qui! vint ceulx 
dudit Meidanc eftoienthien aduertis d’iceUe tralufop, 
& incontinent quitfucapperceurpar lefiiits de Me4-> 
lanc qui ja eftoient en armes defFas les murs, crièrent à 
haulte voix, alez Faulx & mauuais traiftre, 8e leur j et- 
tarent des^ginsd'udiriku. Et partant lut. contraint 
de foy en retourner audit lieudc Ponthoife a toutefa 
hontç. Et cedit iour ledit Sorbier eferipuit vues lett> 
creç audit Iouachin ,par leCqueUes luy mandçit qui! 
auoît rais 8c,bouté lefdiéb Bretons & iwtes. au¬ 
dit Ponthoife, & qu’il auaitefté con&llé de ainfi k 
faire,pour lemieulx, 8c que.de la faulte,qu’il auoit&ir 
âje,|lùÿ8ckPiO}5 kypardonoaiffim Etiüc kfuper-r 
feription. defdites lettres eftôit efeript. A yous&au 
Rpy. Et ce iourfuc fai&e faillie de Paris fur lefditsjro» 
tons & Bduiffiiignon^,. r&y.cdt de :pdhsi ,i «aurez 
& tuez de cofe & d aultrc£j8e fi -y eut yng chenal de 
pris qui eftoittout bardé, de cuyr boully, qui fof .tue 
d’vng coup de eouleurine que luy'.baülerent lefdits 
Bburguâgnoois.Æç le>nimfinchejehfwuanfc auf oint 
duio«rle$delfutot3«^^ Vng ref« 

ueil,deuant ladi&ç.viüe du collé de kdiéie porte lâinéb 
Anthoine^ndrçhtbi^igrantnqrabreluiques.audit 
Anthrane^dès champs. î*^poufcl©s.&ired^pk^ 


Digitized by 



%8 Les Chroniqves 

cer leur furent j edbez dicellc vple plufieurs traits de 
canons, ferpentines,&; aiiltre artillerie d’icelle porte 
faind Anthoine & de ladite Baftille, & aultre chofe 
ny fut faide. Et lelundy enfuiuant de nuit apparût à 
eeulx qui faifoient le guet 8c arriercguet en kdi&e vil¬ 
le, vnecomede qui vint des parties dudit oft cheoir 
dedens les fofTez aicelle ville à l’enuiron de l’oftel d’ar- 
doife, dont plufieurs furentefpouüentez, non fça- 
chans que c’eftoiü : mais cuidans que ce euft efté vne 
fuzeeardantjillecjettee 8c enuoyee par lefdits Bour¬ 


guignons. — * : ; 

Si endurent portées lies nouüelles ai* Roy en fort 
hoftel desTournelles qui incontinent monta à che- 
uai & s’en aladefïus les mursau droit dudit hoftel de 


ardoifcy 8c ydemôura grant cfpacede temps, SC fift 
aflèmhléf tous les Quartenfeïis dé Paris pour aler chat 
Cun en fa garde deffus lefHics murs. Et à cefte heure 
courut bruit que lefHits ennemis ainfi eltans deuant 


lem'ent mettôient peine de brûler & endommager la¬ 
dite ville par tout ou poftible leur feroit ; & fut trou- 
uéque toutceilneftoicden.Audiïtempslefdifts en¬ 
nemis ainfi logez deuant Paris firent plufieurs balla¬ 
des , rondeaulx T libelles diffamatoires, 8c aultres cho- 


du Royyafin que à celle caufé ‘le Royies print en fà 
mai-veilLmee, 8c les dechafïàft de fon feruice. En ce 
temps les gens de guerre de l’ordonnance du Roy e- 
ftans logez à Paris y y firent de grandes^ bonnes ^hic^ 
res. Ec en lieu de pafTe-cemps’y feduirent plufieurs- 


Digitized by ^.ooole 




ï>v Roy Loys XI.’ g, 

femmes & filles, qui par leur moyen en debauflerent 
& déguerpirent leurs menaiges & enfans,& les aultres 
jeunes filles feruans leurs maiftres & fcruices pour fui- 
ure iceulx gens de guerre. Et encre aultres y eyt vne 
jeune fille quieftoit fille d’vng Procureur de Chaftcl- 
letde Paris nommé Euftache Fernide qui auoit prins. 
habit de damoifelle & grant efiat,pource quelle auoit 
fiancé vng homme le Chien natif de Carentemen 
Normcndie, & feruiteur d vng nomméle feigneur de 
fàin&e Marie dudit pays de Normcndie. Laquelle 
jeune fille pource que ledit le Chien mettoit trop a 
l’efpoufcr, fe acointa d’vn archier de l’ordonnance du 
Roy, qui auecqucs luy l’emmena & accordèrent leurs 
vielles enfemble, & en fut couroucé. ledit le Chien, 
& n y feeut remedier: mais le pere & la mere deladiébo 
jeune fille tres-mal contens de ce que dit eft, s’en aie- 
rent faire gransplaintes par deuers le Roy, mais dis 
n’en eurent aultre chofe. Et cedit iouf au foir enuirott 
deux heures de nuit raonfèigneur l’Eùefque d’Eureux 
Bàlye fut guetté & accueilly par aucuns fes ennemis cri. 
la rue de la barre du bec, & fut fait à l’enuiron de ht 


porte de derrière de feu maiftre Bureau Boucher, leiV: 
quels chargèrent fils luy, & de première àrriuee vin- 
cirent oiter & fbuffler deux torches que on portoit des 
uantiuy,âc apres vindrent audit Baluç qui eftoit mort*, 
té fus vne bonne mule , qui lefauua & gaigna à fuyfr : 
car tous fes gens à l’effroy I’abandonerent pour paour 
des horions , & en emporta ladiébe mule fondit mai- 
ftre Balue iufques au cloiftre Nofixe Dame en forihq- 
ftel, dont elle eftoit partie. Etauant Iadiébc fuite il ot 

1 


Digitized by 


Google 



yo Les Chroniques 

deux coups d’efjpeeyl’vn au plus haulr de fes biens & 
au milieu de fà couronne, & l’autre enl’vn de ièsdois, 
Etfefditcsgens qui ainfi s’en aloient courans aual la 
ruë, crioient à larme & au meurtre affin quele peuple . 
faillift pour donnerfecoursà leur maiftre. Et dudit cas 
le Roy en fut courroucié & ordonna qüeon en fift in¬ 
formation , & que la chofe feuft feeuë : mais tout en 
demeura ainfi fans en fçauoir aultrc chofe, combien 


que aucuns difoient depuis que ce auoit fait faire mon- 
feigneur de V illers le bofeaige, pour l’amour de ladite 
lehanne du Bois dont il ëftoit amoureux. Celle nuit 
aucuns Bretons & Bourguignons furent à Seure ou ils 
trouucrcnt aucuns Efcoüois dclacompaignie Robert 
de Conychan, lefquels ils tuerent & leur copperent à 
tous lesgorges.rEn cetenips vngnbmmé Alexandre 
Lorget natif de Paris, qui eftoit homme d’armes de 
l’ordonnance du Roy notfre Sire, foubs la charge & 
compaigme dufeigneurde la Barde, s’en ala&ab&n- 
tn de Paris pour foÿàler rendreà làindt Denys 1 à mon-r» 
fèigneur de Berry quiillec eftoir, & s’y en alaluy dn- 
quiefine, & auecques luy en emporta toutes fesbad 
sues £cdà malle. Et leléudy enfumant vindrdntenfoq 
fiel de ladidte ville plufiéurs grandes plaintes par' au¬ 
cuns desbourgoisde ladiéte ville,de plufiéurs mau* 
uai&sparoles mal fo nnansjquedifoient &pUbliôienD 
plufiéurs gens de guerre eftans en ladidc ville, contra 
Içfdits bourgois,maiians&habitahs' d’icelle,pour y 
donner prouifion. Eteftdient lefchtcs parolles telles, 
proférées fie dictes paf iceùlx gens de guerte. Ie ! regny* 
Dieu, les biens qui font à Paris, ne aufhla ville,ne 


Digitized by 


Google 


bv Roy Loyü XL yi 

font point ne appartiennent à cculx qui y font de- 
mourans ne rcfidens, mais à nous gens dé guerre qui 
y fommcs:&: voulons bien que vous fçaehiez que mal¬ 
gré vos vifaigesnous porterons les clefs de vosmai- 
ions* &vous en bouterons dehors vous & les voftfefc 
Et cé voir en caquetez, nous femmes aflez pour eftre 
maiftres de vods. Et te mefineiour y eut vng fol Nof- 
rnant qui diïtàla porte faindt Denis que ceuix de Pa-* 
ris eftôienibien fols depénfer que leurs cfiefiles de feir 
tendues au trauers de leurs rues, leur peuft valoir alen- 
concreri’éulx. Pour lefqueües paroilesainlimal fort- 
liausque dit eft,fur foùbdainement Ordorimépar ütft 
cunsenloftel de ladi£fce ville x qui lefiiidtes paroileS 
furent ainûdidtes & rapportées, que cefte nuit chaf* 
cun Quartonoer de. Pans feroit faire béârilx Stgràns 
feux par foutes les dizainesde fon quartier,^ que vng 
chafcun fèroit en armes & fur fà garde deuant lefoids 
feux. Et ü furentoitdonnees toutes les chefoes des rü£$ 
foraines eftre tendues, ce qui fut fait : èc veilkdiaïcûii 


4 . * , * * 

p ourlaifter entrer dedans Paris cculx qui eftôient do* 
riant. JEtdi trouua l’eli cefte nuit aucuns canonsprès 
dudit lieu, dont les chambres eftoient enclosez alSn 
qu iis ne pefo&nt fèraiir quantmeftier en'fèrôit. Et 
defdits feuk flc dûgtantguêt qui y fut fait & aànfior- 
donné que diteft, furétlefdics Capitaines quieftoient 
à Paris mofot efbaiiys,&4ont aucuns s’enàlérent^rt 
ia dtainbre du Roy en fonhoftei'des Toumettes> 
uoir à luy fcc*ridait de fou ordonnance Recommande- 


Digitized by ^.ooole 



7* Les Chronïqveîs 

ment que lefdits feux & guet eftoientainfi faits-&: or¬ 
donnez, ou de par qui. Lequel dift & refpondit que 
non. Et tout incontinant il manda venir à luy lire 
Iehan Luillier Clerc de ladite ville, qui y vint & luy 
certifia que lefdits feux & guet eftoiént faits à bonne 
fin, & de ce a fleura le Roy & lefdits Capitaines. Et ce 
nonobftant ordonna à mefiire Charles de Meleun 
qu’il alaftenl’pftel de la;ville, & par tous les quartiers 
d’icelle dire que on laiftàft lefdits feux, & que chafcun 
s’alaft coucher, dont riens ne vouîdrent faire, mais de- 
mourerent ainfi armez iufques'au iour, & mainte- 
noientplufieiirsdepuis que ce fut grâce dé Dieu, & 
quéfis’enfeulTent alez & départis ladite ville eftoit 
perdue deftruifte. Et que lefdits de deuant Paris y 
feuffent entrez parladidebaftillé ,& par ccdemourec 
ladite ville deftruide & du tout defolee. • 

Et le vendredy enfuiuànt vindrent à Paris deux 
pourfuiuans, l’vngde Gifors qui vint dire au Roy 
quU ehuoyaft fècours en ladi&e ville, & que deuant y 
auoit bien cinq ou fix cens lances, & que aedens icelle 
pyauoit niilles gens deguercedepar le R6y. Etfin’a? 
uôientauffi àrtilldrie * pouldres, né aukres deffences: 
& l’autre pourfuiuant eftoit aulïî enuoye au Roy de 
par Hue des Vignés, Efcuy ér homme d’armes de l’or¬ 
donnance dudit feigneur, foubs là charge &iompai- 
gnie dû feigneur delà Barde, lequel Hue eftoit lôfs à 
Meulanc : par lequel pourfuiuant eftoit mandé au 
Roy qué ledif de Vignes aûoit fcpupac gensjdé iby* 
quélcs Breton$ & aultres auoiententreprifd 'd’eAtrci 
à Rouen tout ainfi qu’ilsauoiént fait à Ponthdife*& 

par 


Digitized by LaOOQle 



bv R!o y Loys XI. 75 

pardedensle Chaftel ou Palais de ladite ville., afEn 
qu’il ypourueuft. Et cedit iour de vendredy lefdits 
Ambaftadeursordonnez de châfcun côfté difnerent à 
fain.it Anthoine des champs dehors Paris. Et là leur 
futenuoyédeparle Roy, pain,vin, poiiTon, & tout 
ce que meftier leur eftoit pour ledit difner. Et fut illec 
aufit porte en vnecharreteplufieurs des cômptes ren¬ 
dus en la Chambre des Comptes à Paris, des pays & 
villes de Champaigne & Brie. Et le fàmedy enfuiuant 
lefdits Ambaftadeurs de cofté & d aultre furent de re- 
chief aftemblez en deux parties, c’eft allàuoir mon- 
fieur du Maine & ceulx de fa compaignic pour la par¬ 
lai tie du Roy, auecles aultres Princes & Seigneurs,eftans 
dehors tous en la granche aux Merciers. Et pour le 
Roy audit fainèt Anthoine des champs y ëftoient or¬ 
donnez maiftre Ethienne Cheualier Treforier de 
France, maiftre Arnauld Boiichier, & Cryftofle Pail¬ 
lard Confeillier des Comptes. Et les Gommiflaires de 
l’aütre partie eftoiehr Guillaume, de Bifohe, maiftre 
Pierre Doriolle, maiftre Iehan Berart,maiïlre Iehan 
Compaing,vng aultre Licencié efcumans Latin, & 
maiftre Ythier Marchant, & ce iour ne firent que peu 
de chofe. C edit iour le Roy receupt lettres de la vëfue 
meflire Pierre de Breze, par lefquelles luy mandoit 
quelle auoit fait prendre le feigneut de Broquemont, 
Capitaine du Palais de Rouen, poiirce quelle fe fouf- 

Î jeçonnoit dudit cas, & qu’il n’euft aucune doubte de 
achète ville de Rouen, du bout du pont du Paluis, & 
des habitans d’icelle, & que tous ils fe trouueroiënt 
bons ôc loyaulx enuers luy. Et le Dimenche enfuiuant 

K 


Digitized by 


Google 



74 Les Chroniques 

au point du iour fe vindrent rendre au bouleuartde la 
Tour» de Billyfept hommes qui eftoient efehappez 
prifonniers de loft defdits Bourguignons, dontil en y 
auoic quatre fadeurs de Marehans de Orléans, deux 
autres Faveurs de Marchons de Paris, & vng Flament, 
qui tous auoient eitecondempnez à eftre pendus par 
IefditsBourguignons,pourceque depuis leur prinfe 
n’auoit eu perfonne qui les euft pourdbaffez. Et rap¬ 
portèrent que lemecredy precedent fuc tiree vne fer- 
pentinedelaTourdeBillydedens l’oftdefdits Bour¬ 
guignons , laquelle dvng feul coup tuafept Bourgui¬ 
gnons & en blefïaplufiairs. Ce iour apres difncr vini 
drent nouuelles au Roy cjue Rouen eftoit pris par 
monfeigneur le Duc de Bourbon, qui y entra par le 
Chaâel de Rouenducoâedeschaijaps. Le vendredy 
au foir preoedent, par le moyen de la vefue mef&re 
Pierre de Brezeà qui le Ray auoit fait moult de biens, 
& ou il auoit grant fiance , & conduifoit le fait d’icelle 
■vefue, l’Euefquede Bayeux & ledit maiftre Ichan Hé¬ 
bert & aultres : Et au moyen deJadite prifè quantles 
feigneurs de dehors Paris feeurent icelle,ils donnè¬ 
rent refjponfè au Roy que monfeigneur Charles frere 
du Roy, qui parauant fefenft contenté de Champai- 
gne & Brie n’aurok point d’aultre appanaige que de là 
Duehiéde Normendie, laquelle chpfeie Roy par for¬ 
ce contrainte. Et pource qu’il n y jpouoit remédier 
bailla àmondit feigneur Charles pour fondit appa- 
nàige ladite Duehiéde Normendie, & reprint à luy 
la Duehiéde Berry. Et apres que IcRoy cuftbaillé la¬ 
dite de Normendie audit monfeigneur Charles,il fut 


Digitized by LaOOQle 


DV Rüy Loys XI. 75 

■âprescoritfainél dérecompenfer tous lcfditis Princes 
& feigneurs de leurs armees & interefts qu’ils auoiént 
fait contre luy, qui tous féburinerentainfi. qu’il s'en¬ 
fuit :C’eft aflauoicmonfieur de Charrolois eut pour 
fou butin les villes de Peronne, Roye, & Mondidicr, 
pour eftre fiennesôc demeurer en perpétuel heritaiga 
£t ii hiy laifféauffi leRoyduranjtle coiirs delaviedr- 
celiuy Chartoiôis les villes & terres qu’il auoit nou- 
uellement degaigees de quatre cens vingt mille efoas 
d‘or de monüeuf de Bôttfgbngnefoh pera Ecoultre 
luy bailla & biffe les Gontefc de Guywes & deBoulon- 
gne fur la mer aufïi en petpetuel heritaige; Et apres fut 
Baillee au Duc de Calabre certaine grant fpmmc de 
deniers &c de gens de guerre au Roy <■ foaidj&yez à fes 
delpens,pour les exploicter a Ion plailir.Et a monlieur 
de Bourbon fut baillé & biffé là penfioncelle qu’il 
auair du temps du Roy tTfefmffé -, & lesT^ensde guerre 
qu’il tenoit audit temps, & Migifé dti payement à luy 
deu pour la relie defon mariage,& aultreéhofe ne eut 
du Roy» £t au Conte de EXunois fut couttcnduoe quï 
luyauoit efté ofté durant la diuifion, & merimàgrarit 
penfion. Et au Conte de Dampmartin fut fait de 
teaulx dons de par le Roy, reftituer; en; toutes fes 
terres qu’ilauoit petdues^e eonfæfquees pâr Arrell'dè 
Parlement. Etau regard desanbxes Seigneurs chafcuil 
en emporta la piece. Et le mardy premier *our d (Jj- 
ârobretsduiuant yfut erieed^ publiée la creueà rotifi 
iours entre le Roy Sc léfHità Princes] &fle£andemaiik 
moniteur defainâ» Polvint à Paris & difna ce - tout 
auecquesle Roy, &alaenlafeiie dudit:Palais::^ là à 


Digitized by c.ooQie 



' J6 . L e S ;CH R.o.-Ni QV E s 

la tabîé de marbre fut créé- Conneftable de 'France, 8c 
fift le ferment en tel cas accouftume 7 de faire. Et cedit 
iour futerié à Paris de parleRoy que çhafeun portail 
des viures & aultrés.»c&)fçs.pour auitailler & reueftit 
lefdits.Bourgüignons & Bretons,laquelle chofefuft 
faiéte. Et incontinant que ledit çry fut fait plufleurs 
Marchans de Paris.y portèrent grant foifon de viures 
aux champs deuant faindt Anthoirie, lefquels yiures y 
furent incontinent bien recueillis par défaits de loft, 
qui y vindrent de toutes parts, & achetaient iceulx 
-viufes> ce qufe on* leur ftiiloit par elpccial pain & vini 
carlefditsdeloft eftoient tant affamez,les iouës ve¬ 
lues & fipendans de maleurete.quils auoienç longue¬ 
ment enduré que plus n’en poup’içnt, 8c la plujparr 
eftoient fans chauffes &foulîiers,plaiiis de poulx 8c 
de ordure. ; 

Et entre atrftres vindrent & arrinerent aufdits viures 
plufieurslifrelqfr es, Calabriens & Suiflès qui auoienc 
telle raigedefain aux déts qu’ils prenoient fromaiges 
fèns.peler, 8c mordoient àmefmes, 8c puis buuoient 
degrans.& merùeilleux traits en beaulx pots de terre. 
Et£>ieuiceten quels nopces ils. eftoient , mais ils ne 
leur eftoient)pas franches* pourcè qu’ils payent bien 
knfidwot ï&l plujfieurs aultresohofes y eidf faiétes ce 
iour qui font cypàffees pour caufè de briefueté .‘mais 
chafeun peultiçauoirqucc’eft chofe incompeehenfi- 
ineftimablequëik j*uil^€edp:lkrisi«arkfâi^ 
Bourguignons; Bretons; Galabriens,. Bourbonnais, 
Pleurs *& aukres, ainft eftans deuant Paris que dit eft, 
quèont^nrôicàbknÆmt^ aprcsffap^r 

i ' li 


Digitized by G.oooLe 



dv Roy Loys XI. 7 y 

poinébementfait, & ceulx de Paris qui eftoient trois 
fois plus furent tous fournis & nourris des biens de la¬ 
dite ville par moult grant efpace de temps & fans 
riens enchérir. Et apres leur partement y futencores 
beaucoup meilleur marché que deuant n’auoit efté, &: 
le ieudy enfuiuant ne fut riens fait linon que toufiours 
onauitailloitlefdits de loft: & auffi ce meline iour le 
.Roy à priuee meifnec ala iufques au ioingnaht de 
Con flans parlant à mondit feigneur de Charrolois,la¬ 
quelle chofe fèrnbia à toutes perfonnes voulans ton 
bien eftre fîmpleraentfaità luy. Et de cedè farfoient ôc 
mocquoiéntles Picars&aultresdeleurparty,qui en 
difoienttelsmçits. Et reuoitiez voRoy qui parle à no» 
feigneur de Charrolois, & apaflfé à deux heures qu’ils 
y font, & pàr foy fe voulions il eft à no comman¬ 
dement. 

. Et le vendredy enfuiuant quart iour dudit mois, le 
Roy ordonna de ladiébe porte fain 6b Anthoine que 
onlaiftalhentrerlefoitsBourguignons en icelle ville, 
dont plufieurs y vindrent à ceftc caufe & en grant 
nombre, qui y firent plufieurs excez & maiftriles,cè 
qu’il ne leur eufl pas efté foufFert, qui bien euft feeu 
que le Roy ne s’en feuft point courroucié.Et à caufe de 
la pèrmifE on d’icelle entree y eût vng Bourguignon 
entre les aultres qui voulfift entrer en icellevifle par la- 
diébe porte faindt Anthoine, contre le gré des portiers : 
illec eftans, & mefmement d’vng de la compaignie 
dudit baftard du Maine qui gardoit le guichet deladi-1 
ébe porte fain6b Anthoine. Et pour le refïus que fîft le¬ 
dit archiet audit Bourguignon d’entrer dedens ladiébe 

K iij 


Digitized by LaOOQle 



7$ Les CHitONiQ^vEs 

porte & en icelle ville,ledit Bourguignô bailla àicèluy 
archier en entrebâillant ledit guichet d’vne dague de- 
dens le ventre, & incontinent ledit Bourguignon fût 
prins & merueilleufementbatu & naùré, & Te voulu¬ 
rent plufieurs tuer, ce qui leur fut deffendu : mais on 
fiftaffauoir ces chofes au Roy qui ordonna que on lfc 
menait audit feigneur de Cliarrolois pour ch. faire iu- 
ftice, lequel y fut incon tinent mené. Et tout auffi toit 
qu’il fut vers luy arriué & qu’il fut aduerty des chofes 
deffufdictes, le fifl: prendre & eltrangler à h iuftice 
cftant prés du pont de Charenton. 

Ce iour aulli le Roy ordonna que en chafcun quar¬ 
tier de Paris feuft fait des feux, & ceulx defdits quar¬ 
tiers de ladiéte ville eftre illecen arènes, & que en cha¬ 
cun defdits carrefours y cuit vn notable homme efleu 
pour parler aux paffans parmy les rués, & fçauoir que 
ils eftoient & ou ils aioient : & ce ioiir fut édifié de 
Lune. ' 

Et le Dimenche enfuiuant plufieurs des Seigneurs 
del’oft vindrent foupper a Paris aueçr le Roy , en l’o- 
fteide fire lehan Luilier Clerc de ladide ville de Paris. 
Et là s’y trouuerent plufieurs Dames & Damoifelles, 
& aultres nobles femmes d’icelle ville.-Et ceditiour 
Sailezart Capitaine & vingt hommes d armes de; fa 
compaignie, furent aux champs dehors Paris, & y di¬ 
rent parlaBaftille de fainét Anthoine-,pource que la 
porte eftoit gardee, & ddfendu- de par le Roy que 
homme n’yfiit hors d’icelle ville, mais;* les s bouter de- 
dens on n’y en mettoit que dix à vne fois:car on leuoit 
le pont leuis deuers ladite place, & les menoit on attst 


Digitized by 


Google 


dv Roy Loys XL 79 

champs, & puis remenoit on quérir lesaultres dix 
pour aijfîi faire paffer aux champs.T ouslefquels vingt 
hommes d’armes eftoient veftus & habillez de hoc- 
quêtons de camelot violet à grans croix blanches, & 
auoient: belleschefhes4 or autour du çol,& en leurs 
telles eramignoiles de veloux noir à groffes houppes 
de fil d’or de chippre deftiis, & tous leurs cheuaulx 
eftoient couuersde campanes d’argent. Et au regard 
dudit Sallezart pour différence de fes gens il eftoic 
monté deffus vng beau eourlier a vue moult belle 
houffure, toute çouuerte de tranchouers dargent,de£ 
fus chafcun defqueljsy auoit vne groftè earapanp d’ar¬ 
gent doree, & tout deuant ladiétc compaignie aloit 
la trompette dudit Sallezart monté deftns vng chenal 
grifon, lequel en courant au long des foflez d’entre 
bdi&e porte fainél Anthoinc & le bouleuert de la 
Tour de Bitly, lediét cheual cheur deffoubs ladiéle 
trompette ,fi tres-lourdement que icelle trompette fc 
roîtipitlecol. Et le lundy enfuiuant vint nouuelles à 
Parisquele feigneur de Halbourdin & le feigneur de 
Saueuzcs auoient prins'P.eronne, & le Conte deNe- 
uers qui y eftoit dedens. Et cedit jour efehapperent 
trois prifonniers des prifons de Tizon, dont 1 vng 
auoit efté caufe auecques Loys Sorbier de bouter lès 
Bretons &:aultres dedens Pomàoife y &c eftoit de la 
corapaigaieiouachin Rouault. Ce iouraufïifeprine 
le feu à Paris en vne mailon en champ-gaillard, dont 
le Roy ènfiut vng peu de paour. Et ordonna pour ce- 
jfteeàufe quçdnen fift faire des feuz par tous les quar¬ 
tiers de Paris y fie les habitans armez deuant iceinx àc 

fc 


Digitized by c.oooie 




8® Lés Chroniques 

le guet feuft renforcié, ce qui fut fait. 

Audit mois d’O étobre furent aucunes gens de guer¬ 
re du party dudit de Bourgongne deuant la ville de 
Beauuais, pourfommer les Prélat & populaire d’icelle 
deeulx rendre & mettre es mains dudit feigneur de 
Bourgongne ôc ladiéte place aufft, lefquels Prélat ôc 
habitansprindrent ladide fommation par efeript ôc 
renuoyerent au Roy, qui incontinent l’enuoya au 
feigneur de Charrolois auec lequel il auoit fait paix Ôc 
treue. Lequel Charrolois rendit refponce que ce n’e- 
ftoit point de par luy qu’on faifoit lefdi&es fomma- 
tions, en difant que le diable peuft emporter ceulx 
qu’ils faifoienttels, &c qu’ils failoient plus que on ne 
leur commandoit. Et dift le Roy audit feigneur de 
Charrolois que puis que appoin&ement auoit efté 
fait entre eulx, qu’il ne railloit plus vfér de telles voyes: 
ôc fi luy dift plus le Roy qu’il luy donncroitiadi&e vil¬ 
le de Beauuais, s’il vouloit. Et le mercredy enfuiuant 
neufiefme iour dudit mois fut ordonné de par les Pre- 
uoft desMarchans & Efcheuins de ladiéte ville, que 
chafcun Quartenier Ôc Dizenier d’icelle ville feiftent 
faire des feux es lieux accouftumez de les faire, & que 
toutes les chefnes des rues foraines feuftcnt tendues, 
ôc que chafcune perfonne feuft veillant deuant lef- 
dits feux, laquelle chofè futfaiébe. Et leieudy enfui¬ 
uant vint ledit feigneur deSaueuzes ôc arriua en l’oft 
dcfdits Bourguignons a tout grantpuifïànce de gens, 
quiamenoient certaine,grofle fomme d’or ôc d’ar¬ 
gent , pour faire le payement' des gens de guerre dudit 
leigneur de Charrolois. Et ce iour aufïi le Duc de 

Bretagne 


Digitized by LaOOQle 




DV R.0Y Loys XI. Bi 

Bretagne eut Ton appointement auecques le Roy no- 
ftreSiredefcsvaccations, frais & miles de luy & fon 
armee,pour eftrevenu contre luy & fon Royaulme 
dçuant Paris auecques les aultres Princes & feigneurs 
defliis nommez, & en fàifant ledit appointement luy 
fut rebaillee fa Conté de Montfort &c aultres,auec¬ 
ques grant fommede deniers. Et le vendredy enfui- 
uant vint en l’oftel de Iadiéte ville maiftre Iehan le 
Boulengier Prefident en Parlementaire illec de par 
le Roy noftre Sire que on fift ailàuoir aux Quarteniers 
& Dizeniers de laaiéte ville, & de main en main au 
populaire d’icelle que on ne fe elbahyft point fe on 
veoit la puifïance des Bourguignons venir ce iour de- 
uant Paris, & que ce feroit pour illecques faire leurs 
monftres.Et nonobftant ce ny vindrent point ce iour: 
mais les firent depuis le pont de Charenton iufques au 
bois de Vinciennes, & le monftrerent grant puiflan- 
ce : & là le Roy fe trouua pour veoir icelles monftres 
bien fimplement, comme de luy quatriefine feule¬ 
ment, c’eîlajfifauoir le Roy, le Duc de Calabre, le fei-,- 
gneur deCharrolois, & monfieur de làinét Pol. Et 
quant lefdiètes monftres furent faidtes le Roy s’en re¬ 
tourna par eauëà Paris, &c auantfonpartement &en 
fa prefence ledit feigneur de Charrolois diftà tous fef- 
diètes gens de guerre ces mots, Mes feigneurs vous & 
moy fommesauRoymonfouuerain feigneur qui cy 
eft prefent, pour le feruir toutes les fois que meftier en 
aura. Et le ïamedy enfuiuant douziefme iour dudit 
mois d’O étobre quatre cens foixante cinq, vint noü- 
uellesquela ville d’Eureux auoit efté baiflee & liuree 


Digitized by c.ooQle 



Si Les Chroniqves 

aux Bretons par vng nommé meflire Iehan le Beuf 
Cheualier, qui les bouta en ladiéte ville le mercredy 
precedent iour de fainét Denys, ainfl que les bourgois 
& habitans de ladiéte ville aloient en procellion hors 
d’icelle ville. Et ainfi qu’ils yffoient par l’vne des portes 
d’icelle en alant à ladiéte proceflion, lefdits Bretons 
entroient en ladiéte ville par vne aultre porte. Et le 
lixiefmeiour d’icelluy mois d’Oétobreaduint queon 
aduertit le Roy qu’il y auoit entreprife faiéte fus fa 
perfonne par aucuns Tes ennemis, deîe prendre ou tuer 
dedens ladiéte ville :& pour foy en garder & dormir 
feurement ordonna exprefTément que on fift grant 
guet & garde en ladiéte ville tant fur la muraille que 
dedens, & que par chafcun quartier & ruë feufTene 
faits les feux, ce qui fut fait : & vint aufli nouuelles que 
la ville de Caen & aultres de Normendie s’eftoient re- 
mifes & reduiétes en l’abeyfiance de mon dit feigneur 
de Berry. Et depuis ce le Roy enuoya en la ville de 
Mante grant quantité de gens de guerre & de francs 
archiers. 

En ce temps le Roy fift aier laRoyne à Orléans, 
qui lors eftoit à Emboifè. Et le ieudy enfuiuanr dix- 
huiétiefmeiouï dudit mois le Roy fouppa en l’oftel 
du feigneur de Armenonuille où il fïft grant chere, & 
ymenaauecquesluy le Conte du Perche, Guillaume 
de Bifche, Guiot Durie, laques de Creuecueur, mon- 
fieur de Craon, meflire Yues de Fau, meflire Gafton- 
net du Leon, Vuafte de Monpedon, Guillaume le 
Cointe,& maiftre Renault des Dormans. Et pour 
femmes y eftoient madaaioifelle Dermenonuille,la 


Digitized by G.oooLe 



dv Roy Loys XI. 8$ 

longue joye, & la Ducheffe de Longueil. Et pour 
bourgoifes, Elliennette de Paris, Perrete de Chaalon, 
& IehanneBaillete. Etlemardy vingt-deuxiefmeiour 
dudit mois le Roy ala par deuers lefdits Princes à pri- 
uee meifnee fans fa garde, iufques à la granche aux 
Merciers, fauf que monfieur de Berry n’y eftoit point : 
& le ieudy enfumant monfieur le Duc de Bourbon 
vint parler au Roy en la place deuant Paris par de çà la 
foffe de la grandie de Ruilly. Et eif oit le Roy ceiour le 
plus honneftement habillé qu’on ne l’auoit point veu 
deuant: carileftoitveftud’vne robe de pourpre def- 
feinte 5c toute fourree d’ermines, qui luy feoit beau¬ 
coup mieux que ne faifoient les cours habits qu’ils 
auoit portez parauant. Et le fàmedy enfuiuant mondit 
fdgneur de Charrolois fe départit de Ton oft & fift 
crier par tout icelluy fur peine de la hart,que tous ceulx 
de fon armee &c compaignie feuffent incontinent 
prefts pour aler feruir à l’encontre des Liegois, qui 
gaftoient & mettoicnt à feu & à l’efpee tout ce qu’ils 
trouuoient és pays dudit feigneur de Charrolois. Et 
lesDimenche,lundy & mardy enfuiuans, monfieur 
de Berry qui eftoit logé à fain&Mor des foffez fut vng 
peu malade d’vne heure, qui le tint durant lefdits trois 
iours & puis fut guery. Et pareillement que deuant le 
Royhftleditiourdelundy les feux & le guet parmy 
ladi&e ville, & tendre les chefnes de toutes les rues 
foraines. 

Et lemercredy enfuiuant trentiefme & penultief- 
me iour d’O ârobre audit an, furent leues & publiées 
les lettres de la paix, ou treue faidte entre le Roy 8c 

L ij 


Digitized by 



$4 Les Chroniques 

lefdits Princes en la Court de Parlement, où illec fut 
enregiftré. Et ce mefme iour le Roy partit de Paris 
pour aler au bois deV inciennes par deuers lefdits Prin¬ 
ces , & là mondit feigneur de Berry luy fift hommaige 
de la Duché de Normendie, qui baillee luy auoit efté 
pour fondit appanaige. Et cedit iour fut ladiéte ville 
de Paris fort gardee, & fift on armer tous les archiers 
&les arbaleftriers d’icelle ôc aultres,pour garder les 
portes de ladiébe ville iufqucs à ce que le Roy fuft re¬ 
tourné en icelle de deuers lefdits Princes, où il s’en 
cftoitainfi fimplement alé. Et délibéra le Roy cedit 
mefme iour de coucher la nuit audit lieu du bois, ôc 


enuoya quérir fon licSt à Paris : mais le Preuoft des 
Marchans ôc Efcheuins de ladiéte ville luy enuoyerent 


meflàge exprez, luy humblement prier ôc requerre 
qu’il n y couchàft poin t pour moult de caufes, ce qu’il 
leur accorda & s’en retourna au gifteaudit lieu de Pa¬ 
ris : & le ieudy enfuiuant monfieur de Berry,monfieur 
de Charrolois ôc aulcres fe defpartircnt de deuers Pa¬ 
ris & s’en alerent en diuers lieux, c’eft affauoir mondit 


feigneur Charles s’en ala en Normendie, Ôc le con- 
ùoya le Roy bien loing fur le chemin de Ponthoife,& 
puis s’en tira luy & ledit de Charrolois vers Villers le 
bel, où ils furent deux ou trois iours,& puis s’en ala 
ledit de Charrolois au pays de Picardie, & de là s’en 
ala faire guerre aux Liegois. Et le lundy enfuiuant 
mefïire Robert Deftouteuille Cheualier feigneur de 
Beine, qui auoit efté Preuoft de Paris du temps du feu 
Roy Charles, & que le Roy l’auoit oftee & baillee à 
laques de Villers feigneur de fille Adam, fut remis Ôc 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. g) 

reftitué audit Office de Preuoft de Paris. Etcemefme 
iour fut en l’oftel de laditfte ville pour les affaires du 
Roy,&làluyfutbaillee le nom de la nuit comme à 
Preuoft de Paris.Et le mardy enfuiuant le Roy fouppa 
en l’oftel d’icelle ville, ou il y eut moult beau feruice de 
chair & poiflon, & y foupperent auecques luy plu- 
fieursgens degrant façon,inuitez & mandez auec¬ 
ques leurs femmes. Et auant ledit foupper le Roy prd- 
pofa à aucuns Quarteniers, Dizeniers, pource aufli 
mandez,difant qu’il les mercioit tous en general & 
particulier de la grande feaulté & loyaulté qu’il auoit 
trouuee en.eulx : & que pour eulx il eftoit du tout dif- 
pofé de faire tout ce que poftible luy feroit, & que 
pource que durant la guerre &diuifion qui auoit efté 
deuant laditfte ville il auoit donnez & conférez à icelle 
aucunspreuilleges,& que aulcuns pourroient auoir 
imagination c^u’il auroit ce fait pour laneceftité où il 
s’eftoit trouué de auoir d’eulx fecours, & que apres la¬ 
dite paix ou accord les leur pourrait ofter, il leur de- 
claira pour cefte caufe dellors & des maintenant pour 
lorsàtoufiours, il le les leur auoit donnez & laiffez, 
fans iamais auoir efperance de les rappeller ne venir 
contre, & fe mi eulx vouloient auoir de luy qu’ils le 
dcmandafTent & il le leur o&roy eroit. Et leur dift en- 
cores qu’il laiflbit en ladite ville le feigneur de Bcyne 
comme Preuoft de ladi&e ville de Paris,auquel il vou- 
loit quils obeyflent comme à luy ’, & leur dift qu’il 
auoit moult bien feruy à la iournee de Montlehery, & 
pour aultres caufes qu’il declaira audit Preuoft des 
Marchans & Efcheuins deladide ville de Paris, en le 

L iij 


Digitized by LaOOQle 




36 Les Chroniques 

priant d’eftretoufiours bons &loyaulx enuers Iuy & 
a la Couronne de France, fans ce que aucune partiali¬ 
té foittrouuee en ladite ville. Et illec ce iour Fut fian¬ 


cée la fille naturelle du Roy a monfieur le baftard de 
Bourbon, & apres foupper y furent faites plufieurs 
ioyeufetez,dances & aultres plaifànces : & là mondic 
feigneur le Baftard y dança& y fift grande & bonne 
chiere. 

Et le lundy enfuiuant feptiefme iour de Nouembre 
audit an quatre cens foixante-cinq, ledit mefiire Ro¬ 
bert Deftouteuille fut amené au Chaftellet de Paris 


par meilire Charles de Meun & maiftre lehan Dauuet 
premier Prefident au Parlement deThouloufe,auquel 
Prefident le Roy mandoit quil auoit receu le ferment 
dudit Deftouteuille a Preuoft de Paris, au lieu de lac¬ 


ques de V illers feigneur del’Ifie Adam, auquel il auoic 
donné ladiéte Preuofté à fon ioyeulx aduenement, ôc 
qu’il le mift & inftitua en pofTefïion & fàifine dudit 
office de Preuoft de Paris. Et apres que les lettres de 
don dudit office furent leuës au grant parc du Chaftel¬ 
let de Paris, ieelluy Deftouteuille fut mis & inftitué en 
pofleffion dudit office, fans prciudice du cas d’appel 
dudit de Villers. 


Et tantoft apres ces chofes ainfi faieftes le Roy man¬ 
da venir à luy les Prefidens de fà Court de Parlement, 
aufquels il dit telles ou femblablesparolles. Il eftvray 
que apres que ie vins à mon ioyeux aduenement à la 
Couronne,ie feis le premier Prefident en ma Court de 
Parlement meflire Helye de Thorretes, qui tantoft 
apres ala de vie à trefpas. Et à l’eure que ie le rcis i’auoye 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. 87 

mon affe&ion finguliere dey mettre en Ton lieu mai¬ 
ftre Iehan Dauuetnoftre premier Prefident àThou- 
loufe qui cy eft prefent : mais tant par importunité de 
requerans que auiTi à lapriere &c requefte de meflire 
Iehan Bureau, nous y mifmes le Prefident de Nanter¬ 
re , qui depuis y axfté iufques à la venue de noftre ville 
de Paris datfcuns feigneurs de noftre fan g,qui nous fi¬ 
rent dire & remonftrer que en noftre Royaulme a- 
uoient efté faiétes plufieurs grandes iniuftices, & mef - 
mement en noftre Court de Parlement : Pourquoy & 
aultres caufes qui nous meuuent, declairons que ledit 
de Nanterre ne fera plus noftre premier Prefident en 
noftre Court de Parlement, & que pour & en Ton lieu 
y auons mis & créons ledit maiftrc Iehan Dauuet, 
pour y eftre & demeurer. 

Et le fàmedy enfumant neufiefme iour dudit mois 
de Nouembre, meflire Pierrede MoruillierCheualier 
qui auoit efté Chancelier de France fut defàppointé 
dudit office, & y fut mis en fon lieu meftire Iehan Iu- 
uenel desVrfins,qui auffi auoit efté Chancellier de 
France, & quiencores eftoit au iour du trémas dudit 
feu Roy Charles. En ce temps aufli le Roy defàppoin- 
ta meflire Pierre Puy de l’office de Maiftre des Reque- 
ftes ordinaire de fon hoftel, & donna ledit Office à 
maiftre Régnault des Dormans, 

Apres ces chofès le Roy fe partit de Paris pour aler à 
O rleans, & en emmena auecques luy Amault Luilicr 
Changeur & bourgois de Paris, auquel il charga tref- 
«xpreffément de le îaiure & eftre toüfiours prés de luy, 
& fi y mena aufli maiftre Iehan longue joyele ieunc. 


Digitized by c.oooLe 



88 Les Chroniqves 

nouuellement marié à Damoifelle Geneuiefue fille de 
maiftre Iehan Baillet pour eftre de Ton grant Confeil. 
Età l’eure dudit partement il creaTreforier de France 
maiftre Charles ( d’O rgemont feigneur de Mery, & 
fift ledit Arnault Luillier Treforier de Carcaftonne,& 
maiftre Pierre Fertcil mary de Terteau Maiftre des 
Requeftes de Ton Hoftel, fans gaiges 6c intereft. 

Et le’lundy enfuiuant dixhuiétielme iour dudit 
mois aduint à Paris à fix heures de matin que vne co¬ 
mète y chey t en refplendilfeur de feu,qui dura longue¬ 
ment: & eftoit telle qu’il ferabloit que toute la ville 
feuft en feu & en flambe. Et de celle elpouuentable 6c 
merueilleufechofevnghommeenla place de Greuc, 
quia ladiéte heure aloit ouyr Mefleaufainéb Elperit* 
fut de ce fi tres-elpouuenté qu’il en deuint fol, & per¬ 
dit Ion fens 6c entendement. 

Et apres toutes ces chofes mondit feigneur Charles 
quiainfi eftoit party de Paris pour aler en Normen- 
die,s’en alaiufques à làinéle Katherine de mont de 
Rouen, où il fej ourna illec par diuerfes iournees en at¬ 
tendant que ceulx de Rouen eulfent préparé ce qu’ils 
auoient intention défaire pour fon entree,mais ce¬ 
pendant femeuftnoife entre mondit feigneur Char¬ 
les, le Duc de Bretaigne 6c le Conte de Dampmartin, 
dont fut dit audit moniteur Charles que ledit Duc de 
Bretaigne 6c Conte de Dampmartin auoient entre- 
prins deleprendre&ramener en Bretaigne, pour la¬ 
quelle caule Iehan moniteur de Lorraine qui de ce fut 
aduerty,.ala incontinent dire ces npuuelles en l’oftel 
de ladiéte ville de Rouen,qui incontinent y pourueu- 

rent 


Digitized by c.ooQle 




dv Roy Loys XI. 89 

rcnt & firent arriuer tous ceulx de Iadi&e ville. 

Et a grant port d’armes ledit monfieur Iehan de 
Lorraine à l’aide defdits de Rouen ala en la place dudit 
lieu de fainébe Katherine ou on né le vouloit laifler en¬ 
trer. Et illec malgré ledit Duc de Bretaigne & Conte 
de Dampmartin, fans folempnité garder, fift monter 
mondit lèigneur Charles fur vng cheual garny de fellc 
& harnois amplement, fans aucune houlîure,& auoit 
veftuàcefteheurevnerobedeveloux noir,& en ceft 
eftatle menèrent en ladiébe ville de Rouen, tout droit 
en l’Eglifenoftre Dame, dû chante fut 1 çTeDeum Lu- 
dam us , ôf de là au Chaftéau dudit lieu. 

En ce temps le Roy efiant à Orléans fift plufieurs 
ordonnances & eftabliftemens, & defappointa plu¬ 
fieurs Capitaines de guerre, & entre les aultres il ofta 
les cent lances, dont Poncet de Riuiere auoit la char¬ 
ge, & le fift Bailly de Montferrant, & à d’aultres ofta 
aufli les charges & mift d’aultres en leurs lieux. 

Et quant ledit Poncet de Riuiere fe vit ainfi delàp- 
pointé de fadiébe charge, il s’en ala oultre la mer au S. 
voyage delherulalem, de delààfàinébe Katherine du 
mont de Sinay, & fi remift & fift le Roy le feigneur de 
Loheac Marefchal de France,comme aultre fois l’a- 
uoitefté, & futmisau lieu du Conte de Commingc 
baftardd’Armignac. Et apres ces chofes ainfi faidbes 
leRoyièpartd’Orlcans & s’en ala en Normendie à 
toute (on armee francs archiers, & fon artillerie grofle 
& menue, & s’en tira vers Argenten, Exmses, Faiaize, 
Caën, & aultres places dudit pays ; pour les prendre, 
(àifir, & mettre en fes mains. Et làil trouualeDucde 

v-M- . ;*>• 


Digitized by c.ooQle 



pp Les Chroniques 

Bretagne, qui furent enfemblevneefpace de temps. 

Et d’aultrc part audit pays deNormendicy eftoit 
par le Roy monfieur de Bourbon qui ala deuant E- 
ureulx pour l’auoir,qui n’y obeyrent point de pre-* 
miere venue, mais depuis traitèrent auecques hiy & 
le boutèrent dedens ladite ville, luy & fès gens. Et 
apres d’illec fe partift &sçn vint deuant Vernon fur 
Seine, ou femblablement luy fut fait reffus de premiè¬ 
re venue, & puis le mirent dedens. Et dvne aultre part 
eftoit meflire Charles de Mcleun grant maiftre d’o- 
ftel du Roy, qui auflï prenoit & faififloit villes & pla¬ 
ces , comme Gifors, Goürnay, & aultres : & fi rua ius 
enuiron fix vingts Efcoftois qui s’en aloient au fei- 

E neur de Bueil pour mondit feigneur Charles. Et fut 
. rencontre faidte defdits Efcoftbis àvngvillaige du 
Bailliage de Caulx nommé Cailtyv 
En ce temps le feigneur de Stcrnay qui eftoit G ene- 
ral deNormcndie, qui s’en eftoit party hors de la ville 
de Rouen pour Jadoubte & fureur du Roy,& affin 
qu’il ne feuft cogneu fe aJbiila en Cordelier de 1 obfer- 
uance, fur rencontre par aucuns gens de guerre de la 
compaignîe dudit grant maiftre, aupont faindt Pier¬ 
re, quieft à quatre lieues de Rouen', & auoit auec luy 
vng Auguftin. Ldquels apres qu’ils eurent efté fàifïs 
fUrenrterchezpar lefdits gens de guerre, & trouue- 
rent fur culx plufieurs bagues & or monnoye contant, 
qu’ilsprindrent & làifircnc. Et apres mondit feigneur 
Charles qui s’en eftoitalé à Rouen s’en ala à Louuicrs, 
cuidant y croutrer mon feigneur de Bourbon, lequel 
ilny trouua point, & incontinent s’en retourna au-* 
dit Heu dcRouën, 


Digitized by c.oooLe 



dv Roy Loys XI, 9t 

Et apres Ton retour audit lieu de Rouen, ceulx de 
ladiéte ville le receurcnt &ç le menèrent en l’oftel de la¬ 
dite ville,ouillec i’efpoufercnt à leur Duc: & en ce 
faifànt luy baillèrent vng anneau qu’ils luy mirent au 
doy, que à ce faire eft ordonné. Lequel depuis mondie 
feigneur Charles porta, & promift lors aufdits de 
Rouen de les entretenir & garder en leurs franchifes 
& libertez, <3c leur ordonna a cefte heure la moitié de 
tous les aydes que parauant fit réception ils auoient 
payez. Et ces chofes raidies luy fut dit & remonftré par 
les gens d’Eglife, lesnobles,bourgois & populaire d’i¬ 
celle ville , qu’ils fe rendoient & aemouroient du tout 
fes vrais & loyaulx fubjedis, tous bien délibérez de vi- 
ure & mourir pour luy, & iufques au dernier homme: 
& puis luy firent lire vng article contenu en vne Chro¬ 
nique qui cftoit en icelle maifon de la ville,publicque- 
ment deuant tous, qui contenoit en effedt que iadis y 
ot vng Roy de France qui mourut, & apres fon tref* 
pas demoura deux fils, dont l’vn par aimnefle fucceda 
a la Couronne : & à l’autre fut baillé pout-fon appa- 
naige la Duchié de Normendic, qui depuis ledit Roy 
de France voulut rauoir & enprint guerre contre foni 
frere pour la rauoir. Et ôultre pour leurdit Duc guer¬ 
royèrent tellement ledit Roy de France, que par leur 
puifiànce d’armes,ils mirent en exil ledit Roy de Fran-J 
ce, & firent leurdit Duc Roy. Et apres ladicle leéhire 
luy dirent qu’il nefe fouciaft de riens, & que de là en 
auanteeulx dcladiéfe ville lefourniroicntdedens icel¬ 
le ôc deflus leurs murs d’engins & aultres chofes déf- 
fenfàbles, ôc de tout ce que neceifité leur feroit d’aw 

M ij 


Digitized by c.ooQie 



9t Les. Chroniqves 

uoir : tellement que aucun dommaige ou efclandre 

neviendroit audit feigneur, ne à eulx, ne à leurdiétc 

ville. 

Et le lundy pcnultime iour de Décembre audit an, 
leRoy^en retournant dudit bas pays de Normendie 
vin t au Ponthaudemer, & de là en la Champaigne du 
Neufbourgprés Conches, & enuoyamôdit feigneur 
de Bourbon deuant la ville de Louuiers. Et le mercre- 
dyenfuiuant premier iour de Ianuier ladite ville de 
Louuiers fut rendue à mondit feigneur de Bourbon 
pour le Roy, & ce mefme iour le Roy entra dedens la¬ 
dite ville de Louuiers apres difner. Et en ce mefme 
iour aufïi fut mené par les gens dudit grant mailïre 
d’oft el, le feigneur Sternay qui aufïi en icelluy iour fut 
noyéenlariuiere Dure, & aufïi ledit Auguftin auec- 
quesluy par les gens du Preuoft des Marefchaux. Et 
puis fut le corps dudit de Sternay retiré hors de ladiéle 
riuiere & mis en terre en l’Eglife noftre Dame de Lou¬ 
uiers , ou illec fut fait fon feruice. 

Audit temps furent plufieurs perfonnes,officiers & 
aultres dudit pays de JSformendie executez & noyez 
parle Preuoft des Marefchaulx ,pour les queftions du 
Roy & monfeigneur CharleS fon frere. Et apres le 
Roy fe partit dudit Louuiers,& vint mettre le fiege 
deuant la ville du pont des Arches, qui eft à quatre 
lieues de ladiéfeville de Rouen. 

Et le ieudy fixiefme iour dudit mois de Ianuier fut 
crié en la ville de Paris , que tous marchans accouftu- 
mezdéporterviüresenoft,portaffent viuires en loft 
du Roy qui cftoit deuant ladiéte ville du pont des Ar- 


Digitized by LaOOQle 


dv Roy Loys XI. 93 

ches, & aulïî que tous pionniers feuflènt tous prefts à 
partir le landemain pour aler audit lieu, foubs lire De¬ 
nis Giber l’vn des quatre Efcheuins de ladite ville à la 
conduire d’iceulx ordonne'. Et le mercredy cnfuiuant 
les gens du Roy qui eftoient alez à leur auantaige fur 
les champs,prindrent quatre hommes d armes de la 
compaignie & ellans foubs ledit monfeigneur Char-: 
les, & qui autresfoisauoient efté en l’ordonnance du 
Roy, & Tvn d’iceulx eftoit nommé le petit Bailly, qui 
autrefois auoit efté de la compaignie de Iouachin 
Rouault Marefchal de France, & qui auoit efté caufe 
delà prinfe de Pontoife contrele Roy : Furent menez 
deuers le Roy, & incontinent fut ordonné qu’oil 
leur couppaft les telles, & lors ils requirent au Roy 
que il leur fauuaft la vie & ils luy feroient rendre ledit 
pont des Arches : ce que le Roy leur accorda, à la re- 
quefte de mondit feigneur de Bourbon & de plufieurs 
aultres Princes & Seigneurs. ; * 

Et ce mefine iour le Roy & là compaignie entre- 
rent dedcns ledit pont des Arches,& ceulx qui eftoient 
dedens ladiéle ville fe retirèrent dcdens le Chafteau. 
Entrelefquelsy eftoit maiftre Iehan Hebert General 
des finances du Royaulme de France: & trois iours 
apres fut rendu au Roy le Chafteau dudit pont des 
Arches. *, 

Et apres que ladiéte ville & Chafteau eurent efté 
ainli rendues au Roy, ceulx de Rouen enuoyerent par 
deuers luy pour parler d’appointement, lequel en- 
charga hault & bas les Ducs de Bourbon & deBretai- 
gne. Et pour ledit appointement auoir vindrent de 

M iij 


Digitized by 


Googl 



94 Les Chroniques 

ladideville de Rouen aucuns Commiflàircs ordon¬ 
nez de par icelle pour luy faire plufieurs requeftes Ôç 
remonftrances, ôc entre aultres que quelque choie 
qu’ils euffent fait le Roy voulfift eftre content d’eulx, 
ôc qu’il luy pleuft declairer qu’ils n’auoient point fail- 
ly ne fait chofecontre luy dont il leur voullift donner 
pardon,grâce, ouremimon, ôc que le Roy de là en 
auant les affranchift en la maniéré qu’il auoit fait ceulx 
de fa ville de Paris : ôc plufieurs aultres requeftes firent 
au Roy, qui leur rendit relponfe que fur le tout il au- 
roiq fonaduis. 

Et durant ces chofes plufieurs des gens du Roy 
aloient ôc venoient en ladite ville, & les vngs auec- 
ques les aultres. Et cependant monditfeigneur Char¬ 
les , luy ôc plufieurs aultres de fa compaignie fortirent 
dehors de ladide ville de Rouen, Ôc s’en tirèrent à 
Honnefleu Ôc àCaen,oùils furent depuis certaine ef* 
pace de temps.En ces cntrcfaides Iehan monfeigneur 
de Lorrainefecuida elchapper pour aler en Flandres, 
mais il fut rencontré par les gens du Roy, qui le prin- 
drent ôc menèrent vers le Roy. Et donna le Roy U 
plufpart des offices de ladide Duchié de Normendic, 
Ôc y fift denouueaulxofficiers, ôc en débouta les aul¬ 
tres. Et aptes ledit partement dudit, monfeigneur 
Charles de ladide ville de Rouen,elle fut remifè ÔC 
reduide au Roy. Et ce fait le Roy renuoya tous les 
francs archicrs, ôc leur donna congé iufques au pre¬ 
mier lourde Mars enfuiuant,ôc renuoya aufti fon ar¬ 
tillerie à Paris, ôc puis priât fon chemin pour aler au 
bas pays de Normcndie,ôc vers le mont faind Mi- 


Digitized by c.oooLe 


dv Roy Loys XI. 95 

chiel. En cc temps Anthoine de Chabannes Conte de 
Dampmartin dont deftiis eft fai&c mention, fè tint 
auecques le Roy, & y eut gouuemement & charge de 
gens d’armes de cent lances, dont auoit la condui&e 
meflire Charles de Meleun grant Maiftre d’oftel du 
Roy, & h luy ofta l’office de grant Maiftre Sc le bailla 
à monfèigneur de Craon. Iaçoit que moult de gens 
cftoient aflez d’opinion que ledit de Meleun euft bien 
fèruy le Roy & fait de moult gratis fcruices, mefmc- 
ment à la grant diligence qu’il peint à la garde de la vil¬ 
le de Paris en i’abfence du Roy, Ôc luy eftant en Bour-r 
bonnois, ou tant &fï bien fe gouuerna & maintint, 
que plufieurs eftoient d’opinion que fe n’euft efté fâ 
grant diligence ôc bonne conduite que ladide ville 
euft eu beaucoup à fouffrir,au grant dommaige dû 
Roy & duRoyaulme. 

Et en ces choies faifant, le Roy fift efehange auec* 
quesledit Concédé Dampmartin,d’vn lien Chaftcl 
quil auoit en Gafcongne nommé Blancaffort,& alen- 
contre le Roy luy bailla tout le demaine & fouuctai^ 
neté qu’il auoit és villes de GonndTe, Gournay fur 
Marne, ôc Crecy en Brie. Et de ce luy bailla lettres ad- 
dreflans à là Court de Parlement, pour icelles eftre par 
eulx expédiez, & pour les ioindre auecques fadiâe 
Conté de Dampmartin. 

Audit temps le Roy ordonna que la placede Chau¬ 
mont fur Loire qui appartient à meflire Pierre d’Am- 
boife fèïgncur dudit heu de Chaumont, feuft mife en 
feu Sc en flambe anafee, ce qui fut fait. 

Etle lundy tiersiourde Feuriet vng nommé Gau- 


Digitized by 



9 6 Les Chroniques 

uain Manniel, qui cftoit Lieutenant general du Bailly 
de Rouen, fut prins en ladite ville & mené prifon- 
nier au pont de l’Arche. Et là par le Preuoft des Maref 
chaulx defTus le pont dudit lieu fut drecié vng efchauE 
fault, dcflus lequel ledit Gauuain fut décapité pour 
aucuns cas de crimes à luy impofez. Et defTus ledit 
pont fut fà telle mife au bout d’vne lance, & fon corps 
jetté en la riuiere de Seine. 

Et en ce temps le hault Doyen de I’Eglife de Rouen 
& aultres Chanoines de ladite Egüfe iufques au nom¬ 
bre de fix, furent enuoyezhors icelle, & leur fut ladi¬ 
te ville interdire, & furent enuoyez demeurer hors 
de la Duchié de N ormendie. 

: Apres ce le Roy fe partit de Rouen & s’en ala à O r- 
leans oula Royne eftoit, & y demoura par long temps 
&puiss’enalaàlargeau, &illecenuiron. Et pendant 
qu’il y fut arriuerent deuers luy plufieurs AmbafTades 
dediuerfescontrées, & de diuers cas: & durant ce le 
Roy délibéra enuoyerAmbafTadeau Royaulme d’An¬ 
gleterre pour aucunes caufes. Et pour ce faire elleut le 
Conte de Rouflillon baftardde Bourbon & Admirai 
de France, le {ire de la Barde, l’Euefque & Duc de 
Langres, maillre Iehan de Ponpaincourtfeigneur de 
Sercelles,maiilre Oliuier le Roy Confeillier & maiftre 
des Comptes, & aultres. Et partirent pour aler audit 
Roÿaulàie d'Angleterre au mois d’Auril mil quatre 
cens foixante fix. 

î. Et audit temps par la Iuftice ordinaire de Paris fu¬ 
rent prins plufieurs poures créatures, larrons, croche- 
teurs, & aultres malfaiteurs, qui pour lefdits cas 

furent 


Digitized by ^.ooQle 


d v Roy Lqys ^1. 97 

furent les aucuns pendus & eftranglez au gibet de Pa¬ 
ris à Mont faucon, & lesaultresen furentbattfc au cul 
de la charrette par les carrefours de ladi&e ville. 

En ce temps Damoifelle Yfabeau de Cambrayfem- 
me de fire Guillaume Coulombel puiflant ôc riche 
homme, fut mife & conftituec prifonniere en la Con¬ 
ciergerie du Palais Royal à Paris, à la requefte &c pour- 
chas de fondit mary, qui principalement la çhargçoit, 
de troischofes, Lapremiore, quelle s'eftoit fpfhû&e 
& habandonnee à aultre qu a luy. La fécondé ,qu elle 
l’auoit defrobé de fes hiens en grans fbmmes de de¬ 
niers. Et aufli quelle auoit fait & compile plu^eurs 
poifons pour Tempoifonner & faire mourir.Et fur ces 
chofèsauoitfondit mary fait faire fes informations : 
apres lefquelles veuës & pour iefdics cas demouraion- 
guement prifonniere, & fur fur cégehainee, Et fîna- 
Dlementveu parla Court de Parlement lefdiétes char¬ 
ges & informations fur ce fai&es, & fa confçflionpri-r 
le : par Arreft Se Jugement diÆnitif dVk* fui dit & 
prononcé que lefcü&es charges par ledit Columbei 
impofeesa ladite femme, cftoiét (oufEtfamment prou, 
ueçs, Pourquoy fut declairépar ledit Afnqfi: priueç de 
toute communauté de biens Se dçmkt aàeôjifS.fonT 
dit mary. Et au regard des poilbns furent appoin&eà 
contraires, dequoy elle propofa erreur,.& conhgna 
fixvingtsliurespatifis. ? ' 

• Le mxiefmeiour de May audit an foixantcfix,rne£ 
fire Anchoine de Ghafteauneuf feigneurduLau, qui 
auoit «u congié du Roy long temps parauant, fut 
trouuépascascfauenture par le feignpur de Chabeft- 

N 


Digitized by ^.ooQle 



5 >S Les Chroniques 

nais & aultres,ésplaines de Clery pies Orléans. Et 
pource que luy & les gens furent apperceus en habits 
mefcogneus,fut prins prifonnier & mené au Roy,qui 
l’enuo.ya auecques fes gens prifonnier en vng Chaftel 
prés Mehün. Et le mercredy veille d’Afcenfion noftrc 
Seigneur,par ï ordonnance du Roy maiftrelehan le 
Preuoll Notaire ôc Secrétaire du Roy entra dedens la 
Baftillefàin&Anthoine par moyens fubtils, & d’illec 
en mift & ièéla hors vng nommé Marc, qui en eftoit 
Lieutenant pour monfieur delaBorde,& lequel Marc 
aüoit nouuellement efpoufe la fille naturelle dudit 
meffirefchârlesdeMeleuhy qui. eftoit fils dudit de la 
Borde. Et apres ledit Maie & fadiébe femme & mef- 
naige s’en retournèrent a reifuge par deuers ledit mef- 
fïre Charles en la ville dé Melpun. > : ! . 

Ét 1 e famedyveille dePenthecoufte viiigtquatrief-» 
me iour dudit mois r audit ah :mil quatre cens foixante 
fix, furent leues & publiées en ladiébe ville de Paris par 
les carrefours dlcelle ,à fon de trompe & à cry publi¬ 
que, le mandement du Conneftable de France, de¬ 
dens lequel eftoit infère le mandement du Roy, qui 
contenoit que le Roy eftoit Idehément ipformç que 
les Anglois ièsanciens ennemis, en groffe& merueil- 
leufè armçe eftoient délibérez d’entrer & defeendreau 
Rqyaulmede France, pour deftruire & gàfter icelluy. 
Et que pour ce faire auoient défia fait grarit amas de 
nauires. Etpourcele Roy voulant refifter à leur mau- 
uaife & dampnee entreprife, & pour les grêuer & nui-> 
reen tout ce que poffibleferoitj mandoit audit Con- 
neftable que par toutes villes, pays, & lieux dudit 


Digitized by C.ooQle 




d v Roy Lôys XI. •- 99 

Royaulme, es places où on a aecouftumé de faire cry 
publique, il fiffc aflauoir que tous nobles tenans du 
Roy en fief & arriéré -fief, de quelque eflat ou condi r 
tion quils feufTent, feuflènt en armes & habillement 
dedens le quinziefme de îuing enfuiuant, fur peine de 
confifcation de corps ôc de biens. Et auili à tous francs 
archiers à eftre tous prefts audit iour. 

En ce temps le Roy qui ainfi auoit defapppiridtë le¬ 
dit fcigneur de la Borde de la Capitainerie de la Baftil- 
le fkindt Anthoine, donna ladidfe-G apitainerie au fei- 
gneur de Blot Senefchal dîAuuergrie, que on difoit 
eftre homme de grant conduire. En ce temps ledit 
feigneur de Montaulban quiauoit efté Admirai,grant 
maiftre Adminiftrateur & général Réformateur de 
toute la noifeaduènuëen Bretaignè* & par côfequent 
au Royaulme de France, & qiiiauoit eu des biens du 
Royaulme 8 c argent inêftimablé, mourut à Tpurs & 
ne fucpoint pleure. Et apres famOtftleRdytfpnna fcs 
offices:C’eft affauoir l'office. d’Admirai à monfeigneur 
le Baftard de Bourbon, qui auoit çfpoufee vne tienne 
fillcnaturelle* office degrant maiftrefe Eauçs 8 ç 
JFprefts, futdônnee.aufeigrieur de Ch^ftillonfrère du 
:Marefchalde Loheac. 

1. Auditrt&nps furentpiriféitreues aueequeslefili^ 

^ -pSu: • merv.que 

parterfe,$c j&irent lefdidtes treues publiées, & auffi 
.audit- temps monfèigneur du; Mainepoür aucunes 
,<»ufeqpjbt9çUi3ên.tile Roy futd^fapppindlé^du goit- 
tueruemem^e Ii.anguedpc ?i & fut baillé à mdnfeigiieur 
.deÇpürhon;: .. . . : . 



Digitized by 


Googl 



îoo Les Chroniâtes 

Et âbres ledit mariage fait dudit monfeignetor l’Ad- 
miral, le Roy luy donna le Chaftel & place de VïFon 
«n Aütttrgne, quon dit eflre la plus forte place du 
Royâulmt, âüetques les Capitaineries de Honnefleti 
& àttlttts places de Normendié. Audit moisdeluing 
que les fêues âôUriiToieiit & dtuieitneût bonnes, ad*- 
uint que plufieurs hommes & femmes perdirent leur 
■bon entendement, & mdfmementà Paris : il y tut en¬ 
tre aultt es vng ieurve homme nommé maiftre Matcial 
d’Àüuergfie Procureur en k Court de Padèment, St 
Notaireau Ohafttibc de Paris, lequel aptes qu'il eut 
efté mafté trois fepakainfes auecques vne des filles de 
maillre lutquts Fournier Confeiilier du Roy en ladi¬ 
te GOttft de Par du fon enreaidtmcnt m 


Baptiftt eft&ifOtt neuf heurts de matin, vn e telle Fre- 
Uaifitkpttftt qu’dfektfcaparkfeneftre defacfeambitr 


«t fot en gtara dangiet de mourir. 


tfEgrat* «t quittes geftsdeconfot 
na venir, & que on difoit qifils 


.ChetiâMrSygèUS 
UtidROy OraOï1> 
fcoient ordoMitfc 


dt pat ieeMuy eftôiêfit nommer vtogt :Qc vug”C©Mv 
âfcilfàiifcsjdofit monfeigite'ur Ghârk&de QtitMsCott- 
üédç Dubois ©t de Lofigutâilk^ftôîÈ i’vtt&^teiniêi?. 
Et duqud ttombre-de tàagt &-yhgdéfimtfk' sâfefc 
riens fait qu’ils ne feufient treize, ledit Conte dt 


Digitized by c.ooQie 


Dr Roy Lôys XI. f<jr 

noiscoufioursdeuant& le premier: & les appelloit- 
onlors les refFormateurs du bien püblicque. Et fur la¬ 
dite commiffion ainfi à eulx baiilec,eommeneerentà 
bcfoigner le mardy feizeiefme iour dudit mois de Iuib 
let audit au mil quatre cens foixante fix.Et poury bieh 
tommencer & mettre toujours en leurs faits Dieu de¬ 
uant, fiit fait par eulx chanter vne belle MefTé du $. 
Efperit en la làinéle Chapeüedu Palais Royal à Paris. 
Laquelle Meflè fut chantee & celebree par l’Arceuet 
que de Reims luuenel, qui eftoitefleu & nommé lvn 
défaits Commiflairês. Ët à cédit iour de mardy auoit 
eu Vtt’g ah que le Roy rencontra monfeigneur de 
Charrolois à Montlehery. 

' Et le lendemain qui fut le meftredy feimefme iour 
de Iuillet,aduint en la Court dudit Palais que plu¬ 
sieurs des paigesdes Confeilliers de ladi&eCourtillec 
art endans leurs maiftra, prindrent noife 8c queftion 
aux paigâs defiiits feigneurs tenatis le eonfeii dudit 
bien publique, & fe meut la noife d’ehtre lefdics pak 

f :sdu Palais cohtre lefdits paijges du bien publitqtg?, 
r ceqû'iku’auoiteiit point payé ieura bien venues à 
îkeulxdü Pàlais, & de céaùoientefteïeffafàns : & do- 
mouta a tandadiébe noife uriques àlandemainquifut 
4eudy, quetous fefditis paiges d^vncofté ^rdaultrero- 
tQUthetentmktdte'GoUrt> fus kurdi&b 

queftion, Eténpourparfant d‘ieeile lefdits paiges du 
ibienpublique coururent fus aufdjts paiges du Palais , 
•qui-ft reutneher ent de baiitantdes vu gs' %tx aultrès 
de terribles & merkeilleusc coups ytant tte : poings, de 
pietrès, ballons r coufteaulx de dagues, que il y en eut 

N iij 


Digitized by c.ooQie 



ici. Les Chroniques 

plufieurs naurez, batus, &lesyeulx crcucz, & falut 
fermer les portes, & que gens de bien s’en meflaflent 
pour lesdefmeller & appointer. Et de ce fut dit par 

{ îlufieursqueces chofes lignifioient le bout de l’an de 
a rencontre deMontlehery. Ladidfce annee fut fort 
moifte, & en diuers lieux en France y creuft de bons 
, blez, & en aultres lieux ne valurent gueres, & eftoienr 
nuiilez, & y eut de grans tempeftcs en diuers lieux, tac 
de clair que de tonoire, vents, pluyes &c aultres tem- 
peftes, qui firent moult de maulx & de dommaiges 
en diuers lieux dudit Royaulme, & par elpecial au 
paysdcSoixonnois,ouelle gafta les blez,les vignes 
& aultres fruits,& deftruifit plufieurs belles mailons, 
manoirs ,couuertures d’Eglifes,& fift plufieurs aultres 
maulx. » ' > 

En ce temps s’efmeuft grande guerre entre les Lié- 
,gois & le Duc de Bourgongne, qui pour cefte caufe fe 
mift en armes & leur ala faire guerre, & sy feift porter 
en vne litière, & y mena auecques luy fon fils ledit fei- 
gncur de Charrolois, auecques cous les nobles hom¬ 
mes , gens de guerre & ^ultresquilpeuft recouurer,& 
tous les bahiis ôc'af cilleriez & fift: Aiettrc lè fiege dèuant 
la ville de Dynan, contre laquelle y fut incontinant 
fait grans approuches , 5 c fi y furenc faites de belles 
faillies & grandes efçarmouchesdecofté &<d’aultre,& 
.au commencement lefdits de Dynan firent de grans 
.maulx & dommaiges aufdits Bourguignons, & y en 
ndemoura plufieurs morts, quilgueies ne furent plains': 
mais en la fin ceulx deladièfe.villejde. Dynan! par tray- 

fon & autrement furent furprins, Ôc entrèrent leldits 

! ■ 1 * 

1 . i .4 


Digitized by LaOOQle 


dv Roy Loys XI. 105 

Bourguignons dedens icelle ville, qui d’icelle enJet-' 
terent& Doutèrent dehors, hommes, femmes & en- 
fans, &retindrentprifonniers les plus notables gens 
d’icelle ville, & puis la pillèrent tellement qu’il n’y de-, 
moura rien. Et apres boutèrent le feu parmy toutes les > 
Eglifes & maifons, &y firent mefehief & dommaige 
irréparable. Et apres que tout fut braie' & confommé, 
emplirent les foflèz des murs d’icelle, & à caufe d’icel¬ 
le deftrudion deuindrent lespoures habitans d’icelle 
mandiens,& aucunes ieunes femmes & filles haban- 
donnees à tout vice & péché pour auoir leur vie. ' 

En ladide ànneeés mois d’Aouft & Septembre fut 
grande & meraeilleufe chaleur, au moy en de laquelle 
s^enenfuiuit grande mortalité depeftilence,& autres 
maladies,dont & dequoy il mourut tant en la ville, 
villaigesvoifins,Preuofté & Viconté de Paris,qua- 
rente mil créatures & mieulx, Entre lefquels y mourut 
maiftre Arnoul Aftrologien du Roy, qui eftoit fort 
homme debien,faige & plaifant, & auffi y mourut 
plufieurs Médecins & Officiers du Roy en ladide vil¬ 
le de Paris. Et fi grant nombre de créatures furent por* 
tezenfeueillit& enterrer au cymetiere des fainds In- 
nocens en ladide ville de Paris, que tant des morts en 
ladide ville que de l’oftel Üieu tout y fut remply : & 
fut ordonné quedè là enauant on porterait les riions 
au cymetiere delà Trinité, qui eft & appartient à To- 
ftel de la ville de Paris. Et continua ladide mort iuf* 
qtiesam moisde Nouembreyque pour la faire ceflfer 
toprierDieuil luy pleuilde le faire, furenffaides de 
moult belles procemonsgenerallesà Paris,par toutes 

i.i (.Ul 


Digitized by LaOOQLe 



io4 Les C»roniqves 

les parroifTes te Eglifes. d’icelle, où furent portées tou¬ 
tes les chalTes te fam&es Reliques,# mefmcmcnt les 
chaffes denoftre Dame, de fain&e Geneuiefùe, te S. 
Marcel, & lors cefTa vng petit ladite mort. Et en cc 
temps fut grant bruit à Paris de larrons te crochçteurs 
alans de nuit, crocheter huis, feneftrcs,caues & ce- 
liers. Etpourlefdits cas en furent aucuns batus au cul 
de la charrette, te les aultres pendus te effrangiez au 
gibet de Paris. 

Audit temps fut pendu te eftranglé audit gibet de 
Paris vng gros Normant natif de Conftantin en Nor- 
mendie, pource qu’il auoit longuement maintenue 
vnefienne fille,& en auoit eu plufieurs enfans que 
luy te fadiâre fille incontinent quelle en eftoit deli-. 
uree meurdrifioient. Et pour leçut cas fut pendu rotor 
me dit eft, te fadidte fille fut arfe à Maigny prés Pon- 
toife où ils eftoient venus demourer dudit pays de 
Norraendie. En ce temps furent apportées à Paris les 
chaffes de fàind Crefpin & fatoÇf Crefpinien,pour 
trouuer remede à ladidte maladie de peftüencq te aufïi- 
pour eulx quefteraffin d’auoir dequoy recouurer l'E¬ 
gide defdits Saiinftsaudit lieu deSoixoas, que ladi&e: 
fouldre te tempefte auoit ainfi deftrui&e te abbatuo 
comme dit eft douant: & durant cc temps le Roy te 
fbn Confeil fc tindrem à Orléans, Chtartre^Bourgcs, 
Mehun, Amboife, te aultres lieux:, te durant qu’il y 
fut vdndrent plufieurs AmbafTadcs de diuerfes na-i 
dons, comme d’Angleterre, de ftevurgongne & auk 
très, te délibéra lors le Roy de fatre guerre aufcfits Duc 
de Bourgongne te Conte de Gharrolois fon fils. Et 

pour 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. 105 

pour celle caufe fift crier es villes de Ton Royaulmc, 
ban & arriereban, & ordonna & créa pfufieurs francs 
archiers oultre lenombre ordinaire. 

Apres ce que dit eft, le Roy fill plufteurs ordon¬ 
nances & eftablifTemens pourlatution& garde de fes 
pays & vilLcs, & ordonna monfeigneur le Marefchai 
de Loheac Ton Lieutenant en la ville de Paris, & en 
rifle de France. Et à monfeigneur de Chaftillon fu,t 
baillé le pays deChampaigne,& la garde du pays de 
Normendie fut baillee à monfeigneur le Conte de S. 
Pol Conneftable de France, qui auparauant auoit efté 
ennemyduRoyauecquesle Duc de Bourgongne & 
mondit feigneur de Cnarrolois., 

En apresau mois de Feurier mil quatrecens foixan- 
te fix, arriua vne Ambaflàde de Bretaigne pardeuers le 
Roy, lefqucls apres qu’ils eurent par luyefté ouys les 
receut trelbien , & puis apres s’en alerent en Flan¬ 
dres deuers ledit Duc de Bourgongne & monfei¬ 
gneur le Conte de Charrolois fon fils.Et lors fut grant 
bruit par tout qu’il y auoit appointement fait entre le 
Roy & monfeigneur fon frere, dont plufieurs gens de 
bien furent moult j oyeux. Et auant ce le Roy auoit en- 
uoyé Ion Ambaflàde au pays du Liege,entre lefquels y 
eftoit ledit maiftre Ichan Helbert, monfeigneur l’E- 
uefquedeTroyes 6 c aultres. Et en icelluy temps ad- 
uinten la ville de Paris, que trois fergens à verge du 
Chaftellet,quieftoient bien mal renommez,furent 
de nuit prendre vng Preftre del’Eglife monfeigneur 
fàindt Pol à Paris : Lequel Preftre eftoit paifiblement 
couché en fa chambre, en laquelle par Force & vio»- 

O 


Digitized by 



ic 6 Les Chroniques 

lencc entrèrent dedens lefdits fergens, & illec le batti¬ 
rent & mutilèrent, & puis l’cn emmenerent en la rue 
& le trainerent au long d’icelle, & le naurerent en plu- 
fleurs lieux & puis le huilèrent. Et apres ledit Preftre 
les en pourfuiuit par iuftice, & tellement qu’ils en fu¬ 
rent conftituez prifonniers au Chaftellet, ouleurpro- 
cez fut fait, & furent illec condampnez à eftre bannis 
du Royaulme de France, & leurs biens & héritages 
confifquez, & à faire amende hônnorable. Dont & 
dequoy ils appellerent en la Court de Parlement,dont 
auili en appella le Procureur du Roy de ce qu’ils 
auoient elle trop peu iugiez. Et depuis parArreil d’i¬ 
celle Court fut dit que auecques le iugement de fen- 
tence du Preuoft de Paris, qu’ils feroient batus par les 
carrefours de Paris : ce qui fut fait. 

Et le ieudy vingt-troifiefme iour d’Auril mil quatre 
cens foixante fept, Anthoine de Chabanncs Conte 
de Dampmartin qui ainfi eftoit efehappé de la Baftil- 
lefàin< 5 t Anthoine, & qui depuis filt moult de maulx 
au Roy & à fes fubie&s en Auuergne & ailleurs, venu 
deuantParis auecques les aultres Princes,fut fait ôc 
creégrant Mailtrc d’oftel du Roy au lieu dufeigneur 
de Crouy, en déboutant de ce ledidb de Crouy 
meiîire Charles de Melun & tous aultres, & luy 
en furent baillées lettres par le Roy, qui certif- 
hoit que ledit de Chabannes luy auoit fait ferment de 
loyaulment le feruir à l’encontre de tous. Depuis tou¬ 
tes ces chofes, au mois deluing audit an quatre cens 
foixante fept, le Roy fc partit deParis & ala en Nor- 
mendieà Rouen & ailleurs : & luy eftant à Rouen fïft 


Digitized by c.ooQle 



dv Roy Loys XI. 107 

venir à luy le Conte de V varvuich hors du Royaulme 
d’Angleterre, pour aucunes caufes qui le murent, ôc 
ôc illec fc mift en bateaulx luy ôc la compaignie,ôc vin- 
drent iufques à la Bouille, afiis fur la riuiere de Seine, à 
cinq lieues prés de Rouen, à vng famedy feptiefme 
iour du mois de Iuingà l’eure de difher, lequel trouua 
illec fon difner tout prefE Et le Roy qui eftoit illec 
ainli arriué pour lereceuoir, & y fut moult fortfellyé 
ôc tous ceulx de fàcfiéte compaignie, ôc puis apres dif- 
ner rentra ledit V varvuich efdits bateaulx, & s’en ala 
par la riuiere de Seine, ôc le Roy s’en ala par terre luy 
ôc la compaignie iufques audit Rouen. Et alerent 
alencontre ceulx de ladiétc ville par la porte du cay S. 
Eloy,où le Roy luy lift faire moult"grant recueil ôc 
honnorable : carde toutes les parroilïes & Eglifes de 
ladite ville furent portées au deuant de luy les croix, 
bannières, & eauëbenoifte, & tous les Preftres reue-, 
Rus en chappes; Et ainfi fut conduic iufqu.es à la grant 
EglifenoftreDamedeRouënouil fift Ion offrande, 
& apres s’en ala en fon logis qu’on luy auoit ordonné 
aux Iacobins dudit lieu. Et apres vindrent en ladiébe 
ville la Royne & fes filles, & demoura illec le Roy 
auecques ledit Vvarvuich par l’efpace de douze iours : 
Et apres ledit de Vvaruich s’en départit ôc retourna en, 
Angleterre, ôc renuoya le Roy auecques luy monfei- 
gneur l’Admirai, l’Euefque de Laon,maiftre Iehan 
de Ponpaincourt fon Confeillier, mailtre OÜuier le 
Roux, ôc aul très. 

Et eft afïauoir que durant le temps que ledit de 
Vvarvuich ôc ceulx de fadidte compaignie furent ôc 

O ij 


Digitized by LaOOQle 



ioS Les Chroniques 

fejourncrentà Rouen, que le Roy leur fift de moult 
grans dons, comme de belles pièces d’or, vne couppe 
d’or toute garnie de pierreries, & monfeigneur de 
Bourbon aulïi iuy donna vng moult beau riche dia¬ 
mant , & d’aultres chofes : Et h fut du tout deiïrayé de 
toute la defpence queluy & tous fes gens auoient fai- 
<5te depuis qu’ils defeendirent déjà mer à. terre, iufques 
à ce quils remontafTent en mer. Et àjjres ledit pârte- 
ment de Rouen le Roy s’en retourna a Chartres,où il- 
lec il demoura par aucun temps. Audit mois de Iuing 
audit anle Duc de Bourgongne mourut en la ville de 
Bruges, & fut fon corps porté en la ville de Dijon, & 
inhume' aux Chartreux JÈtaulli fift & ordomia le Roy 
audit heu de Chartres, que toutes pètfonnes eftans & 
rehdensàParis feroient des.banieres > & que enchafc 
cune defdi&es banieres auroit des Gouuerneurs qui 
feroientnommez Principaulx,& foubsPrincipauk, 
qui auroienc la conduidkeâa gouuemement defdidres 
banieres. Et que tous lesiiiEicdls eftans foubs icelle 
feroient armez de iaques, de brigandines, falladcs, & 
harnois blancs,voulges, haches,&aukres chofes qui 
y appartiennent ,paùr eftre, bien armez ,.tanjt dé me* 
itier, officiers, nobles, marchans, gens d’Eglife, qilc 
aultres : laquelle chofe fut faiéle. 

Et en ce mefmean au mois de Iuing, le Roy manda 
alerpàr deuers luy aù Mellay prez de Chartres plu- 
fieurs gens notables de Paris, entre lcfquels y fut mai- 
lire Ienan le Boulengier Prefident en Parlement,mah 
lire Henry de Liures Confeillierdeladidte Court, fire 
IehanClerbourt general maiftre des Monnoyics, 


Digitized by c.oooLe 


dv Roy Lôys XL iop 

ques R ebours Procureur en ladite ville de PariSjtnai- 
ftre Euftache Milet aulïi Confeillier en ladite Court, 
Nicolas Laurens, Guillaume Roger,Iehan de Hac- 
queuille, ôc plufieurs aultres bons Marchans que le 
R oy enuoya à Chartres deuers le Confeil, qui depuis 
y furent par aulcun temps, durans lequel vng nomme 
Robert de la Mote ôc Iehan Raoul, qui auoient lon¬ 
guement efte tenus prifonniers par Paccufation d’vng 
Religieux de fainét Lo de Rouen, nommé maiftre 
Pierre le Marelchal qui les auoit acculez d’eflre enne¬ 
mis du Roy, & conîpiré contre luy, ôc auec eulx en 
auoit accule plufieurs aultres, ce qui ne peuft monftrer 
ne enfeigner, mais fut trouué qu’il auoit menty de 
tout ce qu’il auoit dit : ôc comme faulx acculàteur fut 
iugé à mort & fut noyé le quatorziefme iourdu mois 
de Iuillet audit an. Et apres ce furent defpechez lcldits 
delà Mote,Iehan Raoul ôc aultres, & renuoyez en 
leursmaifons; Et apres ce le Roy enuoya à Paris- vng 
mandement pour y dire libellé, ôc fut ligné Michel de 
Ville-chartre,par lequel le Roy vouloir que pour bien 
repeupler là ville de Paris, qui difoit auoir elle fort de-*- 
populee, tant pour les guerres., mortalitez, ôc autre¬ 
ment , que quelque gens de quelque nation qu’ils 
fèulïent peulîent de là en auant venir demourer en la¬ 
dite ville ôcés faulxbourgs Ôc banlieue,ils peufTent 
jayrdetoutesfrànchifesdetous cas par eulx commis* 
comme de meurdre, furt,larrecins,piperies,& tous 
aultres cas, referuécrime de leze Maj elté: & aulfi pour 
refider illeç en armes pour feruir le Roy contre toutes 
perfonnes, lefqueiles lettres furent leuê's & publiées 

O iij 


Digitized by 


r Google 



no Les Chroniques 

par les carrefours de Paris à fon de trompe, & tout 
félon le preuiilege donné à tous bannis,rendens & de- 
mourans es villes de lainét Maio & Valenciennes. Et 
cemefme mois auffi le Roy fift crier & publier que 
tous nobles tenans fiefs & arricrefiefs, feufient tous 
prefts & en armes, & mefmement ceulx de Tille de 
France, tant en la ville de Paris que ailleurs, au quin- 
ziefme iourd’Aouft, pour le feruir & eftre tous prefts 
quant meftier en auroit. 

Et le lundy tiers iour d’Aouft audit an, aduint à Pa¬ 
ris quefvng des Religieux du Temple nommé frere 
Thomas Loueéte, qui eftoit Recepueur dudit Tem¬ 
ple, euftlagorge couppee audit lieu du Temple par 
vngdefes freres & compaignons nommé frere Hen¬ 
ry , pour aucunes noifes qu’il auoit conccu contre le¬ 
dit frere Thomas. Et pour raifon dudit cas ledit frere 
Henry fe abfenta & ne peuft eftre trouvé qu’il ne feuft 
ledixiefme iour dudit mois, que enuiron dix heures 
de nuit vng Examinateur du Chaftellet de Paris,nom¬ 
mé maiftre Iehan Potin, accompaigné de trois fergens 
en fift telle diligence qu’il le trouua mucié en l’oftél de 
làin<ft Pol à Paris deqens vne aumoires, en habille^ 
ment d’vngrocquet blanc de toille & vng chappeau 
noir, & en cefteftat fut mené prifonnier en Chaftel- 
lct, 6c puis rendu en la Court de Parlement, pource 
qu’il eftoit appellant de là prife, & difoit que le Heu ou 
il auoit efté pris eftoit lieu de franchife, & que on luy 
deuoit remettre. Et puis fut requis par les .Religieux 
du T emple leur eftre rendu : ce qui fut fait, & futme- 
né és priions dudit lieu du T emple. Le mercredy dou- 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. m 

ziefmeiourd’Aouft audit an mil quatre cens foixante 
fept, & le ieudy enfuiuant le grant Prieur de France t 

pour ledit cas, accompaigne 7 de plufieurs aultres fei- 
gneurs deleurdit ordre pour faire le procez dudit ffere 
Henry, qui depuis fut par eulx condcmpné à demou- 
rer prifomiier en lieu tenebreux, & d’auoir illec pour 
pitance tant qu’ilypourroitviurc, le pain de douleur 
& eauë de trifteffe. En ce temps retournèrent du Roy- 
aulmed’Angleterremonfieur l’Admiral & aultres def 
fus nommez, qui ainfi s’en eifoient alez auec ledit de 
Vvarvuich audit pays d’Angleterre, lefquelsy demeu¬ 
rèrent longuement & n’y firent riens. Et par eulx ledit 
Roy d’Angleterre enuoya au Roy des trompes de 
charte& des bouteilles de cuyr, à l’encontre des belles 
pièces d’or,couppe d’or,vaifielle,pierreries, & aul¬ 
tres belles befongnes que le Roy & aultres feigneurs 
auoient donnez audit de Vvarvuich à fonpartement 
de R ouën. Et le vendredy dixhui&iefme iour du mois 
d’Aouft le Roy arriua à Paris enuiron huiert heures 
de foir, & eftoit auecques luy monfieur le Duc de 
Bourbon & plufieurs aultres feigneurs. 

Et le mardy premier iour de Septembre la Roy ne 
auffi arriua à Paris en bateaulx par la riuiere de Seine, 

&.vint arriuer au terrain noftre Dame, & illec à l’arri- 
uer quelle fift trouua tous les Prefidens &Confeilliers 
de ladi<5te Court de Parlement, l’Euefque de Paris, & 
plufieurs aultres gens de façon, tous nonneftement 
veilus & habillez. Et à l’entree dudit terrain y auoit 
fait de moult beaulx perfonnaiges, illec richement 
mis & ordonnez de par la ville de Paris : & fi eft aflà- 


Digitized by c.ooQle 



ni Les Chroniques 

uoir queauant que ladiéte Roy ne fè mift efdits ba- 
« teaulx pour venir à Paris, furent au déliant d’elle & 

pour la rccepuoir les Confeilliers & Bourgois de ladi¬ 
te ville en grant &c notable nombre, aum tous ai ba- 
teaubc, qui eftoient tous richement couuers de belle 
tapifferie & draps de foye. Et dedens iceulx eftoient les 
petits enfans de chœur de la fainéfce Chappelle, quiil- 
lec difoient de beaulx virelais, chançons, &c aultres 
bergerettes moult melodieufement. Et h y auoit auL- 
tre grant nombre de clarons, trompettes, chantes 
haulx, & basinftrumens de diuerfes fortes, qui tous 
enfemble iouoyent chafcun en droit foy moult melo¬ 
dieufement, à l’eure que laditeRoyne,fes Dames & 
Damoifelles entrèrent en leur bafteau, dedens lequel 
par lefdits bourgois de ladicfte ville luy fut prefenté 
vng beau cerf fait de confi&ure, qui auoit les armes 
d’icelle noble Royne pendues au col : & fi y auoit plu- 
fieurs aultres drageouers tous plains d’efpiceries de 
chambre & belles configures, grant quantité aufti y 
auoit de fruiéte nouueaulx de moult de fortes, violet¬ 
tes fort odoransgettees & femees tout parmy le ba- 
fteau, & vin à tous venans y fut baillé & diftribué,tant 
queonenvouloit auoir & prendre. Et apres quelle 
eut faiéte fon oroifon à noftre Dame de Paris, elle fè 
rebouta en fon bateau & s’en vint defeendre à la porte 
deuant l’Eglife des Celeftins, où aufti elle trouua defi- 
fus ladiébe porte de moult beaulx perfonnaiges, & elle 
defeendità terre, monta & fes Dames & Damoifelles 
fus cheuaulx, belles hacquenees & palefrois,qui illec 
les attendaient, & puis s’en ala iulques en l’oftel du 

Roy 


Digitized by 


Google 



Dv Roy Loys XI. 115 

RoyauxTournelles. Etdeuant la porte dudit hoftel 
trouuaaultre moult beau perfonnaige. Et icelle nuit 
furent faits à Paris les feux par les rues d’icelles, & illec 
mifes aulfi tables rondes & donné à boire à tous ve- 
nans:& leieudy enfuiuant quacriefmeiour dudit mois 
de Septembre enfuiuant maiftre Nicole Balue frere 
de moniteur l’Eucfque d’Eureux fut marié à la fille de 
maiftre Iehan Bureau Cheuaiier feigneur de Mont- 
glat, ôc fut la fefte defdites nopces faiétes en l’oftei de 
Bourbon, laquelle fut moult belle & honnefte, & luy 
fut illec fait grant honneur ce iour : car le Roy & la 
Royne, moniteur de Bourbon & madame là femme, 
moniteur de Neuers, madame de Bueil, & toute leur 
nobleffe qui les fuiuoient y furent & s’y trouuerent, Sc 
y fut fait moult grant chiere, & fi leur lift on de moult 
grans, beaulx & riches dons. Et depuis ce le Roy & la 
Royne firent de grans chieres en plufieurs des Hoftels 
de leurs feruiteurs & officiers en ladiébe ville. Et entre 
les aultres le ieudy dixiefme iour dudit mois de Se¬ 
ptembre audit an quatre cens foixante-fept, la Royne 
accompaignee de madite Dame de Bourbon & mada- 
moifelle Bonne de Sauoye fœur de là Royne, & plu¬ 
fieurs aultres dames de là compaignie foupperent en 
l’oftel de maiftre Iehan Dauuet premier Prelident en 
Parlement, & illec furent receues & feftoyeesmoult 
noblement & à grant largeffe, & y eut faits quatre 
moult beaulx bains, & richement aornez,cuidant que 
la Royne fe y deuft baigner, dont elle ne fift riens, 
pource qu elle fe fentitvng peu mal difpofee, aulïi 
que le temps eftoit dangereux : mais en l’vng defdits 

P 


Digitized by LaOOQle 



ii4 Les Chroniques 

baings fe y baignerét madiéte Dame de Bourbon,ma- 

damoifelle Bonne de Sauoye : & en l’autre baing au 

joignant fe baignèrent madame de Montglat, & Per- 

rette de Chalon bourgoife de Paris, & là firent bonne 

chiere. 

Et le ieudy enfuiuant quatorziefme iour dudit mois 
de Septembre, le Roy qui auoit ordonné mettre fus 
les banieres de Paris,comme dit elt deuant,fift pu¬ 
blier que audit iour ils feuffent toutes preftes pour 
cftre aux champs dehors Paris, en faifant fçauoir à 
tous de quelque eftat ou condition qu’ils feufTent,de¬ 
puis l’aagc de feize ans iufques à foixante ans yffiffent 
hors de ladiéle ville en armes & habillement de guer¬ 
re, &. s’il en y auoit aucuns qui n’eufTent hamois, que 
neantmoins ils eufïènt en leurs mains vng bafton def- 
fenfable, & fur paine de la hart : ce qui fut fait. Ecyllit 
hors de Iadi&e ville la plufparc du populaire d’icelluy, 
chafcun foubs eftendart ou banniere,qui faifoit moult 
beau veoir, car chafcun y eftoit en moult belle ordon¬ 
nance, & fans noife ne bruit : & eftoient bien de foi¬ 
xante à quatre vingtsmille telles armces,dont il en 
ÿ auoit bien trente mille tous armez de hamois blâcs , 
jaques ou brigandines.Et tous eftans en belle bataille, 
le Roy, la Roy ne & leur compaignie qui les fuiuoient 
les vindrentveoir,laquelle choie leur pleuft moult: 
caroncquesn’auoientveuy eftre de ville du monde à 
beaucoup prés,telle ne fl grant armee, & fe trouuerent 
foixante fept banieres des meftiers, fans les eftendarts 
& guidons delà Court de Parlement, de la Chambre 
des Comptes, duTrefor, des Generaulx, des Aydes, 


Digitized by c.oooLe 


t>v Roy Loys XI. 115 

des Monnayes, du Chaftellet & Hoftel de la Ville, Ief 
quels il fe trouua autant & plus de gens de guerre, que 
loubs toutes lefdiétes bannières : ôc hors Paris en au¬ 
cuns lieux ordonnez leur fift porter & conduire plu- 
iieurs tôneaulx de vin, qui illec furent defFoncez pour 
faire boire & raffrefehir tous ceulx de ladite monftrc, 
qui tenoient moult grant pays : car ils eftoient tous en 
bataille à commencer au bout de la voirie d’entre la 
porte fàin<£t Anthoine & celle du Temple, depuis les 
foflez de Paris en montant contre mont iufques à vng 
preffoeur deuant ladite voirie, & de la en bataille au 
long des vignes iufques à laincftAnthoine des champs: 
& puis apres iufques au long des meurs dudit fainéfc 
Anthoine des champs iufques àlagranche de Rully* 
& d’icelle granche iufques à Conflans : & dudit Con^ 
flans en reuenant par la granche aux Merciers, tout au 
long de la riuiere de Seine iufques au bouleuart du 
Roy de la tour de Billy. Et d’iceliuy bouleuart tout au 
long des foifez de ladite ville par dehors iufques à la 
Baftille, & à la porte fàinét Anthoine. Et briefc’eftoit 
merueilleufe chofe à voir le monde qui eftoit en armes 
dehors Paris , & fi maintenoient plufteurs qu’il en 
eftoit à peu prés demouré autant dedens Paris qu’il y 
en auoit dehors. Et le mardy enfuiuant vingt & deu- 
xiefme iour de Septembre audit an quatre cens fixan¬ 
te fept, le Roy partit de Paris apres difner pour aler à 
pie iufques à fainét D enis en France, & auoit auecques 
luy aufli àpié mondit feigneur d’Eureulx,monüeur 
de Cruftol, Phelippe Luiflier & aultres. 

Et entre Paris & fainét Denys le Roy alant à fon 

Pij 


Digitized by LaOOQle 



h 6 Les Chroniques 

pelerinaige trouua trois ribaulx qui luy vindrent re¬ 
quérir grâce & remiflion de ce que tout leur temps ils 
auoient elle' larrons, meurdriers, Ôc elpieurs de che¬ 
mins, laquelle chofe le Roy leur accorda benignemét. 
Et tout ce iour demoura audit lieu de lain< 5 t Denis iuf- 
ques au lendemain vefpres qu’il s’en retourna en fon 
hoftel des T ournelles, & d’illec s’en ala foupper en l’o- 
ftel de {ire Denys HefTelin Ton Pannetier & Efieu de 
Paris, qui nouuellement eii:oit deuenu compere du 
Roy,à caufe d’vne fienne fille dont {à femme eftoit ac¬ 
couchée que le Roy fift tenir pour luy par maiftre Ieha 
BalueEuefqued’Eurcux: & pourcomeresy eftoient 
madame de Bueil& madame de Montglat. Et audit 
hoftel le Roy y fift grât chiere,& y trouna trois beaulx 
baings hori neftement & richemen t attintelez,cuidant 
que le Roy deuft illec prendre fon plaifir de fe bai¬ 
gner , çe qu’il ne fift point pour aucunes caufes qui en 
raifon le mirent : c’eft aftàuoir tant pource qu’il eftoit 
enrumé, que auffi pour ce que le temps eftoit dan¬ 
gereux. 

En ce temps s’efmeut grande guerre entre les Xic- 
gois & monfieur de Bourgongne, & leur Euefque 
coufin de mondit feigneur de Bourgongne & frere 
de monfieur le Duc de Bourbon, lequel Euefque lef- 
diçsLiegois alerentaifieger dedens vne ville nommé 
Huye. Et apres que iceulx Liegôis eurent bien lon¬ 
guement elle deuant icelle ville, ils la prindrent & gai- 
gnérent, & en ce faiiànt efehappa leurdit Euclque 
cftant en icelle. Et durant ce que dit eft le Roy ordon¬ 
na aler aufecours & ayde defdits Liégeois quatre cens 


Digitized by 


Google 


bv Roy Loys XI. \iy 

lances de Ton Ordonnance, dont auoient la charge le 
Conte de Dampmartin, Sallezart, Robert de Cony- 
chan, & Steuenot de Vignolles auec fix mil francs ar- 
chiers, prins & efleuz en Champaigne, Soixonnois & 
aultres lieux en l’Ifle de France. Et apres ce que ledit de 
Bourgongne eue bien feeuë la gaigne que lefdits Lié¬ 
geois auoient faidte de ladite ville de Huye, & qu’ils 
y auoient tué plufieurs Bourguignons,il affembla tout 
ion oft en foy délibérant d’aler aux armes fus les châps, 
en intention de tout deftruire & mettre à feu & à fang 
lefdits Liégeois. Et ainfi le fift crier & publier par tous 
ces pays : ôc ceulx qui faifoient lefdi&es publications 
en icelles publiant tenoient en vne main vne efpee 
toute nue, & en l’autre vne torche alumee, qui figni- 
fioit guerre de feu & de fang. 

Audit temps au mois de Septembre le Roy bailla 
fes lettres à vng Légat venu de Rome de par le Pape , 
pour la rompture de la pragmatique fandtionrl efquel- 
les lettres furet leuës & publiées au Chafteliet de Paris 
fans y faire aucun contredit ou oppofition. Et le pre¬ 
mier iour d’O&obre enfuiuant maiftre Iehan Balue 
fut & ala’en la falle du Palais Royal à Paris, la Cour de 
Parlement vaccant, pour illec aufîi faire publier lefdi- 
tes lettres,ou il trouua maiftre Iehan de fainétRomain 
Procureur General du Roy noftre Sire, qui formelle¬ 
ment s’oppofa àl’effeét & execution defdites lettres, 
dont ledit Balue fut fort defplaifant. Et pour cefte eau* 
fe fift audit de faindt Rotnain: plufieurs menafTes, en 
luy difant que le Roy n’en feroit point content,&qu’il 
ledefappointeroit de fon office, dequoy ledit faindfc 

P iij; 


Digitized by LaOOQle 


nS Les Chrqniqves 

Romain ne tint pas grant compte : mais luy dift ôc re£ 
pondit que le Roy luy auoit donné ôc baillé ledit offi¬ 
ce laquelle il tiendrait ôc exercerait iufques au bon 
plaifir du Roy. Et que quant Ton plaifir ferait de la luy 
ofter que faire le pourrait,mais qu’il eftoit du tout 
délibéré ôc bien refolu de tout perdreauant quede fai¬ 
re choie qui feuft contre fon amc,nedommaigeau 
Royaulme de France ôc à la chofè publique, ôc dift au¬ 
dit Balue qu’il deuoit auoir grant nonte de pourfuiure 
Jadi&e expédition. Et enapres le Reéteur del’Vniuer- 
fité de Paris ôc les Supports d’icelle alercnt par deuersi 
ledit Légat, qui de luyappeilerent,ôc de l’effeét def- 
diétes lettres au fàinét Concile, & par tout ailleurs od 
ils verraient eftre à faire, ôc puis vindrent audit Cha- 
ftellet, ou pareillement autant en firent^ dirent illec 
cnregiftrerieuroppofition. Audit temps le Roy en- 
uoya pardeuers ledit de Charrolois leldirs Légat 6c 
Euefc^ue d’Eureux, qui nouuellement auoit efté Car¬ 
dinal a Rome, maiftre Iehan de Ladriefche Treforier 
de France ôc aultres, pour faire de par luy aucunes 
chofes dont illeur auoit dornié charge. 

Et le ieudy hui&iefme iour d’O&obre audit an mil 
quatre cens foixante fept, vng nommé Seueftre le 
Moyne natif de la ville d’Auxerre pour aucuns cas ôc 
délits par luy commis 6c impofez, & qui par aucun 
temps auoit efté conftitué Ôc tenu prifonnierés priions 
deThyron, fut ledit iour tiréhors defdi&es prifons ôc 
fut mené noyer en la riuiere deSeine prés de la grandie 
aux Merciers, par la fentencc ôc jugement de meflhre 
Triftan l’Ermite Preuoft des Marefchaulx. de l’oftcî 


Digitized by c.ooQle 


dv Roy Loys XI. «9 

du Roy. Et le DimeUche vnzïefnie iour dudit mois 
d’Odb.fiit vng grant & merueilleux efcler & tonnoir- 
. re,enuiron huit heures de foir: & auât & depuis durant 
ledit mois furent faiébes grandes & merueilleufes cha¬ 
leurs , & les plus extremes que homme euft veu en fa 
vie,quifembloitchofe effrange & defnaturee. Et le 
lundy douziefinc iour dudit mois d’O (ftohre audit an 
foixante-fept, le Roy fe partift de fon hoftel des T our- 
nellesàParispouraleren l’Eglife noftre Dame,où il 
oytles Vefprcs, & apres icelles diéfes fut faiéte pro- 
eeflion parî’Euefque & Chanoines dudit lieu, & puis 
-s’en ala repofer en l’oftel de fon premier Prefident, 
maiftre Ienan Dauuet, ou il fut certaine efpace dé 
-temps , ôc puis s’en partit pour s’en retourner en foui* 
dit hoftel des Tournelles : & à l’eure de fon partement 
qui eftoit heure de noire nuit il vit & apperceut au ciel 
vne eftoilleau defîus de l’oftel dudit Prefident, hquéh 
le incontinànt que le Roy commença à marcher pour 
s’en retourner, ladide eftoille le fuiuoit, & fut teruf- 
iours apres Iuy,iufques à ce qu’il fut entré en fondit 
hoftel : ôc incontinànt qu’il y rut entre' elle fe difparut» 
& depuis ne fut veut. r 

Et leieudy enfuiuant quinziefme iour dudit mois* 
vint nouuelles au Roy que certain grant nombre de 
Bretons eftoient venus culx boüter dedens le Chaftel 
ôc en la ville de Caen, ôc puis s’en alerent d’illec à 
Bayeulx , Ôc tindrent lefdi&es villes contre le Roy* 
donc dèce il fut courroucié ; & en f emioya phur ceftô 
caufcle Marefchal de Loheac qui lors eftoit auecqués 
le Roy y ôc quiauoit cène lances de Bretaigne foubs fa 


Digitized by c.ooQle 



110 Les Chroniques 

charge e£Hi<5tes villes de par le Roy, pour y pourueoîr 
6c mettre prouifion : & aufquels Bretons le Duc d’A¬ 
lençon qui corne crimineulx de leze Majeftédu temps 
du Roy Charles dernier trefpaffé,auoit efté constitué 
prifonnierpour aucuns crimes qu’il auoit machinez 
contre luy, & à la faueur des Anglois anciens ennemis 
du Royaulme en la ville de V éndofme, le lit de Iuftice 
illec feant, auquel lieu apres fes confefiions prifes, 6c 
procez fait, fut condempné à mourir,fauf furce le bon 
plaifirduRoy. Et lequel d’Alençon depuis le temps 
dehorsiufques au treipas dudit feu Roy Charles, fut 
tenu prifonnierau Chafteau de Loches : & apres icel- 
luy trefpas que le Roy vint à là Couronne le bouta 
hors defdicftes prifons 6c luy pardonna toi^t, en vou¬ 
lant que dudit procez ne feuft iamais nouiielles : 6c 
puis aduint que vng boiteux qui auoit accufé ledit 
d'Alençon audit deftunâ: Roy, craignait fort que le¬ 
dit d’Alençon ne luy fift quelque grant defplaifir, le 
tira pardeuers le Roy, en luy fuppliant qu’il luy fift 
auoir affeuran.ee dudit d’Alençon, laquelle chofe il fift 
& ordonna: 6c commanda le Roy de fa bouche audit 
Duc d’Alençon que fur fa vie il ne luy meffeift ne fift 
meftaire, en luy difant qu’ille mettoit en fa main,pro- 
teétion & làuuegarde,en femblefe famille & fes biens: 
laquelle chofe ledit d’Alençon luy promift, mais tan- 
toft àpresledit d’Alençon en alant contre fondit fer¬ 
ment fift prendre ledit boiteux & amener deuant luy: 
&'nonobll:antles deâfencesainfiàluy faitftes dé. parle 
Roy,fiftincontinanticelluy boiteux méurdrir & met¬ 
tre à mort. Pour laquelle mort la femme dudit boiteux 

fe tira 


Pigitized by L.oooLe 



D V R 0 Y L O Y S XI. Il i 

fc tiradeuersle Roy luy faire fçauoir ces chofes, Sc 
pour eftrefoniniurereparee, dont & dequoy le Roy 
depuis empefcha les villes & terres dudit d’Alençon, 
mais bien toftapres toutluy fut deliure',&: parluy tout 
pardonné comme deuant. Et puis apres le Duc d’A¬ 
lençon pour bien le rémunérer de toutes fes grâces Sc 
biens faits, bailla, ou offrit bailler toutes fes villes Sc 
pays aufdits Bretons Sc à moniteur Charles, contre la 
voulenté du Roy, & à fa grant defplaifmce. En ce 
temps auflimeflire Anthoine de ChafteauneufChe- 
ualier feigneur du Lau, grant Bouteillier de France Sc 
Senefchal de Guyenne, cjui eftoit grant Chabellan du 
Roy, Sc de luy plus aimé que oncques nauoit efté aui- 
tre, & à qui le R oy fift de moult grans biens,tant qu’il 
fut autour de luy Sc en fon feruice : car en moins de 
cinq ans il amenda des biens du Roy, de trois à quatre 
cens mil efcus d’or , qui auoit efté fait prifonnier du 
Roy Sc mis au Chafteau de Sully fur Loire,de l’ordon¬ 
nance du Roy fut enuoyé audit lieu au mois d’Octo¬ 
bre meflîreTriftan l’Ermite Preuoft des Marelchaulx 
de l’oftel du Roy, Sc maiftre Guillaume Cerifày nou- 
ucllement Greffier Ciuil de Parlement, pour illec tirer 
hors ledit feigneur du Lau Sc le mener prifonnier au 
Chafteau de Huflon en Auuergne r mais lors qu’il fut 
amené au dehors dudit lieu il fut grant bruit que ledit 
feigneur du Lau auoit efté noyé,& fut ce que dit eft 
longuement continué. 

; Et le mardy vingtiefmeiour dudit mois d’Octobre, 
le R oy fe partit de fa bonne ville de Paris pour aler au . 
pays de Normendie, & ala cedit io.ur au gifte à Ville- 


Digitized by c.ooQie 



ut Le s Chroh r qjv es 

pcreur, & lclandemain à Mante. Et allant fon parte- 
ment en cnuoya plufieurs Capitaines qu’il auoitauec- 
ques luy, quérir tous les gens de guerre qui eftoient 
ioubs leurs charges pour venir apres luy audit pays de 
Normendie,ouaultrepart, quelque lieu qu’il reuft. 
Et le iourde fondit parlement il fui âc ordonna cer¬ 
taines lettres & ordonnances, parielquelles il voulfifl 
& ordonna que de là en auant £bn pdaifir eftoitquc 
tous les Officiers defonRoyaulme demouraffentpai- 
fibles en leurs Offices ,6c que nulle Office, ne feuft di¬ 
ète vaccant, finon par morc,reflgiiation, ou confis¬ 
cation : Et s’il donnoit nulles aultres au contraire, par 
importunité de requerans ou aultrement,Vouloit qu’il 
ilÿ feuft aucunement obtempéré: âc que delà'en auant 
toute Iufticefeuft faiéte 8c ordonnée avng chafcun, 
& puis s’en partit dudit lieu de Mante & s’en ala à 
Vernon for Sdne, où il demeura illec depuis par cer¬ 
tain temps r.durant lequel'vint de arriua deuers luy 
monfieur le Conncftable,lequei trouua moyen que le 
Roy bailla. & donna treue entre luy âc monfieur de 
Cliarrolok.iufques à fix mois lorS après enfuiuans , 
fans en ce y côprehcndre les villes âc pays de Liege,qui 
défia eftoient mis fus âc en armes à l’encontre du fei- 
gnéür deCharrolois, en efperanced’aiwir l’aide âc fe- 
cours du Roy, ainfi que promis leur auoit efté, âc à ce- 
ftecaufe demourerentdu touthabandonnez. Et puis 
apres ce que dit eft ainfi fait,ledit monfieur le Çonne- 
ftables’en retourna pabdeuerc kdk-monfdgncur de 
Bourgongneluy porteries nouuelles defdites treues. ’ 
Et ce fait, maiftre Iehan Balue Cardinal d’Euteulx, 


Digitized by C.ooQle 


dv Roy Loys Xî. u$ 

maiftne léhan de Ladriefche,&: maiftre Iclian Preuoll, 
retournèrent deuers le Roy audit lieu de Veraon, qui 
eftoient alez ai Flandres de l’ordonnance du Roy par 
deuers ledit de Bourgongne: & tantoft apres ledit re¬ 
tour fait le Roy fè partit dudit lieu de Vernon & s’en 
ala à Chartres, où il fift illec venir & arriuer la plus 
grant partie de fon artillerie qui lors eftoit à Orléans, 
pour enuoyerà Alençon &ç aultres villes du pays, pour 
les auoir Sc mettre en fes mains. Et apres le Roy en- 
uoya ledit maiftre Iehan Preuoll; audit lieu de Flan¬ 
dres par deuers ledit de B ourgongne, pourluy porter 
& bailler les lettres defdites treues. 

Et apres vint & arriua à Paris le feiziefme iour du 
mois de Nouembre, ledit monfteur le Cardinal, ledit 
Treforier de Ladriefche, maiftre Iehan Berart,6c mai- 
lire GeufFroy Alnequin,pour faire les monftres des 
bannières de Paris par deuant eulx, & pour faire aul- 
très charges qui leureft oientdonnez de parle Roy» Et 
apres s’en partift dudit lieu de Chartres pour aler à O ry 
leans, Clery, & aultres villes près d’illec,& puis à Vcn- 
dofme,&de là iufques au mont faindl Michiel, & 
auecques luy Eli mener grande quantité de fadi&e ar-»- 
tillerie, & fi aloient auecques luy grant nombre defes 
gens de guerre. Et en ces entrefaites les B rçtons yffi- 
rent tous en armes hors de leur pays, & vindrent eh 
Normendie iufques à la cité d’Auranches, &c aultres 
villes dudit pays. Et apres iceulx Bretons s’efpandirent 
par ledit pays de Normen die, comme iufques à Caen, 
aBayeux,Confiances,& aultres lieux. Audit temps 
ledit fèigneur de Bourgongnc au moyen defdites tre- 


Digitized by c.ooQle 



H4 Les Chroniques 

lies à luy baillées par le Roy, efquelles n’eftoient aucu¬ 
nement comprins lefdits Liegois, entra audit pays du 
Liegeauecques toute Ton armce, en prefentant lefdits 
Liegois: Tous lefquels pourceque le Roy leur faillit 
defecours, & qu’ils vcirent clerement leur dellrudiofl 
aduenuë, fe rendirent audit de Charrolois, enfèmble 
toutes leurs villes :auec lequel ilsprindrent compofi- 
tion. Et pour ce faire & auoir luy donnèrent & baillè¬ 
rent grant fomme dor, & fi eurent vne partie de leurs 
portes & murailles abatuës. 

En apres ledit Cardinal Balue & Commiflàires de- 
uant nommez, procédèrent à faire les monftres des 
bannières defdits meftiers par deuant iceulx Commit- 
fàires en diuers lieux de ladite ville, tant deflus les 
murs d’icelle d’entre les portes du Temple & faind 
Martin, en la coufture duTemplefur les murs d’en¬ 
tre la tour du Bois & la porte faind Honnofré, deuant 
le Louure, au marché aux brebis, & fur les murs, iuf- 
ques à ladi&e porte faind Honnoré. Et le fàmedy en- 
fuiuant vingt & deuxiefme iour dudit mois de No- 
uembre, le Roy fift crier par les carrefours de Paris 
que toutes gens qui auoient accouftumé de fuiure la 
guerre, & qui auoient efté cafTez de gaiges,fe trayf- 
lent par deuers certains Commidaires qu’il auoit or-* 
donné pour les recepuoir & mettre à fes gaiges & foul- 
des, pour le feruir en fes guerres. Et le lundy enfuiuant 
vingt & troifiefme iour de Nouembre maiftre Iehan 
Preuoft retourna par deuers ledit feigneur de Charro¬ 
lois, ou le Roy l’auoit enuoyé porter les lettres de tre- 
ues qu’il auoit faides auecques luy, & pour rapporter 


Digitized by ^.ooQle 


dv Roy Loys XI. 115 

au Roy la refponfe que ledit feigneur de Charrolois 
auoit fai&eaudit Preuoft touchant le fait defdites tre- 
ues. Et le ieudy enfuiuant vingt-fixiefme iour dudit 
mois de Nouembre partie defdi&es monftres furent 
fai&esdehors Paris, deuantTEglife & Abbayefaindt 
Germain Delprcziufques fur la riuiere de Seine, ef- 
quelles monftres y auoit grant nombre de gens à pie 
& à cheual, tous bien en point & àtmez, où eftoient 
les.Treforiers de France, les Confeilliers & Clers des 
Comptes, les Generaulx des Monnoyes & des Aydes, 
le Trelbt, les Efleuz ,& toute la Court de Parlement, 
toutenfemble. Apres y eftoient tous les Praticiens & 
Officiers de Chaftellet de Parisien bien belle & groilè 
compaignie: & auec les compaignies deftùfdiètes c- 
ftoientaufti tous ceulx eftans ioubs fèftendart & gui¬ 
don de la ville de Paris,qui eftoient moult grant nom¬ 
bre de gens à pie & a cheual : & fi y vindrent pour l’E- 
uefque, Vniüerfité, Abbez, Prieurs, & aultres gens 
d’Eglife de làdidte ville certaine^ quantité de gens eii 
armes, & en icelles monftres y auoit grant nombre de 
gens bien armez. Et apres lefdidtes monftres ainlî fai- 
dtes, ledit Cardinal & Commiftaires dcflùs nommer,; 
maiftre Iehan de LadriefcheTrèforier de France, mai- 
ftre Pierre l’Orfeure feigneur Dermenonuille, & aub 
tre Officiers du Roy partirent de là ville de Paris pour 
alèr deuers le Roy, qui eftoit erttreiéiMa&s & Aléçon, 
a tout moult grant armee: car il auoit qui le fùiüoit 
plus de cent mil cheuaulx, & plus de vingt mil hom¬ 
mes à pie, pour relifter à l’armee defdits Brecons,& fift 
mener le Roy auec luy de fon artillerie grant quantité 

QJij 


Digitized by GooQLe 



né Les Chroniques 

pouf mettre le fiege à Alençon. 

Et en ces entrefaites fut pourparléde traies, qui 
tindrent le Roy & ladite armee longuement làns 
riens faire, &c en ce failant mengerent & deftruyrent 
tout le plat pays, bien à. vingt ou trente lieues dudit 
lieu du Mans & d’Alençon. Et durant ce quediteft le¬ 
dit feigneur de Charrolois qui ainliauoit deftruit lefi- 
ditsLiegois & leur pays,s’en retourna deuers faint 
Quentin, & fift crier par tous fes pays que toutes gens 
de guerre defdits pays s’en tiralfent deuers S. Quentin, 
pourillec faire leurs monftres au quiftziefme iour du 
mois de Décembre, furbien grpflès peines: & fi lift 
aufli crier par tout le pays de Bourgongne que tous 
nobles & aulcres gens fuiuant les armes , feulïènt tous 
nreft àMontfauion,pour illec preuve les gaiges Sc 
ibuldees dudit feigneur de Charrolois par les mains de 
lèsCommiiîàiresqu’il auoitordonnez: & ce dedens 
Je vingtieCne iour de Deçembreprouchaia enfuiuant, 
k pour partir dudit Monti'auion & aler audit faint 
Quentin par deuers luy pour le accompagner, &? luy 
aider à fecourir fon trei-chier & amé frere, monfei- 


g*>eurCharles de France &ç le Duç de Bretaigne,eftan$ 
auecques luy, Ulencontre de aucuns leurs mal-vueil- 
lans, & telle fubftance portoit ledit cry. Pour occafion 
duquel ory les Marehafis k fateucsde$ Marchans de 
Paris, qui: cftoieutulcz audit pays de Bourgongne 
pour faire leurs amplettes,s’en retournèrent à Paris 
bien haftiuement, (ans riens faire, Et de rechief apres 
toutes ces çhofes ledit de Charrolois fift mander à luy 
venir toutes lès gens de guerre audit faint Quentin, 


Digitizéd by LaOOQle 



dv Rot LOys XI. ixy 

auquatrùdmeiourdelanuier enfumant. 

Et le lundy fefte des faines Innocens vingt-hui- 
dricfmeiour de Décembre, vint &c arrima à Paris mon- 
feigneurleDuc de Bourbon de par le Roy, pour met¬ 
tre garnifon en plufieurs villes y &c garder les B aurgui- 
gnons d’entrer és pays du Roy. Et vint &c arriua auec- 
ques luy monfèigneur le Marefchal de Lobteac,. qui 
venait à Paris, comme on difait y pour eftre Lieute¬ 
nant de ladi&e ville. Lequel de Loheac s’en partit deux 
ioursapres pour alerà Rouen &c aultres villes de Nor- 
mendie, pour y mettre garde & ordre par le Roy , & 
iüec demoura par certain temps. Et miondit féigneur 
de Bourbon depuis demoura à Paris par certain aultre 
temps. Pendantlequelfut feftyé dcpiufieurs no tables 
gens de ladi&e ville, endementiers la villed’Alençon 
qui eftoit tenue par les Bretons, comme dit eftdeuant, 
fut rendue & mife es mains du Roy par le Conte du 
Perche fils du Duc d’Alençon qui tenoit le Chafteau 
dudit Alençon, & lefdits Bretons tenoient la ville. 
Mais durant ce le Roy ne partit point de ladite ville 
du Mans, & durant qu’il y fut enuoya deuers mondic 
feigneur Charles audit pays de Bretaigne lé Légat du 
Pape * dont pourparlé eft deuant, & Anthoine de 
Chabannes Conte de Dampmartin,le Treforier de 
Ladriefcbe & aultres, pour cuider trouucr aucun bon 
expédient. Et en fin le Roy fe condefcendit que les 
trois Eftats fe tiendroient & aiïcmbleroient : & pour 
ce faire leur fut iieuaffignéen la ville de Tours,pour 
rilèc eulx y trouuer aü premier lourd’Auril mil quatre 
cens foixante-fepcs’en reuint le Roy dudit paysdu 


« 


Digitized by c.ooQle 



iz8 Les Chroniques 

Mans, & s’enala aux Montils lez Tours,à Àmboifc 

ôc illec cnuiron. 

Et puis fut l’afTemblee dcfdits trois Eftats tenue au¬ 
dit lieu de T ours, qui pour celle caufe y elloient alees: 
& illec le Roy prefent rut pourparlé &conclud fur la 
quellion pour laquelle ils elloient aflemblecs audit 
lieu de Tours iufques au iour dePafques, qui fut mil 
quatre cens foixante huiél, que chacun d’culx illec ve¬ 
nus s’en retournèrent en leurs mailons, apres la con- 
clulion par eulx prinfe fur le faiél de ladiéte alfemblee. 
Et pour celle caufe y elloient venus le Roy première¬ 
ment , le Roy de Cecile, monfeigneur le Duc de Bour¬ 
bon , le Conte du Perche, le Patriarche de Iherufalem, 
le Cardinal d’Angiers ôc plufieurs aultres feigneurs, 
Barons, Arceuefques, Euefques., Abbcz, ôc aultres 
notables perfonnes ôc gens de grant façon, enfemblc 
aulïi les AmbalTadeurs venus audit lieu pour celle cau¬ 
fe, de la plufpart de tout le Royaulme de France.. Et 
par tous iceulx ainli alfemblees, ôc à grande & meure 
deliberation fut dit ôc conclud que au regard de la 
quellion d’entre le Roy ôc mondit feigneur Charles 
touchant Ton appanaige qu’il auroit ôc receueroit 
pour icelluy appanaige:& de ce fe tiendroitpour bien 
content de douze mil liures tournois en alïiette de ter¬ 
re par an, & tiltre de Conte ou Duché. Et en ouîtrc 
queleRQyluyfourniroitenpenlion par cfiafcun an 
iulques à foixante mil liures tournois par chafcun an : 
ôc tout ce fàrispreiudiçe aux aultres: enfans , qui pour 
le temps aduenir poudroient venir àladiéte Couron¬ 
ne, de pouoir demander tel ôc feAblable appanaige. 

Pourcc 


Digitized by c.oooLe 


dv Roy Loys XI. 12.9 

PourcequeleRoy pour auoir paix &c bonne amour 
auec fondit frere fe eflargiftoit à luy bailler (1 grant 
fommequedefoixantemilliures tournois par an. Et 
entant que touchoit la D uché & pays de Normendie, 
monfeigneur Charles ne l’auroit point : difans qu’il 
n’eftoit pas au Roy de la bailler, ne definembrer fa 
Couronne. Et que au regard du Duc de Bretaigne qui 
detenoit mondit feigneur Charles, & qui auoit prin- 
fes les villes du Roy en Normendie, lequel on difoit 
auoir intelligence auecques les Anglois, anciens enne¬ 
mis de la Couronne de France , fut dit & délibéré par 
lefdits trois Eftats qu’il feroit fommé de rendre auRoy 
lefHiâres villes, & ou cas que il en feroit reffus, & que 
le Roy feroit deuëment aduerti de ladiéle alliance auf 
dits Anglois, que incontinent le Roy recouuraft fef- 
diétes villes à main armee, Sc de luy courir fus. Et que 
pour ce faire lefdiéts trois Eftats promifrent de fecou- 
rir & aider au Roy : c’eft afïàuoir les gens d’Eglife de 
prières & oroifons, & biens de leur temporel, & les 
nobles & populaire de corps & de biens, & iufques a 
la mort inelufiuement. Et que en tant que touchoit la 
Iuftice de tout le Royaulme, le Roy auoit fingulier 
defir de la faire courir par tout fondit Royaulme, 
fut coûtent que on efleuft nobles perfonnes de tous 
eftats poury mettre remede & bonne ordre : & furent 
d’oppinion lefdits trois Eftats que à ce faire monfei¬ 
gneur de Charrolois-fe deuoit fort employer, tant a 
caufè de la proximitéde lignaige qu’il a au Roy, com¬ 
me aufli de Per de France. Et apres ladiéte delibera¬ 
tion le Roy fe partit de Tours & s’en ala à Amboife, 


Digitized by c.oooie 



i^ô Les Ch,R'0^xq;ves 

& puis apresenuoya fon Ambafïade par deuers l’af- 
femblee eftantà Canibray, affin de fçauoir leur vou- 
loir&refponce fur ladiéle deliberation prinfe parief- 
dits trois Eftars ainfi afTemblez comme dit eft. 

Apres ces chofes le lundy cinquiefme iour de May 
mil quatre cens foixante huicSt,, Dame Ambroifè de 
Lore en fon viuant £enamedemeffire Robert Ddktou- 
teuilleCheualierPxeuoft de Paris, àla de vie à trefpas 
ce iour enuiron vue heure apres minuidt, laquelle Put 
fort plainte, pourne^qu’elleeftoir noble Dame, bon¬ 
ne & honnefte, & en l’oftelde laquelle itoutesinobles 
& honneftesperfonnes eftoientihonnorahlement rc- 
ceues. Et-ce mefnie iour enuiron entre neuf’& dix 
heures de nuir^iferboutalerfeuenr-vndesmoulinsaux 
Mufniers deParrsqui apparccnoitau Prieur de faindt 
Ladre, ôcfutxour le comble d’icelluy (hruflé par vng 
pailkrtvarlet mettmicr^jqjii auoit.attachee vne chan¬ 
delle contreiemurdei£anliâ:., t qui chey t dedems *icel- 
luy li<5b, &'Jbrufla tout cefemé ledit pailiart <qui le faul- 
iia ,& s-enfuit comme Yngettnasd. 

Lequinzieûnc iour dÜœlhiymoiiS de May ,furqnt 
faidkes iouftesà Paris deuaattroftelduiRoyaux Xour- 
nelles, parxjuatre ^Gentilshommes de ignedre de Ja 
compaigniedu gtant Senehhsfl de cHonnendie,,; qui 
auoien t© rdonn élesdkes .âcpnepare'ih .champ,, enfai-r 
fànt afïàuoir à tous qu’ils Perrouuer oient audit quin- 
ziefme iour de Maypomutrteiidrc Iksvmans ,jtaoa- 
pans chafcuntcoisiances à l’encontre deulx. Auquel 
iour y vindrent &: comparurent les enfans de Paris., 
defquèh &itoutle-premicr y vint & axriuaishan Ra- 


Digitized by LaOOQle 


dt Roy Lors XI. *$i 

guier Gtenetier de Soixons & Trelbrier des guerres 
au Duché de Normendic, fils de Maiftre Anthoine 
Raguier Confeillier & Trcforier des guerres du Roy:. 
lequel Iehan Raguier vint & arriua à. bien grant halte 
delà ville de Rouen où ileftoit : pour eltre &c compa- 
roiltre aufdiétes iouftes, & arriua le foir de déliant à- 
faindt Ladre lez Paris, accompaignéde plufieurs no¬ 
bles hommes de la charge & compaignie de melïire 
Iouachin Rouauit MarefchaL de France , &c aultres. 
gens, iufques au nombre de vingc cheuaulx. Auquel 
lieu de laindt Ladre ils fe tindrent fecrettement & fans 
faire bruit iufques à lendemain qu’ils ^ menèrent &: 
compaignerent ledit Raguier bien & honnorable-; 
ment, garny de trompettes & clairons qui faifbient 
de prans mélodies iufques aulieu defdrdtes lices : & le- 

1 ri ^ • / J * 

quel Raguier accompargne comme ait elt,auoit au¬ 
tour de luy quatre piétons veftus de liuree,& toujours 
eftans prez de luy & du courfler furquoy il eftoit mon¬ 
té , lefquels eftoient prefts de le feruir & recueillir fon 
bois: & eftoient tous ceulx de la compaignie habillez 
de hocquetons brodez à grans lettres d’or, 

Etauditchamp & dedensleslices fe pourmena plu¬ 
fieurs tours attendant leldidb' quatre champions, ou 
l’vn d’eulx, contre lelquelsil fe porta vaillamment: car 
il rompit cinq lances bien & nettement, & euft fait 
plus s’il euft pieu aux CommilTaires ordonnez; pour 
lefdidfces iouftes. Et apres lefdibtes lances ainfi rom¬ 
pues s’en partit moult honno rablement en foypour- 
menantpar lefdiétes lices, & prenant congié des lu¬ 
ges defdidtes iouftes, & merciant les Dames, Damoi- 

R ij 


Digitized by L.OOQle 



iji Les Chroniqves 

Telles & Bourgoifes qui illec éftoient venues, defqucl- 
les il acquift moule grant los. Et apres luy y vint & 
comparut vng efleu de Paris nommé Marc Senamy, 
& deux des fils meffire Iegan Sanguin, qui auffi vin- 
drentenladiéte ioüfte honnorablement, & ils firent 
toutlemieulx qu’ils peurent:mais ils n’en emportè¬ 
rent gueres de bruit. Et en apres y vint auffi & arriua 
vn nommé Charles de Louuiers Efchançon du. Roy, 
qui moult bien & vaillamment fi porta, en portant 
bien & honneftement Ton bois & fans aide, & rompit 
nettement plufieurs lances : & tellement fe porta à la 
iournee que en la fin le prixluy fut donné, & demou- 
rerent lefaits quatre Gentilshommes dedens moult 
foulez, clefquels les deux portèrent le bras en l’efchar- 
pe, & le tiers eut la main blefTee deffoubs le gantelet. 
Et par ainfi l’onneur fut & demouraaufdits enfans de 
Paris. 

Et le Dimenche precedent qui fut huiéHefme iour 
dudit mois de May, fe fîrentaulfi à Bruges en Flandres 
aultres iouftesdeuant monfeigneur le Duc de Bour- 
go ligne,qui aufh furent inoult triomphantes refquel- 
les auffi vng enfant de Paris nommé Ierofme de Cam- 
bray,feruiteur dudit monfeigneur le Duc,ioufta, & 
illec fe porta vaillamment & tellement qu’il en empor¬ 
ta l’onncur de ladiéfe ioufte. Apres lefdites iouftes le 
Roy qui efloit à Amboife s’en partit pour aierà Paris,,, 
& en emmena auecques luy monfeigneur de Bour¬ 
bon, monfeigneur de Lyon, monfeigneur de Beau- 
jeu, & aultres feigneurs, & fe tint par aucun temps à 
Laigny fur Marne, à Meaulx & aultres villes illec en- 


Digitized by G.OOQle 


r»v Roy Loys XI. 133 

uiron. Et auant fonpartement dudit Amboife aduint 
que le iour veille d’Afcenfion noftre Seigneur, la terre % 
trembla à T ours, audit lieu d’Amboife, & aultres 
lieux en Touraine. Et quant le Roy fe partit de Lai- 
gny odils’eftoittenu par aucunes iournees pour aler 
à Meaulx, il enuoya à Paris Ton mandement pour fai¬ 
re publier par les carrefours d’icelle ville, que tous no¬ 
bles & gens fuiuans la guerre feuilent tous prefts & en 
armes le huidiefme iour de Iuillet,pour aler & eulx 
trouuer où il leur feroit ordonné de par le Roy, & fur 
peine de confifcation de corps & de biens. 

Et puis ces chofes ainfi raides le Roy s’en ala à 
Meaulx en Brie, & durant le temps qu’il y fut y eut 
vng homme natif du pays de Bourbonnois, qui pour 
aucun cas par luy commis , & auffi pour auoir reuelé 
les faits du Roy aux anciens ennemis lesAnglois, fut 
décapité audit Meaulx le lundy vingt-feptiefme iour 
de Iuing audit an foixante huit : Et auparauant le Roy 
enuoya à Paris le Prince de Pimont fils du Duc de Sa- 
uoye, pour bouter le feu en Greue. Etfimilf en ladi- 
de ville de Paris les prifonniers à deliurance,qui e~ 
ftoient en Parlement, en Chaftellet & aultres pnfons. 
Enuironcetempsy eut vng nommé Charles de Me- 
leun homme d’armes de la compaignie de monfei- 
gneur l’Admirai, lequel de Meleun eftoit Capitaine 
de ViTon en Auuergne, qui auoit la garde de par le 
Roy dufeigneur du Lau fur là vie,audit lieu de Vf- 
fon, dont il efchappa, dequoy le Roy fut fort delplai- 
fant : & pour ledit cas fift conlf ituer prifonnier ledit de 
Meleun au Chaileaude Loches, auquel lieu & pour 

R iij 


Digitized by c.ooQle 



i34 Les Chroniques 

icelluy cas fut décapité. Etapres luy, fut aulft décapité' 
pouricelluy cas vng ieune fils nommé Remontrer qui 
eftoit fils de la femme dudit Charles deMeleun en la 
ville de T ouïs : & fi futaufti pour icelluy cas décapité 
en la ville de Meaulx, le Procureur du Roy audit lieu 
deVfton. Et puis le Roy s’enala dudit lieude Meaulx 
à Senlis & à Creil. 

Audit temps les Bourguignons ou Bretons eftans 
en Normendie , prindrent le feigneur de Meruille 
feant entre fainéb Saulueur de Diue &c Caen, & luy fi¬ 
rent rendre & mettre en leurs mains làdiéle place, de- 
dens laquelle y auoit plufieurs francs archiers, & in¬ 
continent quilsfurentdedens tuèrent &meurdrirent 
tout ce qu ils y trouuerent, & puis pendirent ledit fei¬ 
gneur de Meruille, & pillèrent tout ce qu’ils tcouue- 
rent, & puis ils boutèrent le feu en ladiéte place. Et 
apres le Roy fe deflogea de Creil & s’en ala àCompie- 
gne, aùil fut depuis par aucun temps, ôc puis s’en re¬ 
tourna à Senlis: & d’illec s’en vint à Paris monfèigneur 
de Bourbon le iour fefte de AfiemptionnoftreDame. 
Etparauantle Roy auoit enuoyé par deuers le Duc de 
Bourgongne monfeigneur de Lyon , monfeigneur le 
Conneftable & aultres feigneurs, pour toufiours fe 
mettre en deuoir, & trouuerpar tout bon moyen de 
paix, fans figure de guerre. Et ce nonobftantle Roy 
énuoya fon armeeau pays de No rmendie, dont auoit 
la charge & conduiéle monfeigneur lbn Admirai, qui 
bien y befongna : car en moins d’vn mois il chaiïà les 
Bretons eftans dedens Bayeux. Et puis apres le lamedy 
vingtiefineiourd’Aoûft.audit an mil quatre cens loi- 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. 135 

Xante hui& j meflirc Charles de Meleun feigneur de 
Normainuille quiauoitefté grant maiftre d’oftel du 
-Roy, ôc lequel nouucllement auoit efté canftitué pri- 
fonnier ati Chafteau de Gaillart en la garde du Conte 
de Dampmartin Capitaine dudit lieu, fut par le Pre- 
uosft .des Marefchaulx fait fon procez fur les cas à luy 
impofez. Etkdit iourfot tiréhors de fa prijfon ôc me- 
ndau marohed’Andely, où illec publiquement deuant 
tous, fut décapité ôc mis à mort. Et depuis ce le Roy fe 
tint par certain .long temps àNoyonyCompiegne, 
Chauny aultr.es places cnuiron, iufques au quin- 
ziefmeâourde. Septembre que nouuelies luy forent rl- 
kcappartees, que monfeigiaeur Charles fon .frere ôc 
kiDuc.de Bretaigne s’eftoient reiinis .& deuenus bons 
amis & bien-vueillans au Roy, & prdft mondit fei- 
gneur Ohades de prendre la penfion de foixante mil 
Bures tournois .par an , iufques à ce que fonappanaige 
luy.euft ede alfignéfelon ledit de pluficuts Princes ôc 
ièigneursjqueledit monfeigneur Charles.efliroit pour 
ceiaite.,6c aufquels il fe vouloit rapporter : c’dt afla- 
iiotir à monfeigneur le Duc de Calabre Ôc monfei- 
gneur.leConncftable defrance. iEt leditDucde Bre- 
taigne odritibailler auR oy les villes que luy Scfcs gens 
tenoicnten'Nomiendie, emluy rendant & treftituant 
ks aul très villes & places queles gensduRoy.tenoicnt 
en&retaigae. Laquelle cnofe le Roy luy accorda. 
^cpuîSileRoy fift Içauoir ceschofesauDucde Bour- 
gpngnc quieftoit à toutîfon oft aux champs pres de 
Peronne, entre Efclufiers ôc Cappy, fur.lariuieredc 
Somme.Defquelles no uuelles il ne youloitiriens croi- 


Digitized by 



i $6 Les Chroniques 

rc iufques a ce quil en fuft aultrerhent acertené par lef. 
dits monfeigneur Charles & Duc de Bretaigne: la¬ 
quelle chofeluy fut depuis di<fte & certiffiee par le Hé¬ 
rault dudit Duc de Bretaigne, mais ce nonobftant il 
ne s’en voulut aler, n e defemparer fon oft : Et s’en ala 
auecques fondit oft tenir & édifier vng parc audit lieu, 
d’entre Efclufiers & Cappy le dos, aulong de la riuic- 
re deSomme.Et pendant certain temps qu’ils y furent, 
furent enuoyez par diuerfes fois audit DucdeBour- 
gongne de par leRoy plufieurs Ambafladeurs, com¬ 
me monfeigneur le Conneftable , monfeigneur le 
Cardinal d’Angiers,maiftre Pierre Doriollc & aultres, 
pour toufiours cuider trouuer moyen de bonne 
amour & pacification du côfté du Roy, qui toufiours 
lavouloitauoir,iaçoit-ceque les Capitaines & gens 
de guerre du Roy n’en eftoient point d’oppinion : 
mais requeroient au Roy qu’il les laifïaft faire & qu’ils 
rendroient au Roy ledit Duc de Bourgongne & ceulx 
de fadufte compaignie, tout à fon bon plaifir & vou- 
lente'. Laquelle chofe il ne voulut fouffrir,ne tollerer 
qu’on leur courut fus : maisleur deffendit dele faire & 
fus la hard. Et durant ce temps & iufques au douzief- 
me iour d’O <ftobre enluiuant mil quatre cens foixan- 
tc hui£t, furent grans nouuelles que le Roy & ledit 
Duc de Bourgongneauoient fait vne treue iufques au 
mois d’Auril prochainement enfuiuant : & fur l’efpe- 
rance de icelle treue le Roy délibéra foy en retourner 
deCompiegne où il eftoit, pour s’en venir à Creil ôc 
à Pontoife. 

Et pour ceftecaufe enuoya fes fourriers audit lieu 

de 


Digitized by c.ooQle 


dv Roy Loys XI. 137 

de Pontoife, qui y prindrent fon logis : mais depuis il 
changea propos, & retourna haftiuement dudit lieu 
de Compiengne à Noyon, ou peu de temps parauant 
y auoit effcé. Pendant lequel temps Phelippe de Sa- 
uoye, Poncet de Riuiere leigneur Dulfe,le feigneur 
du Lau & aultres qui’s’eftoient mis &c mcflez enfem- 
ble, firent moult de maulx: & cependant le fàmedy 
huiétiefmeiourdumois d’Oétobre fut crié à fon de 
trompe par les carrefours de la ville de Paris, que tous : 
les nobles tenans fief ou arrierefief de la Preuofté 8c 
Vicontéde Paris, feufTent tous prefts 8c en armes à- 
G onneffe, pour d’ilecques partir le lundy enfiiiuant & 
aler ou mandé leur feroit: lequel cry elbahift beaucoup 
plufïeurs de Paris, qui aiidoient bien que veu ledit 
cry il n’y auoit point de treue ne abftineiy c : Et puis le 
Roy qui eftoit à Noyon s’en partit, & ledit Duc de 
Bourgongnes’enpartitpour âlerà Peronne. Auquel 
lieu le Roy s’en àla bien haftiüement par de'uers luy au¬ 
dit lieu de Peronne, & à bien petite compaignie: car il 
n’auoitauecquesluy que ledit Cardinal d’Angiers 8c 
vng peu de gens de Ion hoftel^monfeignéur le Duc de 
Bourbon & aultres. Et ainfi priuément que dit eft s en 
ala iufques audit lieu de Peronne pardeuers lediéf 
Duc de Bourgongne, lequel luy: fift grande reue- 
rence, comme bien tenu y. eftoit, & puis parlèrent 
enfèmble longuement & furent fort bien contens 
l’vn de l’autre, quelque rumeur qu’il y euft eue au- ; 
parauant, & tellement pacifièrent enfemble qu iis fi¬ 
rent entre eulx paix. Et iura ledit monfeigneur de 
Bourgôngne que iamais ne fetoit riens contre le Roy, 


Digitized by G.ooQle 



138 Les Chroniques 

& quiljvouloit eftre Ton fubjeét & feruiteur, & viurc 
& mourir pour luy. En faifant laquelle paix le Roy luy 
conferma le trai&é d’Arras & plufieurs aultres chofes, 
ainfi que depuis le Roy le manda & dit aflàuoir aux 
nobles, gens d’Eglife, à fa Court de Parlement v & 
aultre populaire de làdiéte ville de Paris, qui pour cau- 
fe de ce, & par Ton ordonnance firent procédions ge- 
neralles,chantansaux Eglifes TV Deum Uudamus , & 
aultres loüanges à Dieu. Les feux furent faits parmy 
les rues, & tables dreifees, donnans à boire à tous ve- 
nans, & plufieurs aultres grans joy es en furent faites 
en ladiéte ville de Paris.Et en ces entrefaites vintnou- 
uellesquelesLiegoisauoient prins & tué leur Euef- 
que & tous fes officiers, dont & dequoy le Roy, ledit 
monfeigneui^de Bourgongne, monfcigneurleDuc 
dcBouroon & mefTeigneurs fes freres, & aultres, fu¬ 
rent moult defplaifàns & marris, & furent grans nou- 
nelles que le Roy & ledit feigneur de Bourgongne 
yroient en perfonne pour pugnir & deftruire îeldits 
Licgois. Et incontinent apres yindrent aultres nou- 
uelles que ledit Euefque n’eftoit point mort, ne prins, 
mais lauoient iceulx Liegois contraint de chanter 
Mefîè : & depuis fe tindrent iceulx Liegois bien con- 
tens de luy , & fe rendirent tous à luy comme à leur 
vray feigneur naturel, en euhr offrant à luy à tout fort; 
bon plaifir faire, cuidans à ceftecaufeappaifer tout le 
mal tallent de auparavant. 

En ce temps le Roy s’en ala à Noftre-Damer.de 
Haulx en Almaîgne, où il ne fejourna gueres , aufti 
Phelippe de Sauoye & aultres eftàns auecques luy fi- 


Digitized by 


Google 



d v Roy Loys XI. 139 

rent leur paix au Roy, par le moyen dudit feigneur de 
Bourgongne. Et apres que le Roy eut fait Ton voyage 
& pelerinaigeaudit lieu de Noftre-Dame de Haulx, il 
s’en ala à Namur par deuers ledit feigneurdeBour- 
gongne, ou on luy filt délibérer d’aler auecques ledit 
de Bourgongne deuant la cité du Liège, où ils furent 
& demourerent depuis par aucun temps logez aux 
faulxbourgs d’icelle y tenans le fiege,& auecques le 
Roy y eftoient monfeigneur de Bourbon, monfei- 
gneur de Lyon, monfeigneur de Beauj eu, & monfei¬ 
gneur l’Euefque dudit Liege, tous freres. Lequel mon- 
ait feigneur du Liege eftoit yffu hors d’icelle ville pour 
aler deuers mondiét feigneur de Bourgongne, pour 
fçauoir s’il pourrait trouuer aucun bon appoinébe- 
ment pour les habitans dudit Liege, en luy offrant par 
eulx luy bailler & deliurer ladiéte ville & tous les biens 
de dedens , pourueu que les habitans d’icelle ville, 
hommes, femmes, & enfans, enflent leur vie faulue 
feulement, dont il ne voulut riens faire : mais au con¬ 
traire fift ferment que iuy & tous fes fatellites mour¬ 
raient en la pourfuite, où il aurait ladiéte ville & tous 
les habitans d’icelle,pour en faire du tout à fon plaifir 
& voulenté, & retint par deuers luy ledit Euefque du 
Liege ,lans vouloir fouffrir qu’il s’en retournait en la¬ 
dite ville, nonobftant que ledit Euefque auoit pro¬ 
mis & iuré aufdits du Liege de retourner par deuers 
eulx, & de viure & mourir auec eulx. Et tantoll 
apres le partement dudit Euefque de ladiéte ville & 
cité du Liege, & ce que leldits Liegois furent ad- 
uertis que leurdiét Euefque eftoit detenu par ledit 

S ij 


Digitized by LaOOQle 



140 Les Chroniques 

de Bourgongne, ôc ne s’en pouoit retourner en la¬ 
dite ville,iceulx Liegois firent plufieurs faillies fur 
lefdits Bourguignons ôc gens du Roy , ôc fur leurs 
compaignies. Lefquels Liegois quant aucuns en po- 
üoient prendrelesmcttoientàmort, ôc gens 8c che- 
uaulxrmais nonobftant toutes ces chofes lé Dimenche 
trenteiefme ôc penultiefmeiour d’Octobre, audit an 
quatre cens foixante-huiét, entre neuf ôc dix heures 
de matin, ledit Duc de Bourgongne fifi ordonner de 
bailler ôc liurer aflault en icelle ville : ce qui fut fait, & 
y entrèrent iceulx Bourguignons fans aucune refiften- 
ce, 8c y entra aufïi le Roy ôc les Ducs de Bourgongne, 
monfeigneur de Bourbon, mes feigneurs de Lyon,de 
Liege ôc de Beaujeu,freres.Et aufii dudit aflault la plus 
grant ôc faine partie des habitans de icelle cité s’enfuy- 
ïerit ôc retrayerent, ôc laiflerent vng peu de populaire, 
comme femmes, enfans, Préfixés,R eligieules,ôc vieils 
8 c anciens hommes : qui tous y furent tuez 8c meur- 
dris, & moult d’aultres merueilleufes cruaultez 8c in- 
humanitez y furent faiétes, comme ieunes femmes 8c 
filles forcées ôc viollees : 8c apres le defordonné plaifir 
pris d’elles, les tuer 8c meurdrir. Les Religieufes aufii 
forcer, petits enfans tuer, ôc Preftres conlacrans Cor¬ 
pus D omini, aufii tuer ôc meurdrir dedens les Eglifes. 
Et apres toutes ces chofes faites, roberent 8c pillèrent 
toute lâdicfie ville ôc cité, ôc en apres la brulerent ôc ar- 
dirent, ôc getteren t la muraille dedens les fofiez. 

Et apres toutes chofes ainfi faiétes que dit efi,Je Rov 
s’en retourna à Senlis ôc Compiegne où il manda aler . 
par deuers luy toute fa Court de Parlement, fà Cham- 


Digitized by c.ooQle 


dv Roy Loïs XI. 141 

bre des Comptes, Generaulx des finances, & aultres 
fes officiers : ce qu iis firent. Et eulx venus & arriuez 
par deuers luy, fift & ordonna pluficurs chofes, & 
auffi pource qu’il n’auoit pas intention de feioürner 
audit lieu, il fift propofer par là bouche dudit Cardi-r 
nal d’Angiers à tous les defTufdits O fficiers tout ce qui 
par luy auoit efté accordé audit feigneur de Bourgon¬ 
gne, qui plus à plain eftoit contenu & fpecifié en qua¬ 
rante deux articles, qui par ledit Cardinal furent de- 
clairees lors aufdits Officiers : en leur difant de par le 
Roy que fon plaifir eftoit qué par fàdiéfe Court de- 
Parlement & tous aultres fes Officiera, feuft faié&ac- 
complytout ce qu’il auoit conclud & accordé auec- 
ques ledit de Bourgongne, & que tout luy feuft du 
tout entériné St accompli, fans aucun contredit ou 
difficulté, fur certaines grins peines que lors il expri¬ 
ma de bouche. Et puis le Roy s’en ala en aucuns lieux 
prés Paris, fans vouloir eritrer dedens ladidre Ville: 
mais aucuns grans feigneurs eftans autôur de luy y 
vindrent & y feiournerent, comme mes feigneurs de 
Bourbon , de Lyon & Beaujeu,freres, le Marquis du 
Pont, éb aultres: : ; - ! - ; ! : • 

Etlefamedydixneüfiefmeiour de Nouembre au¬ 
dit an quatre cens foixante-huiét, fut criee & publiée 
à fon dé trompé^ Sc cry publique parlés carrefours de . 
Paris, ledit accord & vnion fait comme dit éft, entre 
le Roy & mondit feigneur de Bourgongne. Et que 
pour raifon.du temps paffé perfonneviuantnefeuft fi 
oféou hardy détiens direà l’opprobre dudit feigneur, 
feuft de bouche , par efeript, lignes, painéhires, ron- 

S iij 


Digitized by c.ooQie 



14& Les Chroniqjes 

deaulx, ballades, libelles diffamatoires, chançons, de 
gefte, ne aultrement,en quelque maniéré que ce peuft 
eftre.Et queceulxquiferoient trouuez auoir fait, ou 
efté au contraire, feuffent gtiefùement pugnis,ainfl 
que plus à plain ledit cry le contenoit. 

Et ce mefme iour furent prinfes jj>our le Roy de par 
vertudelàcommiflion addreflànt avngieune fils de 
Paris, nommé Henry Perdjriel, en ladiéte ville de Pa¬ 
ris , toutes les pies, iays, de chouettes, eftans en caiges 
ou aultrement, & eftans priuees, pour toutes les por¬ 
ter deuersleRoy, & eftoit efcript & cnregiftré le lieu 
où auoiene efté prins lefdits oifeaulx: & auffi tout ce 
qu’ils fçâuoient dire, comme larron,paillart, fils de 
putain, va dehors va, Perrette donnemoy à boire,& 
plufieürs aultres beaulx mots que iccsulx oifeaulx fça- 
uoient bien dire, de que on leur auoit apprins. Et de¬ 
puis cncores par aultre commiftion du Roy addrefïant 
a Merlin de Cordebeuf, fut venu quérir de prendre 
audit'lieu de Paris tous les cerfs, biches, & grues qu’on 
y peuft trouuer, Se tout fait mener à Amboife. 

En apres le Gonte de Eouez qui nouuellement 
eftoit venu à Paris au mois de Décembre enfuiuanc, 
deuint merueilleufement amoureux d’vne moult bel¬ 
le bourgoife de Paris, nommée Eftiennete de Bcfàn- 
çon, femme dVn marchant de ladùfte ville nommé 
Henry de Paris, qui eftoit bon marchant de ptiiffanc 
homme: & fi eftoit ladiéte bourgoife moult prifee de 
honnoree entre toutes les femmes de bien de ladiétc 
ville, & fort priee &requife deeftre& foy trouuer en 
toy,s banquefts, fcftqs de honneftes aiTemblees qui fc 


Digitized by G.oooLe 


dv Roy Loys XI. 145 

faifoient en icelle ville, communiqua auecques ledit 
Conte de Fouez de queftionsioyeufes ôc amoureufes, 
& fur plufieurs requeftes, offres, & aultres plaifans 
bourdes que luy fift & promift ledit Conte de Fouez, 
conuindrent tellement enfemble que le Dimenchc 
douziefme iour dudit mois de Décembre audit-an 
mil quatre cens foixante huit, icelle Eftiennete fe de- 
partit de fon hoftel de Paris qu elle iaifla 6c habandon- 
na, enfemble fondit mary,les enfàns,pere 6c merci 
frères & fœurs, & tous fes parens 6c amis, & s’en ala 
apres ledit feigneur de Fouez auecques aucuns de fes 
gens & feruiteurs, qui pour ce faire choient demou* 
rez audit lieu de Paris 6c l’emmenerent à Blois, où 
eftoit demouréà fejour ledit feigneur, attendant illec 
la venue d’icelle Eftiennete : Aiieçquës lequel feigneur 
icelle Efticnnetedcmoura par l’efpace de trois iours * 
6c puis s’en partit ledit feigneur de Fouez 6c s’eji ala à 
Tours par deuers le Roy, 6c en fift mener aiieoqûcsluy 
icelle Eftiennete, qui fut illec bien recueillie par Mar-, 
tin Potichier marchant 6c bourgois de T ours, oncle 
d’ioelie Eftiennete. Et peu de temps apres fut ladi&c 
Eftiennete enuoy ee a Frontetbulx pkr deuers la Prieu* 
re dudit lieu,tante de ladiâre Eftiennete,ou depuis 
elledemoura par certain long temçs apres. En apres le 
Roy fe tint 6c fèjourna à T ours, a Amboife, & illec 
enuiron, toufioursattendant queia Royne deuft ac¬ 
coucher que on difoit eftre fort greffe,mais elle ne eut 
point d’enfant. Et apres ces chofes le Roy ordonna 
certaine quantité des lances de fon Ordonnance pour 


i t .» 


Digitized by C.oooLe 



*44 Les Chroniques 

aulme d'Arragon, & auecques lefdites lances y ordon¬ 
na aufïi aler huit mil francs archiers auecques grant 
quantité de fon artillerie, ou ils ne furent point: 
ponobllant ladiéte ordonnance. 

Et le mois de Feurier cnfuiuant vindrent à Paris les 
Amballàdeurs de mondit fei^neur de Bourgongnc 
pour l’expédition des articles a luy accordées de par le 
Roy, & pour lefquels le Roy efcripuit & charga bien 
expreffémentau Preuoftdes Marchans & Efcheuins, 
& tous aultres Officiers & gens notables de ladiâre 
ville, que de tout leur pouoir ils feftyaflent fort &c 
honnorablement lefdits AmbafTadeurs. Laquelle cho- 
fe fut faiéte, & furent moult honnorablement & ha- 
bondammentfeftiez: & premièrement par ledit mon- 
feigneur le.Cardinal d’ Angiers ,fecondemçnt par le 
premier Prehdent de la Court de Parlement,tierce- 
mentparmaifbrelehandeLadriefche Prefident en la 
Çhambrcdes Comptes & Tçefotier de. France, quarr- 
teniént par monfeigneur de Mery, & quintement & 
pour derniere fois par les Prcuolt des Marchans & Ef¬ 
cheuins, & boutgois de ladiéfeville.Lequel feftoyiut 
moult honnoéable, & durant lëfifi&es chofes furent 
leurs lettres expediccs paï toutes les Cours de Paris, 
touslefdids articlesainfi à eulx açcordees par le Roy, 
comme dit cftisEt le ieudy feiziefme ijour de Fçuriejp 
audit an mil quâitré cens fôixantc hui6b, aduint au 
Chaftellet de Paris que vng nomme Chariot leTon- 
nellier, dit k Hotc-varletyChauffetier demoiirant à 
Paris iquiauoftcfté conltitué pnfdnniçr audit Cha- ’ 
ftellet de Paris , pour raifon de plüfleut? krreciiis dont 

on 



Digitized by c.ooQie 



dv Roy Loys XI. »45 

on le chargeoit, qu’il denioit, fut o rdonné par le Pre- 
uoft de Paris 6c les Officiers du Roy audit Chaftellet, 
quefonprocez fait fur les charges à luy impofees 6c 
conclud de ainfi le faire, dont il appella : 6c par Arreft 
fut renuoyé audit Preuoftpour eftre fait fondit pro- 
cez.En l’amenant de fà prifon en la chambre de la que- 
ftion dudit Chaftellet faifit vng coufteau qu’il apper- 
ceut fur fon chemin, 6c d’icelluy fe couppa la langue, 
6c puis fut ramené en fa prifon fans aultre chofe faire 
pour ledit iour. Audit temps aduint que au pays de 
Holande & Zelande qui font des pays de monfieur 
deBourgongne,yvindrent & habonderent fi gran¬ 
des eauës, que l’eauë noya & emporta piufieurs villes 
6>c places defHits pays, pour raifon de piufieurs efclu- 
fes qui tenoient la mer, qui fe rompirent. 

Etàceftecaufeyeut de grans dommaiges faits, 6c 
plus grant dcftrudtion comme on difoit, que ledit 
leigneurdeBourgongnen’auoit fait par fureur en la 
cité & habitans du Liege. Et apres que ledit Chariot 
Tonnelier dont eft parlé deuant, qui ainfi s’eftoit in- 
cifèe la langue &c fut guery, fut de rechief amené en la 
queftion prés d’eftre eftençlu en la gehayne,pource 
qu’il ne vouloitcognoiftre les cas à luy impolez,le- 

3 uel apres qu’il eut efté longuement affisiur la fellete, 
ift qu’il diroit vérité, & lors declaira tout au long fà 
vie & de moult grands & merueiileux larrecins, & fi 
accufà moult de gens coulpables à faire icelles, com¬ 
me vng fien frere furnomme le gendarme, vng ferru- 
rier, vn Orfeure, vn Sergent fieffé nommé Pierre 
Moynel, 6c piufieurs aultres qui pour lefdits cas fu- 

T 


Digitized by c.ooQie 



146 Les Chroniques 

rent conftituez prifonniers, & fur ce interroguez qui 
depuis confefferent auoir fait plusieurs larrecins. Et 
apres toutes ces chofes le mardy de la fepmaine peneu- 
fe ledit la Hôte & fon frere, ledit Sergent fieffé, le fèr- 
rurier, vng tondeur de grans forces, & vng frepier 
nommé Martin de Coulongne, par la fcntence du 
Preuoftdc Paris, furent conaempnez à effare'pendus 
& effrangiez au gibet de Paris, dont ils appellerait en 
Parlement. Et par Arreft delà Court ladidre fentence 
fut confermee au regard des quatre d’iceulx : c’eft afla- 
uoirdefdits de la Hôte, fon frere, dudit tondeur de 
grans forces, & dudit ferrurier, & le landemain qui 
fut mercrcdy, furent menez pendre au gibet : & au re¬ 
gard defdits freppier & Sergent fieffé,ils demourerent 
encore en la prifon iufquesapres les feftes de Pafques. 
Et le vendredy fàind &c aourné vint & yfïitduCiel 
plufîeurs grans efclats de connoirre, efpartiflèmens & 
merueiileufe pluye, qui efbaliift beaucoup de gens, 
pource que les anciens dient toufiours que nul ne doit 
dire helas, s’il n’a ouy tonner en Mars. Et apres ce que 
dit cft, ledit freppier nommé Martin de Coulongne 
fut rendu par ladide Court de Parlement audit Pre- 
uoft de Paris, & fut enuoyé audit gibet le fàmedy veil¬ 
le de Quafimodo, mil quatre cens foixante-neuf. 

Au mois d’Auril enfuiuant mil quatre cens foixan¬ 
te-neuf, maiftre Iehan Balue Cardinal d’Angiers, qui 
en peu de temps auoit eu de moult grans biens du R oy 
& du Pape par le moyen du Roy, qui pour l’auancer 
& faire n grant comme de Cardinal, & auquel Cardi¬ 
nal le Roy fe fioit moult fort, ôc faifoit plus pour luy 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. 147 

que pour Prince de fon fang ôc lignaige. Et icelluy 
Cardinal non ayant Dieu en mémoire, ne l’onneur ôc 
prouffit du Roy ne du Royaume deuant fes y eulx,me¬ 
na le R oy iufques à P eronne, auquel lieu il le fift ioin- 
dreauec icelluy Duc de Bourgongne, & leur fïft faire 
enfcmble vne telle quelle paix, laquelle fut iurec ôc 
promife entre les mains dudit Cardinal, ôc puis voult 
confeilla ôc ordonna que le Roy yroit ôc accompai- 
gneroit ledit de Bourgongne iufques en ladiéte cité 
auLiege,quc parauant s’efloient efleuez ôc mis fus 
pour le Roy contre ledit de Bourgongne, ôc pour luy 
porter dommaige. Et au moyen d’icelle allee du Roy 
deuant icelle cité,lefdits Liegois ôc icelle cité furent 
ainfimeurdrisÔcdeftruis,tuez ôc fugitifs comme dit 
cft deuant : mais qui pis eft, le Roy, mes feigneurs de 
Bourbon, de Lyon, Beaujeu, ôc Euefque dudit Liè¬ 
ge frétés, ôc toute la feigneurie ellant deuant ladiéte 
cité furent en moult grant dangier d’eflre morts Ôc 
tous périls, qui euft efté fait la plus grant efclandre 
qui onequesreuft au Royaulme de France depuis la 
création d’icelluy. Et apres que le Roy s’en fut retour¬ 
né deuers Paris pour s’en retourner à Tours ôc aultres 
lieux enuiron, ôc le garda d’entrer en fàdiébe bonne 
ville ôc cité de Paris, ôc lefillpaffer à deux lieues prés 
d’icelle, en cuidant par luy à celle caufe mettre ladiéte 
bonne ville ôc cité, enfemble les fubieéts d’icelle, en 
l’indignation du Roy. Et en faifànt ledit voyage audit 
lieu de Tours ôc Angiers par le Roy, il fiil content , 
monfieurfon frere de fon appanaige, ôc luy bailla 
pour icelluy la Duchié de Guyenne ôc aultres chofes, 

T M 


Digitized by ^.000 le 



148 Les Chroniques 

dont il fetint à bien content du Roy, & voyant par 
icelluy Cardinal la paix & bonne vnion eftre entre le 
Roy & fondit frere, cuida de rechief faire fon effort & 
rebouter trouble & malueillance entre le Roy & aul- 
tres feigneurs de fon Royaulme, comme deuant auoit 
fait : car il enuoya &c mift fus meffaige efpecial auec- 
ques lettres & inftrumens quil enuoyoit audit de 
Bourgongne, en luy faifant affauoir que ledit accord 
ainfi irait eftoit du tout à fà confubon & delfruiftion, 
& n’eftoit fhit à aultre fin que pour laler deftruire in¬ 
continent que le Roy & fondit frere feroient affem- 
blez. Et que pour foy garder contre eulx,luy eftoit 
befoing & neceffite' qu’il fe mift en armes comme de¬ 
uant auoit fait,& quil afTemblaft plus grant armee 
que oncques n’auoit fait, & mouuoir guerre au R oy 
plus que iamais, & aultres grandes & merueilleufes 
diableries qu’il efcripuoit audit de Bourgongne par 
vngfienferuiteur, qui de cefdidteslettres & mftru- 
éfions qu’il portoit fut trouué faifî<, & promptement 
furentportees au Roy,lequel incontinent ces chofes 
par luy fceuës fut icelluy Cardinal prins & fàifi, & me¬ 
né prifonnier à Montbafon, ou il fut laifïe en la garde 
de moniteur de Torcy & aultres. Et apres furent prins 
& faifis en la main du Roy tous fes biens & feruiteurs, 
& furent lefdits biensprins par inuentaire, & luy fu¬ 
rent baillez Commiflaires -pour l’interroguer fur les 
cas & charges à luy impofez : c’eft aflàuoir meffire 
Tanneguy du Chaftel Gouuerneur de Rouffillon, 
mefîire Guillaume CouCnot,! mondit feigneur de 
Torcy, & majftre PierreDoriollëGeneral des finan- 


Digitized by G.ooQle 


dv Roy Loys XI. 149 

ces j tous Iefquels befongnerent à l’interroguer & exa¬ 
miner fur lefdits cas & charges. Et en apres le Roy 
donna & diftribua des biens dudit Cardinal à fon plai- 
fir, ceft afîauoir fa vaiffelle d’argent fut vendue & l’ar¬ 
gent baille' au Treforier des guerres pour les affaires 
du Roy, la tapiflerie fut baillee audit Gouuerneur de 
Rouffillon, & la Librairie audit maiftre Pierre Do- 
riolle, &: vng beau drap d’or tout entier contenant 
vingt-quatre aulnes & vng quart,qui valoit bien dou¬ 
ze cens efcus, & certaine quantité' de martre febelines, 
& vne piece d’efcarlate de Fleurance, furent baillez & 
deliurez àmonfieur de CrufTol, & fes robes & vng 
peu de mefnaige fut vendu pour payer les frais des O £ 
fîciers & CommifTaires qui auoientvacqué à faire le¬ 
dit inuen taire. 

Et durant ces chofes le Roy de Cecille & la Royne 
fà femme vindrent par deuers le Roy àTours & Am- 
boife, ouillecfurenc moult honnorablement receuz 
de par le Roy. Et apres tout ce que dit eft, le Roy, 
monditfeigneur de Bourbon, &c aultres feigneurs s’en 
tirèrent deuers Niort,la Rochelle, & aultres lieux en- 
uiron, où ils trouuerent monfieur le Duc de Guyen¬ 
ne frere du Roy, & en icelluy voyaigemoyennant la 
grâce de Dieu & de la benoifte Vierge Marie, le Roy 
& monditfeigneur de Guyenne furent reünis & mis 
en bonne paix & amour l’vng auec l’aultre , dont 
moult grant ioye fut incontinant efpenduëpar tout 
le Royaulme. Et pour celle paix fut diét & chan¬ 
té en fainéle Eglife le Te Deum laudamus , faiél les 
feux par toutes les bonnes villes, Tables rondes 

T iij 


Digitized by G.OOQle 



*50 Les Chroniques 

dreifecs, & de moult grans foulas, & elbatemens, 
& ioycs prins. Et puis apres le Roy s’en retourna à 
• Amboife par deuers la Royne, qui comme bonne, 
honnefte ôc tres-nobîe Dame auoît fort trauaillé à 
traiéter ladite bonne paix & vnion, que noftre 
Seigneur par fa fainéte grâce & bonté vueilledebien 
en mieulx toufiours bien entretenir. Et puis fut déli¬ 
béré par le Roy ôc fon grant Confeil d’aler conquérir, 
prendre, &auoir la Conté d’Armignac, ôc mettre en 
la main du Roy, ôc promis de icelle bailler à mondit 
Seigneur de Guyenne. Et pour ce mettre à execution 
y enuoya le Roy grant quantité de fon artillerie, de fes 
gens de guerre, ôc francs Archiers. Et pour ledit voya¬ 
ge faire, & préparer ladiétearmee, le Roy s’en partit 
audit lieu d’Amboife pour aler iufques àOrleans,od il 
feiourna cinq ou fix iours, & puis s’en retourna audit 
lieu d’Amboife. Et peu de temps apres vint& arriuaà 
Paris Moniteur de Chaftillon grant Maiftre Enque- 
fteur,& general réformateur des eauës ôc forefts,pour 
prendre, receuoir, & veoirles monftres des bannie- 
res, des officiers, gensd’eftaf, ôc populaire delà ville 
de Paris. 

Et le Samedy quart iour de Noucmbre mil quatre 
cens foixantc-neuf, fut leuë & publiée par les carre¬ 
fours de Paris és lieux ordinaires en icelle ville l’allian¬ 
ce & bonne vnion faiéfcc entre le Roy, ôc le Roy d’Ef 
paigne, laquelle leéture & publication fut faiéfce par 
maiftre Iehan le Cornu Cler de la Preuoftéde Paris, és 
prefences des Lieutcnans Criminel &Ciuil de ladiétc 
Preuofté, ôc de la plus part des Examinateurs ordinai- 


Digitized by LaOOQle 


dv Roy Loys XI. 151 

res & extraordinaires dudit Chaftellet.Et depuis ce, le 
Roy, Monfieur de Bourbon,& autres Seigneurs d an- 
tour de luy fe tindrent à Amboife, & illec enuiron, & 
iufqucs au Samedy vingt-troifiefme iour de Décem¬ 
bre audit an mil quatre cens foixante-neuf, que Mon¬ 
fieur de Guyenne accompaigné des nobles de fa Du- 
chié,en moult grant belle & noble compagnie, arri ua 
par deuers leRoy en fon chafteau des Môtis les T ours, 
qui de fa venue euft moult grant ioye, & aufli eurent 
la Royne, Madame de Bourbon, & autres Dames & 
Damoifelies de leur compaignie, qui incontinent 
qu’ils feeurent ladite venue Te partirent dudit lieu 
d’Amboife pour aler audit lieu des Montis, pour aler 
veoir & feftier ledit Monfieur de Guyenne. Et en ces 
entrefaites fut tout le pays d’Armignac mis & ren¬ 
du es mains du Roy, & fans efïufion de fang, & tout 
deliure à Monfieur l’Admiral & Conte de Damp- 
martin, comme G ouuerneur de ladite armeepour le 
Roy. Et demourerent depuis le Roy, Monfieur de 
Guyenne, la Royne, Madame de Bourbon, & aultres 
de ladite compaignie, audit chafteau des Montifs, fai- 
fans illec de moult grans chieres, & iufques à Noël. Et • 

apres que mondit Seigneur deGuyenne s’en partift,& 
print congic du Roy &de toute fa compaignie,& s’en 
ala,& retourna à la Rochelle, à faintlean d’Angeli, 

& aultres fès pays voifins,pour illec tenir fes Eftats, & 
appointer de fes offices, & aultres affaires de fondu; 
pays & Duchié de Guyenne. Et apres le Roy s’en re- 
uint & retourna audit lieu d’Amboife, où il fe tint de¬ 
puis par aucuns temps,durant lequel il enuoya fesAm- 


Digitized by 


iji Les Chroniqves 

balïadeurs par deuers le Duc de Bretaigne,par lefquels 
fes Amballadeurs il enuoyoit audit Duc de Bretaigne 
fon ordre nouuellemcnt mife & créé fus, afin que icel¬ 
le il portail, & iurall tout ainfi & félon quelauoient 
prife & iuree plufieurs autres Princes & Seigneurs de 
ce Royaulme.Et iaçoit ce que le Roy luy eull fait ceft 
honneur, neantmoins de prime face il la refufa, & ne 
la voulut prendre ne accepter. Et difoit on que c’eftoit 
pourcequeauparauant ledit Duc de Bretaigne auoit 
prife la toifon d’or, en foy déclarant amy, frere, & alié 
duDuc deBourgongne,pourquoy le Roy fe tint pourj 
mal content, ôc non finis caule. Et bien-toft apres le 
Roy ordonna certaine quantité de genf-d’armes de 
fon ordonnance, & fes Archiers, aucc partie de fon ar¬ 
tillerie pour faire guerre audit Duc de Bretaigne,& fes 
pays j mais auant le partement defdites gens de guerre 
d’aler audit pays de Bretaigne, fut donné delay audit 
Duc de Bretaigne de dix iours entiers, qui faillerent le 
quinziefme iour de Feburier pour donner au Roy fil 
rclponcede tout ce qu’il auoit intention de faire, & 
comment il fevouloitauecques luygouuerner. 

Et le Mercredy treiziefine iour d’iceluy mois de Feb¬ 
urier furent leuës & publiées és carrefours de Paris le 
mandement patent du Roy ligné Guillaume de Ciri- 
fiiy, par lequel le Roy mandoit au Preuoft de Paris 
qu’il eftoit deüement acertainé, que le Roy Edouard 
d’Angleterre, & les Princes, Seigneurs , & populaire 
duditRoyaulme,que pour long temps auoient efté en. 
grant guerre & diuilion entre eulx, auoient fait leur 
paix &c pacification entre eulx. Et que tous iceulx 

eftans 


Digitized by G.OOQle 



DV Hoy Lo’ys XI. 15^ 

eftans affemblez en confeil auoientconclud, promis, 
&iuré de venir defcendre en plufieurs & diuers lieux 
de ceRoyaulme,en intention dey prendre,faifir,& ga- 
fier yilles, places, pays, & fortereffes, & deftruire ledit 
Royaulme & les habitans d’icelluy, tout ainfi que au¬ 
trefois il auoit fait. Pour lefquelles caufes & voulant 
par le Roy de tout Ion pouoir & puifTance obuier aux 
dampnees & faufes entreprifes defdits Anglois, or¬ 
donna fon ban & arriereban ellre fait: & que par ledit 
Preuoft de Paris toutes excufations ceffant il contrai- 
gnift vigoureufement & fans depportaucun, tous les 
nobles &c non nobles, tenans en fief & arrierefief, pre- 
uilegez & non preuilegez, à eftre tous en armes & ha¬ 
billement foufEfant, & en perfonne,fans y prendre 
ne receuoir aucun au lieu d’eulx, dedens le premier 
iourde Mars enfuiuant, & fur peine de conhfcation 
de corps & de biens, en defFendant de par le Roy par 
lefdi&es lettres audit Preuoft Ôc tous aultres,de bailler 
ne recepuoir aucune excufation ou certification, pour 
iceulx tenant en fief ou arrierefief,fur peine de perdi¬ 
tion de leurs offices, & de confifcation de corps & de 
biens, & nonobftant oppofitions ou appellations: & 
auflien declairantlesdeftaillansourefFulans eftre en¬ 
nemis du Roy, & auoirconfifque enuers luy corps & 
biens, fans iamais le leur remet;tre ou pardonner. Et ce 
mefrrie iourde mercredy vint nouuélles à Paris,que 
monfieur de Bourgongne auoit efté veu en la ville de 
Gant, portant à lvrie de fes iambeslâ jariretiere & fur 
luy la croix rouge, quieftoit ordre & enfeigne dudit 
Roy Edouart d’Angleterre : & à celle caufe le demon- 

V 


Digitized by LaOOQle 



i 54 Les Chroniques 

ftroit & dcclairoit ennemy capital du Roy & du R oy- 

aulme, & comme Anglois tenu & repute'. 

En apres ledit feigncur de Bourgongne cnuoya à 
Tours Tes Ambaflàdeurs par deuers le Roy,lefquels 
depuis y demourerent par certain temps illec attcn- 
dans leur expédition : durans ces chofes le Viconte & 
feigneurde Villarsen Poi&ou ala de vie à trefpàffe- 
ment, lequel en Ton viuantauoit donnée & lailfee fa 
fuccellion au Roy, pour en iouy r par luy incontinant 
apres fon trefpas. Et pour icelle fuccellion auoir & re¬ 
cueillir le Roy s’en partit pour aler audit pays de Poi¬ 
tou, pour prendre, faifir &c auoir ladi&e fuccellion 
d’icelluy fcigneur de Villars, à quoy faire le Roy y de- 
mouratous le mois d’Aunl. Audit mois d’Aunl vng 
nommémaiftre Pierre Durand, qui cftoitncpueu du¬ 
dit Cardinal d’Angiers, lequel par long temps auoit 
elle detenu prifonnier au Chafteau de Mailly, cfdiap- 
pa des prifons dudit lieu & s’en vint iufques àParis,où 
il fut cogneu par vng Appoticaire nommé Chambe- 
tin, & fut de rechiefprins & làifi, & mené prifonnier 
es prifons delà Conciergerie du Palais Royal à Paris, 
ou il fut detenu iufques au vingt-lixiefmeiour d’Auril 
mil quatre cens fo {xante & dix apres Palques, qu’il fut 
tiré & mis hors defdi&es prifons de là Conciergerie, 
& baillé & dëliuré és mains des fergens & feruiteurs 
du Preuoft des Marefchaulx, pour mener ou ordonné 
leur feroit. 


Au mois de May cnfuiüant mil quatre cens fonçan¬ 
te & dix, le Conte de Vuarvuich & leDuc de Clairan¬ 
ce auec leurs femmes, qui dechàlfez auoient elté par le 


Digitized by C.OOQIC 



dv Roy Loys XL 155 

Roy Edouard d’Angleterre, au moyen de certains 
grans débats & questions qui s’clloient meus entre 
eulx, fe mirent eulx, leurs feruiteurs, & aultres gens 
qu’ils auoient peu recueillir en plufieurs maniérés, fur 
mer, iufques au nombre de quatre-vingts nauircs, Ôc 
s’en vindrent prendre terre en Normendie, iufques à 
Honnefleu & Hareflc.Etillecils trouuerent moniteur 
l’Admirai qui les recueillit, & bouta lefdits de Vuar- 
vuich, de Clairance, le Co;ite de Vuafonfort,Dames 
& Damoifelles, auec vng peu de leur priuee meignee. 
Et au regard des nauires ils fe rctrahirent depuis, & 
ceulxeftans dcdens,es hables de Honnefleu & Bar- 
fleu : & en apres auifi fe'deflogerent les Dames & Da¬ 
moifelles , & leur train, & s’en alcrent à Vaioignes,ou 
leur logis leur fut ordonne'. Et bien toft apres ces cho¬ 
ies le Duc de Bourgongne fçaehant ce quediteft , eC- 
cripuit lettres rnimues à la Court de Parlement, par 
iefquellesilleurmandoit qu’il auoitfccu que le Roy 
auoitrecueilly ledit de Yuarvuich en aucunes villes de 
fon Royaulme, es marches de Normendie, qui eftoit 
aie contre l’appointement fai< 5 t à Peronne entre le 
Roy & luy : en priant &c exhortant aufdits de Parle¬ 
ment qu’ils voulfiifent demonftrcr ces chofes au Roy, 
afEn qu’il ne fauori&ft ledit de Vuarvuich & ceulx de 
fadidbe compaignie,qui difoit cftre fon ennemy ca¬ 
pital & dudit Royaulme,ouaultreraent il leyroit qué¬ 
rir quelque part qu’il le peuft fçauoir en France, pour 
en faire à fon bon plaifir : & nonobftant ce ledit de 
Vuarvuich {èiourna & demeura depuis certain temps, 
c’elt aifauoir durant ledit mois de Iuing audit Honne- 

V ij 


Digitized by 



15 6 Les Chroniques 

flcu. Et durant ce temps plufieurs gens de guerre de 
l'ordonnance du Roy deüogerent de leurs garnifons, 
& s’en vindrent gafter tout le plat pays, loger & met¬ 
tre en plufieurs villes & places fur les marches de N or- 
mendie & Picardie. Audit mois de luing aduint que 
deux hommes de guerre de ladi&e ordonnance,foubs 
la charge de monfieur le Conneftable , tuerent & 
meurdrirent deux ieunes Clers du T reforier des guer¬ 
res en plaine B eaulfe, pour auoir l’argent qu’ils por- 
toient pour le payement des gens d’armes. Et peu de 
temps apres furent pris & faiiis à Honnefleu, & d’illec 
menez par deuers mondit feigneur le Conneftable en 
la ville de Meaulx, où il y a dêux arbres, & fur deux 
diuers chemins furent pendus & effrangiez. En ces 
entrefaites le Roy fe tint & feiourna à T ours, à Am- 
boife, Vendofme, & aultres lieux prés d’illec, par de¬ 
uers lequel lefdits Anglois alerent. Et aufti y fut & ala 
la Royne d’Angleterre, & le Prince de Galles fon fils : 
& illec tous arriuez fut pourparlé entre eulx de la ma¬ 
niéré pourquoy ils eftoient illec tous venus & arriuez: 
& depuis s’en retournèrent lefdits Anglois à Honne¬ 
fleu , a V alongnes, faint Lo, & aultres lieux en N or- 
mendie. Durant ce que dit eft le Duc deBourgongne 
fift prendre & mettre en fà main toute la marchandifè 
qu’ilauoitenfespays,appartenant aux marchans de 
France, iufques à ce que les marchans de fes pays euf- 
fent eu reftitution d’aucuns biens prins fur mer par 
lefdits Anglois. 

Audit temps & le famedy dernier iour de Iuing mil 
quatre cens îoixante & dix, enuiron entre deux & 


Digitized by G.ooQle 



dv Roy Loys XI. 157 

trois heures de matin, la Royne accoucha au Chafteau 
d’Amboife de vng beau fils, qui illec fut baptifé & 
nommé Charles par monfieur l’Arceüefque de Lyon, 
auecques le Prince de Galles fils de Henry jadis Roy 
d’Angleterre, & prifonnier detenu par Edoüart,qui fc 
difoit Roy dudit pays: & la commere fur madame Ie- 
hanne de France, Duchefle de Bourbon. Et de ladiéfé 
natiuité fut grant joye fai été & efpendué par tout le 
Royaulme de Frace, & en fut chanté en diuers lieux Te 
Deum laudamus , & aultres belles loüangesà Dieu, les 
feux faits parmy les rués,tables rondes, & aultres grans 
joyes & efbatemens. Ettantoft apres ladite natiuité 
le Roy de Cecillc, monfieur de Guyenne, monfieur 
de Bourbon, de Lyon,Beaujeu, &c aultres, s’en ale- 
rent àAngiers,à Saumur,le pont de See,& aultres 
lieux illec enuiron, pour trouuer pacification & ac¬ 
cord auecques le Duc de Bretaigne fur aucune que- 
ftion qui eftoit entre le Roy & le Duc deflufdit: &: il¬ 
lec demourerent par certain temps, & iufques à tant 
que appoinétement fe trouua & fut fait entre eulx, & 
puis le Roy s’en retourna par deuers la Royne à Am- 
boife. Apres ledit accord ainfi fait, furent enuoyez 
Ambaftadeurs dudit Duc de Bretaigne par deuers le¬ 
dit de Bourgongne, & luy furent rendus le feel & 
aliance qui eftoit entre eulx, dequoy ledit de Bour¬ 
gongne fe courrouça fort quant ilapperceut l’accord 
du Roy & dudit Duc de Bretaigne. Durant ce que dit 
eft le Conte de Vuarvuich dont deuant eft parlé, qui 
eftoit au pays de Normendie,cuidant foy en retour¬ 
ner en fonpays d’Angleterre, fut ordonné & eftably 

V iij 


Digitized by 


158 Les- Chroniques 

fur mer de par ledit de Bourgongne plufieurs beaulx 
& gransnauires de guerre, commehur ques, gallees, 
& aultres nauires, engrant quantité, cous fort auitail- 
lez & garnis d’artillerie & gens de guerre, d’Anglois, 
Bourguignons, Piears, & aultres, ôc finglerent en 
mer tellement qu’ils s’enyindrent arriùer & entrer fur 
la cofte de Normendie, cnuiron la foifede Laire,cui- 
dans trouuer & rencontrer ledit de Vvarvuich & fa 
compaignie pour les defeonfire, &c illec demourerent 
à l’encre par certain long temps, pendant lequel le 
Roy qui eftoit à Amboife s’en partit & ala au mont S. 
Michiel en pelerinaige. Et apres içelluy fait & accom- 
ply s’en reuint & retourna à Auranches, Tombelaine. 
Confiances, Caen, Honnefleu, & aultres places de 
N ormendie, 3 c illec fur le cofté de la mer fifl auffi arri- 
uer de auitailler fa nef, lanef de moniteur l’Admirai, la 
nef de Colon, & aultres plufieurs beaulx nauires, de-» 
dens lefquels fe mirent de boutèrent lefdits de Clai¬ 
rance, de Vvarvuich, & ceulx de leur compaignie, 
auec aucuns francs archiers & aultres gens de guerre 
que le Roy leur auoit baillezpour leur feureté & con¬ 
duite. Et incontinent qu’ils furent ainfi montez que 
dit eft prés de partir & ungler en mer, lefelits Bourgui¬ 
gnons, Anglois j Piears,& aultres, voyant qu’ils a- 
uoien t longuement eftéa l’encre fans auoir riens fait, 
& mangé tous leurs viures, retirèrent leurfdiétes an¬ 
cres & s’en retoiurncrentàleur Duc fur trayne boyau, 
& fans auoir riens fait, dequoy il enft bien tofl ris fon 
fàoul,pourcequ’ilsauoientperdugrant temps, & fi 
auoit beaucoup frayé Ôc defpendu à l’auitaülement 


Digitized by c.ooQle 




4 


dv Roy Loys XI. 159 

defdi&es nauires , & au fouldoy defdiéfces gens de 
guerre. Et ce fait lediét de Vvarvuich accompaigné 
comme deiTus, entrèrent en mer & eurent vent pro¬ 
pre &c à'gré,, tellement que en peu de temps ils vin- 
drentarriuer audit Royaulmed’Angieterre,& défen¬ 
dirent & arriucrenticeulxnauires-à Pleume & Dertè- 
muë à heure-de nuit. Et tout incomtmant qu'il eut mis 
le pie' à terre il cnuoya dix mil dedens ledit pays d’An- 
gleterre par aucuns dé fes gens, prendre & faifirvng 
Baron d’Angleterre qui elloit ai fon bel couché, & 
quine penfoit point aladiéle defeenduë, &c l’amene- 
rent au matin par deuas ledit de Vvarvuich, auquel 
Baron incontinam luy arriué fut mife la telle hors des 
efpaules: & apres s’en ala hors audit lieu Der remué, 
Abrilco , où il fut bien recueilly, & illec auoit laide 
fon artillerie & de fes bagues, quant il s’en ala en Nor- 
mendie.Et apres qu’il eut recouure'fes chofes & auant 
qu’il fufttrois iours,il vint & arriua par deuersiuy plus 
de foixante mil hommes en armes, pour le feruir, vi- 
ure & mourir pour luy,il fe miftdedus les champs 
toujours cherchant à trouuer ledit Edoüârt, & fut 
plus de quinze jours apres fadiéle defeenduë auant 
que en France on peuft auoir aucunes de fes nouuel- 
1 es «Apres les chofes delfufdidles le feigneur d’Argueil, 
füs du ! Prince d’Qrehge, quicftbic domeftique & le 
plusprouchain dudit Bourguignon, qui elloit marié 
alalœurdemonlieur de Bourbon, s’en partit & em- 
blad’antaur dudit de Bourgongne, & s ? en vint & re- 
trahhpar deuers le Roy qui bien le recueillit. Et quartt 
ledit fhic fceuft ledit partemeiit, il cuida enrager & 

I'" 


Digitized by LaOOQle 



léo Les Chroniques 

creuerdedueil. En la prcfence de ladite Ambaffadc 
deBretaigneleditDucde Bourgongnc declaira ledit 
feigneur d’Argueilauoir confifqué enuersluy corps & 
biens, ôc puisnftarrafer &abatre toutes les places & 
Chafteaulx qu’il auoit en fes pays. En apres le quator- 
ziefmeiourd’Octobre audit an mil quatre cens foi- 
xante & dix, le Roy enuoya fes lettres patentes à Paris, 
qui furent leuës& publiées par les carrefours d’icelle, 
prefens les Lieutenans Ciuil & Criminel de la Preuo- 
fté de Paris, & plufieurs des Examinateurs d’icelluy 
Chaftellet. Etparlefdidres lettres eftoit. contenu l’al¬ 
liance faiéte du Roy & du Roy Henry d’Angleterre, 
en mandant par lefdi£tcs lettres tous Anglois laiffer 
venir & defeendre en ce Royaulme, pour leurs affaires 
& marchandées,fans fauf conduits ne autre feureté 
comme les fubiets de France, fauf en ce non comprins 
Edoüart delà Marche, n’aguieres Roy dudit Royaul¬ 
me d’Angleterre, fesaliez & complices. Eta ceiour & 
depuis vindrent certaines nouuelles en France que lef- 
di6bs de Clairance, Vvarvuich, qui ainfi eftoient fur 
les çharçips & en armes audit Royaulme d’Angleterre, 
cuidans trouuer ledit Edoüart, profpererent illec telle¬ 
ment, que tous les Princes, Seigneurs,nobIes,Prelats, 
bourgois, &; commune dudit pays d’Angleterre, & 
fingulierement tout le populaire de Londres vindrent 
au deuant dudit V varvuich, & tournèrent le dos audit 
Edoüart , & vindrent mettre à pleine deliurance ledit 
Henry, qui par long temps auoit dledetenu en capti- 
uftéde prifoh par ledit Edoüart, & luy baülerent de 
rechief japofTeflion ôc j ouyfiance dudit R oyaulme, & 


Digitized by L.OOQle 


dv Roy Lors XI. 161 

fut fait ledit deVvarvuich Gouuernant dudit Roy- 
aulme, &c puis s’en vindtent en la cité de Londres fai- 
iàns grans chieres, & illec & aufïi audit Royaulme fu¬ 
rent mis à pleine deliurance tous François qui illçc 
eftoientprifonniers & renuoyez en France, quitte- 
ment.Et fi fift ledit deVvarvuich prendre & faihrtous 
les biens aux fiibieéts dudit de Bourgongnc, & mettre 
en arreft & en fes mains. Et puis ledit Edoüart voyant 
qu’il eftoit feul demouré & du tout habandonné,s’en¬ 
fuit & vuida hors ledit Royaume & s’en vint à recours 
audit Duc deBourgogne fon beau frere,& audit Roy¬ 
aulme d’Angleterre demoura fa femme & mefnaige. 

En apres le Roy qui par long efpace de temps n’e- 
ftoit bougé de T ours & Amboife, meu de bonnede- 
uotion s’en partit &ala àNoftre-Dame de Celles en 
Poiétou, ou il fejourna vng peu & puis retourna au¬ 
dit lieu d’Amboife. Audit moisdcNoüembreleRoy 
enuoya à Paris fes lettres patentes, par lefqueiles il 
mandoit aux nobles, clers & lais de la ville de Paris, 
qu’ils feiflent procédions & loüanges à Dieu & à la 
Vierge Marie, & toutes œuures ceffans par l’efpace 
de trois iours, en louant & merciat Dieu noftre Créa¬ 
teur, la Benoifte Vierge Marie, & tous les Sainêts & 
Sain êtes de Paradis, de la bonne viétoire que auoit 
eue Henry de Lancaftre Roy d’Angleterre de fondiêt 
Royaulme, alencontre de Edoüart de la Marche, qui 
longuement fur luyl’auoitvfurpé, à lafaueur dudiét 
Duc de Bourgongne. Et aulïi de la bonne paix & 
vnion que faiêfce eftoit entre le Roy & ledit Roy Hen¬ 
ry d’Angleterre, laquelle proceflion fut faiéte & ac- 


Digitized by 



igt Les Chroniqves 

complie ainfi que le Roy leuc mandé, & tout ainfi en 
fut faid par toutes les bonnes villes de ce Royaulme. 
En apres le Roy efcripuit aultres lettres, par lefquelles 
ilmandoità Paris quil y enuoyoit laRoinc d’Angle¬ 
terre femme dudit Roy Henry, auecques fon fils le 
Prince de Galles & fa femme , fille dudit Conte de 
Vvarvuich,aueclafemmedudit de Vvarvuich mere 
de la femme dudit Prince de Galles, la Dame Vuile- 
chere & aultres Dames & Damoifelies de la compai- 
gnie d’icelle Roine d’Angleterre. Laquelle Roine 
d’Angleterre y vint & arriua audit lieu de Paris, ac- 
compaignee comme dit eft, & eftoierit a 1 accompai— 
gner de par le Roy,les Contes d’Eu,de Vendofme, & 
de Dunois,de monfieur de Chaftillon,& aultres plu- 
fieurs nobles hommes. Et furent & y dirent hors de la¬ 
dite ville de Paris pour aler & eftre au deuant de ladi¬ 
te Roine, & du commandement exprez du Roy, le 
Prélat & Euefque de ladide ville, l’Vniucrfité, la 
Court de Parlement, le Preuoft de Paris & Supports 
de Chaftellet , 1 e Preuoft des Marchans & Efcheuins, 
marchans,bourgois,manans & officiers d’icelle vil¬ 
le , tous moult honnorablement & en habits honne- 
ftes, & en moult grant & merueilleuxnombre.Et en¬ 
tra en icelle ville par la porte faind Iacques, & par tou¬ 
tes les rues par où elle paffia auoit de moult belles ta- 
piffieries & tentes au long defdides rues, depuis ladite 
porte par où elle paffia iufques au Palais, où fon logis 
luy fut moult honnorablement apprefte'. En ce temps 
fut amenéà Paris toute la belle artillerie de Tours que 
le Roy y auoit, laquelle fut mife & defcenduë au Cha- 


Digitized by c.ooQle 


dv Roy Loys XI. 163 

fteau du Louure. Audit temps aufli le Roy efcripuit 
aux Preuoil & Efcheuins de ladide ville de Paris, que 
fon plaifir, voulente' & intention eftoit de faire & te¬ 
nir la fefte de fon ordre en ladide ville de Paris. Et que 
pour celle caufe & pour eftre à icelle fefte y ameneroit 
tous les feigneurs de fon làng,qui y viendroient & fe- 
roient à grant compaignie de gens, & que pour celle 
caufe les manâs & habitans de ladite ville fuftent con- 
tens qu’ils y feuftent logez& hebergez par fourriers,ce 
qui leur fut accorde. En ce téps aufli qui eftoit le mois 
de Decembre meflire Artur de Longueual Cheualicr, 
&aultrès Gentilshommes entrèrent pour le Roy en 
la ville de làind Quentin en Vermendois,du bon vou- 
loir des habitans dudit lieu. Et puis le dixiefme iour 
dudit mois monfieur le Conneftable vint & entra 
pour le Roy en ladide ville, à tout deux cens lances & 
les archiers. Et d’icelle entree le quatorziefme iour du¬ 
dit mois enluiuant, maiftrc Iehan de Ladriefche Tre- 
foricr de France, maiftre Robert Felfier, maiftre Pier¬ 


re de Boycuual & aultres Officiers demondit feigneur 
le Conneftable, firent faire vngcry publiqueàlon de 
trompe à la table de marbre au Palais Royal à Paris. 
Enfailànt fçauoir la prife & entree ainfi raide audit 
faind Quentin par mondit feigneur le Conneftable, 
& que de ce on merciaft Dieu en luy priant de donner 
bonne prolperité au Roy Ôc audit Conneftable,ftipu- 
lant pour luy aurecouurcmentdefes aultres villes & 
pays engagez, qu’il auoit intention de recouürer & 
mettre hors des mains de Charles, foydifant Duc en 


Bourgongne, & ainfi le contenoit ledit cry. Aumois 

X ij 


Digitized by LaOOQle 



i<$4 Les Chroniques 

de Ianuier enfuiuant le Roy qui s’eftoit party d’Am- 
boife pour venir à Clery & Orléans, s’en partit pour 
venir au pays de Beaufle & vint coucher au Puyfet, & 
le landemain s’en ala au gifte à Palaifeau près de Mont- 
lehery,& le lan demain vint à difner àSeaulx le grant 
en vng hoftel qui appartient à maiftre Iehan Baillet 
maiftre des Requeftes ordinaires de l’oftel du Roy, & 
d’iilec s’en vint au gifte à la ville de Paris en fon hoftel 
des Tournelles.Et auecques aufli y vindrent la R oine, 
madame de Bourbon, & aultres plufieurs Dames & 
Damoifellesen leur compaignie, & demoura le Roy 
à là bonne ville de Paris iufques au famedy vingtfixief 
me iour dudit mois qu’il s’en partit pour s’en aler à 
Senlis, à Compiegne & aultres lieux voifins ou eftoit 
laplufpartdetoute fonarmee, pour batailler contre 
ledit Duc deBourgongne. 

Et apres luy fut meneepar eauë & par terre grant 
quantité de ion artillerie, & mence a Compiegne, 
Noyon& ailleurs au pays de Picardie & Flandres. Et 
puis fut crié à Paris parles carrefours de Iadiéte ville à 
fon de trompe, que tous les francs archiers de l’Ifle de 
France, & aufli tous les nobles feuflent tous prefts & 
en leurs habillemens pour fuiurc & aler auecques le 
R oy en Iadiéte armée. Et durant ce temps fut fait à 
Paris moult grant quantité de pouldre à canon & fer- 
pentines,pour fournira ladiéteguerre. En ce temps 
auoient efté enuoyez de par le Roy fireChriftofle Pail- 
lart fèigneur des Comptes, & lire Iacques HefTelin 
Conterolleur du G renier à fel à Paris, en la ville d’Au¬ 
xerre pour fommer les habitans d’icelle de eul* & ladi- 


Digitized by 


Google 




dv Roy Loys XI. 165 

ébeville rendre au Roy &: de prendre illec garnifon 
pour luy, & par lefdits Commifïaires leur .furent fai¬ 
tes de moult belles remonftrances.Lefquels habitans 
demandèrent aufdits Ambaffadcurs terme iufques au 
Ieudyenfuiuant,pourauoir aduis entre eulx & de ce 
leur rendre refponce. Pour laquelle refponce attendre 
s’en alerent lefdits Ambafladeurs à Ioigny,diftant d’il— 
lec de fix lieues, & y fejournerent iufques audit Ieudy, 
que iceulx habitans leur enuoyerent refponfepar vng 
homme de ladite ville que l’en difoit effre fauetier: 
lequel leur dift& rendit refponfe que lefdits habitans 
d’Auxerre mandoient aufdits Commiflàires qu’ils 
auoient mis & boutéauecques eulx dedens ladite vil¬ 
le grande garnifon de gens de guerre pour ledit Duc, 
& que au regard d’eulx ils eftoient fermes & délibérez 
de viure & mourir pour ledit Duc, & garder ladiéle 
ville pour luy. Et le iour que ladite garnifon y fut 
boutee y fut tué & meurdry vng des bourgois d’icelle 
villenomméGuilleminGoutier qui fut dommaige: 
car il mourut pour la querelle du Roy fouftenir. Et 
apres le partement du Roy de fà ville de Paris pour aler 
à Compiegne & Senlis, fe reduifirent pour le Roy les 
villes d’Amiens,de Roye & Montdiaier, & jDuis le 
mardy quatriefmeiour de Feurier furent faites a Paris 
procédions generalles moult honnorables. Et y fut la 
Roine, madame de Bourbon & toute leur noble corn- 
paignic, & alerent en la grant Eglife de Noltre-Da- 
mc,&de là à N ollre-D ame derecouurancc aux Car¬ 
mes. Et là fut prié pour le Rov, la Royne & leur bon- 
neprofperiré. Et fut dit & dcclairé comment lefdiébes 

X iij 


Digitized by G.OOQle 



1 66 L'es Chroniques 

villes eftoient rendues au Roy, & entre aultres la ville ■ 
d’Abeuille,dont il n’eftoit riens. 1 

Audit temps furent prins à Paris & contrains tous 
manouuriers de bras, comme maçons, charpentiers 
de la grant congnee & aultres plufieurs, de aier efdites ' 
villes ainfi nouuellement reduidtes au Roy, dont on : 
bailla la charge au regard defilits pionniers à maiftre ; 
Henry de la Cloche, Procureur du Roy au Chaftcllet \ 
de Paris, qui eftoit bon & loyal François, qui les me¬ 
na & conduifit iufques en ladite ville de Roye, ou il- ! 
lec fut fait de grans bouleuers, fofTez, trenchecs, & 
aultres belles fortifications: & auiîi en furent faiétes 
d’aultres en aultres villes & diuers lieux, & illec de- * 
mourerent lefdits pionniers certain grant elpace de 
temps, & iufques enuiron le ion* de Pafques que le 
Roy donna & bailla treue pour certain temps auec- ; 
ques le Duc de Bourgongne, lequel eftoit amege par 
des gens du Roy en fon parc, qu’il tenoit entre Bapaul- ’ 
mes & la ville d’Amiens. Et là od il fut en telle miferc * 
& poureté qu’il eftoit du tout & fondit oft à la difpo- 
fition & volenté du Roy, pour en auoir du tout fait à 
fon bon plaifir, n’euft elle ladiâre treue. Et depuis la 
guerre encommencee iufques à ladite treue y eut de 
grandes & merueilleufes defeonfitures faidtes par les 
gens du Roy fur les Flamens & Picars, tant fur ceulx 
quiauitailloient le parc defdits Bourguignons, que à 
caufè de plufieurs belles (àillies que les gens du Roy 
faifoient (ur les tenans le party defdits Bourguignons. 

Et mefmement fc fift de moult belles deftroufles en la 
Duché de Bourgongne Ôc Contez de Charrolois & 


Digitized by c.o ne 




dv Roy Loys XI. \6y 

Mafconnois, où les gens du Roy y gaignerent de 
moult beaulx butins , 8c y prindrent de moult bons 
prifonniers, & moult grant nombre en y eut de tuez. 
Et auoient tout gaigné meffeigneurs les Conte Daui- 
phin d’Auuergne, de Comminge, le Tire de Com- 
bronde deCharentez,meffire Guillaume Coufinot, 
& moultd’aultresnobles hommes, n’euft elle que le 
Roy leur manda qu’ils ceffafTcnt tout pour l'amour 
defdi&es treues, qui moult en furent defplaifans, 8c 
moult de gens de façon aymans le Roy 8c fon hon¬ 
neur. Etàceftecaufcs’en firent à Paris des epitaphes 
qui furent mis & afïis à fainét Innocent, à l’oitcl de la 
ville & aultres lieux , en vitupérant 8c en donnant 
grant charge à plufieurs feigneurs eftans prés du Roy. 
Et durant ladidte treue le Roy, monfeigneur de Guy¬ 
enne, & aultres feigneurs 8c nobles hommes d’autour 
d’eulx fe tindrent à Han auecques monfeigneur le 
Conneftablc. Auquel lieu durant ledit temps fc firent 
de grandes alees 8c venues des AmbafTadcurs du Roy 
8c de ceulx de mondit feigneur de Bourgongne, 8c il- 
lecdemourerentpar longtemps fans riens conclure : 
mais en la fin fut fait treue entre le Roy & ledit Duc 
de Bourgongne durant vng an. Et pour appointer les 
difFerens du Roy & ledit Duc de Bourgongne y eut 
Ambaffadeurs ordonnez, 8c pour appointer des dé¬ 
bats 8 c queftions des gens de guerre de chafcun des 
deux coftez, 8c puis fe départirent dudit lieu de Han, 
8c s’enala chafcun en fa maifon : 8c demourerent les 
gens de guerre du Roy en garnifon es villes qui para- 
uant ladidbe treue auoient efté gaignees par le Roy. 


Digitized by c.ooQie 



i 68 Les Chroniques 

En cc temps fe murent de grans queftions,noifes ôc 
débats au Royaulme d’Angleterre entre le Roy Hen¬ 
ry de Lancaftre Roy dudit Royaulme, le Prince de 
Galles Ton fils, le Conte de Vvarvuich, Ôc aultres fei- 
gneurs duditRoyaulme,tenans ledit party dudit Hen¬ 
ry contre ledit Edouard de la Marche, qui viurpoit le¬ 
dit Royaulme contre ledit Henry. Et y eut à caufedc 
Ièurdit débat de moult grantmeurdre fait de cofté ôc 
d’aultre, ôc dura ladide guerre iufques au mois de 
Iuing mil quatre cens foixante ôc vnze, que nouuelles 
furent apportées au R oy audit lieu de Han, que ledit 
Edouartaccompaigné de grant quantité de gens de 
guerre, tant Anglois, Auftrelins, Flamens, Picars & 
aultres nations, que ledit de Bourgongne luy auoit 
enuoyez, fe mift lur les champs alencontre de Tannée 
& puifiance defdits Roy Henry, Prince de Galles, la 
Roine, ledit de Vvarvuich, & aultres Princes ôc fei- 
gneurstenans ledit party de Henry. Et y eut les vngs 
contre les aultres de grans armes faides, ôc grant 
nombre de gens morts de chafcun cofté : mais en la fin 
ledit Edouart demoura vidorien, tant par trahyfon 
qui eftoit du cofté d’aucuns eftans en l’amiee dudit 
Henry, queaultrement,& y mourut ôc fut tué ledit 
Prince de Galles qui fut moult grant pitié : car il eftoit 
moult beau îeune Prince , ôc aulii y mourut ledit de 
Vvarvuich qui auffi fut vng grant dommaige: car il 
auoit fingulier defir de bien feruir le Roy ôc le Royau¬ 
me: ôc pour lequel le Roy auoit frayé ôc defpendu 
moult grant finance pour Tentretenement dudit 
Conte de Vvarvuich. Et de ladide defconfiturc fut le 

Roy 


Digitized by Gooole 



dv Roy Loys XI. 169 

Roy moult defplaifant : & puis apres ces nouüelles 
ouysfe partit le Roy de ladiétc ville de Hari en Ver- 
mendois , & en emmena auecques luy mondit. fei- 
gneur de Guyenne, le Conte de Dampmartin, le Pre- 
lident des Comptes, & plufieurs aultres, & vint à Pa¬ 
ris où il ne fej ourna guieres : & durant quil y fut il filt 
grande & joyeufe felte, & fifteeft honneur à fadiéte 
Bonneville & cite' de Paris de luy mefmes bouter le 
feu au feu fait en la place de G r eue d’icelle ville, la veil- 
le faindt I ehan Baptifte. Et puis s’en partit & s’en ala à 
O rleans, ou le Prince de Piémonty deuint malade de 
maladie, dont il ala de vie àtrefpas audit lieu d’Or- 
leans. En apres s’en ala le Roy àTours & à Amboifc 
veoirla Roine & monfeigneur le Daulphin. 

En ce temps dudit mois de Iuing mil quatre cens 
foixantc & vnze,le Roy fut mal content des epitaphes 
& libelles diffamatoires qui ainfi auoient efté mis & 
attachées à l’efclandre dudit monfeigneur le Conne¬ 
ctable & d’auitres. Et pour fçauoir la vérité deceulx 
qui ce auoient faiét, filt crier à fon de trompe & cry / 

publique par les carrefours d’icelle ville, que quelque 
perfonne qui fçauroit aucune chofe defdits epitaphes, 
ou deceulx qui les auoient faits,qu’ils leveniflent in¬ 
continent dire & dénoncer aux Commiffaires fur ce 
ordonnez, & on donneroit trois cens efeus d or au 
dénonciateur : & qui le fçauroit & ne le viendroit de- 
cIairer,auroitlecolcouppé. Et pour fufpeétion de ce 
fut mis & conftitué prifonnier vng ieune efcollier de 
Paris nommé maiftre Pierre le Mercier, fils d vn lune¬ 
tier du Palais, qui peu de temps apres fut deliure non 


Digitized by LaOOQLe 



lya Les Chroniques 

charge du cas. Aufli y fut mis & conftitué prifonnier 
maiftrc Henry Mariete, qui auoit efté Lieutenant 
Criminel delà Preuofté de Paris, tant pour raifon def- 
dids libelles, que aufli pour aucun es iniuresou paro¬ 
les parluy diètes,comme on difoit de maiftre Iehan 
de LadriefcheTreforier de France, èc puis fut deliuré 
icelluy Mariete par la Court de Parlement, & mis 
hors des prifons de la Conciergerie,ouil eftoit detenu 
pour cefte mefmc caufe. 

Aumois deluilletauditanfoixante & vnze mou¬ 
rut monfeigneur le Conte d’Eu, qui fut moult grant 
dommaige : car c eftoit vng notable, faige & bon fei- 
gneur, & qui de tout fon pouoir auoit bien & loyaul- 
mentferuyleRoy, & fort aimé le bien & vtilité du 
Roy & de fon Royaulme, & fut mife ladiéte Conté 
d’Eu en la main du Roy, & mife & baillee és mains de 
monfeigneur le Conneftable,à la grant defplaifànce 
de monfeigneur le Conte de Neuers frere de mondit 
feigneurd’Eu,& qui apres ladiétemort cuidoitbien 
joüyr de ladiéte Conté d’Eu & des aultres terres dudit 
defïunét, comme fon vray heritier. 

Depuis ledit mois de IuiUet iufques au lourde Noël, 
ne fut riens fait audit Royaulme de France, finon que 
lesAmbaflàdeurs du Roy & de mondit feigneur de 
Bourgongne firent plufieursalees & venues les vngs 
auecques les aultres, pour pacifier & trouuer moyen 
de paix & accord entre eulx.En ladiéfe année fut mor¬ 
talité commune & vniuerfelle par la plufpart dudiéb 
Royaulme, de maladie de ftux de ventre & aultres ma¬ 
ladies , à caufe dequoy plufieurs gens de façon mouru- 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. ift 

rcnt en ladite ville de Paris & ailleurs. 

Audit an monfeigneur de Guyenne'qui s’en eftoit 
retourné audit pays de Guyenne apres le retour d’A¬ 
miens , deuint mal content du Roy, & manda venir à 
luy le Conte d’Armignac,qui auoit elle fugitif hors 
du Royaulme, & duquel le Roy auoit mis fadiéte 
Conté en fa main. Lequel Conte vint par deuers 
mondit feigneur deGuyenne,& puis mondit feigneur 
luy rendit la plulpart de fàdide Conté contre le gré & 
voulenté du Roy. En apres lefdits de Guyenne & Ar- 
migitac, & aulïi le Conte de Fouez & aultres afïèm- 
blerent en leur pays gens de guerre, faignans de vou¬ 
loir faire faire guerre au Roy : lequel pour ce leur em~ 
pefeher y enuoya fur la Marche dudit Guyenne cinq 
cens lances, & certain nombre de francs archiers,auec- 
qucsgrantnombredefonartillerie, qui defpuis ce y 
rat & fejourna par long temps, pendant lequel vint &c 
fut nouuelles que mondit feigneur de Guyenne eftoit 
mortàBourdeaulx,dont iln’eftoit riens. 


Audit temps aulïi furent enuoyees par diuerfes fois 
de par le Roy Ambalïades par deuers le Duc de Bour- 
gongne,pourlefaitde latreue d’entre eulx quifail- 
loit le quatrielme iour de May mil quatre cens fonçan¬ 
te & douze, & y eftoient encores le premier iour 
de May le firede Craon, maiftre Pierre Doriolle, & 
aultres. 


Et ledit premier iour de May mil quatre censfoi- 
xante& douze, fut fait à Paris vne moult belle & no¬ 
table procelïion en l’Eglife de Paris, & fait vng pref- 
chement bien folcmpnel par vng D odeur en Theo- 

Y ij 


Digitized by G.OOQle 



ij 2 . Les Chroniqjes 

logie nommé maiftre Iehan Brete, natif de T ours : le¬ 
quel dift 8c declaira entre aultres chofes, que le Roy 
auoit finguliere confidence en la Benoifte Vierge Ma¬ 
rie , prioit 8c exhortoit fon bon populaire, manans 8c 
habitans de fa cité de Paris, que dorefenauant à l’eure 
de midy, que fonneroit à l’Eglife dudit Paris la groflc 
cloche chafcun feuft flefchy vng genoüil à terre, en di- 
fant Aue Maria, pour donner bonnepaix au R oyaul- 
me de France, 8c apres ladiéte proceflion faiéte Rcue- 
rend pere en Dieu monfeigneur l’Euefque de Paris 
cheut malade d’vne maladie de laquelle ce mefme iout 
aladevie àtrefpas,dont fut grant dommaige 8c fut 
fort ploré: car il eftoit fainét,bonne perfonne 8c grant 
clerc. Et ce iour furent en Ton hoftel Epifcopal grant 
populaire delà ville de Paris, tant hommes que fem¬ 
mes pour le veoir mort en fa chappelle hault, eftant au 
long de la grant falle fille dudit hoftel. Et illec par ledit 
peuple fut moult piteufement ploré, 8c pour fbn amc 
deuotement prié, 8c au partir luy baifoient les pieds 8c 
les mains, 8c difoient la plufpart d’iceulx quils creoient 
fermement que ledit Euefque feuft faind 8c bien ai¬ 
mé de Dieu, 8c le quinziefme iour dudit mois de May, 
le Roy enuoya lettres aux Preuoft des Marchans 8c 
Efcheuins 8c bourgois de Paris : par lefquelles il leur 
faifoit fçauoir queiedit Euefque en fon viuant luy 
auoit efté mauuais, 8c n’auoit pas aimé fon proufiît,Ôc 
qu’il auoit eu intelligence auecques le Duc de Bour- 
gongne 8c aultres Princes 8c lèigneurs qui auoient 
efté deuant la ville de Paris durant le bien publicque, 
8c que pour leur donner faueur en icelle ville, auoit 


Digitized by LaOOQle 




dv Roy Loys XI. 173 

fuborne lefdits habitans. Et que pour ces caufcs & af- 
fin qu’il en feuft mémoire ordonna eftre faiéte & mile 
fur Ion corps vn epitaphe contenant les chofes defluf- 
di£tes, lequel epitaphe fut fait faire par les deffufdits 
iufquesàl’affeoir. En ce temps audit mois de May la 
treue d’entre le Roy & le Duc de Bourgongne qui 
failloit auquatriefme iour dudit mois, fut derechief 
continuée iufques au quinziefme iour de Iuing en- 


fuiuant. 


Audit mois de May-le Duc de Calabre nepueu du 
Roy de Cecile & de Iherufàlem, à qui le Roy auoit 
fait tant d’honneur de luy donner fa fille ainfnee en 
femme & efpoufe, s’en ala hors de fa Duchie de Lor¬ 
raine par deuers ledit Duc de Bourgongne pour trai- 
dter d’auoir & efpoufer fa fille, en delaifïànt en ce fai- 
fànt ladite fille du Roy fà femme,qui fut chofe moult 
effrange à luy de ainfi faulfer fa foy, & foy ainfi abaif- 
fèr de delaiffer la propre fille ainfnee du Roy fon fou- 
uerainfeigneur,pour cuider auoir & prendre la fille 
dudit de Bourgongne, fubged: & vaffal du Roy. Et 
parauant ces chofes leditdeBourgongneauoitfait & 
j&it faire moult de guerre au R oyaulme de France, à la 
faueur de mondit feigneur de Guyenne, feignant à ce- 
fte caufe de luy donner & bailler fadi&e fille dont il ne 
filt riens : mais fift tout le contraire en abufànt iceulx 


fèigneurs 5 c plufieurs âultres, foubs vmbre dudit ma¬ 


riage. 

Et le ieudy quatorziefme iour dudit mois de May 
mil quatre cens foixante douze, aduint par male for¬ 
tune que tout le comble & fefte de l’Eglifc Noftre- 

Y iij * 


Digitized by c.ooQie 



174 Les Chroniques 

Dame de Clery,& près d’Orléans,queleRoyauoit 
fait faire & ediffier de nouuel, où il y auoit moult no¬ 
ble & belle couuerture tant de charpenterie de bois 
que d’ardoife & de ploms, fut toute arfe & brouye, & 
tout tombé en bas & par terre, par ce que vng plom- 
beur befoignant en icelle couuerture s’en deuala en 
bas,&laiilalefeuou ilchauffoit les fers àfoulder en 
icelle couuerture, fans aucune garde: & lequel feu le 
vent accueillit tellement qu’il s’envola & difperfa au 
long d’icelle charpenterie & couuerture, en telle fa¬ 
çon que fans y pouoirremedier tout fut brûlé & ars. 

Et ce mefme iour le Roy eut certaines nouuelles que 
luy fift aflauoir monfeigneur de Malicorne, feruiteur 
ôc bien fort amé de mondit feigneur de Guyenne,que 
fondit feigneur Sc maiftre eftoit allé de vie à trefpas en 
lavilledeBourdeaulx. En icélluymois monfeigneur 
de Craon, maiftre Pierre Doriolle general des nnan-« 
ces,maiftre Qliuier le Roux Confeillier & Maiftre des 
Comptes, & aultres Ambafladeurs du Roy,par luy 
enuoyez par deuers ledit Duc de Bourgongne,retour¬ 
nèrent deuers le Roy luy relater ce que fait auoient 
auecques luy, & de la treue qu’ils auoient ainfi faiéte, 
qui deuoit durer iufques au quinziefme iour de Iuing 
enfuiuant. Durant laquelle treue &nonobftant icelle 
ledit de Bourgongn e fift mettre fes gens de guerre fur 
les champs, & mener & affeoir fon parc & artillerie 
entre Arras & Bapaulmes, en vng heu qu’on nomme 
Hubuterne en Artois. Et pendant ce temps le Roy 
apres les nouuelles de la mort de mondit feigneur de 
Guyennefonfrere,s’en partit du Pleftis du parc lez 


Digitized by G.oc e 




dv Roy Loys XI. 175 

T ours, 8 c s’en cira audit pays de Guyenne, la Rochel¬ 
le, fainét Iehan d’Angely, Bourdeaulx,& aultres lieux 
voifins, 8 c y mift 8 c créa officiers nouueaulx de par 
luy. Et d’icelle Duché de Guyenne fift 8 c eftablit gou- 
uerneur monfeigneur de Beaujeu frere de monfei- 
gneur le Duc de Bourbon. 

Apres ces chofes ledit de Bourgongne en perfeue- 
rant toufiours en Tes diableries, foies obftinations 8 c 
mauuaiftiez,comme deuantauoitfait. Le ieudy vn- 
ziefmeiourdeIuingaudit an foixante 8 c douze, en- 
uoyadeuantlavillede Nefle dedens laquelle y auoit 
de par le Roy vng nommé le petit Picart', qui eftoit 
Capitaine de cinq cens francs archers de rifle de Fran¬ 
ce, qui eftoient dedens ladiéfe ville, & par granc force 
& violence voulurent auoir ladiéte ville & chafteau: 
& pour l’auoir y baillèrent 8 c liurerent de gratis 8 c di- 
uers aflàulx, aufquels Bourguignons fut vaillamment 
refifté par ledit Picart 8 c ceulx de fadiéte compaignie. 
Etiufquesau vendredy qui eftoit le landemain dou- 
ziefine iour dudit mois de Iuing,que enuiron cinq 
heures de matin ledit Picart en la compaignie de la 
ContefTe dudit lieu de Nefle y {firent hors de ladiéte 
place pour aler par deuers le Baftardde Bourgongne, 
8 c aultres,ayansillec leurarmee pour ledit de Bour¬ 
gongne, pour cuider trouuer pacification & accord 
entre les gens du Roy & ledit dé Bourgongne, qui 
traiéla auecques eulx en telle manière que lefdits Pi¬ 
card & ceulx de fadiéte compaignie s’en iroient leurs 
vies fàuues, en rendant ladiéte place, en laiflànt leurs 
biens. & harnois, à quoy faire ils furent contens. Eta 


Digitized by G.ooQle 



i7 6 Les Chroniques 

tantfe départirent & s’en retournèrent en ladite ville 
deNcfle,& dirent aux deffufdits francs archiers leur 
compofition , & comment ils deuoient tous laifler 
leurs biens cheuaulx & harnois,& eulx en aler leurs 
vies fàuues. Pour laquelle chofe incontinent apres plu- 
fieurs d’iceulx par l’ordonnance dudit Picard leur Ca¬ 
pitaine, fe defpoüillerent & habandonnerent leurf- 
dits harnois, & en ce faifanc & auant qu’ils feufTent 
bien affeurez d’auoir lettres de leurs p rom elfes & trai¬ 
tez , furent par aucuns dudit lieu de N elle mis & bou¬ 
tez en icelle place lefdits Bourguignons,qui inconti¬ 
nent nonobstant ladi&e promette vindrent charger 
furlelHits francs archiers ainfi des-habillez, foubs vm- 
bre d’icelle promeffe, & plufieurs en tuerent & meur- 
drirent: & partie d’iceulx cuidans eux fàuuer s’en ale- 
rcnt ôc retrayerent dedens l’Eglifè dudit lieu de N elle, 
ou depuis lefdits Bourguignons alerent les tuer tous 
& meurdrir. Et apres qu’ils furent tous ainfi tuez & 
meurdris,yfuruint &ley trouua ledit de Bourgon- 
gne, qui toutà cheual entra dedens ladi£te Eglile, en 
laquelle y auoit bien demy pied de hault de fang des 
poures créatures illec eftans, qui à cefte heure eftoient 
tous nuds gifâns illec morts. Et quant ledit Bourgui¬ 
gnon les vit ainfi abatus fe commença à feigner & dire 
qu’il veoit moult belle chofe, & qu’il auoit auecques 
luyde moult bons bouchiers. Et le lendemain cnfui- 
uant qui fut le famedy treiziefmc iour dudit mois, le¬ 
dit petit Picarc qui eftoit prifonnier auec aultrcs de 
ceubc de fàdi&ecompaignie furent pendus & eftran- 
, de l’ordonnance.dudidb de Bourgongne, 


&puis 

fift 



Digitized by c.ooQie 



r>v Roy Loys XL 177 

fift arrafer ladidbe place & mettre le feu dedens. Et le 
Dimenche quatriefme de icelluy mois s’en partirent 
dudit lieu de N elle & alerent deuant Roy e,ou eftoient 
enuiron quatorze cens archiers de la compaignie &c 
charge Pierre Aubert Bailly de Meleun & de Nugon, 
ôcauili y eftoient pour Gendls-hotnmes Sc Capitai¬ 
nes Loifel de Balagny Capitaine de Beauuais, monfei- 
gneur de Mouy, le feigneur de Rubempré & aultres, 
qui bien auoient deux cens lances bien en point.Et ia- 
çoit-ce qu’ils feuffent dedens Iadi&e ville que le Roy 
auoit fait remparer, bien auitailler & garnir de moult 
belles ferpentines , ils fe rendirent iemardyenfuiuant 
feiziefme iour d’icelluy mois à l’eure de midy,& laiffe- 
rent illec ladi&c artillerie, leurs cheuaulx & hernais, 
tout abillement de guerre, & toutes leurs bagues : ou 
le Roy & eulx eurent dommaige de cent mil efcus 
d’or & plus, & s’enreuindrent tous nuds & en pour¬ 
point, vng balton en leur poing. Et demoura illec le¬ 
dit Duc de Bourgongne depuis par certain temps, & 
d’illec s’en ala deuant la ville de Beauuais pour y met¬ 
tre le fiege, ou il y arriua le famedy vingt-feptiefme 
iour de Iuing audit an mil quatre cens foixante & 
douze,ou de plaine venue y donnèrent vng fortaf- 
fàult, à quoy rat fort refifté par les bourgois, manans 
& habitans d’icelle ville. Et celle mefme nuit y arriua 
Guillaume deValee Lieutenant du Senefchal de N or- 
mendie, à tout deux cens lances, qui moult bien fe- 
coururent ceulx dudit lieu : car ils y arriuerent à l’eure 
du fort deleur affault, &c tout incontinent montèrent 
defTus la muraille, & firent reculer lefdics Bourgui- 

Z 


Digitized by c.ooQle 



178 Les Chroniques 

gnons. Ht le landemain enfumant y vint monfeigneur 
de Cruffol, Iouachin Rouault, la compaignie de mo- 
ieigneur de Bueil, Guérin le G roing, monfeigneur de 
Torcy, & aultres nobles de Normendie,qui tres-vail- 
lamments’ycontindrent. Et pendant ce temps furent 
bien fecourus de ceulx de la bonne ville de Paris, tant 
de pionniers, pics, pelles, farines, vins, pouldres à 
canon, & aultres auitaillemens,qui firent tres-grant 
bien aufdits gens de guerre & aux habitans d’icelle 
ville. Et en ces entrefaites y eut de belles & grandes 
efcarmouches, ou plufieurs Bourguignons eltans de- 
uant icelle ville furent morts &c tuçz. 

En ce temps aduint que aucuns des habitans d’Au¬ 
xerre faillirent hors de leur ville pour aler courir e's 
pays du Roy, pour prendre & mener audit lieu d’Au¬ 
xerre, bœufs , vaches, & tout ce qu’ils pourroient 
trouuerpour eulxauitailler,& vindrentprés de Ioi- 
gny, de Seignelay & illec enuiron : contre lefquels y 
alerent le baftard dudit Seignelay, le feigneür de Plan- 
cy & aultres, iufques au nombre de trois cens,qui vin- 
drent rencontrer lefdits d’Auxerre, qui fe mirent en 
bataille contre eulx. Et quant les demifdits feigneùrs 
les eurent ainfi veus, ils fe frappèrent dedens moult vi- 
goureufement, & yen eut nuit vingts de morts & 
quatre vingts de prins, & le demourant fe mift en fui¬ 
te ou fut noyé'. Audit temps pour raifon de l’approu- 
chement defdits Bourguignons ainfi venns à Beau- 
uais, furent faites à Paris ae moult belles ordonnan¬ 
ces , par fire D enis H effelin Panetièr du R oy noftre fi- 
re, Efleu de Paris, & Preuoft des Marchans de ladite 


Digitized by G.oooLe 


dv Roy Loys XI. 179 

ville : comme de faire redifficr la muraille & gardes de 
deftus les murs, faire faire belles & grandes tranchées, 
mettre en point les chaifnes, rediffier les foftez, bou- 
lcuars & barrières des portes, en faire murer d’aucu¬ 
nes , faire faire de moult belles ferpentines toutes neu- 
ues, & d’aultres belles ordonnances y furent faites. 

Et le Ieudy fécond iour de Iuillet vint & arriua à Pa¬ 
ris le feigneur de Rubempré qui venoit de ladite ville 
de Beauuais, & apporta lettres des Capitaines de ladi¬ 
te ville addreftàns au feigneur de Gaucourt, Lieute¬ 
nant du Roy à Paris, aux Preuoft des Marchans & Ef- 
cheuins de ladide ville de Paris. Par lefquelles leur 
eftoit faitfçauoir que le Duc de Bourgongne & ceulx 
defon oft eftoient en telle necelïite de viures, quevng 
pain de deux deniers à Beauuais valoit audit oft trois 
fouis parifis, & queicelluy Duc de Bourgongne auoit 
intention deiouer audefefpoir & auoir ladide ville, 
pour y perdre la plufpart de tous fes gens:&pouree 
prioientaufdits de Paris que on leur enuoyaft de la 
menue artillerie, desarbaleftres,du traid & des viures. 
Laquelle chofe fut faille & enuoyee à eulx par le Ba- 
ftard de Rochouart feigneur de Meru, qui y mena & 
conduifit les foixante arbaleftriersde Paris, auecques 
traid, arbaleftres, artillerie & viures. Et le ieudy neu- 
fiefme iour dudit mois de Iuillet, enuiron l’eure de 
fept heures au matin, apres que ledit de Bourgongne 
eutfaid getter grant nombre & quantité de bombar¬ 
des & aultres artilleries contre les murs de ladide ville, 
à l’endroit de la porte de l’oftelDieu, vindrent & ac¬ 
coururent dedens les foftez de ladite ville grant quan- 

Z ij 


Digitized by c.ooQle 



i8o Les Chroniques 

tité defdits Bourguignons, qui y apportèrent grant 
nombre de bourrées, clayes & aultres mefrain dedens 
lefditsfoifez, & puis y drdïerent efchelles, & moult 
vigoureufementaflaillirent à l’endroit de la muraille 
& portail dudit hoftel Dieu, dont auoit la garde & 
charge meflire Robert Deftouteuille Cheualier fei- 
gneurdeBeyne& Preuoftde Paris, qui moult hon- 
norablement & vaillamment fi contint, & ceulx de 
fàdiéte compaignie. Et dura ledit aflàult depuis ladi¬ 
te heure de fept heures iufqucs apres vnze heures,du- 
rant lequel temps y eut grande quantité de Bourgui¬ 
gnons tuez & abbatus morts de deflus lefdits murs de¬ 
dens les foflez d’icelle ville, & de naurez grant nom¬ 
bre , & bien iufques au nombre de quinze à feize cens 
hommes, & plus largement y en euft eu de morts s’il y 
euft eu faillie à y eftre hors d’icelle ville : Mais toutes les 
portes d’icelle eftoient murees du collé de l’oft defdits 
Bourguignons, pourquoy ne fe peut faire Iadiéte fail¬ 
lie, dont furent moult dolans les nobles feigneurs, 
Capitaines, gens d’armes & de traiél, qui eftoient de¬ 
dens icelle ville en bien grant nombre,comme de qua¬ 
torze à quinze mil com Satans, dont auoit la charge & 
conduire le Conte de Dampmartin, Iouachin Rou- 
ault Marefchal de France, Salezar, Guillaume de Va- 
lee, MerydeCoue , Guérin le Groing,les firedeBey- 
ne & Torcy freres, &: plufieurs aultres Gentils-hom¬ 
mes de conduire & grant façon. Et durant ledit af 
fault moyennant la grâce de Dieu ne fut point tué de 
gens du Roy plus de trois ou quatre perfonnes, & en- 
cores difoit on que ce auoit efté par leur oultraige. Et 


Digitized by G.DOQle 




dv Roy Loys XL 181 

au regard de toute l’artillerie qui fut tiree par lefdits 
Bourguignons durant le temps en icelle ville, iufques 
auneufiefmeiourdeIuillet,nenfuttue plus de qua¬ 
tre perfonnes. Et le landemain dudit aiïault enuiron 
lepointduiour, fut de rechief enuoyé par ledit fire 
Denis Heftelin Préuoft des Marchans, audit lieu de 
Beauuais grant quantité de traita arbalefte,& des cor¬ 
des pour y fcruir, des pouldrcs à canon & couleurine, 
& des Chirurgiens pour penfer & guérir les naurez. 

Etlefàmedyvingt&vniefme iour dudit mois de 
Iuillet au matin, fut tiré hors des prifons du Chaftel- 
let de Paris vn Meflàigier de l’oftel du Roy, qui 
auoit efté conftitué prifonnier efdites prifons, pour- 
ce qu’il auoit di<St & publié au Palais & aultres plu- 
fieurs lieux de ladiéte ville de Paris, que Monfei- 
gneur le Conneftable auoit tiré dudit lieu de Beau¬ 
uais aux champs les Capitaines eftans dedens icelle, 
faingnant d’auoir conlcil auecques eulx , à fçauoir 
qu’il eftoit de faire pour lafeurecé & deffence d’icel¬ 
le ville : & que ce pendant qu’il tenoit ledit confeil 
lefdits Bourguignons furent auitaillezen leur oftde 
grant quantité de viures , à quoy euft efté fait faire 
refiftence par lefdits Capitaines, fi n’euft efté ledict 
confeil. Defquelles parolles ainfi diébesyjarledit Mef- 
fàgier, quifonnoient mal à la charge de mondit fei- 
gneur le Conneftable, &c que de ce fe tint fort à mal 
content, fut ledit Meflàgier baillé & deliuré par l’or¬ 
donnance du Roy à Maiftrc Milles Huifïier d’ar - 
mes de fon Hoftel, qui le mena & conduifit par de- 
uers ledit Conneftable, 5 c fi luy porta les charges 

Z iij 


Digitized by c.oooLe 



,82. Les Chroniques 

informations qui faites auoient efté defdides pa- 
rolles. 

Et le vendrcdy dixiefineiour dudit mois qui fut le 
landemain dudit alfault, par vne trenchee qui fut fai- 
depouryftre hors dudit lieu de Beauuais,Salezart & 
aultres de fa compaignie entrèrent dedens le parc d’i- 
celluy de Bourgongne enuiron le point du iour,ou 
furent tuez tous les Bourguignons qu’ils rencontrè¬ 
rent : & en icelluy parc y furent bruflees trois tentes & 
toutcequieftoit dedens, & en vne d’icelles y furent 
tuez deux hommes de grant façon, jaçoit-ce qu’ils 
promettoient de payer moult grant finance. Et pour- 
ce que en iceluy oft fut fait grant cry & noife, en criant 
viue Salezart,lefdits de l’oft fe aftemblerent en bien 
grant nombre, parquoy il conuint audit Salezart fe 
retraire audit lieu de B eauuais, & en s’en rctrayant & 
ceulx de fa compaignie en emmenerent auecques eulx 
de bien belle artillerie, comme deux des chambres,des 
bombardes qui auoient batu & getté en bas la murail¬ 
le de ladi&e ville. Lefquelles chambres pour caufe de 
haftiueté ils getterent dedens les folfez,& fi boutèrent 
dedens ladide ville deux bien belles ferpentines auec 
vn g gros canon de cuiure nommé l’vn des douze Pers, 
que le Roy à la journée au rencontre de Montlehery y 
perdit. Et fut ledit Salezart fuiuy de bien prés, & fort 
batu&nauré, & fon cheual auifi nauré de plufieurs 
coups de piques de'Flandres & aultres, nonobftant 
qu’il reporta iufques audit lieu de B eauuais, ou le che¬ 
ual mourut incontinent qu’il y fut arriué.Et depuis la¬ 
dide faillie n’aduint audit oft gueres de chofes iufques 


Digitized by c.oooLe 



dv Roy Loys XI. 185 

au vingt & vniefme iour dudit mois de Iuillet, que les 
bourgois,manans & habitans de la ville d’Orléans, 
enuoyerent & firent pafier parmy la ville de Paris la 
quantité de cent tonneaulx de vin du creu dudit lieu 
d’Orléans , qu’ils enuoyoient & donnoient aufdits 
feigneurs & gens de guerre eftâs audit Beauuais, pour 
les rafraifehir & aider à bien befongner alencontre 
defdits Bourguignons. Et fi leur renuoyerent encores 
grant quantité de trouffes, de flefehes à arc, artillerie, 
arbaleltres, & des pouldres à canon. Et pour conduire 
les chofes deffufdiétes, y eftoient en perfonne aucuns 
bourgoisdudit lieu d’Orléans,pour faire le prefent 
aufdits feigneurs & gens de guerre eftans audit Beau¬ 
uais, dé par icelle ville d’O rleahs. 

En ce temps furent fai êtes les morilfres en la ville de 
Paris,par les habitans d’icelle,par chafcune dizaine 
& quartiers deladiéte ville, tous lefquels y furent en 
armes & par ordre: Lefquelles mohftres Furent veùës 
&receuësparlefeigneürde Gaucoürt Lieutenant du 
Roy en ladiéte ville, maiftre Iehande Ladriefche Pre- 
fident des Comptes ,fire Dénis Pleffelin Panetier du 
R oy, Efiéujfur le fait des Aides, & Preuoft des Mar- 
chans de ladiéte ville, lefquelles monftres il faifoit 
moult beau Vèoir, & plus eufl fait fe les ârbalcftriers 
couleüriniefs, gens prinsés bannières, aultres gens 
deguërreén grant nombre, enuoÿéz de ladiéte ville 
audit lieu de Beauuais , y euffentefté. En ce temps fut 
mis en termes que encores feroit prins pàrmy ladiéte 
ville, iufqües au nombre de trois mil combàtans, qui 
feroiént armez & fouldoyez de par ladiété ville, ceulx 


Digitized by c.ooQie 



184 Les Chroniques 

de Parlement, de Chaftellet,la Chambre des Com¬ 
ptes , la Chambre des Monnoyes, le Chancelier, mai- 
ître des Requeftes, les Efleus & aultres, qui fembla 
eltre moult grant charge aux habitans d’icelle, vcu le 
grant nombre de gens que défia on auoit enuoyé au¬ 
dit Beauuais, & que aulh ladite ville en demourroit 
moult affoiblie. Et furent ces chofes moult honnora- 
blement remonftrees par ledit (ire Denis Heflelin aux 
Capitaines eftans audit Beauuais , qui defdiétes re- 
monftrances fe tindrent à bien contens, & fe conten¬ 
tèrent de ce qui leur auoit efté enuoyé, fauf qu’ils priè¬ 
rent que encores on leur menait cent arbalcftriers &c 
cquleuriniers, ce que fift ladiéte ville.Et depuis le mer- 
ctedy fefte de la Magdelaine enuiron l’eure de trois 
heures du matin, ledit Duc de Bourgongne honteulè- 
melit fe delloga de fon oit & s’en partit & s’en ala fans 
aultre chofe faire, finon que durant l’elpace de vingt- 
fix iours entiers qui fut deuant ladiéte ville, il ne celïà 
de faire getter fon artillerie contre ladiéte ville nuit& 
iour, qui peu ou néant greuerent icelle ville, ne les ha¬ 
bitans d’icelle, & y donna & filt donner deux grans & 
merueilleux allauts, aufquels y furent tuez & meurdris 
bien grant nombre de fes gens de guerre, des plus 
grans qu’il eut en là compaignie, & fi perdit durant 
icelluy temps grant quantité de fon artillerie , que 
ceulx de la garnifon d’Amiens pour le Roy gaignerent 
delïus IelditsBourguignons.Et depuis ledit partement 
defdits Bourguignons,ds s’en alerent boutant; les feux 
és bleds & es villaiges par tout ou ils palToient, & vin- 
drent deuant làinâ Valéry lez le Çrotoy, qui leur fu t 

rendu 


Digitized by LaOOQle 


dv Roy loys xi. 185 

rendu par cculx de dedens, pource qu’ils n’eftoient pas 
aflez de gens,& que la place n’eftoit point de tenir co¬ 
tre fà puifïànce, & apres s’en ala à Eu qui pareillement 
luy fut rendue pour les caufes que deffus. Et le mercre- 
dy vingt-neufiefme iour de Iuillet, monfieur le Con^ 
neftabIe,monficurlegrant Maiftre,& aultres Capi¬ 
taines qui eftoient dedens la ville de Beauuais, accom- 
paignez de huiét cens lances , fe partirent dudit lieu 
pour eulx tirer au pays de Caulx vers Arques & Mou- 
ftieruillier,pour eftreau deuant defHits Bourguignons 
qu’ils fiippofoient qu’ils y deuoient aler > ce que firent 
lefdits Bourguignons, &: alerent mettre & aneoir leur 
parc entre ladite place d’Eu & D ieppe, en vngvillai- 
ge nommé Ferrières. Et illec depuis y feiouma bien 
grantpiccefàns riens conquérir, finon le neuf Cha¬ 
tte! de Nicourt ou ils fe boutèrent, pource que dedens 
nytrouuerent aucun qui leur contredift, & y furent 
par l’efjpace de trois iours, puis s’en alerent ,& au par¬ 
tir y boutèrent le feu & brûlèrent la ville & chaftel,qui 
fut vng moult grant & piteux dommaige, car c eftoit 
vne moult belle ville de guerre &: grande. Et en apres 
fift mettre & bouter ledit Bourguignon le feu àLon- 
gucuille, au Fahy, & aultres plufieurs lieux & villai- 
ges du Bailliage de Caulx, qui pour tout fbn vaillant 
n’euftfceu reparer. Et plus ne aultre vaillance ne fift 
que de bouter lefdits.' feux depuis fon partement de 
fes pays iufques au premier iour de Décembre quatre 
cens foixante & douze. Durant ces chofes le Roy qui 
eftoit en Bretaigne à tout plus de cinquante mil com- 
batans, ne fift que peu ou rien, pource qu’il fut mené 


'Digitized by c.ooQie 



186 Les Chroniques 

de belles paroles ôc par Ambaftades,aumoyen dequoy 
il cuidoitauoir bonne pacification &c accord auec le¬ 
dit de Bretaigne, fans efïufion de fang ne perdition de 
fes gens de guerre, quetoufiours il a fort craint, plus 
fans comparaifon que ledit de Bourgongne,qui eftoit 
trop cruel & plaindemauuaifeobftination,ainfique 
en fon temps la bien monftré & monftroit chafcun 
iour. Etapres que ledit Duc de Bourgongne fut re¬ 
tourné dudit pays de Caulx, ou ainfi auoit bouté le 
feu comme dit eft, & quedeuant Arques & Dieppe 
fut fi vigourcufement recueilly & batu,luy & fes gens, 
s’en partit d’icelluy pays & délibéra de s’en aler deuant 
la bonne ville & cité de Rouen , ou plus que deuant 
fut bien receu. Et tellement que au moyen des faillies 
& grans vaillances que firent fur luy ceulx de dedens, 
luyconuintfoy en retourner bien honteufemçnt & à 
fa grant perte vers Habcuille, & fiil courir lors le grant 
bruit de mettre le fiege deuant la ville de Noyon, & 
icelle auoir par force, à quoy luy fut bien refifté par le 
lire deCruflol & aultres vaillans Capitaines pour le 
Roy, qui fevindrcnt loger dedens, & qui la fortifiè¬ 
rent d; engins, de viures & aultres chofes, pour repul- 
fer fa dampncé fureur, mais vng grant mal fut fait par 
fon moyen : câr lefdits Capitaines pour eftre & de- 
mourer plus feurs en ladiéfe ville, firent brûler & aba- 
tre les fàulxbourgs d’icelle ville,pour garder de y loger 
lefdits Bourguignons qui n’y vindrent point. 

Audit temps mefïire Robert Deftouteuille Cheua- 
lier Preuoft de Paris, qui-eftoit dedens la ville de Beau- 
uaisauecques les nobles de la Preuofté & Viconté de 


Digitized by c.ooQle 


dv Roy Loys XI. 187 

Paris, 6c certain nombre de francs archiers, s’en partit 
dudit lieu de Beauuais 6c s’en vint loger es fauxbourgs 
de la ville d’Eu, du cofté d’Abbeuille.Et ce mefme iour 
aufli arriua d’aultre cofté efdits faulxbourgs du cofté 
de Dieppe, moniteur le Marefchal Iouachin, lefquels 
incontinent enuoyerent fommer les Bourguignons 
qui eftoient dedens. Et tels effrois leur firent les gens 
du Roy qu’ils prindrent compolition, qui eftoit telle 
qu’ils s’enalerent tous, 6c Il rendirent ladite ville:c’eft 
aftauoir les Cheuaüers chacun fur vng petit courtault, 
& tous les auitres Bourguignons qui eftoient bien 
cent & plus, s’en alcrcnt chafcun vng ballon en leur 
main, 6c biffèrent tous leurs habillemens, biens, 6c 
cheuaulx, & Il payèrent dix mil efeus , 6c puis ne de- 
moura guieres que lelHits Iouachin & Dellouteuille, 
eulx& leurs gens s’en alercntdeuant la ville de faint 
Vualery qu’ils eurent par femblable condition, 6c 
payèrent hx mil efeus, 6c puis s’en alerent à Rembures 
vn bien bel & fort Chafteau, ou dedens eftoient au¬ 
cuns Bourguignons,qui vindrent au deuant dudiéb 
Deftouteuille & Iouachin, aufquels ils rendirent ledit 
chaftel, moyennant que lefdits Bourguignons s’en 
alerent, eulx & leurs bagues làuues. 

En ces entrefaites aucuns tenans le party dudit de 
Bourgongne,commeleContede Rouili fils dudit 
Conneftable, & auitres de leur party, tindrent les 
champs au pays & marche de Bourgongne, & fe vin¬ 
drent efpandre & loger en la Conté de Tonnerre, ou 
ils ne trouuerent aucune refiftence. Et en gaftant & 
deftruilànt pays vindrent iufques à Ioigny,qui fut fort 


Digitized by 



i88 Les Chroniques 

fecouru par les gens du Roy & ne l’eurent point, & 
puis s’en alerent vers Troyes,boutans feux e's granches 
&villaiges,&aultre vaillance ne firent. Et pendant 
qu’ils faifoient tels maulx, femblablement le raifoient 
le Conte Daulphin d’Auuergne, & aultres nobles 
hommes de la compaignic au pays de Bourgongne 
pour le Roy, où ils mirent & boutèrent aufli le feu en 
plufieurs des villes, villaiges,& lieux dudit de Bour¬ 
gongne, & y firent dudommaige irréparable .-mais 
c’eftoit pour reuenge de ce que ledit Bourguignon 
auoit fait fur les villcs,pays & fubgets du Roy,commc 
mauuais qu’ils eftoient à leur vray & fouuerain fei- 
gneur. 

Au mois de Septembre enfuiuant le Roy qui auoit 
efte par certain temps au pays de Bretaigne fift treue &. 
abftinence de guerre, en laquelle treue eftoient com- 
prins les amis & aliezd’iceluy de Bretaigne, lefquelsii 
declaira eftre ledit Duc de Bourgongne,quiaufli print 
èc accepta ladite treue ledit temps durant, aufli pour 
luy,fes amis & aliez, qu’il declaira eftre l’Empereur 
d’Alemaigne, les Rois a Angleterre, Efcoflè,Portin- 
gâi, Efpaigne, Arragon, Cecille, & aultres R ois, iufi- 
ques au nombre de lept,& plufieurs aultres Ducs & 

f rans fèigneurs. En ce temps accoucha d’vng fils la 
onne Royne de France, que on appella moniteur de 
Berry, qui ne vefquit guieres. 

V ers la fin du mois d’O ftobre aduint que moniteur 
de Beauj eu, frere de monfieur le Duc de Bourbon,qui 
eftoit aie par l’ordonnance du Roy au paysd’Arhii- 
gnac comme GouuerneUr de Guyenne, lequel eftoit 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. 189 

bien accompaigné de grans feigneurs & nobles hom¬ 
mes , luy eftans dedens la ville & cité de Leftore audit 
pays, fut par trayfon pris & mis és mains dudit Conte 
d’Armignac, lequel au moyen d’icelle prife recouura 
ladiébe cité. Et puis apres icelle prife ledit d’Armignac 
deliura plus, des feigneurs eftans auec ledit feigneur de 
Beaujeu qui depuis furent prins de par le Roy, pource 
qu’il auoit foupçon qu’ils euflcntefté caufe de la prife 
dudit feigneur de Beaujeu, & furent menez plufieurs 
au Chaftcau de Loches. Et de ladiébe prife dudiéb de 
Beaujeu fut le Roy moult doulant,& pour le rauoir 
enuoya deuant icelle cité de fes gens de guerre & artil¬ 
lerie en grant nombre, & luy mefmes ala iufques à 
Poi£biers,à la Rochelle, & au pays d’enuiron, & y 
eftoitleiour fainéb Andry audit an foixante & douze, 
& puis s’en retourna à Angiers. Et à caufe de ladiébe 
prife y eut vng gentilhomme feruiteur dudit mont 
fleur de Beaujeu,nommé Iehan Deymcr,qui dftoiç 
prifonnier audiéb lieu de Loches, lequel fut efcartellé 
en la ville de Tours, pource qu’il confefla auoir efté 
traiftreauRoy & à fondit maiftre : & à l’eure qu’il 
deuft mourir parla moult honnorablcment &c publi¬ 
quement deuant tous dudit feigneur de Beaujeu, en 
difant par luy qu’il eftoit bon & loyal, &c qu’il n’auoit 
rien feeu de ladiébe trahifonrmais d’icelle en charga 
fort le Cadet d’Alebret feigneur de fainébe Bafi le, au¬ 
quel ledit de B eauj eu auoit eu grant confidence,pour¬ 
ce qu’il auoit efté nourry & eu moult de biens en la 
maifon de Bourbon. Apres ces chofes le Royfejourna 
longuement en Poiébou, & vers les marches de Bre- 

A a iij 


Digitized by c.ooQle 



190 Les Chroniques 

taigne, & tant y demoura que appoin élément fe fift 
entre le Roy & le Duc de Bretaigne,dont de ce faire 
femeflafortOudetdeRie feigneur de Lefcun,à qui 
le R oy à cefte caufe fift de grans biens, & parauant luy 
en auoit auffi fait, & en faifant ledit appointement le 
Roy bailla & deliura audit Duc de Bretaigne la Con¬ 
té de Montfort, & certaine fomme de deniers,. 

Et apres ledit accord ainh fait,fut enuoyé par lediéfc 
Duc de Bretaigne le faire fortiffier & fçauoir par fes 
Ambailadeurs au Duc de Bourgongne, &c pour rauoir 
de luy les feelez, que ledit Duc de Bretaigne luy auoit 
baillez en faifant Talicnce d’entreulx. 

AumoisdeFeurier audit an quatre cens foixante 
& douze, le tiers iour dudit mois, aduint fur le point 
de rtx heures au foir que le temps eftoit fort doulx & 
chault, qu’il defcendit du Ciel deux grans clartez com¬ 
me deux chandelles, pafïànt deuant les yeulx des re- 
gardans, quifembloiteftrefort efpouuen table, & en 
yrtoit moult grant clarté, mais ce ne dura guieres. Le 
ièptiefme iour dudit mois de Feurier monueurrEuef- 
que de Paris fitsde monfieur de la Foreft,fit ion entree 
commeEuefquede ladiéte ville, & y eut grande fo- 
lempnitégardéeàfonentree. Etapresleferuicefait en 
la grant Eglife, donna à difner aux gens d’Eglife, Vni- 
uerfité, Parlement, Chambre des Comptes, Gene- 
raulx, Maiftres des Requeftes, Secrétaires , Preuoft 
des Marchans, Efcheuins & bourgois de la diète ville, 
bien &honnorablement.Ence temps fut tiree de la 
villedeLeftorevnegrorteferpentine énrdft des gens 
du Roy eftans deuant, laquelle d vng feul coup tua le 


Digitized by G.OOQle 



dv Roy Loys XI. i 9 i 

maiftre de l’artillerie du Roy & quatre aultres ca¬ 
nonniers. 

Audit temps futprins prifonnier le Duc d’Alençon, 
par meftireTriftan Lermite Preuoft des Marefchaulx, 
& mené deuers le Roy, pour occafion de ce que on di- 
foit qu’il s’en eftoit party de Tes pays, cuidant s’en aler 
par deuers ledit de Bourgongne,pour luy vendre & 
deliurer toutes fes terres & feigneuries qu’il auoit au 
pays du Perche & Normendie, auecques ladiéle Du- 
chié d’Alençon. 

Au mois de Mars enfuiuant mil quatre cens feptan- 
te deux, le vendredy cinquiefme iour, le Conte d’Ar- 
mignac eftant dedens ladiéte ville de Leftore, & qui 
audit iour auoit compofition faiâre auecques le Roy, 
par le moyen de mefnreYues du Fau,que le R oy auoit 
enuoyé par deuers ledit de Armignac pour Celle caufè, 
affin de îby en vuider dudit lieu de Leftore,luy,là fem¬ 
me & feruiteurs, leurs vies làuues, fut ledit de Armi¬ 
gnac tué & meurdry par les gens du Roy, qui par al- 
lault entrèrent en icelle ville, pourcc que ledit de Ar¬ 
mignac nonobftant fondit appointement, en alant à 
l’encontre voulut tuer & meurdrir aucun des gens du 
Roy qui entrèrent en icelle ville, foubs couleur du¬ 
dit trai&é : lefquels quant ils virent que ledit de Armi- 

t nac les vouloit ainu trai&er, crièrent au Roy tenans 
lecleftege qu’ils lesvoulfifTent fecourir, ce qu’ils fi¬ 
rent Et vindrent aftàillir ladiéle ville à l’endroit où elle 
auoit efté batuë,& par là entrèrent dedens le Senefchal 
de Lymofin & aultres en grant nombre, & tels qu’ils 
tuèrent ledit de Armignac, toutes fes gens, & tous les 


Digitized by 



i9i Les Chroniques 

habitans de ladiéte ville de Leftore, tellement que de 
tous n en demeura que la Contefle d’Armignac &c 
trois femmes, & trois ou quatre hommes, que tout 
ne fut tout meurdry & tout pillié. 

Et par tant monfieur de Bcaujeu & les aultres fei- 
gneurs & gentils-hommes que ledit d’Armignac te- 
noitprifbnnicrs au lieu de Leftore, furent deliurez & 
s’en vindrent deuers le Roy. Et des chofes deffufdiétes 
en emporta au Roy vng des cheuaucheurs de fbn efeu- 
rie nommé Iehan Dauuargne, dont le Roy fut moult 
joyeulx, & pour ceftecaulele fift & creafon Hérault, 
& filuy donna cent efeus d’or. Et aufïi entra dedens 
ladi&e ville le Cardinal d’Arras, qui moult vaillam¬ 
ment s’eftoit porté deuant icelle en y tenant le fiege 
pour le Roy, & apres fut toute la ville arfe & tout get- 
té dedens les foflfez, & pour la dcfconfiturc dudit Ucu 
de Leftore & dudit d’Armi^nac en ala la nouuelle au 
Roy d’Arragon, qui eftoit a Parpignan, lequel pour 
lacaufedeflufdiéle & auflique on luy rapporta que 
Phelippe monfieur de Sauoye s’en aloit à luy, pour luy 
faire la guerre & recouurer ladiétc ville de Parpignan, 
qu’il auoit prifè fur le Roy y &z venoit iliec à tout grant 
compaigniedegens de guerre, tant des pays de Sa¬ 
uoye, du Daulphiné que d’Armignac, s’en ala & dé¬ 
partit dudit Parpignan & fe retrahit en aultres lieux 
fespays. Et puis le fkmedy matin quatorziefmc iour: 
dudit mois de Mars àl’eure de fix heures, le Roy qui 
eftoitauPlefïis du parc, jadis nommé les Moncilslcz 
Tours, s’en partit à priuee compaigaie & sert ala à 
Bordeaux & à Bayonne. Et a£En que homme viuant 

aultres 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. 195 

aultres que ceulx quil auoit ordonnez ne le fuiuilTent, 
ne alalïent apres luy , fift tenir toutes les portes de 
T ours fermées depuis ladiéte heure iufques à dix heu¬ 
res fonnees, & {1 hit rompre vn pont prés dudit lieu de 
T ours par où il eftoit pàlfé, affin que homme n’y pàf- 
faft, & fift illec aulïi demourer monfieur de Gaucourt 
Capitaine des Gentils-hommes de (a maifon , affin 
que perfonnen’alaft apres luy. 

Et le mercredy fèptiefme iour d’Auril auant Paf- 
ques audit an feptante-deux, le Cadet d’Alebret fils du 
Conte d’Alebret, qui auoit efté auec mondit feigneur 
de B eauj eu audit lieu de Leftore, & qui adoit trahy & 
baillé ledit feigneur au Conte d’Armignac, fut icelluy 
Cadet pris pnTonnier audit lieu de Leftore apres la 
mort dudit d’Artnigriac, ôc amené en prifon à Poi- 
éliers, où illec fut fait fon procez & condempnéà eftre 
décapité, lequel y fut ledit iour de mercredy Auril fe- 
ptiefinc, & incontinent quil eut le col couppé fut fou 
corps &c Ùl telle mis en vng cercueil couuert d’vng 
poiîlearmoyé à fes armes, & fut porté ledit corps en¬ 
terrer par les quatre Mendiens dudit Poiébicrs, &Iuy 
fut fait vng moult beau feruice. Audit mois d’Auril fut 
fait de techieftreue entre le Roy & le Duc de Bour- 
gongne iufques à vng an prouchain enfuiuant, qui fi¬ 
nirait Tan foixante & quatorze. 

L’an mil quatre cens foixantc & treize, enuiron la 
find’Apuril,aduintqueleRoy d’Arragon fift entre- 
prifefurlavilledePerpignan, & la print fur monfieur 
du Lau qui en âuoit la garde & la charge, mais le cha- 
ft eau demoura au Roy & à ceulx qui aedens eftoient, 

Bb 


Digitized by G.o Me 



194 Les Chroniques 

&lc Ündrent depuis ladite ville prife bien longue¬ 
ment, & iufques la conqucfte faiétc dudit lieu de Le- 
ftore, que apres icelle le Roy en enuoya Ton armee par 
deuantladiâe ville de Parpignan, deuant laquelle ils 
mirent lelicge, & y alïiegerent ledit Roy d’Arragdn 
& fon fils , & auec lés nobles, feigneurs, Capitai¬ 
nes & Senefchaulx de ladite armec,y eftoit auffi mon- 
fieur le Cardinal d’Alby, qui moult bien & fàgement 
fe y gouuerna. Et deuant icelle ville tindrent Te fiegc 
longuement, & iufques au mois de Iuin que le Roy y 
enuoya de rechief pour reconforter ladiébe armee, 
quatre cens lances prifes à Amiens & aultres villes voi- 
nnes, & fi y enuoya grant quantité d artillerie & can- 
nonniers* Au mois de Iuing audit an mil quatre cens 
foixante & quatorze le Duc d’Alençon que le Roy 
auoit fait prendre & mener prifonnier a Loches,fut 
mené à Paris au Ghafteau du Louure, & y arriua le 
mercredy veille du làinéb Sacrement fêiziefme iour du-* 
dit mois de Iuing, à l’eure d’entre neuf & dix heures 
au forr à l’arche de Bourbon, ou il defeendit illec des 
bateaulx qui le auoient amené de Corbueil, &: y 
eftoient à le conduire moniteur de Gaucourt,le lire de 
la Choleriere maiftre de Poftel du Roy, & auecques ce 
en leur compaignie y eftoient cinquante archiersdela 
garde, & vingt-quatre Gentils-hommes de Porte! du 
Roy, lefquels apres queleurdit feigneur eut efté mis 
& bouté audit Chafteaudu Louure s’en retournèrent ' 
deuers leR oy & le laifleren t en la garde dudit fejgneur : 
de la Choleriere, & desarchiers dcladiébe ville de Pa¬ 
ris , & eft artàuoiir que le iour qu’il arriua fut mené lo - 


Digitized by c.oooLe 



dv Roy Loys XI. 195 

gcr en la rue fàinâ: Honoré à l’enfeign e du Lyon d’ar¬ 
gent. Et ledit iour dudit Sacrement apres foupper auf- 
ii à ladi&e heure d’entre neuf & dix heures au foir,fut 
mené & coduit ledit feigneur audit chafteau du Loin 
ure. Et apres que ledit uege euft efté longuement tenu 
deuant ladite ville de Parpignan, aduint que les gens 
du Roy au moyen de la grande & extrême chaleur 
qu’ils auoient & foudroient illec, & aufïi qu’ils auoiét 
grantfouffreté dcviures,prindrenttreues lefdi&s de 
Parpignan, & eulx vng peu de temps, pendant lequel 
chacun feauitaiila ôc appointa de ce que befoing leur 
eftoit, 8c en ces edtrefaiétes y furent enuoyez grant 
quantité de gens de guerre. Et pour y remettre le ficgc 
& fournirdeviures ledit oft,le Roy y enuoya mon- 
fleur de Gaucourt, maiftre Iehan Bourre, 8c le Chan¬ 
geur du T refor, pour prendre viures & les payer, par 
toutourccouurer en pourraient,pour mener audiéb 
Parpignan. Durant ce temps & au mois de Iuillet qua¬ 
tre cens feptante trois, mourut vng des enfahs du Roy 
nommé monfieur François de France,Duc de Berry, 
dont leRoy porta moult grant ducil , 8c par l’cfpacc 
de fîx heures au Chafteau a Ambolfë, que homme ne 
parloitàluy. Audit moisde Iuillet le Duc de Calabre 
mourut de peftiience à Nancy en la Duché de Lorrai¬ 
ne , 8c incontinant apres fon trefpas fut nouuelles que 
vng Alemant qui auant fou trefpas auok la conduire 
defarmee dudit de Calabre,print àprifonnier le Con¬ 
te de Vaudefmons heritier de ladiéte Duchié de Lor¬ 
raine, a l’adueu 8c faueur du Duc de Bourgongne, 
pour laquelle caufe & affin de rauoir ladi&e Conté de 

Bb ij 


Digitized by c.ooQie 



i $6 Les Chroniqves 

Vaudefmons fut prins pour marque en ladiâre ville de 
Paris vng ieune fils efcollier,nepueu de l’Empereur 
d’Alemaigne. Audit mois de Iuillec fut ordonné vng 
grant confeil eftre tenu en la ville de Senlis entre les 
gens du Roy & ceulx du Duc de Bourgongne, pour 
appointer les differens d’entre eulx. Et y enuoya le 
Roy de fon codé le Conte Dainpmartin qui y fift de 
grans pompes, monfieur le Chancellier, monfieür de 
Craon,monfieur le premier Prefident de Parlement, 
maiftre Guillaume de Serifay Greffier Ciuil d’icelle 
Coujrmaiftre Nicole Bataille Aduocat en ladiéte 
Court,lefquels y feiournetent paf longue efpace de 
temps, & iufquesau iourdemy-Aouft dudit an foi- 
xante 5ctreize,fans aucune ehofe.faire. 

En ce mëfine temps le Duc de Bourgongne niiffcfus 
fonarmee,&s’enala à la Duché de Guerles,pour la 
fubiuguer & mettre, en fes mains. Audit mois d: Aouff, 
le Dimenché huiétiefme d’icelluy:, leRoy eftant;de+ 
dens le Chafteau d’Alençon qui s’en aloit hors d’icel¬ 
luy, aduintque par grant derortune ainfi qu’il yfïoit 
hors du Chafteaii d’icelluy lieu chey defTus/luy;, deffiis 
l’vne de fes mançhés, vue? greffe pierre de faix j dont 
& dequoy il fut en moult grant dangier de là pérfon- 
ne,. duquel dangier Dieu & la Benoîte Vierge Marie. 
& tous les faindi fitfainéfes de Paradis >a U grace.de 
laquelle il «ftoit moult enclin, en fut garenty & hors 
getté. Audit mois d’Aoult le confeil du Roy qui eftoit 
en la bonne ville de Senlis auec les Ambaffadetfrs de 
Bourgongne & Bretaignè, & qui auoiefit feiourné 
longuement^ s’en départirent, & s’en ala & retourné 


Digitized by G.o Me 



dv Roy Loys XI. 197 

chacun en Ton lieu, fans riens faire de la matière pour 
laquelle ilseftoientalez. Et au regard du fait & difpo- 
fition du temps de ladite annee,l’Ellé fut moult chaut, 
& par efpeciaî depuislemois de Iuingiufques au pre¬ 
mier iour deDecembre,&pluschault & ardant que 
oneques n auoit efté veu d’aage d’homme lors viuant, 
6c à celle caufe furent les vins chaulx & ardans, & plu- 
fîeucsd’icëubcdeuindrent aigres & puants, & en fut 
grant quantité de perdus & gettez par les rues, & ne 
ntl point de froit,ne ne gella point qu’il ne full la 
Chandeleur pàlfee.. i' T ; :- 

- En ce temps pource 'qu’il cllait bruit que les' 
Bourguignons tiraient vers Lorraine & Barro is, le 
Roy .y enuoya cinq cens lances foubs la eonduiéle 
de monfeigneur de Craon, qu’il fiftr fomLieutenant 
General, & y enuoya les nobles de 1111e de France, de 
Normendic, & les francs archiers,qui furent logez 
ettdiuersikuxnupaÿsdeChampaigne, & y demou* 
rerentplus de deux moisy&puis s’en retourna chacuh 
enia maifon fans rien faire. : / .. 

Audittemps ledit Bourguignon amena l’Enlperéur ■ 
d’AlemaiJpie iufques à LuxembourgÉt fat ledit Em¬ 
pereur dedés la ville de Mets pour les enhorter de bou¬ 
ter ledit de fiqurgogne.en la*dite.ville,ce qu’ils ne vou- 
lurent pasfakcj^ s’en retourna ledit-Empereur audit 
de Luxébourg,& deillccs; en retourna en A lemaigne. 

. En ce temps ledidb de Bourgongne enuoya à 
Venizcpour cmpruiiter dé l’argent S aux Veniciens, 
& de icclluy argent en’ 1 b uldoyer Ex: cents lances du 
pays-, pour le temps & terme de trois mois, & paf- 

Bb iij 


Di • zed by c.ooQie 



198 . Les Ch'roni'qvss 

ferent par la Duché de Milan .& s’cuvindrentauhault 
pays de Bourgongncaucccju.es les lubicts dudit Duc, 
pour ce qu’ils n’eftoient pas aiTez forts pour greuer 
L’armeedu Roy, qu’il auoitfait loger fur ies marches 
dudit Duc de Bourgongne. 

Audit temps le Roy maria fon afin ce fille,que para- 
uantii auoitpromife.au feu Duc de Calabre, à mon- 
feigneur de Bcaujeu,frcre de monfcigheùrie Duc de 
Bourbon. 

Audit temps les Bourguignons par trahifon & em- 
blee entrèrent au pays de Niuernois, & y prindrent 
des places de monieigricur de Ncucrs, comme la Ro¬ 
che Chaftillon, & aultres. Audit temps feralTemblc- 
rentà Compiengneles AmbafTadeursduRoyyquiau- 
parauant aboient èfté aflemblez à Scnlis > cuidans y 
trouuer 1 * Ambaflàdc de Bourgongne qui auoient pro¬ 
mis y v enir, lefquels y firent longuement attendre lefi- 
dks A mbafTadçurs du Roy, lèfqucUs’cn retournèrent' 
à Paris pource que lefdits B ourguignons ny venoient 
point, & puis encores y retournèrent le mois de Ian- 
uier, & y eftojcntlc quinzicfmeiour dudit mois; 

En ce tèraps fut nouuelies que ledit Duc de Bour¬ 
gongne voyant qu’iln auoit pas puiflance de paracnir 
adeltruirele Royaulmc deTra'nce^ ainil que grant pei¬ 
ne y auoit mis, conlpiira auecqnes vng. nomme mai- 
lire Y thicr marchant, qui aiioic eftéferuiteur de mon- 
feigneur de Guyenne, & auecques vng nommé Iehan 
Hardy feruitwrdaditraaiûteYthiet,qui s’eneftoient 
retirez apreslcdit trefpas diiditde Guyenne deuers le¬ 
dit de Bourgongne, de trouuer moyen de faire mou- 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. i 99 

rir& empoifonner le Roy.De laquelle chofe faire le¬ 
dit Hardy print à iuy la charge, & pour ce faire & ac¬ 
complir luy furent baillez les poifo ns, en Iuy promet¬ 
tant faire moult de biens, & de luy donner cinquante 
mil efeus pour diftribuer à cciluy ou cèulx qui feraient 
ladite execution, & fi fut deliure argent audit Hardy 
pour faire fes defpeüscn la pourfuite. Lequel Hardy 
fol non ayant Dieu deuant les yeulx; &t non voulant 
cognoiftrcque fe ladide execution euft efté accom¬ 
plie, ou Dieu a bien pourueu,tout le tres-noble R oy- 
auime de France eftoit du tout perdu & deftruit, s en 
partit & tira la craie Roy eftoit,& pour mettre là dam¬ 
née entreprife à execution, & non cognoiftànr que le 
Roy l’auoit recueiîly & donne' grant argent, saddref- 
làà vng des feruiteiirs du Roy , ayant la charge en G 
cuifine de faire faulces, & auquel ledit Iehan Hardy 
auoit eu cognoiffance durant que ledit faulcier & Har¬ 
dy auoient efté en i’oftel, & au feruice de mondit fef* 


gneurde Guyenne. Et luy declaira ledit Hardy de fa- 
aide entreprife, en luy promettant vingt mil efeus ou 
cas ou il vouldroit faire & accomplir ladide charge; 
qui luy prefta l’oreille , &dift qu’il n*y pourrait riens 
faire fans le moyen de Colinet queux du Roy, ôc qui 
aufli auoit efté & demouré auecques ledit Hardy & 

Êtulcier en l’oftel dudit fêigneur deGùyenne.Endifànt 

par ledit faulcier à icelluy Hardy qu’il parlerait âüdid 
queux, & y ferait ce qu’il pourrait, en difant oultre 
audit Hardy qu’il luy aeliuraft lefthdes poifons, pour 
les monftrer audit queux. Ét bien toft apres ledit Gui¬ 
der & Colinet, qui de ce auoient parléenfèmble, en 


\ 


Digitized by G.OOQle 



ioo Les Chroniqves 

alerent aduertirle Roy, donc il Fût moult efbafty & e£ 
pouuencé. Et dudit aduertifTement furent lefdiéts 
queux &faulcier moult honnorablement & prouffi- 
tablementguerdonnez du Roy. Et en toute diligence 
fut ledit Ienan Hardy fuiuy, qui’ s’en retournoit de- 
uers Paris, & futprins vers Eftampes & remené de- 
uers le Roy, qui le interroga ou fift interroger fur les 
chofes deflufdiétes, & icelles luyconfcfïà eftre vrayes. 
Pourquoy & affin de y donner ie iugement ordonné 
eftre fait en pareil cas, s’en partit le Roy d’Amboife & 
s’en vint à Chartres, Meulenc, Greil, & aultres lieux 
és marches de Beauuoifin. Et apres luyeftoit mené le¬ 
dit Hardy en vne baffe charrete,ou il eftoit moult bien 
enferré de gros fers, & enchaifné, & le conduifoit 
Iehan Bloffct Efcuyer,Capitaine de cent archi ers de là 
garde de Moiifeigncur le Daulphin,& auoitauecqucs 
luy cinquante défaits archiers, toujours eftans autour 
de ladiéte charrette. Et ainfi accompaigné que dit eft 
fut ledit Hardy enuoyé à Paris, pour eftre deliuré au 
Preuoft des Marchans & Efcheuins de ladiéte ville, & 
y fut mené & y arriua le leudy vingtiefme iour de Ian- 
uier quacre cens foixante , & treize, enuîron l’eure de 
trois heures apres difner, que fine Denis HefTelin, 
Confeillier & maiftre d’oftel du Roy, Preuoft des 
Marchans & Efleu fur le faiét des 'Aydes de ladidbe 
bonne ville, le ala recueillir és faulxbourgs dé la porte 
fàinét Denis d’icelle ville, & auecquesluy eftoient les 
quatre Efcheuins , leClerc & fetgens de i’oftel de la- 
diète ville, & aultres notables habitans d’icellë : & ac- 
compaignoientlefdits Preuoft & Efcheuins auecqucs 


Digitized by ^.ooole 



t>v Roy Loys XI. 101 

Iesarchiersd’icelleville,&:parbelordre.Et fut lediét 
Hardy ainfiaccompaignié que deflus,& aflis fur vne 
haultechairemifeaudedens &au milieu dvne char¬ 
rette , afEn qu’il feuft magnifefté & apperceu par le 
populairç d’icelle ville. 

Aufquels &: affin qu’ils ne feuflent meus de mal fai¬ 
re ou iniurier ledit Hardy, pour l’enormité dudit cas, 
fut deffendu de le mutiller,blafphemer,ne iniurier. 
Et ainfi eftant en ladite charrette que dit eft , fuit 
amené tout au long de la grant rue fainét Denis, & 
defcenduauditholïelde la ville, & deliuré par lediét 
Bloflet es mains & en la garde defdiéts Preuoft des 
Marchans & Efcheuins, aufquels le Roy voulut leur 
attribuer l’honneur d’en auoir la garde, & faire faire 
Ion procez de icelluy mettre à execution. 

Audit temps le Roy eftoit à Creil,fift vng Ediét 
touchant les gens d’armes de Ion Royaulme,par le¬ 
quel il declaira que chafcune lance n’auroit ne ne tien- 
droit que fix cheuaulx. C’eft affauoir la lance trois che¬ 
uaulx, pour luyfonpaige& lecouftillier, & les deux 
archiers deux cheuaulx, & vn cheuai pour le varlet, & 
qu’ils n’auroient plus de panniers à porter leurs har- 
nois:& auecques ce ne feiourneroient que vng iour en 
vng villaige. Et enoultre fut crié que nul marchant ne 
vendift aufdits gens de guerre,ne preftaft aucuns draps 
de foye, ne camelots, fur peine de perdre l’argent que 
lefdits gens de guerre leur pourroient deuoir à caufe 
de ce, & aufli que on ne leur vendift aucun drap de lai¬ 
ne plus de trente-deux fouis parifis l’aulne. 

Audit temps le Roy fift ordonnance fur le faiét de 

Ce 


Digitized by c.ooQle 



toi Les Chroniques 

Tes monnoyes, & ordonna Tes grans blans courir pour 
vnzedeniers tournois, qui parauant nevaloienc que 
dix, les targes vnze deniers tournois qui en valoient 
douze, l’efcu trente fouis trois deniers toijjrnois, & 
ainfi de toutes les aultres efpeces de monnoyes, tout 
fut change. Audit temps enuiron le vingtiefme iour 
delanuier quatre cens fbixante & treize,fut fait ac¬ 
cord & appointement entre le Roy &monfeigneur 
le Conneftable, qui auoitprins &c mis en là main la 
ville de fainâ: Quentin, & en mift hors le (ire de Crc- 
ton, qui y auoit cent lances de par le Roy. Et par ledit 
accord ckmoura ledit Conneftable audit fainâ: Quen¬ 
tin , airifi que auant auoit fait, & luy fut rendu Meaux 
& aultres places, dont il auoit efté defappoinâé, & h 
luy bailla on Commiftàires pour eulx informer de 
ceulxquiauoient parle dudit Conneftable, pour rai- 
fon de ladiâe prinfe de fainâ: Quentin, affin de les pu- 
gnir, & luy fut deliuré l’argent du fouldoy de fes gens 
de guerre, qui empefèhe fut incontinent apres ladiâe 
ville de fainâ: Quentin prife. Audit temps le Roy vint 
des parties d’Amboifè où il eftoit,foy tenir à Senlis, & 
illecques enuiron, & cependant les Ambaflàdeurs du 
Roy & du Duc de Bourgongne qui communiquerait 
fur le faiâ de trouuer entre eulx* appointement de 
paix ou treucs, & fmablement fut ladiâe treuc conti¬ 
nuée iufques à la my-May , en attendant plus ample 
appointement. En ce temps le Roy qui eftoit à Senlis 
s’en vint loger à Ermenonuille en Xanters, apparte¬ 
nant à maiftre Pierre l’Orfeure Confeillier des Com¬ 
ptes , ôc illec y feiourna enuiron vng mois,paidant 


Digitized by c.ooQle 




Dv Roy Loys XI. zo$ 

lequel temps monfeigneur de Bourbon que le Roy 
auoit diuerfes fois mandé venir par deuers luy,yvint 
& arriua & ny demeura que dix ou douze iours, puis • 
s’en retourna en (on pays faire fes Pafquesainfi que le 
Roy luy en donna le congié, auquel il promift incon¬ 
tinent apres Quafimodo s’en retourner & reuenir. ^ 

En ce temps au mois de Mars, le ieudy 3 o. & penul- 
tiefmeiour dudit mois, IehanHardy,empoifonneur 
dont eftparlé deuant,futcondempné par Arreft delà 
Court de Parlemét à eftre trainé depuis l’uys de laCon- 
ciergerie du Palais iufquesàlaporte dudit lieu,& de 
illec bouté en vng tombereau & mené deuant l’ho-r 
ftel de la ville de Paris deflus l’efchauifaulfpour ce illec 
drecié pour y eftre efcattellé,ainfi qu’il fut fait. Et con- 
dempné la tefte eftre mife & demourer deftus vne lan¬ 
ce deuant l’ofteldc ladiéte ville, les quatre membres 
porter en quatre des bonnes villes desextremitez de ce 
Roysiulme.Et à chafcun defHits membres eftre misvne 
epitaphe pour faire fçauoir la caufe pourquoy lefdits 
membres y eftoientmys & pofez.Etoultrecoiidamp- 
né le corps eftre brullé & mis en cendre deuant l’oftd 
de ladiéle ville, toutes les maifons dudit Iehan Hardy 
arrafees & mifes par terre, mefînement le lieu de fa na- 
tiuité gettee par terre, fans iamais y eftre fait édifice, & 
de y mettre epitaphe pour faire fçauoir l’enormité du 
cas dudiél Hardy, & pourquoy eftoitfaide ladiéte 
démolition. Et fut ledit Hardy ainfi exécuté leditiour 
de ieudy és prefences du feigneur de Caucourt Lieute¬ 
nant du Roy,du premier Prefident Boulenger,du Pre- 
uoftdeParis,du Preuolldes Marchans & Efcheuins 

Ce ij 


Digitized by c.oooLe 



io4 Les Chroniques 

de ladide ville,du Procureur & le Clerc d’icelle, & 
plufieursaultres notables perfonnes,& fut baillé au¬ 
dit Hardy pour la conduide de fon ame & confcience, 
vng notable Dodeur en Théologie nommé maiftre 
IehanHuë. Et puis le famedy enfuiuant enuiron mi¬ 
nuit , pourquoy ce fut il n’a point elle fceu, la telle du¬ 
dit Hardy mife au bout d’vne lance, fut ollce de def- 
fus l’efchauffaut ou elle eftoit,mife & gettee en vne ca- 
ue prés d’illec. Ledit iour vint & arriua à Paris vne 
moult belle AmbalTade du Roy d’Arragon, qui fut 
recueillie par monfeigneur le Conte de Pantheure, 
monfeigneurdeGaucourt &aultres,qui bien feltie- 
rentladide AmbalTade en plusieurs lieux de Paris, & 
iufques au iour de Pafques fleuries que on cefla pour la 
fepmaine peneufe qui entra, de les fellier. Et puis vint 
& arriua le Roy à Paris le famedy feiziefme iour d’A- 
uril foixante & quatorze apres Pafques. 

Et le mercredy enfuiuant vingtiefme iour dudit 
mois d’Auril mil quatre cens foixante & quatorze, le 
Roy ordonna que les monllres feulfent faides des of¬ 
ficiers, bourgois, manans &c habitans de ladideville 
de Paris, ce qui fut fait. Et fut ladide monllre faide & 
monllreeaudehors de Paris, depuis la Bafhille làind 
Anthoinc en alant au long des folfez iufques à la tour 
de Billy, & d’illec en bataille iufques à la grange aux 
Mercicrs.Et de l’autre collé aulïi elloient en bataille les 
habitans de ladide ville, qui elloit moult grande &c 
belle choie à veoir. Et ellimoit-on le nombre des ar¬ 
mées de quatre vingts à cent mil hommes, tous d’vnc 
liuree de nocquctons rouges à belles croix blanches,& 


Digitized by c.ooQle 


à 


dv Roy Loys XI. zo $ 

, fut tiré aux champs grant quantité d’artillerie de ladi¬ 
te ville de Paris, qu’il faifoit moult beau veoir. Et à 
veoir ladide monftrey eftoit le Roy &c l’AmbafFade 
duRoyd’Arragon,quitous faifoient grandes admi- 
rationsdelaquantitédesgensdeguerre qu’ils veirent 
yflir hors de ladide ville. Et auecques le Roy eftoit fa 
garde, Tes gentils-hommes de famaifon,le Conte de 
Dampmartin, qui fey trouua moult fort pompeux, 
aufti y eftoient Phclippe môfeigneur de Sauoye Con¬ 
te de BrefTe,monfeigneur du Perche, Sallezart & plu- 
fleursaultres Capitaines, notables hommes & gens de 
nom. Et apres ladide monltre faide le Roy s’en ala au 
boisdeVinciennes foupper,& y mena auecques luy 
ladide Ambafîàded’Arragon,& peu de temps apres 
le Roy donna aux deux feigneurs chefs de ladide Am- 
baftade, deuxhanaps couuertsàperfonnaigestout de 
fin or, quipefoient quarante marcsd’orfin, & coufte- 
rent trois mil deux cens efcus d’or, & puis s’en partit le 
Roy pour s’en retournera Senlis, oùilfejourna depuis 
par certain temps. Pendant lequel temps vint & arriua 
î’Ambafïàde de Bretaigne qui s’en ala deuers le Roy, 
& des Alemaignes aufli arriua à Paris AmbafTade,dont 
eftoit chef le Duc de Bauiere, & auecques ladide Am- 
bafïàde de Bretaigne y vint Phelippe des Eflars fei- 
gneur de Thieux, maiftre d’oftel du Duc de Bretaigne, 
lequelauoit auparauant efté contre le Roy. Et le re¬ 
cueillit tres-bien le Roy & luy donna dix mil efcus,& fi 
le fift maiftre Enquefteur& general Reformateur des 
Eaues & Forefts és marches de Bric & Champaigne, 
que tenoit monfeigneur de Chaftillon, à qui le Roy le 

Ce iij 


Digitized by 


Google 



io 6 Les Chroniques 

ofta pour bailler audit Phelippe des Eftars. 

Audit temps que le Roy cftoit à Senlis, à Ermenon- 
uille & illcc enuiron, y vint & arriua l’Ambaffade de 
Bourgongne qui y demoura aftez longuement fans 
riens taire, & le Roy s’en ala à Compiengne,à Noyon, 
3 c aultres places d’enuiron. Et là le Conneftable vint 
par deuers luy pour aucuns difFerens qui eftoient entre 
le Roy ôc luy, & parlèrent aux champs enfembleen 
vngvillaigenommé où fut fait vng 

pont entre eulx deux, ôc chafcun deux eftoient garnis 
de gens de guerre pour la garde de leurs perfonnes. Et 
illec ainfi aftemblez que dit eft, parlèrent de leurfdits 
difFerens, mefmcment pour raifon de la prinfe ôc rete¬ 
nue que faifoit ledit Conneftable de la ville de fàinâ; 
Quentin, qu’il auoit prife ôc mife en là main, ôc en dc- 
chafsé Ôc bouté dehors le lire de Creton,qui auoit la 
garde d’icelle ville de par le Roy, & la retenue de cent 
lances, qui tous parla force ôc contrainte dudit Con- 
neftable vuiderent dehors de ladiefte ville, dont le Roy 
fut bien mal content. 

Et pour cefte caufc le Roy fift arrefter les deniers & 
defeharges qui auoient efte leuees pour le paiement 
dudit Conneftable Ôc des quatre cens lances de là char¬ 
ge ôc retenue, pour le quartier d’Auril, May Ôc Iuing, 
lorsefeheu, qu’ilprintledit faindt Quentin. Et apres 
ledit pourparlé enfemble, le Roy leua fa main dudit 
Arreft ôc fift tout le payement deliurer audit monfei- 
gneur le Conneftable, ôc puisfe départirent d’enfem- 
blebons amis, & fi fift illec la paix duditfeigneurôc 
du Conte de Dampmartin, qui rien ne s’entredeman- 


Digiti )y 


Google 


DV Roy Loys XI. 107 

doient. Et audit partcmcnt le Roy pardonna tout au¬ 
dit monfeigneur le Conncftable,qui luy promift & 
iurade non luy faire iamais aultres faultes,mais que 
bien le feruiroit de là en auant alencontre de tout le 
monde, làns nul en excepter. En icelluy'temps le Roy 
s’en retourna à‘Sentis, Ermenonuille, Ponts fainéte 
Maixance & aultres lieux, & fouuent & prefque tous 
les ioursaloit le Roy en l’Abbaye de la Viétoirc, prier 
&: aourer la Benoifte Vierge Marie, illec requife, à 
l’honneur & louange de laquelle il fift faire audiét 
Prieuré de biens grans dons en or content , qui bien 
montèrent dix mil efcus d’or. 

Audit temps lé Rôy ayant en finguliere rccomman- * 
dation fon populaire & gens de guerre, & pour elche- 
uer eftufion de fang par guerre, nft vne treue auecques 
fon ennemy ôc aduerfaire leDuc de Bourgongne pour 
vngan, finiftant le premier iour d’Aurilmil quatre cés 
foixante & quinze, combien que plusieurs Ambaiïà- 
dcs feuftent venues par dcuers luy de par l’Empereur 
d’Alcmaigneluy humblement prier & requérir qu’il 
ne feift point ladiéle treue auecques ledit de Bourgon- 
gne.Etque par port d’armes ils le rendr oient fugitif & 
en la mercy du Roy, &: que toute la conquefte & prou- 
lit qu’ils pourraient faire & auoir fur ledit de Bour¬ 
gongne, ils promettoient le bailler & donnerau Roy 
làns riens luy coufter du lien : mais nonobftant ce que 
dit eft,fut ladiéte treue fai été &. accordée auecques le¬ 
dit de Bourgongne à la grant defplaifance des tref- 
bons &loyaulx fubicéts du Roy. Et nonobftant la¬ 
dite treue & au commencement d’icelle lefdits Bour- 


Digitized by ^.ooole 



zo8 Les Chroniques 

guignons firent de grans oultraiges & dommages aux 
pays & fubieéts du Roy,eftans alentour defdits Bour¬ 
guignons, dont aucune réparation ne fut faiéte par 
iceulx Bourguignons, laquelle chofe demeura en 
grant efclandre de veoir le valfal du Roy ainfi oultrai- 
ger les pays & fubieéts de fon louuerain feigneur. 

Au commencement du moys de Iuillet mil quatre 
cens foixante & quatorze, le Roy vint & arriua en là 
bonne ville & cité de Paris, ou il ne feiourna qu’vne 
nuit,& le lendemain s’en ala à l’Eglife NoitreDame, & 
de là en la làinéte Chappelie du Palais, &dilna en la 
Côcicrgerie dudit Palais au logis Sc domicilie de mai- 
lire Iehan de Ladriefche Preliaent dés Coptes, & illec 
enuiron quatre heures apres midy s’en partit, & ala en 
vng bateau par la riuiere depuis la pointe dudit Palais 
iufques à la tour de Nefle, où il monta à cheual & s’en 
ala à Chartres, à Amboife, & delà àNollre Dame de 
Behuart en Poiébou. 

Audit an le Roy enuoya grand nombre de gens d’ar¬ 
mes de fon ordonnance, des francs archiers & aultres, 
& de fon artillerie pour reconquérir le Royaulme 
d’Arragon,dont on difoit que Dieu leur donnait gr⬠
ce de y bien befongner & de retourner ioyeufement, 
car on dit communément que c’eft le cymetiere aux 
François. 

Audit temps le ieudy dixhuiétielme iour dudit mois 
de Iuillet foixante & quatorze, l’A rrelt futprononcié 
en la Court de Parlement par monfeigneur le Chan¬ 
celier nommé maiftre Pierre Doriolle, du procès fait 
alencontredudit d’Alençon, qui parauant auoit ellé 

deten u 


Digitized by c.ooQle 



dv- Roy Loys XI. z 09 

détenu prifonnier au Louure 6c audit Palais, &par 
icelluy Arreft fut ramené a fait les cas 6c crifmes à luy 
impofez, 6c la condampnation jadis contre luy pro¬ 
noncées Vendofme du temps du Roy Charles, dont 
Dieu ait famé. Et le pardon 6c grâce que de ce luy a- 
uoit depuis fait le Roy de luy laiffer la vie faulue, 6c 
que depuis il auoitencores continué de mal en pis co¬ 
rne ingrat. Et tout dit 6c recité publiquement en icelle 
Court, Rit ledit d’Alençon declaire par Arreft eftre 
criminel de crifme de leze Majefté, 6c comme tel con- 
dampné a eftre décapité 6c fouffrir mort. Sauf fur ce 
le bon plaiEr du Roy. Et toutes fes terres 6c feigncu¬ 
ries, 6c tous fes biens eftre acquifes 6c confifquees au 
Roy. Et luy fut le diétum dudit Arreft dit à là perfon- 
ne par mondit feigneur le Chancelier, 6c bien toft a-* 
près fut ramené prifonnier en là première prifon du¬ 
dit Louure , en la garde 6c conduire de Ere Denis 
Heflèlin Efleu de Paris, & de fes gens pour luy, de Ere 
Iacques Heftelin fon frere Efcuier de Efcurie du Roy, 
6c de Ere Iehan de Harlay Cheualier du guet de nuit 
de ladiéte ville, & autres ordonnez de par le Roy à la 
garde dudit feigneur. Apres ledit Arreft le Roy s’crij 
tira à Angiers 6c au pais d’enuirpn, 6c fift mettre en fa 
main ladiéte ville d’Angiers 6c aultres terres 6c fei- 
gneuries qui eftoient 6c appartenoient au Roy de Cé¬ 
cile pour aucunes caufcs qui ad ce le meurent: Etau 
gouuernement 6c adminiftration defdiétes feigneu- 
ries & terres y fiitmis & commis maiftre Guillaume 
de Cerifay Greffier ciuil de la Court de Parlement. Et 
apres le Roy retourna par deuers le pais deBeauffe à 

Dd 


Digitized by G. ooq le 



no Les Chroniqv^s 

Chartres & en Gallinois, au bois de Maiez-herbes & 
aultres lieux voifins où il fejourna par certaine lon¬ 
gue efpace de temps, en chalfant & prenant belles 
iàuuaiges, comme cerfs, fangliers, & aultres belles 
dont il trouua largement. Et pour raifon delagrant 
quantité' des belles qui y furent trouueesayma fort 
ledit pays. Combien que en aultres chofes il ell mai¬ 
gre pays fec inutile & depetite valeur,& puis s’en par¬ 
tit le Roy, &: s’en alla au Pont de Chamoys ou aulliil 
demoura par certain temps & iufques au jeudy fixief- 
me iour d’O&obre audit an feptante quatre qu’il s’en 
partit, & ala iüfques à Montereau au fouit Dyonne. 
Et audit Pont de Chamois demoura mondit feigneur 
de Beauj eu, par deuers lequel s’en aloient par chafcun 
iour les gens du grant Confeil en l’abfence du Roy. 
En ce temps le Duc de Bourgongne qui s’en elloit 
party de fes pays pour aler faire guerre aux Alemans, 
ala en Alemaigne tenir & mettre le hege deuant la vil¬ 
le de Nuz, qui ell vne bonne ville près de Coulongne 
lurleRin, oùiifejourna bien longuement tenant le 
fiegeillec deuantauecques toute fon armee & artille¬ 
rie. Audit temps furent enuoyez en Bretaigne Am- 
balfadeurs de par le Roy; c’ell alfauoir Monfeigneur 
le Chancellier Phelippe des Elïàrs & aultres. Et au re¬ 
tour de ladidle Ambadade reuint & retourna dudi£fc 
Bretaigne MeÙire Pierre de Moruilliet jadis Chan¬ 
celier , qui s’en elloit aie auec feu Monfeigneur de 
Guyenne, &c depuis fon trelpas s’en elloit retrait! au¬ 
dit pais de Bretaigne. En ce temps les genstenans le 
party dudit de Bourgongne, nonobllant ladite tre- 


Digitized by G.OOQle 


dv Roy Loys XI. zn 

uc prindrent la cité de Verdun en Lorraine, dont le N 
Roy eftoit feigneur & gardien. Et pour la rauoir le 
Roy enuoya trois cens lances & quatre mil francs ar- 
chiers qui eftoient accornpaigneez du feigneur de 
Craon & aultreL Audit temps aufïi lefdits Bourgun 
gnons prindrent par emblee vne ville au pais deNi- 
uernois nommee Molins en Cibers ou pareillement 
le Roy enuoya des gens de guerre & de ion artillerie.! 
Et ne différa point ledit de Bourgongne que par fes 
pais & defonpartynonobftant icelle treue detouf- 
jours faire maulx & perfecuter les gens feruiteurs,vil¬ 
les & fugeéts du Roy. 

En icelluy temps Edouart Roy d’Angleterre en¬ 
uoya fes Heraulx par deuers le Roy le fommer de luy 
rendre & bailler les Duchez de Guienne & de Nor- 
mendie qu’il difoità luy appartenir,ou que en fon ref- 
fus il luy feroit guerre, aulquels Heraulx fut faiéte &> 
rendue refponce. Et par iceulx .le R oy enuoya audit 
Edouart le plus beau courcier qu’il eut en fonefeurie, 
& depuis ce le Roy luy enuoya encores par Iehan de 
Laiflier Marefchal de fes logis, vn afne, vng loup, & 
vng fànglier, & a tant s’en retournèrent lefdits He¬ 
raulx en leurdiél pays par deuers leur Roy. Au mois de 
Nouembre le Roy vint par deuers Paris, & fut logé à 
Ablon fur. Seine,depuis au bois de Vinciennes,à Hau- 
beruillier & aultres lieux, & puis d’illec fe dcfloga & 
ala en la France foy loger en vng hoffel appartenante 
maiftre Dreux Bude Audiencier, nommé le Bois le 
Conte, & meffeigneurs de Lyon, deBeaiijeu, & aul¬ 
tres feigneursfuiuans le Roy fe logèrent à Midtry en 


Digitized by jOOQle 



ziz Les Chroniq^ves 

France. Et puis fedefloga le Roy & ala auec les fei- 
gneurs deuant dits à Chafteau Thierry, où il demoura 
certaineefpacede temps,& iufques enuiron le dou- 
ziefmeiourde Décembre qui! retourna à Paris & y 
fift fon Noel,& fut le Roy aü ferüice la veille de Noël 
en l’Eglife Noftte Dame de Paris. Le landemain de 
Noël qui eftoit le iour fainéb E(tienne, le Roy eut des 
nûuuelles que les Anglois eftoient alarmes en grant 
nombre fur mer, &cTfcoient vers les parties du mont 
faindt Michiel. Et incontinant fift monter àcheual & 
enuoyer en Normendie les Archiers par luy mis (us de 
fa nouuelle garde, nommee la garde de monfieur 
le Daulphin. 

En ce temps le Roy eut des nouuelles de fon armee 
qu’il auoit enuoyee en Arragon , & comment fes 
gens auoient prins vne place prés de Parpignan nom¬ 
mee Gonne, dedens laquelle y cftoient aucuns Gen¬ 
tils-hommes & habitans d’icelle ville de Parpignan 

3 uc on voulut faire mourir comme traiftres, mais on 
iffera pour ce qu’ils promirent dedens vng temps 
qu’ils nommèrent, de faire réduire & mettre enl’o- 
beyflànce du Roy ladidte ville de Parpignan, laquelle 
chofè ils ne firent point dedens le temps qu’ils auoient 
promis,parquoy en furent aucuns d’culx décapitez. 
Et entre les aultres y eut vng nommé Bernard de Do- 
uis , qui cuit le col couppé. Et bien toit apres fut fait 
appointeraient entre le Roy & lefdits d’Arragon, par 
lequel la Conréde Rouflillon fut de rechiéf remife en 
la main du Roy. 

Au mois de Ianuier foixante ôcquatorze,aduint 


Digitized by v. >Qle 



d v*R.0 y Loys XI. iij 

queaulcunsdarrons Bourguignons lànl maiftte.nc 
adueu, fe mirent furies champs 6c vindrent courir es 
pays du Roy &iufques prés de Compiengne, où ils 
prindrent éc tuerent gens', & puis voulurent ediffier 
vne place pour culx retraire prés deRoye., .nommee 
Arfon, où ils amenèrent grant quantité de pionniers. 
Et quant le Roy en eut ouy les nouuelles il manda aux 
garnifons d’Amiens, B eauuais,& aultre$ lieux,àuec 
la compaignie du grant maiftre, & aufli des Arbaie- 
ftriers & Archiers de Paris 6c aùltres de ladiéte ville, 
que meflire Robert Deftouteuille Preuoft de Paris 
conduifoit, qu’ils allaient deftruire lefdits Bourgui¬ 
gnons 6c place , mais incontinent qu’ils en oyrent la 
nouuelleilsdefemparerent tout, 6c s’enfuirent com¬ 
me paillars qu’ils eftoient. 

Audit mois de Ianuier quatre cens foixante 6c qua¬ 
torze, aduint que vng franc archier de Meudon prés 
Paris,eftoit prifonnierés prifons de Chaftellet,pour 
occalion de plufieurs larrecins qu’il auoit faidrs en di- 
uers lieux, & mefmcmcnt en l’Eglife dudit Meudo. Et 
pour lefdits cas 6c comme facrilege, fut condempnéà 
eftre pendu 6c eftranglé au gibet de Paris nommé 
Montfaulcon,dontilappella en la Court de Parle¬ 
ment, où il fut mené pour difeuter de fon appel: par 
laquelle Court & parfonArreft fut ledit franc archier 
declairé auoirmal appellé & bieniugié par le Preuoft 
de PariSjpardeucrs lequel fut renuoyé pour exécuter 
là fentence. Et ce melme iour fut rcmonftréauRoy 
par les Médecins 6c Chirurgies de ladite ville queplu- 
fteurs 6c diuerfes perfonnes eftoient fort trauaillez 8c 

Dd iij 


Digitized by 


Google 



Ü4 Les Chroniques 

-moleftez de la pierre, colicque, paffion , Ôc maladie 
du cofté, dont pareillement auoit efté fort molefté le¬ 
dit franc archier. Et auffi defdides maladies eftoit lors 
fort malade monfteurdü Bocaige, & qu’il feroit fort 
requis de veoir les lieux ou lefdites maladies font con- 
crees dedens les corps humains, laquelle chofe ne po- 
uoit mieulx eftrefceuë que incifer le corps d’vng hom¬ 
me viuant, ce qui pouuoit bien eftre fait ënla perfon- 
ne d’icelluy franc archier, que auffi bien eftoit preft de 
fouftr ir mort, laquelle ouuerture & inciftonfut faide 
au corps dudit franc archier, & dedens icelluy quis & 
regardé le lieu defdides maladies. Et apres qu’ils eu¬ 
rent efté veuës fut recoufu, & fes entrailles remifes de¬ 


dens. Et fut par l’ordonnance du Roy fait tres'-bien 
penfer, & tellement que dedens quinze ioursapres il 
fut bien guery,& eut remiffion de fes cas fans defpens, 
& fi luy fut donné auecques ce argent. 

En ce temps le vingc-huidiefme iour dudid mois 
de Ianuier, le Roy ayant finguliere affedion aux 
fainds faits & grans vertus de faind Charlemaigne, 
voulut & ordonna que ledit vingt-huidiefme iour 
feuftfaide & folempnifee la fefte dudit faind Charle¬ 
maigne , laquelle chofe fut faide & folempnifee en la 
ville de Paris, & ladidefefte gardee comme le Dimen- 
che, & ordonné que d’orefenauant par chafçun an la¬ 
dide fefte feroit raide ledit vingt-hüidiefme iour de 
Ianuier. Au mois de Feburier enfuiuantfurcntles Ale- 


mans dedens la ville de Nux auitaillez par cculx de la 
ville de Coulongne fur le Rin, & aultrcs Alemajisde 
ia partie de fEmpereur d’Alemaigne,nonobftant le 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. ziy 

Duc de Bourgongne qui pafsé a long temps eftoit de- 
mouré tenant le nege deuant la ville deNux, & qui 
auoitfait arriuer plulieurs nauires pour cuider empef 
cher que ledit auitaillement ne vint en iéelle ville, mais 
nonobftant toute là puiflance& armée vint & en tra 
ledit auitaillement en ladite ville. Et furent toutes les 
nauires dudit Duc rompues &mifes en pièces dedens 
la riuiere du Rin, & mors plus de fix à fept mil Bour¬ 
guignons eftans dedens icculxnauires. Etauparauant 
auoient eu & fouftert lefdits Bourguignons de grans 
p ertes & maulx par lefdits de Nux. 

A u mois de Mars enfuiuan t pour ce que lefdits Bour¬ 
guignons des parties de Flandres, Picardie, & aulïi de 
ceuîx eftans par ledit Duc de Bourgongne logez à 
Roye,Peronne,Mondidier & aultres places tenans 
(on party,eftoient venus courir es pays &c fur les fub- 
jc<fts du Roy. Et en iceulx prins plulieurs prifonniers, 
viures & biens, ôc menez en leurs places contre la tre- 
ue faiéte entre le Roy & lüy, fc mirent aux champs 
plulieurs des compaignics de l’ordonnance du Roy 
eftans és garnifons d’Amiens, Bcauuais, faindt Quen¬ 
tin , ôc aultres lieux, iufquesau nômbrede quatre cens 
lances, & aultres populaires'qui pareillement alerent 
courir fur lefdits Bourguignons, ôc iufques dedens les 
faulxbourgs d’Arras, où ils couchèrent vne nuit entiè¬ 
re. Etillecau moyen de certaine grande quantité de 
vents, Ecaulx & aultres oftils,dont les gens du Roy 
auoient mené grant nombre auec eulx en charrettes & 
chariots, fut patu tout le grain eftant & trouué és 
granches dudit pays de Bourgongne & Picardie. Et 


Digitized by 


Google 



ti 6 Les Chroniques 

icelluy befta.il , gens prifonniers,& vtencilles/ait ame¬ 
ner & conduire par Sallezart & aukres Capitaines de- 
dens lefdites villes d’Amiens & Beauuais. Durant le 
temps le Roy ne bouga de Paris,& y fift Ton Karefme, 
faifant grant chiere, & fi trouua fain & bien difpofe" 
comme il difoic. 

Audit temps de Mars , ajduint à Paris que vng 
ieune fils de Brigandinier, qui auoit cfté nourry 
en partie par vng poiftonnier d’eauë doulce de la- 
diète ville nommé Iehan Penfart, meu de maul- 
uais couraige & trahifon, fçaichant que ledit Penfart 
auoit grarlt argent qui eftoit venu &yfiy de la vente 
du poiffon qu’il auoit vendu durant le Karefme, & 
dont il deuoit la plus part à plufieurs Seigneurs & aul- 
tres notables hommes qui luyauoient vendu lepoif- 
fon de la pefehede leurs eftangs.Et lequel argent ledit 
brigandinier auoit veu,& le lieu ou icelluy Penfart le 
mettoit,vint & entra denuit en l’hoftel dudit Pen- 
fàrt, & apres la minuit paflee vint oüurir luys dudit 
Penfart à tout trois Efcoffois qu’il auoit illec fait ve¬ 
nir pour auoir ledit argent & aefrober ledit Penfart, 
dontl’vngdefquels Efcofîbis eftoit nomme" Mer,dit 
Lefcuier, & l’vn des aultresThomas le Clerc,lefquels 
Efcofïbis par le moyen dudit brigandinier crochetè¬ 
rent, prindrent & emportèrent ledit argent montant 
en fomme deux mil cinq cens liures tournois. Et pour 
lequel recouurer fut fait bien grant diligence, telle¬ 
ment que ledit iour dudit defrobement fut ledit bri- 
gandinicrtrouué tenant franchife aux Carmes dela- 
diéte ville de Paris, duquel lieu il fut tiré hors &ap- 


Digitized by LaOOQle 


Dv Rot Loys XI. '^7 

porte a^Chaftellct de Paris, pource qu’au moyen des 
fers dont ileftoit enferré il ne pouoit alcr. Et illec ii 
confeflaquelefdits Efeoftois auoient eu toux ledit ar¬ 
gent, pourquoy fut fait grant diligence de iereoou- 
urer, St euft elle ledit Mortemer prins & fait amener 
audit Chaftellct, par l’ordonnance de Maiftre Pheli- 
pes du Fource, n’euflènt elle deuxaultres Efeoftois de 
la garde du Roy qui vouldrent tuer ledit maiftre Phe- 
lippcs St fes fergens, & fiftefèhapper ledit Mortemer. 
Et depuis ledit Thomas le Clerc trouué tenant fran- 
chifcdcdens làin&e Katherine du Val des Efcolfters, 
qui illec fut prins à-grant port d armes qu’il fift contre 
les gens dudit monieigneur le Prcuoft de Paris, dont 
il bleffa pluheurs, & ilafîn apres qu’il euft reccu plu- 
fieurs playes fut amené efHi&es priions, ou il confedà 
ledit larredn, à caufe dequoy fut rendue partie de ladi¬ 
te fomme qu’il auoit muflee prés de ùinâ Eftienne 
des Grez, Et pour ledit cas & aultres, par mondit fei- 
gneur le Prcuoft de Paris, eu fur ce oppinion & deli» 
berationde faiges,fut condcmpné a eftre pendu 
eftranglé au gibet de Paris, dont il appella. Et depuis 
fut ledit appel vuidé par la Court de Parlement, & 
xenuoyé audit monfeigneur le Prcuoft pour exécuter 
ûfentenee, laquelle mtmife à execution lcleudy fei- 
sriefme jour dudit mois de Mars l’an foixante Sc qua¬ 
torze, pour vcoir laquelle gent furent iufques audiét 
gibet lire Denis Helfelin,maiftre Ichande Ruel,com¬ 
me commis par maiftre Pierre de Ladehors à l’exerci¬ 
ce de l’office de Lieutenant Criminel,pour occalion 
dclamaladie dudit dé Ladehors. 

Ec 


Digitized by LaOOQle 


zi8 Les Chroniques 

Audit temps fut la ville de Parpignan mife redui- 
:£teenl’obeylTance du Rôy,& s’en alerent ceulx de 
dedens qui s’en voulurent aler, eulx & leurs .biens 
faufs,fors que l’artillerie qui dedens eftoit,qui dé¬ 
molira au Roy, laquelle eftoit moult belle & de grant 
valeur. . 

Le feptiefme iour du mois d’Apuril l’an mil quatre 
• cens foixantc & quinze fut publiée à Paris l’alliance 
d’entre l’Empereur & le Roy, & de l’ordonnance du 
Roy fut enuoyé publier deuant le logis de monfieur 
duMayne, Duc deCalabre & l’AmbafïàdedeBretai- 
gne, qui eftoit en ladi&e ville, & apres par les carre¬ 
fours d’icelle ville. Audit mois d’Apuril vint par de- 
uers le Roy deux Ambaffades, l’vne de Fleurance & 
•l’autre de l’Empereur d’Alemaigne, qui furent moult 
honnorablemcntreceuz & feftiez,tant du Roy que 
des auitres feigneurs d’antour luy. Audit mois de May 
le Roy fepartitde Paris pour aler à Vernon fur Seine, 
auquel lieu l’attendoient monfieur l’Admirai,& les 
auitres Capitaines, pour conclure de la guerre, & ce 
qui eftoit à faire pour la treue qui faillôit le dernier 
iour dudit: mois d’Apuril, & puis s’en retourna à Paris, 
od il arriua le vendredy quatorzième iour dudit mois. 
Et le lundy vingt-einquiefmeiour dudit mois d’Apuril 
s’ènpartit le Roy pour aler à Pons fainéle Maixance, 
pour illec préparer de fon armee, & en emmena pour 
le conduire & eftre autour de luy auecques lesGentils- 
hommes, fa garde & officiers de fon hoftel, huit cens 
lances fournies, & y fut mené & conduire grant 
quantité' d’artillerie, groffe & menue, entre lefquelles 


Digitized by 


Google 


dv Roy Loys XI. 

y auoit cinq bombardes ,dot les quatre auoient nom: 
c’eft afïauoir l’vne Londres, l’autre Brebant,& la tier¬ 
ce Bourg en Breffe, & la quarte fainétOrner.Etoul- 
tre & par dcfïiis la compaignie defdits de la garde Ef. 
coffoife & Françoife, & aultres Gentils-hommes & 
Officiers de l’oftel y fut & y ala grande compaignie 
des nobles & francs archiersde France & Normen- 
die, & pourrauitaillement de l’oft y furent enuoyez 
viures de toutes pars. 

Et le lundy premier iour de May le Roy fe partit de 
l’Abbaye de la Vi<5toire ou il effoit, pour aller audit 
Pons faindte Maixance pour faire fesapprouches, & 
ordonner de la guerre en ce qui eftoit aflàire fur les 
Bourguignons, & fut enuoye dcuantie Tronquoy &: 
Mondicuer. Et le mardy deuxiefme de May vint & ar- 
riuaàParismonfieur de Lyor^jui venoit de deuers le 
Roy, lequel fut eftably Lieutenant du Roy au Con- 
feil de Parisl Et le mercredy troifiefme iour dudit mois 
fefte de fàin&e Croix fut faidfce vne moult bellcpro- 
celïion generale audit lieu de Paris de toutes les Egli- 
fes. En laquelle faifànt furent tous lespetits enfansde 
Paris, chacun tenant vng cierge, & rut aie quérir le 
fainft Innocent &portéànoftre Dame. Et en ladi<5te 
proceflion eftoient monfieur dé Lyon, monfieur le 
Chancellier de Coftc luy,& apres aloient monfieur de 
Gaucourt Lieutenant du Roy à Paris, les Preuoft des 
Marchans & Efcheuinsde ladi£te ville, les Prefidens 
& Confeillers de Parlement, Chambre des Comptes, 
& aultres officiers d’icelle ville. Et apres le populaire 
aloient en grant & merueilleux nomlbre, que on efti-» 

Ee ij 


Digitized by c.ooQie 



tio Les Chroniques 

moit à ccnt mil pcrfonnes ou mieux, & fut porte' ledit: 
fainft Innocent en ladiéte proceflion par moniteur le 
premier Prefident, & par Nanterre Prefident en ladi¬ 
te Court de Parlement, & le Prefident des Comptes 
de Ladriefche, & le Preuoil des Marchans. Et pour 
conduire & mettre ordre en ladi&e proceflion y e- 
floicnt lcs archiers de la ville,& aultresgens ordonnez 
pour garderde faire bruit & noîfe en icelle proceflion. 
Et le mardy fécond iour de May audit an, le Roy qui 
auoitenuoyéfommcr les Bourguignons tenans ledit 
Tronquoy furent d’iceulx Bourguignôs tue ceulx qui 
clloient alez faire ladiéle fommation. Et pour celle 
caufe fill tirer fon artillerie contre ledit lieu du Tron¬ 
quoy , tellement qucledit tour à cinq heures apres mi- 
dyy fut lmrèl’aflàult fort & àfpre, &c fut emporté la¬ 
dite place d’aflàult,furent tuez & pendus tous 
ceulx qui furent tramiez dedens, fàuf fie referué vng 
nommé Motin dcGaulers, que le Roy fîft fàmicr, & 
fi le fift EfleudeParis cxtraordinairc.Maisauant qu’ils 
fuflent prins firent grant refiftence iceulx Bourgui¬ 
gnons contre les gens du Roy, & cuerent audit aflàult 
le Capitaine de Ponthoife, qu’on difoit dire vaillant 
homme, & aultresgens de guerre & francs archiers, 
& puis futlcditheuahatu& demoly. Et ledit iour de 
fàinébcCroixs’enalal’armce du Roy mettre le fiege 
deuant Mondidier, pourcc qu’ils furent rdïufans 
d’eulx rendreau Roy. Etlevendredy cinquiefmeiour 
dudit mois d’Apuril audit an fut mife & redui<5lc en la 
main du R oy ladiéte ville de Mondidier, & s’en alè¬ 
sent ceulx de dedens leurs vies iâui lies ,ôc lai fier en t 


Digitized by Google 



dv Roy Loys XI. zi i 

tous leurs biens, & puis fut toute ladiéie ville abatuë. 

Le famedy cnfuiuant fixiefmeiour de May fut pa¬ 
reillement rendue la ville de Roye,& s’en alerent les 
Bourguignons de dcdens, vies 8c bagues fàulucs, & 
puis fut aufli rendu le Chafteau de Moreul, pareille¬ 
ment que ceulx de Royc. Et en faifant telles execu¬ 
tions que dit eft fur ledit de Bourgongne 8c fonpays 
par larmee du Roy qui eftoit fi noble , telle 8c fi 
bellecompaignie& artillerie, que là où elle euft efté 
menee y auoit gens affez pour en brief temps prendre 
8c mettre en la main du Roy toutes les villes & places 
de Bourgongne,tant Flandres, Picardie,queaultres 
lieux, car tout fùyoit deuant iceulx. Et pour rompre 
icelle armee fut le Roy aduerty par aucuns, & mefme- 
ment de par monfieur le Conneftable, que befoing 
luy eftoit de garder fà Duchié de Normendic, pour les 
Anglois que on luy difoit qu’il y deuoit defeendre : & 
fi luy fut ait parmondit feigneur le Conneftable, au 
moins fut mandé ou efeript qu’il fift hardiment ledit 
voyaige en Normendie, 8c qu’il ne fe fouciaft point 
d’ A bbeuiile 8c Peronne, & que cependant qu’il y roit 
les feroit réduire en fà main. Et le Roy croyât ces cho¬ 
ies s’en ala audit pays de Nonnendie, & là mena auec- 
ques luy monfieur T Amiral & cinq cens lances, auec 
les nobles & francs archiers, &àcefte caufefe départit 
l’armee 8c s’en ala chafcun en fon logis. Et puis quant 
leRoyfutenNormendie trouua qu’il n eftoit milles 
nouuellcs defdits Anglois, & ala à Harfleu, Dieppe, 
Caudebet de autres places. Et cependant ne fe lift riens 
àrauamageduRoy,mai$ au contraire au moyen de 

E e iij 


Digitized by c.ooQle 



ni Les Chroniques 

ladite alce en Normendie firent lefdits Bourguignos 
de grans maulx aux fubieéts & pays du Roy, qui y cu¬ 
rent degranspertes,&puiss’cn vint le Roy a noftrc 
Dame Defcouys, en vng hoftel prés d’iilec nomme 
Gaillart-Bois, appartenant à Colon Lieutenant de 
monficur l’Amiral, oùil fe tint par aucun temps, du¬ 
rant lequel eut nouueiles de monfieur le Conneftablc, 
de la venue & defeenduequefaifoient lefdits Anglois 
à Calais.Et autfi que monait feigneur de Bourgongne 
s’eftoitleuédedeuantNux,dont il dilbit qu’il auoit 
la pofiefïion,& fait fon appointement auecqucs l’Em¬ 
pereur. Lequel Empereur auec ledit de Bourgongne 
s’en venoit Faire faire guerre au Roy, defquelles chofes 
n’eftoit rien, & fu.ft trouué tout le contraire eftre vray. 

Durant ces chofcs fut prins vng Hérault d’Angle¬ 
terre nommé Scales,qui auoit plufieurs lettres qu’on 
eferipuoit de par le Roy Edouar t à diuerfes perfo nncs, 
lefquelles lettres le Roy vift, &c diét & certifia au Roy 
ledit Scales, que les Anglois eftoient defeendus à Ca¬ 
lais,& que le Roy Edouart y deuoit eftre le vingt-deu- 
xiefme iour de ce prefent mois de Iuing, à tout douze 
ou treize mil comoatans. Et fi luy certifia oultrc que 
ledit de Bourgongne auoit fait fon accord auec lediét 
Empereur, & eftoit retourné à Brucelles,dont de tout 
iln’eftoit rien. Audit lieu Defcouys futaufti le Roy 
aduerty que môndit feigneur le Conneftable auoit 
enuoyé à monfieur de Bourbon fon feellé, pour Xu- 
borner & tant faire,que mondit feigneur de Bourbon 
voulfift deuenir & eftre contre le Roy, & de foy alier 
auecquesleditDuc de Bourgongne, de toutes lefquel- 


Digitizé )y C.ooQle 



dv Roy Loys XI. 113 

les chofes le Roy fut moult merueillé. Et incontinent 
par plufieurs & diuers méfiaiges,fut mande'par le Roy 
monditfeigneur de Bourbon venir à luy, & en la fin 
l’enuoya quérir par moniteur l’Eucfque de Mande, 
par lequel ledit feigneur de Bourbon auoit enuoye'au 
Roy lefeellé dudit monficur le Conneftable, des cho¬ 
fes deuant di&es. 

Audit temps le Roy eut nouuelles de mondit fei¬ 
gneur de Bourbon comment les gentils-hommes de 
les pays, frâcs-archiers & aultres que mondit feigneur 
auoit enuoyez faire guerre pour le Roy à la Duchiéde 
Bourgongne, par laquelle guerre le Roy auoit com¬ 
mis mondit feigneur a fon Lieutenant general qu’ils 
auoient trouué lefdiéfs Bourguignons a Guy près de 
Chafteauchinon,& illec chargèrent fur iceux, lefquels 
ils defeonfirent & y en eut de prins, de mors & s’en 
fuyrent grant quantité, entre lefquels Bourguignons 
y fut défiait deux cens lances de Lombardie,' dont la 
plus part y moururent, & fi y mourut le feigneur de 
Couches & aultres feigneurs. Et y furent prins delà 
Comté de Roufii Marefchai de Bourgongne, le (ire 
de Longy, le Bailly d’Auxerre, le lire de Lille, l’Enfci- 
gne du feigneur de Beauchamp, le fils du Comte de 
lainéb Martin, Mefiire Loys de Montmartin, Mefliré 
Iehan de Digoigne, le feigneur de Rugny, le feigneur 
deChaligny , les deux fils de monfieur de Viteaulx, 
dont l’vn eftoit Comte deloigny, & aultres, & fut la¬ 
dite deftroufte ainfi faite lemardy xx. iour delüing. 

Audit mois de Iuingnonobftant les lettres ainfien- 
uoyees par mondit feigneur le Conneftable au Roy, 


Digitized by c.ooQie 



tt4 Les Chroniques 

leRoyeucnouuelles de l’Empereur qu’il auoic fait re- 
frefchirceulxdeladi&e ville de Nux, & d’icelle au oit 
mis hors cous lesnaurez & malades, & les auoitaui- 
taillez pour vn an entier, &c mis gens tous nouueaulx, 
& partant mift ledit de Bourgongne à ù. croix de par- 
dieu, & que auecques ceauoit gaignee grant quantité 
de fon artillerie, fa vaiiTelle d’argent & aultrès bagues. 
Audit temps de Iuingle mardy xxvij. monfieur l’Ad- 
miral & cculx de fa côpaignie qui auoient efté ordon¬ 
nez de par le Roy à faire le gaft en Picardie & Flâdrcs, 
& de mettre à feu & à fang tout ce qu’ils trouueroient 
cfdi&s pays, vintledit iour mettre lesembufches près 
de la ville d’Arras. Et icelles mifes enuoya enuiron qua- 
rente lances courir deuant ladite ville d’Arras, lcfqucls 
d’Arras cuidans defeonfire lefcli<Stes lances firent fiir 
eulx grans faillies qui vindrent afprement courir fus 
aufdùftes quarante lances, lefquelles fè vindrent 
rendre efdi&es embufehes. Et apres eulx lefdits 
de Arras, tous lefquels furent enclos parceulxdefdi- 
tesembufehes,qui fur eulx chargèrent & les mirent 
en fuite, & en fuyant y en eut de tuez de quatorze à 
quinze cens hommes, & y fut tué le cheual du lire de 
Romont fils de Sauoye & frere de la Roync, mais il fe 
fauua. Le Gouuerneur d’Arras nomme' Jacques de S. 
Pol, & plu fieurs aul très feigneurs & gens de nom y 
furent prins>que mondit feigneur l’Admirai mena de- 
uant icelle ville pour les jfommer de eulx rendre es 
mains du Roy leur fouuerain fèigneur, ou amltfemeût 
qu’il feroitcoupper les cols aufdics feigneurs pnion- 
niers. Audit mois de luing le Roy qui auoit à fon pla¬ 
fonnier 


Digitized by c.ooQie 


dv Roy Loys XI. 12,5 

fonnier le Prince d’Orengefeigneur de Aerlay, & qui 
eftoit à trente mil efcus de finance, le deliura & donna 
fadiéte finance,& en ce faifant deuint homme lige du 
Roy, & iuy fift hommaige de ladiéte Principaulté 
d’ Orenge. Et partant le Roylerenuoya à fe§ defpens 
en Tes pays, & luy donna & odtroya telle prééminen¬ 
ce, qui Te peuft nommer parla grâce de E)ieu,puiflàn- 
ce de faire monnoye d’or & d’argenrde bon aloy,au£ 
fi bon que la monnoye du Daulphiné, donner aufli 
toutes grâces, remiflions & pardons, refçrué de l’he-> 
refie & de crime delezc Ma)elle. Et fi donna le Roy 
dix mil efcus contens au feigneur qui auoit prins ledit 
Prince. 

Audit mois de Iuing le Roy cnuoy a fes letres paten¬ 
tes à Paris, par lefquelles il fift publier que les Anglois, 
eftoient defceddus à Calais , & que pour refifter il 
mandoitauPreuoftde Paris de contraindre tous les 
nobles & non nobles, tenans fief & arrierefief,pour 
cftre preft le lundy treiziefme iour de Iuillet, entre Pa-, 
ris & le bois de Vinciennes,pour d’iilec partir & aler 
ou ordonné leur feroit, &c nonobftant Iepreuilegc & 
pour cefte fois feulement. En enfumant lequel cry fu¬ 
rent enuoyez par ceulx de Paris plufieurs gens en ar¬ 
mes, montez & habillez par deuers mondit feigneur 
le Preuoft de Paris au pays de Soixonnois. Au mois de 
Iuillet enfuiuant le Roy qui feiourna en Normcndic 
par aucun temps s’en retourna àNoftreDame Dcf- 
couys & à Gaillart-Boisprés d’illec, ou aufli il feiourna 
vnepiece, & puis s’en partit pour aler à noftre Dame 
de la Viétoire,ou il fut aufli vne autre efpace de temps. 


Digitized by 



ti 6 Les Chroniques 

& puis s’en ala à Beauuais. Audit mois ledit Duc de 
Bourgongnequiauoitefté deuantlavilledeNux par 
l’efpace de douze mois, s’en partit & s’en ala denuiét 
& honteufément de deuant icelle ville fans l’auoir peu 
conquérir, qui luy vint à moult grant blafme, Ôc perte 
de gens & biens. Et puis s’en reuint à Tes pays, où il 
trôuua Ton frere le Roy Edouart d’Angleterre qu’il y 
âuoitfait defténdre, pour en continuant Ton mal & 
malice derechief faire guerre au Roy & à Tes pays &c 
fubieéls. Audit temps fe fift de grandes batteries & 
deftruérioris de pays & terrés duditde Bourgongne,& 
y eut plufieurs villes,bourgs Se viliaigesars & deftruis. 
Et audit temps fut mandé par le Roy venir à luy mon- 
feïgriéur le'Duc dé Bourbon, qui auant qu’il y vint 
eut plufieurs lettres & meffàige^, & puis vint par de- 
uers le Roy, luy cftantà Noftre DamMe la VufVoire, 
& arriua eii la ville de Paris mortdit feigneur de Bour¬ 
bon au mois d’Aouft, a moult belle & honiiefte com^ 
paigniedenoblesliommcs,&bien fort triumphans, 
& auoit bienaüecques luy de la compaignie cinq cens 
cheuaulx. Et s’èn partit ledit Duc dé Bourbon de ladi- 
éfce ville de Paris pour aler par deuers le Roy, le lundy 
quatorzicfmciourd’Aôuft,& futvngpeu d’efpace de 
te.mpsauecqués le Roy, & puis s’en partit de Senlis 
pour aler à Clcremont. 

Audit mois d’Aouft le Roy eut Ambaffades de par le 
Roy d’Angleterre, qu’il s’eftoit venu logera Lyhons 
en Santers, qui communiquèrent auecques le Roy 
d’aucunes matières j auecqücs lequel pourparlé le Roy 
enuoya à Paris monfeigneur le Chancelier } mejflfei- 


Digitized by c.oooLe 



dv Roy Loys XI. 2.2.7 

gneurs les gens des finances & aultres,pour auoir prçft 
d’argent de ceulx de ladite ville , aufquels fiit fait prq- 
mefle & obligation deleurreftituer leur preft dedens 
le iour de T ouffainéls. Et fut prefté de ladite ville foi- 
xante & quinze mil efeus d’or, qui furent baillee auf. 
dits Anglois au moyen de certain traidie' fait auecques 
euix. Etfifutenuoyéau Roy grant quantité de gens 
en armes de par ladiéte, ville, montez 8c habillez aux 
gaiges & dépens des officiers Sc aultreshafiipans de la¬ 
diéte ville. 

Audit mois d’Aouft lematdy yingt-neufiefme iour 
dudit mois, le Roy fe partit d'Amiens* & aufli meffei- 
gneurs de Bourbon, de Lyon, ôc aultres nobles hom¬ 
mes. Capitaines, gens d’armes, officiers, & aultres 
gens,en moult grant & merueillcux nombre,que bien 
on eftimoit cftre centmilcheuaulx, pour tous aler à 
Piquigny. Auquel lieu le Roy Edouart d’Angleterre 
vint parler au Roy, & en emmena ; auecques luy fon 
auant-gardc & arriere-gardc, & demoura ep bataille 
prés dudit Piquigny.Et deflusle pont dudit Piquigny 
le Roy auoit faitdrefTer deux appentis de bois, l’vng 
deiiantl’autre, dontl’vngeftoit fait pour le Roy, & 
l’autre pour le Roy d’Angleterre. Et entre les deux ap¬ 
pentis y auoit vnecloifon de bois, dont la moitié par 
le hauit eftoit; treillilfee, tellement quc chafcun des 
deux Rois poüoient mettre leur bras par dedens ledit 
treillis. Et en l’vn defdits appentis vint & arriua le Roy 
tout le premier, & incontinent qu’il y fut arriué s’en - 
partit vng Baron d'Angleterre illec attendant la ve¬ 
nue du Roy, qui ala dire au Roy d’Angleterre que le 


Digitized by c.oooLe 




iz8 Les Chroniques 

Roy eftoit ainfi arriué: lequel Roy d’Angleterre qui 
eftoit en fon parc loing d’vne bonne lieue dudit Pi- 
quigny, accompaigné de vingt mil Anglois, bien ar- 
tilliez dedens fondit parc, s’en vint incontinent audit 
lieu de Piquigny, audit appentis qui luy eftoit appa- 
reillie. Et amena auecques luy pour l’attendre au ioi- 
gnant d’icelluy appentis, vingt-deux lances de fa con> 
|>aignie, qui illec furent & demourerent dedens l’eauë 
a cofté dudit pont, par tout le temps que le R oy & le¬ 
dit Roy d’Angleterre furent & demourerent en icel— 
luy appentis; Durant lequel temps vint vne moult 
grande & merueilleüfc pluye, qui fift moult de mal &; 
perte aux feigneurs & G entils-nommes du R oy,à cau- 
le des belles houfiures & nobles habiilemens qu’ils 
auoient préparez pour la venue dudit Roy Edouart 
d’Angleterre. Et lequel Roy d’Angleterre quant il 
vit & appcrccut le Roy il fc getta à vng genoil a terre, 
& depuis par deux fois fey getta auant quearriucr au 
Roy, lequel le receut benïgnement, & le fift leucr, & 
parlèrent bien vng quart d’eure enfembleés prefences 
de mefdits feigneurs deBourbon, de Lyon, & aultres 
feigneurs & gens des finances, que le Roy auoit faieft 
illec venir iulques au nombre de cent. Et apres ce qu’ils 
eurent parlé enfemble en general, le Rcry fift tout rc- 
culler & parlèrent à priucc enfemWe,ou aufli ils forent 
& demourerent vne efpace de temps.. Et au departe¬ 
ment fot publié que l’appoinétement eftoit fait entre 
eulx tel qu’il s’enuiit : c eft aflauoir quetreues eftoient 
accordées entre eulx pour le temps de fept ans, qui cô- 
mencerent ledit xxix. iour d’Aouft, l’an foixanteôc 


Digitized by G.OOQle 



dv Roy Loys XI. 119 

quinze, & finieroient à pareil & femblablc iour qui 
feroit mil quatre cents quatre vingts ôc deux. La¬ 
quelle treueferoit marchande, & pourroient aler ôc 
venir lefdits Anglois par tout le Royaulme, armez ôc 
non armez, pourueu qu’ils ne fcroient en armes en 
vnecompaignieplusdeccnthommes. Et fut publiée 
ladi&e treue à Paris, auenuës, & aul très lieux du Roy¬ 
aume de France. Et puis fut baille' audit Roy d’Angle¬ 
terre foixante & quinze mil efcus d’or, & fi fiftlc Roy 
d’aultres dons particuliers à aucuns feigncurs d’autour 
dudit Edouart, ôc aûx Heraulx ôc trompettes de ladi¬ 
te compaignie, qùi en firentgrant fefte & brait, en 
criantà haulte.voix, largeflc au ttes-noblc ôc puiftànt 
Roy de France, largeffe, largeffe. Et ffpromift enco- 
res audit Roy Edouart iuy payer ôc donner par chafcu- 
nedcfditesannées cinquante mil efcus, ôc fi feftoya 
bien fort le Duc de Clairance frcre dudit Roy d’An¬ 
gleterre , ôc luy donna de beaulx dons. Et puis le Roy 
Edouart retira tous fes Anglois qu’il auoit, tant de fon 
oft que aultrcs qu’il auoit enuoyez à Abbeuille,Pcron- 
ne & ailleurs, ôc fift troufter ôc baguer tout fon baga¬ 
ge , & s’en retourna à Calais pour pafscr la mer ôc s’en 
aier en fon Royaulme d’Angleterre.Et le conuoya iuf 
ques audit lieu de Calais maiftre Hefbcrgc Euefque 
d’Eureux, ôc fi laifîa ledit Edouart au Roy deux Ba¬ 
rons d’Angleterre, l’vn nommé le feigneur de Hauarr, 
& l’autre le grant Efcuycr'd’Angleterre, iufques à ce 
que le Roy euft eu aucune choie que ledit Edouart 
luy deuoit enuoyer du Royaulme d’Angleterre, ôc les¬ 
quels de Hauart ôc grant Efcuyer eftoient fort amis & 




Digitized by 


Google 



ijo Les Chroniques 

en la grâce dudit Edouart, & qui auoient elle' fnoyefl 
de faire ladite paix, treues, 8c autres traitiez entre 
iceulxRois. Et furent iceulxHauart 8c grant Efcuyer 
fort feftiez à Paris, & puis le Roy,meidits feigneurs 
de Bourbon, Lyon, 8e aultres feigneurs qui eftoientà 
Amiens, s’en retournèrent à Senlis, oüils furent vne 
cfpace de temps. Et ordonna le Roy gens de fà maifon 
pour mener & conduire lefdits deHauart & Efcuyer 
parmy la ville de Paris 8c aultres lieux, 8c entre aultres 
y ordonna & bailla la chargea fire Denis HdTelin fon 
maiftre d’Hoftel 8c Efleu de Paris, qui en fîft bien fon 
debuoir,à l’honneur 8c louange du Roy, 8e demourc- 
rent en ladiéte ville par l’cfpace de huiét iours entiers, 
où ils furent bien fort feftiez 8c menez iouer au bois de 
Vinciennes 8e ailleurs. Et entre aultres chofes furent 
bien fort feftiez aux Tourneiles, en l’oftel du R oy, & 
pour ce faire leur fut enuoyé pour les honncftement 
entretenir, plufieurs Dames,Damoifelles 8c bourgoi- 
fes, 8e puis s’en retournèrent lefdits de Hauart 8c Ef¬ 
cuyer par deuers le Roy, qui eftoit à la Victoire prés 
Senlis. Et audit mois le Roy qui eftoit audit lieu de la 
Viétoire, s’en ala vers le pays de Soixonnois, 8c à no- 
lire Dame de Liece. En ce voyage print & reduifit en 
fes mains la ville de Sainét Quentin que monfeigneur 
leConeftableauoitprinfefur luy, 8cboutéhors ceulx 
à qui le Roy en auoit baillé la charge, ainfi que dit eft 
deuan t. Et par auant lediét*Conneftable s’en eftoit alé, 
& en l’obeiflànce dudit de Bourgongne. Et âpres qui 
pis eftoit auoit efeript 8c madéaü Roy Edouart d’An¬ 
gleterre apres le traiété par luy fait auecques le Roy, 8e 

» 


Digitized by LaOOQle 



Dv Roy Loys XI. z 31 

quil cftoit retourne à Calais pourpafler lamer 3 & re¬ 
tourner en Angleterre, qu’il eftoit vng lafche deshon- 
nouré & poure Roy d’auoir fait ledid traidié auec- 
ques le Roy foubs vmbre des promefles qu’il luy auoit 
raides, dont il ne luy tiendroit rien, & qu’en fin s’en 
trouueroitdeceu. Lefquelles lettres ainùaudid Roy 
Edouart eferiptes par ledit Conneftable,il enuoya du¬ 
dit lieu de Calais au Roy, lequel apparceut que ledid 
Conneftabien’eftoit point real comme eftredeuoit. 
Et puis fut donné congié par le Roy audit deHauart 
& grantEfcuier d’eux en retourner audit Royaume 
d’Angleterre, & leur fut donné debeaulxdons, tant 
en or qu’en vaiifelle d’or & d’argent, & fifift le Roy 
publier à Paris qu’on leur laitfàft prendre des vins au 
pays de France , tant que bon leur fembleit>it pour 
mener en Angleterre, en les payant. 

Audit mois d’O dobre le Roy qui eftoit à Verdun 
&aultres places enuiron la Duché de Lorraine, re¬ 
tourna à Senlis & àla Vidoire, & y vindrent les Am- 
baftàdeurs de Bretaigne qui firent la paix entre le Roy 
& ledit Duc de Bretaigne, qui renonçaà toutesalian^ 
ces &fcelez qu’il auoit fait &c baillez contre le Roy. 
Et pareillement ledit monfeigneur de Bourgongne 
print & accepta treues marchandes auecques le Roy, 
pareillement que la treue des Anglais. 

Et le lundy feiziefme iour dudit mois d’O dobre 
audit an mil quatre cens foixante & quinze, fut pu¬ 
bliée folempnellement au fonde deux trompettes, 6c 
par les carrefours de ladide ville de Paris ladide treue 
marchande, d’entre le Roy & mondit feigneur de 


Digitized by 


Googl 



z$z Les Chroniques 

Bourgongne, pour le temps 6c terme de neuf ans, 
commcnçanslequatorziefmeiour de Septembre au¬ 
dit an,& finifïàns àfemblable iour l’an mil quatre cens 
quatre vingts& quatre. Par laquelle toute marchan¬ 
dée deuoitauoir cours par tout le Royaume de Fran¬ 
ce, & ce temps durant chafcunpouoit retourner en fes 
poflelïions immeubles. Et puis le Roy s’en retourna à 
faind Denis, ôc puisa Sauigny près Montlehery,& de 
là au bois deMales-herbes, & en apres à Orléans, à 
T ours, & à A mboife. Et le lundy vingtiefme iour de 
Nouembre audit an foixante 6c quinze, fut mené ef- 
carteller aux Halles de Paris par Arreft de la Court de 
Parlement, vng Gentil-homme natif de Poidou, 
nommé Régnault deVcloux,& fort familier de mon- 
feigneufdu Maine, pour occafïon de ce que ledit Ré¬ 
gnault auoit fait plufieurs voyages par aeuers diuers 
leigneurs de ccRoyaulmc, & confeillié de faire plu- 
ficurstraidiez, & porté plufieurs fcllez contre 61 au 
preiudicc du Roy,du Royaulme,& de lachofepu- 
blicque. Et fut ledit Régnault par l’ordonnance de la- 
dide Court fort fecouru pour le fait de fon ame 6c 
confcience : car il luy fut baillé le Curé de la Magdelei¬ 
ne Penitancier de Paris, & moult notable Clerc, Do- 
deur en Théologie, & deux grans Clercs de l’ordre 
des Cordeliers, & furent pendus fes membres aux qua¬ 
tre portes de Paris, & le corps au gibet. 

Et pour ce que par le Roy d’vnc part & fes AmbaP- 
fàdeurs pour luy, 6c les AmbafTadeurs de monfèigneur 
le Duc de Bourgongne, au mois d’O dobre qui eftoic 
pafsé dernier, en fanant par eulx la treuc de neuf ans 

entre 


Digitized by G.ooQle 





dv Roy Loys XI. 

entre eulx deulx,dont eft fai<£te mention,deuant auoit 
efté promis de par mondit feigneur le Duc de Bour- 
gongne de mettre &iiurer es mains des gens & Am- 
bafladeurs du Roy ledit Conneftable de France nom¬ 
mé monfeigneur Loys de Luxembourg. Fut par ledit 
Duc de Bourgongne baillé & liuré ledit Conneftable 
es mains de monfeigneur T Admirai baftard de Bour¬ 
bon, de monfeigneur de fainéfc Pierre, de mbfeigneur 
de Boucaige, demaiftre Guillaume deCerifày,& aul- 
tres plufieurs. Et par tous les deflus nommez en fut 
mené prifonnict en la ville de Paris, & mené par de¬ 
hors les murs d’icelle du cofté des champs, à l’entree de 
la Baftilie fainét Anthoine. Laquelle entree ne fut 
point trouuee ouuerte , & pource fut ordonné & ame¬ 
né ledit monfeigneur le Conneftable pafler parrny la 
porte fàint Anthoine au dedens de ladiéfce ville, ôc mis 
en ladiéte Baftilie. Et eftoit ledit monfeigneur le Con¬ 
neftable vcftu& habillé dvnecappe de camelot dou¬ 
blée de veloux noir, dedens laquelle il eftoit fort em- 
brunché,& eftoit monté fur vng petit cheual à cours 
crains fort v elues. Et audit eftatapres ce qu’il fut de- 
feendu audit lieu de la Baftilie, trouuaillec monfei¬ 
gneur le Chancellier, le premier Prefident, & les aul- 
tres Prcfidens en la Court de Parlement, & plufieurs 
Confeillers d’icelle Court. Et auifi y eftoit fire Denis 
HefTelin Maiftred’ôftel du Roy rioftre Sire, qui tous 
illec le receurent, & apres s’en départirent, & le laifTe- 
rent en la garde de Phelippe Luillier, Capitaine dudit 
lieu de lâ Baftilie. Et auquel lieu de la Baftilie ledieft 
monfeigneur l’Admirai prefent mondit feigneur le 

G g 


Digitized by c.ooQie 



i54 Les Chroniques 

Conneftable, aufdits Chaneellier,Prclidens & aultres 
dcfllis nommez, profera & ditt telles oufemblablcs 
parolles, en dfeét & fubftance: Mefieigneurs qui cy 
elles tous pcefens, vqcz cy monfcigneur de faindt Pol, 
lequel le Roym’auoit chargé d’aler quérir par dcuers 
monfcigneur le Duc de Bourgongne, qui luy auoit 
promis Le luy faire bailler, en Laifant auecques le Roy 
ion dernier appointement de la treue d’entre eulx. En 
foumiiîant à laquelle promeife le me a faiét bailler & 
deliurcr, pour & aunom du Roy. Et depuis l’ay bien 
garde iufques que ic le mets & baille en vos mains, 
pour luy fairefon procez le plus diligemment que fai¬ 
re le pourrez : car ainh ma chargé le Roy de le vous di¬ 
re, & à tant s’en partit ledit monfdgncur rAdimtal 
dudit lieu de la Baftille.Et apres que ledit Conneûable 
cutainfilaifsc h mains des dcfïiis nommez, monfei- 
gncurleChanceüier;, premier & fécond Prefidens de 
Parlement, & aulrres notables &i fàiges perfonnes, 
en bien grant nombre, à faire ledit procez vacquerenr 
& entendirent à bien grant diligence &c fidiciiude à 
faire ledit pnooezj&cn milànt icefluy. interrogent le¬ 
dit feigncurdcS. Polfur les charges &c crimesa luy rais 
lus & impofez, aufqucls interrogatoires daefpôdk de 
bouche fur aucuns points.,' Icfquâs inccrrogato ires & 
«défiions furétmis au net,& enuoy ez deuers leRoy. 

Elle fiindy qnatriclme iour de Décembre auditan 
fi>ixante & quinze,aduint quevng 'Heratdt du Roy 
nomme Montjoye, natif du pays de Picardie , & qui 
Eaifoit la plufpart de là refidence auecques ledit fei- 
gacuTdelàin& Pol, toay eftant Conndlatale, vint & 

' T ' : S 


Digitized by c.oooLe 





dv Rot Loys XI. *$5 

arrj.ua luv & vng feen fils en la ville de Paris, par deuers 
maiftrelehan de Ladriefche Prefident des Comptes 
& T reforicr de France, natif du pays de Brebant,pour 
luy apporter lettres de par le Conte de Merle, fa fem¬ 
me & enfans, affin de fecourir & aider par luy en ce 
quepoflible luy feroit audit Conneflable pere dudiot 
Conte de Merle :lefquclles lettres ledit maiftre Ichan 
de Ladriefche ne voulut pas receuoir d’icelluy Héraut, 
finon ert la prefence de monfeigneur le Chancellier,& 
des gens du Confeil du Roy. Età celle caufeledit mai- 
lire Iehan de Ladriefche mena & condüifit ledit Hé¬ 
rault iufques aulogis dudit monfeigneur le Chance¬ 
lier , affin que par luy lcfdites lettres îeufTcnt veuës, & 
ce que dedens y elloit contenu .\mais pource que ledits 
Ichaii de Ladriefche demeura longuement auConfeü 
auecqucsuccliuy monfeigneur le Chancellicr 6c aul- 
tr.es, ledit Montjoye & ion fils s’en ret-ournerent en 
leur logis , 6c illcc montèrent incontinenoàcheual 6c 
s’enalercnt au gifle à Bourgel. Combien que à. leur 
partementils dirent àleurhofle que fe aucun les de- 
mandoit,.quil dillquils s eneftokntalczau gifle au 
bourg la Roync. Et quant ledit de Ladriefche cuida 
trouuer ledit Herault pour auoir lefdidles lettres, ne le 
trouuappintjpourquoy futha&iuemét enuoyc apres 
ledit Hérault iufques au bourg, la Royne, où il ne fut 
point trouué: mais fut trouué par deux archicrs de la 
ville de Paris audit lieu de Bourgel, 6 c- par eulx ramené 
le Dimenche tiers iourde D ccembre audit an, lequel 
fut mené 6c conduit iufques enl’oftel d’icelle ville, & 
illec deuant les gens & Confeil ace ordonnez, fut le- 

Ggij 


Digitized by 


Google 



i3 6 Les Cmroniqves 

dit Montjoye & fondit fils,chafcun à part interrogué, 
& furent leurs dépolirions redigees & mifes par elcrit 
par le fire Denis HefTelin. Et apres ce furent lefdits 
Montjoye & fondit fils mis & laiifez en la garde de 
Denis Baudart, archier de ladite ville & en fon hoftel, 
auquel il fut & demoura par refpace de vintg-cinq 
iours, &illecbien & diligemment garde auec fondit 
fils, par trois des archiers de ladite ville. 

Audit temps au commencement du mois de Décem¬ 
bre,fut amené leConte de Rouffi qui prifonnier eftoit 
dcdensla groffetour de Bourges, iüfqucs au Pleffis 
du parc, autrement dit le Montils lez Tours, où le 
Roy eftoit. Et illec fut parlé à luy, & luy fift plufieurs 
gransremonftrances des grandes folies efqucllcs par 
long temps il eftoit entremis i & comment il aubit du 
Roy durant ce qu’il auoit ellé & foy porté fon en- 
nemy /& fait plufieurs grans & énormes maulx à fes 
villes,pàyi&fubgedts,comme Marefchai de Bour- 
gongne pour le Duc. Et comment villainement & 
nonteufement il auoit efté prins prifonnier par les 
gens de guerre du Roy,qui pouriuy ëftoient en armes 
audit pays de Boürgongne loubs la charge de monfei- 
gneur le Duc de Bourbonnois. 

Et par ledit de Rouffi baillee fà foyau feigneur de 
Cômbfonde, & corainent il auoit achaté de mondic 
feigneur le Duc vingt & deux mil efous d’or. Et luy fift 
le R oy de grans paours & effrois, dot ledit feigneur de 
Rouffi cuida'auoir froide ioyc de fa peaùrmais en con- 
clufionle Roy le mift à quarante miî efcus de rançon, 
ôc luy fut par iuy .donné terme de les trouuer & rap- 

; ;p 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Lo ys XI. z$j 

porter deuers le Roy dedens deux mois apres enfui- 
uans, pour tous termes & delais, & que aultrement & 
ouilyauroitfaultededens ledit terme,quil feuft a£- 
feuré qu’il mourroit. Et depuis ces choies fut procédé 
par toute diligence à faire le procez dudit Connefta- 
bie,parmefditsfeigneur lcChancellier,Prefidens &c 
Confeillers Clers & Lais de la Court de Parlement, 
defdics de fainéb Pierre &c aultres, à ce faire ordonnez 
& appeliez. 

Lequel procez veu fut par eulx conclud, tellement 
que le mardy dix-neufiefme iour de Décembre audiét 
an mil quatre cens feptantc cinq, fut ordonné que le¬ 
dit Conneftable feroit mis & tiré hors de fàprifon & 
amené en la Court de Parlement, pour luy dire & dé¬ 
clarer lediétum donné & conclud alencontre de luy, 
par icelle Court de Parlement,& fut à luy ledit iour de 
mardy.en la chambre & logis d’iccluy Conneftable en 
ladiéle Baftille fainéf Anthoine, où il eftoit prifoiî.- 
nier, ledit monfeigneur de faindt Pierre qui de luy 
auoit la garde & charge : Lequel en entrant en la 
chambre luy fut par luy dit, Monfeigneur que faidbes 
vous, dormez vous, lequel Conneftable luy refpon- 
dit, nenny, long temps a que né dormy : mais fuis icy 
ou me voyez penfant & fantafiant. A uquel de fainét 
Pierre dift qu’il eftoit neceftité qu’il feleuaft pour ve¬ 
nir en ladiéte Court de Parlement, par deuant les fei- 
gneurs d’icelle Court, pour luy dire par eulx aucunes 
chofes qu’ils luyauoient adiré touchant fon faiéf & 
expédition, ce que bonnement ne pouuoit mieulx 
faire en ladiébe Court: En luy difant aufli par ledit de 

G g "i 


Digitized by L.ooQle 



138 Les Chr.oniqjes 

fainél Pierre qu’il auoit efté ordonné que auecques 
luy ôc pour l’accompaigner y ferait Ôc viendrait mon- 
feigneur Robert Deftouteuille, Cheualier Preuoft de 
Paris, dont de ce ledit Conneftable fut vng peu e£- 
pouuenté,pour deux caufes que lors il dccIaira.Lapre- 
miere, pour ce quil cuidoit que on le voulfift mettre 
hors de la pofTellion duditPhelippeLuillier,Capitaine 
d’icelle BaftiUe, auecques lequel il s’eftoic bien trouué, 
ôc l’auoit fort agréable, pour le mettre es mains dudit 
Deftouteuille qu’il reputoiteftre fou ennemy, ôc que 
s’il y eftoit doutoit qu’il luy fift defplaifir, ôc aufli qu’il 
craignoit le populaire de Paris,& de paflèr parmy eux. 
A toutes lefquclles doubtes ainfi faiâes par ledit Con¬ 
neftable,luy fut folu & dit par ledit feigneur deS. Pier¬ 
re que ce n’eftoit point pour luy changer fon logeis,& 
qu’il le mènerait feulement audit lieu du Palais, fans 
luy faire aucun mal,ôc à tant s’en partit dudit lieu de 
la Raftille, monta à cheual ôc ala iufques audit Palais, 
coufiours au milieu defdits D eftouteuille 6c de fainéfc 
Pierre, qui le firent defeendre aux dégrez deuant la 
porte aux Merciers d’icelleCourtde Parlement. Et en 
montant efdits dègre 2 trôuüa illee lc feigneur de Gau- 
court ôc HefTelm, qui le faluerent ôc luy firent le bien 
venant, & icelluy Conneftable leur rendit leur faluc* 
Et puis aptes qii’il futmonté le menèrent iufques en la 
tour criminelle dudit Parlement, ou il trouua monfei- 
gneur le Chancelier qui à luy s addrefTa, en luy difanc 
telles paroles* Monfeigneur de fainct Pol vous auez 
eftépar cy-déiiafir ôc iuiques àptefène tenu ôc réputé 
le plus faige ôc le plus confiant Cheualier de ce Royau- 


Digitized by c.ooQle 



Dv Roy Loys XI. *39 

me, ôc puis doncques que tel auez elle iufques à main¬ 
tenant,il eft encorcs mieulx requis queiamaisquç ayez 
meilleure confiance que oncques voiis n’euftes, & puis 
luy dillmonfeigneurilfaultquevous oftiez d’autour 
de voftre col l’ordre du Roy, que y auez mife. A quoy 
refpondit ledit de S.]Pol,quevoulcntiers il lcferoit. 
Et de fait mift la main pour lacuider olter: maisellete- 
noie par derrière à vne efp ingle, & pria audit de faind: 
Pierre qui! luyaidaft à l’auoir,ce qu’il fifl, ôc icelle 
baifa & bailla audit monfeigneur le Chancelier, ôc 
puis luy demanda ledit monlèigneur le Chancelier ou 
elloit ion efpee que baillee luyauoit elle en lefailànt 
Connellable. Lequel rebondit qu’il ne l’auoit point, 
ôc que quant il fut mis enarrel! que tout luy fut olle. 
Si qu’il n’auoit riens auecques luy aultrement qu’ainfi 
qu’il elloit quant il fut amené prisonnier en ladiéle 
baftilie, dont pat mondit feigneur le Cliancellier fut 
tenu pour excufé.Et a tant fe départit mondit feigneur 
leChancellier,& tout incontinent âpres y vint ôc artR 
ua maiftre Iehan de Ponpaincourt Prefident en ladite 
Court,qui luy dillaultres parollestelles que s’enfui- 
uent. Monfeigneurvousfçauez que par l’ordonnan¬ 
ce du Roy vous auez dlé conflitué prifonnier en labâ- 
ftilie làinél Anthoine, poulrâilbn de plulieurs cas & 
crimes à vous mis lus ôc impofez. Aufqudles charges 
auez refpondu ôc elle ouy en tout ce que vous auez 
voulu dire, & fur tout auezbailié vos excufàtions > ôc 
tout veu à grant & meure deliberation, le vous dis & 
declaire, ôc par Arrefl d’icelle Court, que vous auez 
Êftécriminieuxde crimedelezc Majêllé, & cotnme tel 


* gitized by 



.'Les Chroniqjes 

elles condcmné par icelleCourt à foufîrir mort dedens 
leioy.rd’huy, c’eftà fçauoir, que vous ferez décapité 
deuantl’oftel de celle ville de Paris, & toutes vos fei- 
gneuries,reuenuës, & aultres héritages ôc biens dc- 
claircz acquis ôc confifquez auRoy noftre Sire,duquel 
diétum ôc fentence il fe trouua fortperpleux, & non 
(ans caufe,car il ne cuidoit point que le Roy ne fa iufti- 
cele deulfent faire mourir. Et dtft alors ôc relpondit, 
Ha, à Dieu foit loué, vecz cy bien dure fentence, le luy 
fupplie ôc requiert qu’il me dône grâce de bien le con- 
gnoiftreauiourd’huy. Et h diftoultre à moniteur de 
S. Pierre! Ha,a moniteur de S. Pierre, cen’eftpascy 
ce que m aués toujours dit,& a tant fe retrahit. Et lors 
ledit moniteur de S. Poi fut mis ôc baillé es mains de 
quatre Docteurs enTheologie,dont l’vng cftoit Ccy:- 
delier nome maiftrelehan de Sordun,VautreAuguftin, 
le tiersPenitencierdeParis, 3c le quart cftoit nommé 
maiftrelehan Hue Curé de S. Andry desArs, Doyen 
de la faculté de Théologie audiéb lieu de Paris, auf- 
quels 3c à mondit feigneur leChancellier, il requift 
qu’on luy baillaft le corps de noftre Seigneur,ce qui ne 
luy fut point accordé, mais luy fut fait chanter vne 
Melfe deuant luy, dont il fe contenta alfés. Et icelle di¬ 
ète luy fut baillé de l’eauëbenoifte ôc du painbenoift 
dont il menga, mais il ne buft point lors depuis , ôc ce 
faitdemouraaucc lefdiéts Confelfeurs iufques à entre 
vne ôc deux heures apres midy dudit iour qu’il defeen- 
dit dudit Palais ôc remonta àcheual pour aler enl’o- 
ftel de ladiète ville, où. eftoient faits plulieurs efehaf- 
faulx pour fon execution. Et.auecques luy y eftoient 

le 


Digitized by 


Google 



dv Roy Loys XL z 41 

le Greffier de ladite Court, & Huifficrs d‘icelle. Et 
audit hoftel de la ville defcendit & fut mené auBureau 
dudit lieu, contre lequel yauoit vn grant efchaflàult 
drecié , & au ioingnant dicelluy on venoit par vne 
alee de bois a vng aultre petit efchaflàult,là ou il fut 
exécuté. Et en icelluy bureau fut illec auec fefditsCon- 
fefleurs failànt de grans & piteux regrets, & y fift vng 
tcftament tel quel, & foubs le bon plciifir du Roy,que 
ledit iire Denis Heflclin efcripuit foubs luy.En faifànt 
lefquelics chofes il demoura audit bureau iufques à 
trois heures duditioury qu’il ylEffihors d’iccllüy bu^- 
reaü, & s’en vint getter au bout dudit petit efchàffimlt 
& mettre la face,les deux genoils fléchis deuant TE» 
glifenoftre Dame de Paris, pour y faire fon oroifon 1, 
laquelle il tint affez longueen douleurcux; pleur ôè 
grant contrition, &: toufiours la croix deuant lesy eux, 
queiuy tenait maiftrc Iehan Sordun, laquelle fouuent 
if baifoit en bien grant reuerence,& moult pioeufo^ 
ment plourant. Et apres fàdide orbifonainû raiébq & 
quilfefutieué debout, vint à luy vng nommé petit 
Iehanflk deHenry Couimylprs maiftre rcKeçuteut dé 
khaulte Iàfliicççqhiiapplqrta vneimbyèwné cotf dcdpiiiè 
il lia les mainsduait de kinét Rolyce quil fouflsrit bieti 
benignement. Etcnappe&lêmerialedirpetic Iehan 8î 
fiftmôntef dcffiusdédkpBnœ^cha^illt\ défltti lequel 
il fe arrefta & tourna le vifàijye-par • deûér* ledit Chan- 
cellier de Gaucoùrt Preuaft de Paris, fcigneür de S. 
Pierre G réffief CiuildelaBiébe Coucsjdïidit firè Demi 
H cffielinjiSc aufercsOfficiérsduiRoyîHollreSireÿdlaïM 
illëc en bien grant nombre, en leur criant mercy pour- 

Hh 


Digitize • 



2.4 i Les Chroniques 

le Roy, & leur reqùerant qu’ils euflent Ton ame pour 
recommandée. Non pas comme il leur dill qu’il n’en- 
tendoitpas qu’il leur couftaft riens du leur. Et aulïi fc 
retourna au peuple eftant du coufté du faind: Efperit, 
enieurfuppliant aufïi de prier pour Ton ame, & puis 
s’en ala mettre à deux genoulx defTus vng petit carreau 
de laine aux armes de ladite ville, qu’il mift à point & 
le remua de l’vrigde fes pieds, où il fut iliec diligem¬ 
ment bandé par les yeulx par ledit petit Iehan, touf- 
iours parlant e Dieu & à fefdits conrefTeurs,& fouuent 
baifàntladiéfe croix. Et incontinent ledit petit lehan 
faifit fon efpee que fondit, pcrc luy bailla , dont il fïft 
voiler la telle de defliis les elpaules, (i toft & fi tranfi- 
uement que Ion corps cheyta terre aulfi toft que la te¬ 
lle,, laquelle telle incontinent âpres futprife par les 
cheueulx par icelluy petit Iehan , & mifelaueren vng 
feau d’eau eftâs prés d’illec, & puis mife lùr les appuyés 
dudirpeticelchaiFault & monftréaux regardans ladi-f 
éle çxceuàionjqul eftoient bien deux cens mil perfon- 
nes & mieulx. Et apres ladiéte. execution ainli faiéte 
ledit eorp&mortifut defpoiiillé & misauccdadiéle te- 
ilejltoüt enfeudy dcdensvng beau drap.delin, &puis 
bouté dedeiis vng ceréiiéil de bois, que ledit lire D cnis 
Hellèliri auoit fait fairet.Erlequcl corps ainfi enfçpue- 
ly.qjiE dir éH, fut .venuit^imr par llordré des Corde¬ 
liers dè Parié, & fur leurselpauîes Femporterentinhu- 
riieren leur JEglife. Et aufquels Cordeliers leditHeffe- 
Im fift bâiller'quarante torches pour faire , le conuoy 
dMjefoçatps.jdprcsleqùel il fut ôc le conuoya iufqucâ 
auditlicu des. Cordeliers, & le landemain y fiû aulli 

' k\. 


Digitized by ^.ooole 




dv Roy Loys XI. 143 

faire vng’beau feruicc en ladite Eglife, ôc aufli en fut 
fait feruice à faindb lehan en G reue, là où aufti fa foife 
auoit efté fai<Ste cuidant que on luy deuft en terrer, & y 
eut efté mis ce n’euft efté que ledit Sordun dift à icelluy 
de lainét Pol, que en leurdiéte Eglife y auoit enterrec 
vne Conteflc de fainéb Pol, &c qu’il deuoit mieux vou¬ 
loir y eftre enterré que en nulle aultre part , dont icel¬ 
luy de làinét Pol fut bien content, & pria à fes luges 
que fondit corps feuft porté aufdits Cordelliers. Et eft 
vray que apres ladiéte fentence ainli declairee appert 
auditdeffunétde faindb Pol que dit eft, fut tout fon 
procez bien au long declairé au grant parc de ladiétc 
Court, & à huis ouuers. Auquel'procez fut di< 5 t & de¬ 
clairé de moult merueilleux & énormes cas & crifmes 
auoir efté faits & perpétrez par ledit delàinét Pol, &c 
en iceulx maulx foy eftre entrctenu,continué & main¬ 
tenu par long temps, & par diuerfes fois. Et entre les 
aultres choies fut dit & récité comment lefdits de 
Bourgongne & de fainét Pol auoient enuoyé de la 
partie d’icelluy de Bourgongne, meflirc Phelippe 
Bouton,’& meflire Phelippe PotCheualiers, & de la 
partie dudit ConneftableHeétor dcl’Elclufe par dc- 
uers monlieur le Duc deBourbon, afïin de efmouuoir 
mondit feigneur de Bourbon de foy efleuer & eftre 
contre le Roy, & foy départir de fa bonne loyaulté, 
aufquels fut dit pour ledit feigneur par la bouche du 
feigneur deFleurac fon Chambellan, qu’ils s’abu- 
loient, & que ledit feigneur aimerait mieulx mourir 
que d’eftre contre le Roy, & n’en eurent plus pour ce¬ 
lte fois. Et que depuis ce ledit de l’Efclufe y retourna 

Hh ij 


Digitized by c.ooQle 



144 Les Chroniques 

de rechief, qui dift audit monfeigneur de Bourbon 
que ledit Conneftablc luy màndoit par luy, que les 
Anglois defcendroient en France, & que fins difEcul- 
eé à l’aide dudit Connéftable ils auroient & emporte- 
roien t tout le Royaulme de France. Et que pour efche- 
uer là perdition & de fes villes & pays, ledit feigneur 
de Bourbon vouifift eftre &c foy alier auec ledit de 
Bourgogne,&luy dift en ce failànt que luy en viédroit 
degrantproufEt. Etoùilnevoudroit faire que bien 
luy en conuenift, que s’il luy en pren oit mal, qu’il ne 
fieroit pasà plaindre. Lequel mon dit feigneur de Bour¬ 
bon dift &c relpondit audit de l’Efclufe qu’il n’en fc- 
roit riens, & qu’il aimeroitmieulx eftre mort & auoir 
perdu fon vaillant, &c deueniren auffi grant captiuité 
& poureté que oncques fut lob, que de confentir fai¬ 
re , ne eftre fait, quelque chofe que ce feuft, au dom- 
maige,. au prciudice du Roy , & à tant s’en re¬ 
tourna leduft Hetftor fans aultrc chofe faire. Et par 
auant ces chofes mondiéf feigneur de Bourbon en- 
uoya au Roy lefiiiétes lettres de feellé dudi<ft Con- 
neftable, par lefquelles apparoift la grande trahi- 
fon dudit C on neftable, & plulieurs aultres grans 
cas, trahifons, &: mauuaiftiez que auoit confenees à 
fondit procès ledit Gonneftable bien-au longdeclai- 
rees en iceluy procès que ie lailfe icy pour caufe de 
briefuecè. Et fi eft vérité que ledit Côneftable apres ce 
q u’il eut efté cô fefle & qu’il vouloir venir audit efichaf- 
faut, dift & declairaà fèfdits Côfcffeurs qu’il auoit de- 
dens fon pourpoing foixante dix demy eicus d’orqu’il 
tira hors d’iceluy,. en priant audit Cordelier qu’il les 


Digitized by L.OOQle 



DV Roy Loys XI. 145 

donnaft & diftribuaft pourDieu,& cnaulmofhepour 
foname &enfàconfcicnce, lequel Cordelier luy dift 
qu’ils feroient bien emploiez aux poures enfans No- 
uices de leur maifQn, & autant luy en di|t leditft Con - 
fefleur Auguftin- des enfans de leurmaifoii. Etpour 
tous les appaifer dift & refpôdit icelluy derfund Con- 
neftableàfefditsÇonfeftèurs qu’il prioit à tous lefdits 
quatre Confefteurs que cliafciyi en prenift là quatre 
partie, &que en leurs confciènces le diftribuaffent là 
oüilsverroicnt qu’il feroit bien employé. Et en apres 
tira vng petit anneau" d*or pu auoit vng diarpanc qu’il 
auoit en fon doy, Ôc pria audit Penitâcier quille don¬ 
naft & preferitaftdepar luy à l’imaigenoftre Dame de 
Paris,& le mift dedens Ton doy, c<$ que ledit Penitâcier 
promift de faire. Et puis dift enepres audit Cordelier 
Sordun, beau pere veez cy vne pierre que i ay longue¬ 
ment portée en mon col, & que i’ay moult fort aymec 
pourde quelle a grade vertu ; car elle réftftdeoncrè tout 
venin, & preferue aufli de toute peftilenee,laquelle 
pierreie vous prie que portez de par moy à mon petit 
fds, auquel direz que ie luy-prie qu’il .là garde oien 
pour l’amour de moy, laquelle choft luy promiftde le 
fàire.Et apres ladide mort mondit feigneur le Chan- 
ceüier interroga lefdits quatre Confeïeurs, s’il leur 
auoit aulcune chofe baillé, qui luy dirent qu’il leur 
auoit baillé lefdits demy efeus, diamant, & pierïe,de£ 
fus declairez. Lequel monfèigneur le Chancellier leur 
refpondit, que au regard d’iceux demy efcus& dia¬ 
mant, ils en feiflent ainfi que ordonné l’auoit,mais 
queaüregard de ladide pierre,quelle feroit baillée 

H h iij 


Digitized by LaOOQle 



z ^6 Les Chroniques 

au Roy pour en faire à Ton bon plaifir. 

Et de ladi&e execution ainfi fai&e que diteft,cn fut 
fait yng petit epitaphe tel qui s’enfuit. 

il quatre cens l’annee de grâce. 

Soixante quinze en la grant place, 
tA Paris que l'on nomme Greue. 

L’an qui fut fait aux zAng^tois treue. 

De Décembre le dix-neuf , 

Sur ojn efehaffault fait de neuf: 

Fut amené le Connectable, 

'' A, compaigniè grant et> notable : 

Comme le veult Dieu ffrj raifon , 

Tour fa très-grande trahifon. 

, Et la il fit décapité, .. 

Eh cejlè tres-noble cite. 

Et apres ladite execution ainfi faille dudit Con- 
neftahle, fut le famedy vingt-troificfme iour dudidb 
mois de Décembre , fait publiera Parisafon de trom¬ 
pe & cry publique le defappointement des Gcneraulx 
màiftres des Monnoyes,pour les caufes contenues au¬ 
dit mandement. Btaubeu d’eulx le Roy mift & cfta- 
blift quatre perfonnes feulement: ceft aflàuoir firc 
Germain de Merle, & Nicolas Potier, Dcnys le Bre¬ 
ton , & Symon Auforran.Erfut ordonné que les efeus 
d’or du Roy, qui parauant auoient eu cours pour 
vingt-quatre fols parifls & trois tournois , auroient 
cours pour trente-cinq vnzains, vaillans vingt-cinq 
fols hui< 5 t deniers parifls. Et que on feroit desaultres 
efeus d’or qui auroient vng croiffant,au lieu de la cou-» 


d by 


Google 



dv Roy Loys XI. 147 

ronnc qui cftoit es aultres efcus,qui vauldroient tren- 
te-fix vnzains, du prix de vingt & fix fols fix deniers 
tournois, & des douzains neufs de douze tournois 
pourpiece. Etleditiour de famedy par làpermiflion 
du Roy furent aler quérir & : afTcmbler lé corps qui 
pendu cftoit au gibet de Paris de Régnault deV eloux, 
& lateftcqüi mife eftoit au bout d‘vne lance es Haies 
dè]Paris,auecques fès fnébres attachez à quatre poten¬ 
ces aux portes de Paris, & fut tout aftemblé enfemble. 
Et puis furent portez inhumer & enterrer auConuent 
defditsGofdéliers de Paris, auquel lieti lûy fut fait fbh 
fefuicë & horinoÉablemenr, pour le falut & rémede de 
foriame, toutaucouft,mifes & defpeiisdesparens. & 
amis dudit‘déffiin<ft Rlégfiauk de VëlpUx.- 1 ' ' ; 

Et lè mardy enfuiüànt iouï fàln^Eftfëniietâpres 
-Noël, auditanfeptanté-cinq,fut & comparuft par- 
•deuant'l’oftcl fie ladite ville de Paris vhg Chëualiér 
Lotfebâft,'UOintne meftire Bbüfiftéj qtihauôft éftëdef- 
fiéd’eftrccômbâtuà oültrancë ën lice de pie jpar vng 
afûltre Cheualier natif dii Royaulme .d’A rragon, qui 
audit iioüry dëuôitf coriàpàrer, mâïls ît f iiy ( vint point. 
ËKpburâuoif contre luy tel deftaùlt que de raifon par 
ledit Bouillie, s’eh vint par deuers le Colite deDamp- 
tttàmn illeé ordonne" lugede pâï le Roy de la queftioh 
d'efltîëlefdiéieS 'éjem partiesÆt'ville en iéelle place lë- 
'dit'Boufillc tout armé de fori harnois, & en f eftât qu’il 
deuoit combacre, fa hache au poing, & deuant luy 
fàifoftpôrter'fonenfcigne, & auoittrbis trompettes, 
ôcapfesluyduôit plufieurs ferüitcürs, dont l’vng luy 
portait encores vhe aultre hache d’armes. Et apres 

,couo.. njio; 
v à. 


Digitized by LaOOQle 




44* . Les Chroniques 

qu’ileutainfi parlé audit de Dampmartin& fait fàdi- 
£tc requefte,il fc retrahit & s’en retourna en Ton ho- 
ftellerie,oupendrenfeignedugranc Godet prés du¬ 
dit hoftel de la ville. 

Et le ieudy vingt-huiétiefmciour de Décembre au¬ 
dit an quatre censfoixante-cinq, enuiron l’eure de fix 
heures de nuit mpnfieur d’Alençon dont eft parle de- 
uant, & quiaupit èfté longuement detenu prifonnier 
audit Chafteau duLouure, en fut mis dehors par la 
permiflion du Roy, qui oétroya à fes gardes que on le 
trçift en ladiéte ville en vng holteljde boUrgois, ou ils 
yerroienteftre bon, & il fut mené loger en l’oftel feu 
maiftre Michel de Laillier, & y eftoientà le mener du¬ 
dit Louûreiufqües audit hoftel, lédit;hçéI^ço.ÿshfef- 
. félin Jacques Heflelin fon frçjre, fns Iehan dçHâîlay 
Cheualier d^Guet, & aultres perfonnes en armes ; Et 
jdcuaatlpdit-fçigpqm^OioienrpQrtçes qi^Crç .torches. 

A# ç>\futo^dndi£. sudhifcmtÀ- 

çinq, futpubliée ai fon de trompe p^irltecarrefou}:S:diP 
. Paris les lett res patentes du Rpy noftfç Sire., qui cOnr 
tcfl^e^icpmpn(ç d^;f0^anc4enn^Uupir sftéipetr 
: HHs,aüX;RGiÿd^P^n^cpat)lé^feiî^^§f^^s>!qaê 
de cinq ansen cinq ans, ilspeuire^t'^çqlTemlhlçfl dé 

..ppu? Iqs Prélats du Royaulmed* Ika^spodr Iftisêar- 
JUatiqn de- .lLp^ld#.> '^jguid5 ldng; temps 

j n auoitefté:fait;pour laquelle cnpfe & audi queleRojy 
voulant lg$ dronsdel’Égldè oftrç'g^te&fiobferue^» 
y0ult'&ord*>œ*aqurdtreud^ 
en layülede Lyon» ou aukr# lieU'pjés d’ilkcï-pour^ 
quoy d vouloir, mandoit & ordonnoit, que tous 

Arccuefques, 


Digitized by LaOOQle 






Dv Roy Loys XI. *49 

Arceuefques,Euefques, & aultres conftituez en di¬ 
gnité 7 , feuffent refidens chafcun en leurs bénéfices & fi 
enalaffent demourer,pour eftre tous preft & appa¬ 
reillez à aler ou ordonne 7 leur feroit, & où. ils n’au- 
roient ce fait dedens fix mois apres ladi&e publica¬ 
tion, que tout leur temporel feuft faifi, & mis en la 
main du Roy. Et apres ledit cry,fut fait de rechief pu¬ 
blier comme de pieçaleRoy pour luy fubuenirà au¬ 
cuns fes affaires j & pour lanecefflté de. fon Royaul- 
me,euftmis& ordonné vng efeu àeftre leué & payé 
fur chafcunc pipe de vin, à mener dehors du Roy- 
aulme, & qui en feroit tyré, & de toutes aultres 
denrees à la valeur, qui par aucun temps auoit efté de- 
laiftee à cueillir. Lequel ayde d’vng efcu fur chafcunc 
pipe de vin feulement, & non point fur aultre mar- 
chandife, fut de rechief mis fus par toutes les éxtremi- 
tez du Royaulme. Et à ce faire & recueillir maiftre 
Laurens Herbelot Confeiller dudit Seigneur, & Dc- 
nys Cheualier jadis Notaire au Chafte.Het de Paris, 
non obftant que decefte mefme charge leRoy y auoit 
pieça ordonnémaiftre PierreIouuelinCorredeur des 
Comptes, qui de ce en demoura defehargé. > 

Aumoys de Feburier audit an mil quatre cens foi- 
xante cinq le Roy qui eftoitàTours & a Amboifes’cn 
partitpouraleraupays .de Bourbonnois & d’Auuer- 
gne, & de là s’en ala faire fa neufuaine à noftjreDamc 
du Puy, & de la en Lyonnois, & au pays du Daulphi- 
né. Et luy eftant audit lieu du Puy eut nouuelles que 
les Suiffesauo.ient rencontré le Due ?de Bourgongne 
& fbnarmee, qui vouloierit entrer audit pays de Suif- 

I i 


Digitized by c.oooLe 



zjo Les Chroniques 

fe. Et comment ils auoient mis ius ledit de Bourgon¬ 
gne, & des gens de Ton armee, bien de feize à dixhuidfc 
mil hommes, & fi gaignerent toute fon artillerie par 
la maniéré qui s’enfuit. Apres que le Duc de Bourgon- 
gnceut' prins GranfTons où il y a ville, il s’en ala au 
long du lac de Verdon, en tirant deuers Fribourg, & 
trouua moyen d’auoir deux chafteaulx qui font fur les 
montagnes à l’entree de Saxe ; mais les SuifTes qui bien 
fçauoient fa venue, & laprife qu’il auoit fait aefdi&s 
deux chafteaux, & dudit Granüon, s’approucherent. 
Et le Vendredy au foir deuant le iour des brandons, 
trouuerent iceulx SuifTes moyen de endorre lefdits 
deux chafteaulx en façon telle queceulx qui Soient 
dedens n’en pouuoient faillir, &c mirent leurs embuf- 
ches entre &affez|)res defdits deux chafteaux ettvng 
petit bois près de la où les Bourguignons auoient mi¬ 
les leurs batailles. Et le lendemain enfumant veille 
defdits brandons au bien matin, ledit Duc de Bour- 
gongne pafta auecqües fes gens ôc fort artillerie. Et in¬ 
continent qu’il fut pafte lefdits SuifTes qui n’eftoient 
queenuirondequatreàfixmilcouleuriniers, & tout 
à pied, qui fe prindrént à tirer & bouter le fou dedens 
leurs ballons, don fils firent tel & fi bon bruit, que 
les chefs de Tauantgarde dudit de Bourgongne y fu¬ 
rent tous tuez, & ainfi tourna en fuite toute iadidle 
âuant-garde. Ettantoft après chargèrent lefdits Suif- 
fes fi eftroit que la bataille tourna en fuite. Et non ob- 
ftantcequeledicftde Bourgongnefiftfonpouuoir de 
ralier fes gens pour refifter à la fureur défaits SuifTes. 
Finablcment luy fut force de tourner en fuite, & s en 


Digitized by G.OOQle 



dv Roy Loys XI. 251 

efchappa à grant peine & dangier de fà perfonne, Ôc 
luy cinquième en cheuauchant & fuyant fans arre* 
fter, &louuant, regardoit derrière luy vers le lieu ou 
fur faiéte fur luy ladite deftroulfe, iufques à Ioigné,Qii 
il y a huid: groffes lieues, qui en valent bien feize de 
France la iolie, que Dieufaulue ôc garde. Et y furent 
m ors à ladi£fce rencontrée la plus part des Capitaines 
ôc gens de renom de lanneedudit de Bourgongne. Et 
fut faitfle ladite deftroulfe le Samedy deuxiefme iour 
de Mars audit an foixante ôc quinze, oii il y eut grant 
meurdre fait dcfdits Bourguignons. Et apres ce que 
ledit de Bourgongne s’en fut ainfl honteufement ruy 
quediteft, ôc quil eut perdu toute fon artillerie, (a 
vaiflelle', & toutes fes bagues, lefdits Suifles reprin- 
drentlefdifts deux chaftcaulx, ôc firent pendre tous 
les Bourguignons qui dedeaseftoient. Etaulli reprin- 
drent la ville & chairel de Granlfon, & firent dépen¬ 
dre tous les Alemans que ledit de Bourgongne y auoit 
fait pendre, qui effoient en nombre cinq cens ôc dou¬ 
ze, & les firent mettre enterre faindte. Et puis firent 
pendre les Bourguignons qui eftoient dedens lediét 
G ranlTon es rrtelmes lieux,ôedeslicols dont ilsauaient 
pendules Alemans ou SuilTes. 

Auditmoisde Mars, & audit an foixante cinq, le 
Roy qui auoit çnuqye Moniteur de Beau-jeu auec- 
ques grant quantité de gens de guerre aflieger mori- 
dit feigneurle Ducde Nemours ,que lors eftoitàCar- 
laten Aùuergne, fè mift ôc rendit mondit feigneur de 
Nemours és mains de monleigneur de Beau-jeu qui 
le mena par deuers le Roy,cftant lors au pays du Daul- 

Ii ij 


* 


Digitized by c.ooQle 



zji Les Chroniques 

phiné&Lyonnois.Etfut ledit de Nemours del’Or- 
donnance du Roy mené prifonnier au chafteau de 
Vienne. Et durant qu’il fut ainfi afïiegé au chafteau 
deCarlat, madame la femme filles de Charles d’An¬ 
jou Conte du Maine,accoucha d’enfant en icelluy lieu 
de Carlat. Et tant pour la defplaifànce de fondit fei- 
gneur & mary que du mal d’enfant, ala de vie à tref- 
pas, dont ce fut grant dommaige,car on la tenoit bien 
bonne & honnefte Dame. Et apres ces choies fut me¬ 
né ledit feigneur de Nemours à Pierre Aflife lez Lyon. 

Au mois d’Apuril audit an, le Conte de Camboba- 
chcLombartouMillenois, quiauoit la conduire de 
deux cens lances de Lombardie qu’il auoit amenées 
audit Duc de Bourgogne,luy tenant le iiege deuant la 
ville de Nux, & qui depuis sefto.it trouuéauec ledit de 
Bourgongne à la deftroufle fur luy faite près deGranf- 
fon, le partit ledit de Cambobache dudit de Bour- 
gongne, & ala par deuers le Duc de Bretaigne, duquel 
iliè aifoit eftre parent, & faignant pour luy aler en 
pèlerinage à fàinéHacques en Galice, lequel Duc de 
Bretaigne le recueillit tres-bien, & luy donna de l’ar¬ 
gent. Et illec ledit Cambobache difoit dudit de Bour- 
gongne qu’il eftoit tresrcruel & inhumain, & que en 
toutes ces entreprifes riy auoit point d’effetft, & nefai- 
foit que perdre temps, gens, & pays, par fes folles ob- 
ftinadons. ’ - - 

Au mois de May enfuiuant l’an mil quatre cens foi- 
xante feize, & apres la rencontre.fur ledit Bourgui¬ 
gnon faite par lefÜits Alemans près dudit Granffon. 
Ledit de Bourgongne délibéra de pourfuiure 6c con- 


Digitized by L.OOQle 


dvRoyLoys XI. 2,55 

tinucr là pourfuite fur & al encontre defdits Alemans, 
& d’aler deuant la ville de Straboürg y mettre le fiege, 
laquelle chofe bonnement il ne pouoit faire fans auoir 
ayae& fecours de gens, & aulîi auoir argent de fes 
pays. Et à cefte caufe y enuoya fon Chancelier nom¬ 
me maiftre ; Guillaume Gonnet, & autres deleguez 
auecques luy iufques au nombre de douze en aucuns 
defes pays Sc villes pour leur dire & remonftrer ladç- 
ftroüüeàinfifur luy fai&e par lefdits Alemans ouSuif 
fes. Et quenonobftant icelle fon intention eftoit de 
tirer auant, & eftrevengié defdits Suilfes,pourlefquel- 
lcsdholèsluy falloitâüoir argent & gens, & qu’ils luy 
voülfilfentayder du fixicfme de leur vaillant, & de fix 
hommes, l’vn puiffant de porter arnois, aufquels dou¬ 
ze airifi deleguez de luy que dit eft fut rendue & fai été 
felponcfc del Gant, BrugcsyBrucélles, fille iesFlandres, 
& aultres-que au regard dudit de Bourgongne ils le 
reputoient leur vray & naturelfeignéur, & que pour 
luy fcrôflt leurpoiEbifît^.^ Eli difaïit par eulx que feil 
fentoit aucunement emprelfé defdits Âlemans ou 
Suilfes, & qu’il n euft auecques luy aifez de gens pour 
fi’en detournef franchement en fes pays qu’il le leur fift 
afTauoir, & qu’ils expoferoient leurs corps & leurs 
biens pour l’aler quérir pour le ramener lauluement 
en fefdits pays. Mais que pour faire plus de guerre 
pour luy, n’eftdïefftpoint délibérez de plus luy àyder 
de gens, ne d’argent. 

Durant ces chofes le Roy demoura à Lyon faifanç 
grant chieitè, & vint par deuers luy le R oÿ de Cecille 
Ion oncle,auquel il fift moult bel recueil à l’arriuer par 

I i iij 


Digitized by G.OOQle 



154 Les Chroniques 

deucrs luy audit lieu de Lyon > & Iuy mena veoir la 
foire qui eftoit audit lieu, auecqucs les belles bour- 
geoifes & dames dudit Lyon. Aufli y vint & arriua 
vng Cardinal nepueu du Pape qui auoit fait aucuns 
excezen Auignon contre le Roy Ôç rnonfeigneur l’Ar- 
ceuefquc de Lyon Légat d’Auignon. Lequel Cardi¬ 
nal demoura par long temps autour du Roy auant 
quedeluy pçuftauoirlon expédition. Et puis tout le¬ 
dit débat fut appointe'entre le Roy, ledit Légat d’A- 
uignon, & ledit Cardinal. 

Audit temps le Roy de C ecile appointa, voulut & 
accorda auecqucs le R oy > que aprçs fà mort fa Gonté 
de Prouence rctourneroit de plain droit au Roy,& fc- 
roit vnie à la Couronne. Et en ce failànt la Roync 
d’Angleterre fille,dudit Roy de C ecile, ycufUc du feu 
Roy Henry d’Angleterre', qui edoit prifonniere au 
Roy Edouart d’Angleterre, fut par le Roy racheptcc, 
& pour fa rançon en futpaye'audit Edouart. cinquan^ 
temilcfcUsd’ot; Et àçeftecaufeladûdc Royne d’An¬ 
gleterre céda & trânfportaau Roy tout le droit qu el¬ 
le pouoitauoir en ladite Conté de Prouenee,moyen- 
nant aufTi certaine penfionà vie, qucle Roy luy bailla 
par chacun an,durant le cours de la vie d’icelle Royne. 

En ce temps le fàmedy treiziefmc jour du mois de 
, Iuing mil quatre cens fonçante & feize, le Senefdbalde 
Normendie Conte de Mauleurter , fils defeu.raefîke 
Pierre de Breze, qui fut tué à la rencontre de Montle- 
; hery. Lequel Senefçhal qui s'en «doit aléà la chafTc 
prés d’vng villaige nommé Romiers les.Dbncdan,à 
luy appartenant, & auecques luy y auoit mené mada- 


Digitized by C.ooole 



dv Roy Loys XI. 155 

me Charlote de France fa femme, fille naturelle dudit 


feu Roy Charles, & de Damoifelle Agnes Sorel. Ad- 
uint par male fortune apres que ladite chafle fut fai¬ 
lle, & qu’ils furent retournez foupper& au gifte au¬ 
dit lieu de Romiers, ledit Senefchal fe retrahit feul en 
vne chambre, pourillec prendre fon repos de la nuit, 
& pareillement fadiéte femme fe retrahit en vne aul- 
tre chambre. Laquelle rneuëde lefcherie defôrdonnee, 
comme difoit fondit mary, tira & amena auecques el- 
levri gëntilhômmedupaysde PoiëfoU nomme Pier¬ 
re de la V ergne, lequel eftoit Veneut de là chaffc du¬ 
dit Senefchal, & lequel elle fift coucher auec elle, la¬ 
quelle ehofe futdiélc audit Senefchal pftr vng fieh fer J 
uitèur & maiftred’oftel , nomnie Pierre fApoticairè; 
Lequel Senefchal incontinen t priflt fon elpec & vint 
faire rompre l’uys où eftoient léldicsDame & Ve¬ 
neur , lequel Veneür il trouua : en chemife, auquel il 
bailla dé fon eipee defiiis la telle &autrauers dû corps, 
tellement quille tua. Et ce fiait scrmla en vne cham¬ 
bre, ou retrait, âû ïoingriâût dé ladite chambre', où 
il trouua fadite femme mucee deflbus là coufte d’vng 
liél où eftoient couchez fes enfans, laquelle il print & 
la tira pàrlcbrâs à terré'. Çt èrila tirâht àbaS luyftappa 
deladiéleelpeeparmylcselpaules puis elledefcen-. 
duë à terre ellant à deux genoulx luy tràuerfà ladi-» 
âfeëlpeë partny Ics ma-mmelles & ëftomach, dont in¬ 
continent elle ala de vie a trefpas, &f puis l’enuoya en¬ 
terrer ch l’Abbaye de Coulons, & y fift faire fon fer- 
uice. Et fift enterrer ledit Veneur en vng iardin au 
iôingnant de l-oftel où il àuoit efté occis. 


Digitized by c.ooQle 




^6 Lés Ch.ro niqjes 

En apres le Roy eilantà Lyon, qui auprès de illec 
auoit grant quantité de fon armee, eut certaines nou- 
uelles que le Duc de Lorraine qui eftoit au pays de 
SuilTeauecqueslesSuiiTes, Barnes, Alemans, & Lor¬ 
rains pour defeonfire ledit de Bourgorigne, qui par fa 
folle obftination & ouitrecuidancc eftoit entré audit- 
pays deSuiffe, & auecques luÿ mené grande quantité 
d’artillerie, gens de guerre, & marchands fuiuans (on 
oft qu’il auoit parqué & mis en forme de fiegedeuant 
vne petite ville dudit pays de. Suide nonarheeiMprat. 
Et’le famedy vingt-deuxieffne dudiét mois de Iuing 
audit an quatre cénts foixante & feize > enuiron.l’eure 
d’entreidix& qn?& d&matiùledit iDjjc de Lorraine 
a.çpmpaigné'cqmtAe dit eft, s’en viftt adâillk lediéfc de 
Bourgongne, & de prime venue içeluy de Lorraine 
defçonfit toute,l’aüantrgarde dudit- de Bourgongne* 
qui edoient douÉe mil combatans &; mieulxj dont 
auoit la charge & çonduiéte monfeigneur le Conte 
de'Romont qui à bien grant, hafte.trquua moyen de 
fq v làuluerj mtfttjçt eft fuiittp luydquziefme. Et puis 
le bqutterent les gens de guerre dedens ledit Morat 
auecques les aultres.de lacüéte armee de monditlpi- 
gneuf de Lprraine dpden&lqpare-duditde Bqnrgonr; 
gne .qii.ilsftuerenqtouÉ cequiyfuttrouué, 3c lànsmi- 
lericordeaupune. Et-fut ledit bqiirg çqntrainét de le 
retraire autçques; vng peu dç gens> dq guerjreidédbjd 
armee qui le làuuerent . ; Et. depuis fondit : parc s’en¬ 
fuit fans arrefter, fouuent regardant derrière luyiuf- 
quesà Ioigné, qpi etlbiçn diftantj dudit lieu oïl mêla-: 
diète defeon^rede quinze à^eize tieüës frgnçoifes: 

& illec 


Digitized by LaOOQle 





dv Roy Loys XI. *57 

& illcc perdit tout fon vaillant, qui y eftoit comme or, 
argcntjVaifTelle, ioyaulx, tapifferie, toute fon artille¬ 
rie, tentes, paueillons : & generallement tout ce qu’il 
y auoit mené, & apres ladite defconfiture lefdits Ale- 
mans & Suyfïès confidcrant le grant fer uice à eulx fait 
par ledit de Lorraine, luy donnèrent & deliurerent 
toute ladiéte artillerie & parc dudit de Bourgongne, 
pour la recompenfe de fon artillerie quil auoit perdue 
auditlieudeNancy,que icelluyde Bourgongne par 
violence & vouloir defordonné fans aulcun filtre, 
auoit prinfe & emportée hors d’icelle ville. Et en ladi¬ 
te delconfiture moururent vingt-deux mil fept cens 
hommes qui y furent trouuez morts, tant dedens le¬ 
dit parc que dehors, pour le rapport fait des Heraulx 
& pourfuiuans qui par ladiéte eftimation faireie trâf- 
porterent audit lieu. Et apres ladiéte defconfiture ainfi 
faiéte que dit eft,ledit deLorrainc & Suiffes firent leur 
fuite apres ledit de Bourgongne, & tuerent depuis 
plufieursaultres Bourguignons qui aufll fe retiroient 
audit lieu de Ioigné,& depuis firent bouter les feux 
& deftruire toute la Conté de Romont en Sauoyc, 
ou ils tuerent tout ce qui y fut par eulx trouué, & fans 
mifericorde aucune. 

Apres ces chofes ainfi faiéles ledit feigneur de Lor¬ 
raine fe rctrayt àStrafbourg audit pays de Suiffe, &d’il- 
lec apres s’en partit à tout quatre mil combatans de la- 
diète armee, & ala mettre le fiege deuant fà ville de 
Nancy, ou dedens eftoient bien de mil à douze cens 
combatans pour ledit de Bourgongne, lequel fiege il 
mift & ordonna deuant. ladiète ville de Nancy. Et 

K K 


Digitized by L.oooLe 


Ï58 Les Chrônïqjves 

apres qu’il eut ce fait s’en retourna audit lieu de Suifle, 
ôc depuis retourna audit fiege à tout grant quantité 
d’aultres gens de guerre. 

En apres le Roy par long temps s’eftoit tenu à Lyon 
& illcc enuiron, s’en retourna au Pleflis du parc lez 
TourSjOii eftoient la Royne,& monfeigneur le Daul- 
phin, oùilfejourna vngpeu de temps & puis s’en ala 
rendre grâces à noftre Dame de Behuart, de ce que fes 
beloignes s’eftoient bien portées durât fondit voyage 
dudit lieu de Ly on,& fi enuoya argent en plufieurs & 
diuers lieux oüeftreueree laBenoifte glorieufc Vier¬ 
ge Marie. Et entre aultres lieux donna & enuoya à no- 
ftre-Dame de Ardenbourg en Flandres deux cens ef- 
cusd’or, & enfoy retournant dudit Lyon fift venir 
apres iuy deux Damoifelles dudit lieu iufques à Or¬ 
léans , dont l’vne eftoit nommee la G igonne, qui aul- 
trefoisauoit eftémarieeàvng marchant dudit Lyon. 
Et l’autre eftoit nommee la Pàfte-fillon, femme aufli 
d’vn marchant dudit Lyon, nommé Anthoine Bour- 
cier. Et pour l’onnefteté defdits deux femmes, leur fift 
6 t donna le Roy de grans biens: car il maria la Gigon- 
neà vng ieune fils natif de Paris, nommé Gieftroy de 
Caulers. Et pour ledit mariage donna argent & des 
offices audit Gieftroy. Etau mary de Pafte-fillon don- 
nal’office de Confcillicr en la Chambre des Comptes 
à Paris, au lieu de maiftre Iehan de Reilhac, auquel 
pour ceftecaufe elle fut oftee. Et puis laifta la condui¬ 
re defdites deux femmes à les mener à Paris dudit lieu 
d’Orléans àDamoifelleYfabeau de Caulers femme de 
maiftre Phelipe le £egue Correcteur en la Chambre 


Digitized by c.ooQle 



dv Roy Loys XI. 159 

des Comptesà Paris. En apres le Roy s’en aladudiét 
lieu d’Orléans à Amboife & à Tours, par deuers la 
Royne &monfeigneur le Daulphin. Et depuis en pe- 
lerinaigeà Noftrc Dame de Behuart, & auicres laindts 
lieux. Et apres s’en retourna audit Plefïis du parc, ôc 
aultres lieux voifins. 

En apres ladite defeonfîture faille dcfdits Bour¬ 
guignons audit lieu de Morat, & que le fiege eut efté 
ainu mis deuant ledit Nancy que dit eft, par ledit Duc 
de Lorraine, fut icelle ville remife en Tes mains, & s’en 
alerentlefdits Bourguignons eftans dedenspar com- 
pofition, culx & leurs biens faufs.Et apres ce que ledit 
leigneur de Lorraine eut ainfi recouuré fadiéte ville de 
Nancy, & de nouucl auitaillee, & mis gens pour la 
garde d’icelle, ne demoura pas vng mois apres que 
ledit Duc de Bourgongne qui s cftoit retrait envnc 
ville nômee Riuicres,qui eftoit prés de Salins en B our- 
gongne, & qui auoit afTemblé & fait amas de gens le 
plus qu’il auoit peu,s’en vint de rechief mettre le fiege 
deuant ladiéte ville de Nancy. Etdaultreparts’cn ala 
leditDuc deLorraine audit pays deSuifle pareillement 
faire fbn amas de gens, pour reuenir fecourir fesgens 
dudit Nancy & leuer ledit fiege. 

Apres ces chofes le Roy de Portingal qui prêtai-'* 
doitaluyapartenirlesReaulmes deSeuille &Caftille, 
enfèmble toutes les Efpaignes,à caufe de fa femme, fe 
partit de fondit Royaulme de Portingal & vintdef- 
ccndre és marches de Frâce,& puis vint àLyon, & de la 
àTours par deuers le Roy, pour luy requérir aide & fe-, 
cours de gens,pour iuy aider àrecouurer lefdits Roy- 

Kk ij 


Digitized by 


Google 



i 6 o Les Chroniqves 

aulmcs. Etfutreccudu Roy moult bénignement & 
honorablement, & apres ce quil eut efté audit lieu de 
T ours par certaine efpace de temps,où il fut fort fe- 
ftoyé & entretenu de plufîeurs Seigneurs & nobles 
hommes eftans auecques le Roy, & tout au coufts & 
defpens du Roy. Ledit Roy de Portingalprintcongié 
'du Roy & s’en ala à O rIeans,oii il iuy fut fait honneile 
recueil, & apres s’en partit dudit Orléans & vint en la 
bonne cité de Paris,dedens laquelle il fit fon entree, & 
y arriua le fàmedi vingt huiéf iefme iour de Nouembre 
quatre cens foixate & feize,enuiron l’eure d’entre deux 
& trois apres midy, & y entra par la porte fainét Iac- 
ques. Etpouraleraudeuantdeluy & le recueillir aux 
champs iufqucs au molin à vent, y furent tous les E- 
ftats de Paris, & parordre, enhonneftes & riches ha¬ 
bits, tout ainfi que ce euft efté pour faire l’entree du 
Roy. Et premièrement y fhrent hors Paris pour aler à 
luy,lc$ Preuoftdcs Marchans & Efcheuins de ladiéte 
ville, qui pour ladiârc venue furent veftus de robes de 
drap de damas blanc & rouge,fourrées de martres, 
lefquelstftoicnt accompaignez des bourgeois & offi¬ 
ciers de ladiéfe ville. En apres y fut aufti meffire Ro¬ 
bert DeftouteuillePreuoft de Paris, qui eftoitaccom- 
paignéde fesLieutenans Ciuil & Criminel,& tous 
les Officiers du Roy & Praticiens du Chaftellet, qui fc 
y trouucrent en grantnombre Ôc honneftes habits.En 
apres y vint monfeigneur le Chancelier Doriolle,met 
fcigneurslcs Prefidcns & Confcilliers de la Court de 
Parlement, les Cofeillicrs & Gens des Coptes, les Ge¬ 
neraux fur le fait desAydcs & Monnoyes & duTrefor. 


, Digitized by G.ooQle 



DV RO Y LOYS XI. 2 . 6 ! 

auecques grant quantité de Prélats,Eucfques Ôc Arce- * 

uefques, ôc aultres notables homes, en moult grant ôc 
honnefte nombre. Et ainfi accompaignéquediteft, 
futmené ôc conduit iufques à la porte Fainâ Iacques, 
où illec en entrant par icelle dedens ladiébe ville trou¬ 
ua de rcchieflefdits P reuoft des Marchans ôc Efche- 
uins, qui luy prefenterent vng moult beau poifle ou 
ciel, qui eftoit armoyé par les coftez aux armes du 
Roy, & au meillieu y eftoient les armes d’Elpaigne,<Se 
puis fe bouta defloubs icelluy poifle. Et luy eftant ain- 
lî dcfloubs, vint ôc fut conduit iufques à fainét Eftien- 
ne des Grecs, où il trouua là les Reéteur, Supports Ôc 
Bedcaulx de l’Vniuerfité de Paris , qui propofcrent 
d'euant luy fa bien-venue. Et ce fait s’en vint iufques 
en l’Eglifc de Paris, où il fut receu par le Prélat d’icel¬ 
le moult honnorablement. Et apres fonoroifon fai- 
&e s’en vint au long du pont N oftre- Dame, & trouua 
à l’entrce du marché-palu cinquante torches allumées, 
qui le conduifircnt autour dudit poifle. Et au bout 
dudit pont Noftre Damcà l’endroit de la maifon d’vn 
coufturier nommé Motin ,y fut trouué vng grant ef- 
chaflault, où eftoient diuers perfonnaigcs,qui eftoient 
ordonnées pour faditc venue. Et d’illec s’en ala defeen- 
dre en fon logis, qui luy fut ordonné en la rue des 
Prouuaircs, en l’oftcl de maiftre Laurens Hcrbelot 
marchant ôc bourgois de ladi&c ville, où il fut bien 
recucilly. Et là luy furent faits plufieurs beaülxprefcns 
tant de ladi&c ville que d’ailleurs, ôc fut veoir tous les 
beaulx lieux &cftats de Paris. Et premièrement fut 
mené en la Court de Parlement, qui fort triompha à 

Kk iij 


Digitized by G.OOQle 



i 6 t Les Chroniques 

ceiourdc (a venue: car toutes les Chambres y furent 
tendues & parées, & en la grant Chambre y trouua 
monlèigneur le Chancellier Doriolle, mefleigneurs 
lesPreudents, Prélats, Confeiiliers, & aultres OfK- 
ciers, tous honneftement veftus. Et deuant luyy fut 
plaidoyé & public vnc matière en Regallc par maiftre 
François Haflé Archidiacre de Paris & Aduocat du 
Roy en ladiébe Court, & contre luy eftoitpour Ad¬ 
uocat maiftre Pierre de Breban Aduocat en ladiétc 
Court & Curé de fainét Euftace, lefquels deux Ad- 
uocats il faifoit moult bel oyr. Et apres ladiéte plai¬ 
doirie luy furent monftrees les Chambres & lieux 
de ladiéte Court. Et par aultres iournees fut en la 
grant falle del’oftel de l’Euefque de Paris, pourilicc 
veoir faire vnDoéfceurenla faculté deTheologie, & 
apres ala voir le Chaftellet,les prifons & chambres, 
qui toutes eftoient tendues, & tous les O fficiers chaC- 
cun en foneftat veftus de beaulx & honneftes habits. 
En apres le Dimenchepremier iour de Décembre au¬ 
dit an quatre cens foixan te & feize,alerent pafter par 
deuant fon logis toute T Vniuerfité de Paris, & toutes 
lesfacultez & fubgets d’icelle, & puis s’en vindrent 
chantervnegrant MeiTe àfaint Germain Lauxerrois, 
& par tout où ilaloit par ladiéte ville eftoit mené & 
conduit par monfeigneur de Gaucourt, Lieutenant 
du Roy audit lieu de Paris, qui luy donna en la maifon 
vng moult beau & riche foupper où y furent grant 
nombre de gens notables d’icclle ville, tant hommes 
que femmes, Dames & Damoifelles & aultres. 

Audit mois d’Oébobre aduint à Tours que vng 


Digitized by G.OOQle 


dv Roy Loys XL i6$ 

nommé IehanBon natif du pays de Galles, qui auoit 
belle penfion du Roy, & qui l’auoit marié à vne fem¬ 
me de Mante qui auoit bien du lien, confpira par l’en- 
hortement du Duc de Bourgongne, comme il con- 
feflfa, de empoifonner & mettre à mort monfeigneur 
leDaulphin,aifhéfils du Roy. Et pour ledit cas qu’il 
confeflàeftre vray, futcondempnépar le Preuoft de 
l’oftel du Roy à eftre décapité. Et en le voulant exécu¬ 
ter luy fut demandé par ledit Preuoft s’il vouloit plus 
rien dire, lequel refpondit que non, finon qu’il pleuft 
au Royd’auoir là femme & fes enfans pour recom¬ 
mandées. Et alors luy fut dit par ledit Preuoft qu’il 
choifift de deux chofes l’vne : c’eft allàuoir de mourir, 
oud’auoirlesyeulxcreuez. Lequel choifit d’auoir les 
yeulx crcuez,ce qu’il luy fut fait fai^e par ledit Preuoft, 
& puis fut deliuré à fa femme, laquelle le Roy voulut. 
quelle cuft la penfion de fondit mary durant fa vie. 

Au mois de Décembre audit an foixantc & feize,fe- 
fte de S. Iehan és feftes de Noël, aduint par male for¬ 
tune que le Duc de Milan fut tué & meurdry parvng 
Gentilhomme du pays, qui ledit iour en faingnant 
de vouloir parler àluydedens la grant Eglife dudiét 
Milan,oùilfepourmenoit auecques vneAmbaftàde 
qui eftoit venue par deuers luy, vint fècrettement 
luy bouter vng coufteau parmy la fente de fa rob- 
be dedens le petit ventre, ou lemift foubdainement 
par trois ou par quatre fois, & fans dire mot chey t fou- 
dainementàterre tout mort, & futfaitledit faitpour 
raifon de ce que ledit Gentil-homme,fes parens & 
amis auoient mis & employé tout leur vaillant pour 


Digitized by G.oooLe 





zé 4 Les Chroniques 

payer le vaccantd'vne Abbayepour vnde leurs parés. 
Auquel ledic Duc de Milan l’auoit oftec pour bailler la 
àvngaultre: &: pource qu’il ne voulut delaifTer&en 
fournir iouyr leurditparent, icelluy Gentil-homme 
apres ce qu’il eut de ce fait pluficurs requeftes audit 
DucdeMilan,quineluyvouloit accorder,fit &com- 
mift ledit homicide à la perfonne dudit Duc de Milan 
dedens ladicSte Eglife. En laquelle aufli incontinent ce 
fait fut tué & meurdry, & vng aultrede ladiétc ville 
qui acompaignoit leditGentil-homme qui aulïi auoit 
délibéré de tuer ledit Duc de Milan,pour ce qu’il luy 
detenoit & maintenoit fa femme,contre fon gré & 
voulenté,eftant auccques luy, & par la fentencc des 
nobles dudit pays,des iuges & aultres notables perfon- 
nes dudit Milan,fut dit & délibéré que tous les hom¬ 
mes,femmes & enrans,ducofté &c ligne de iceluy gen¬ 
til-homme, & cclluy de fadi&e compaigncequclquc 
part qu’ils feroient trouuees,feroient tuees &mcur- 
dries, & leurs maifons & feigneuries démolies & gct- 
tees par terre & arrafez, mefinement les arbres portans 
fruidsà eulx appartenans defracinez,& mife la racine 
delTus:ce qui fut fait. 

Audit mois de Décembre quatre cens foixante & 
feize, mourut &ala de vie à trefpas madame Agncz de 
Bourgongne,au Chafteau de Moulins en Bourbon- 
nois, laquelle eut efpous feu Prince de très-noble 
mémoire monfeigneur Charles , en fon viuant Duc 
de Bourbonnois &: d’Auuergne,dont eft ifluë tres-no- 
ble & tres-honnefte Iigniée,tant malles que femelles, 
comme tres-hault & puilfant Prince monfeigneur 

Iean 


Digitized by G.OOQle 



-Ov Roy Loys XI. 165 

IeaàDiicdcBourbonnois & d’Auuergrie,qui efpoufà 
tres-exccllente Princelfe madame Iehanne de France 
filleaifnee du Roy Charles feptiefine decenom,mon- 
feigneùr Loys feigneur de Bcaujeu qui mourut jeune, 
monfeigneur Charles Arceuefquc & Conte de Lyon 
Primat de France, Cardinal de Bourbon, môfeigneur 
Pierre feigneur de Beaujeu qui efpoufa l’aifhee fille du 
Roy de France lors fils dudit Roy Charles, monfei- 
gneurrArceuèfque du Liege, Iacques monfeigneur 
qui mourut à Bruges, madame Iehanne qui fut efpou- 
fee au Prince d’Orengc feigneur d’Arlay , madame 
Marguerite femme de Phelippe monfeigneur de Sa- 
uoye feigneur de Brcffe, & laquelle deffunte dame 
vefquitiaintement & longuement, & fon trcfpas fut 
fort plaint &ploré de tous fesenfans, parens, ferui- 
teurs & amis, & de tous aultres habitans efdits pays de 
Bourbonnois & d’Auuergne, en benoift repos gife 
fbname. Ellegifteni’EglifédeSouigiïy. 

Et aptes que ces chofes curait efie ainfi faites que 
die eR, le Duc de Bourgôngne qui auoit mis le fiege 
deuant la ville de Nancy en Lorraine, pouricelle auoit 
comme douant auoit eue, mit les gens qui eftoient des 
dens icelle viliepourleditDuc de Lorraine en telle 
necefficé qu’ils n’auoient plus quemenger, & pargrat 
contrainte dcfàmine fecftoiçntmis encompofition 
d’eux rendre esmainsdudit Duc de Bourgongne. Le 
Dimenchc veille des Royscinquiefmciour de Ianuier 
audit an lxxvj. vint & arriua ledit monfeigneur de 
Lorraine acompaigne de xij. àxiiij,. mil Suifiès, Ale- 
mans& aultres gens de guerre pourleuer ledit fiege y 

L1 


Digitized by 


Google 



1 66 Les Chroniques 

combatre ledit de Bourgongne,& remurerleditNan- 
cy,dontenaduint ce qui s’enfuit: C’eftaiTauoir que 
quatre iours auant la iournee 5c venue dudiét de Lor¬ 
raine deuant Nancy, qui fut le cinquiefrçie de Ianuier 
veille des Roys quatre cens lxxvj. le Conte de Camp- 
bafts,le fire Ange 5c le feigneur de Montfort laiïfcrent 
le Duc de Bourgongne, 5c l’abandonnèrent en fondit 
parc. Et le mercredy deuant la bataille ou iournee', ice- 
luy Conte de Campbafts en emmena bien auecqucs 
luy neuf vingts hommes d’armes, 5c Itffamedy enfiii- 
uant les deux aultres Capitaines dcfTus nommez en 
emmenerét bien fix vingts hommes d’armes, qui tous 
vouloient eftrc François : mais on difïimula de les re- 
ceuoir pour la treue, & fut ordonné par aucuns à qui 
ilss’addrefferent,qu’ils s’eniroient en Lorraine: La¬ 
quelle chofe ils firent referuévne partie qui demoura 
pour garder Condé, qui eftvne place fus la riuicrc de 
Mezelle,par oti tous les viures dudit Duc de Bourgon¬ 
gne paffoient, qui venoient du val de Mets 5c du pays 
aeLuxembourg, & s’en tira ledit feigneurdeCamp- 
bafts deuers monfeigneur de Lorraine, 5c Taducrtit 
de tout le fait dudit de Bourgongne ^ incontinent 
s’en retourna luy &fes gens audit lieu de Gondé, qui 
n’eft que à deux lieues dudit lieu de Nancy. Et lediéfc 
iour de fàmedy quatriefme iour dudit mois delanmer, 
ledit monfeigneur le Duc de Lorraine arriua à fainét 
Nicolas de Varengeuiile 5c les Suiffes auec luy, qui 
bien eftoient dix mil cinq cens de vray compte fait,’&, 
d’aultres Alcmansy auoit beaucoup, fans les Lorrains 
& aultres gens de guerre. 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. ± 6 y 

■*' Et le Dimenche enfuiuant cinquiefme iour dudit 
moisenuiron huiét heures de matin, defemparerent 
& partirent lefdits feigneurs de Lorraine &de Suiffe, 
& vindrent.à Neufuille, & oultre vng eftanc prés d’il- 
lec firent leurs ordonnances, & en etted lefdits Suif- 
fes fe mirent en deux bandes, dont le Conte d’Abftain 
& les Gouuerneurs de Fribourg & de Zurich auoient 
lvne, & les aduouez de Berne 1 autre, & enuiron mi- 
dy marchèrent tous à vne fois :ceftafîàuoir vne ban¬ 
de deuerslariuiere,& l’autre tout le grant chemin à 
venir deuers.ledit Neufuille audit Nancy. Ledit Duc 
deBburgongnes’eftoitjamishorsde fon parc & en 
bataille, & au deuant & deuers luy y auoit vng ruif- 
feauquipajreàvneMaladerie nommée Lamagonne, 
& cftoitîedit ruiflfeau entre deux fortes hayes des deux 
coftez, entre luy & lefdits SuifTes. Et fur le grant che*» 
min par ou venoient lvne des bendes d’iceulx SuifTes, 
auoit leditDuc de Bourgongne fait affeoir le plus fort 
dé fon artillerie. Et ainfi que les deux bandes mar- 
çhoient &c quelles furent à vng grant traiéb d ? arc des 
Bourguignons, defeharga fur iceulx SuifTes, & n y fift 
quelque dommaige. Laquelle bendedes SuifTes laifïà 
ledit chemin & tira au defTus vers le bois, & fift tant 
qu eUe fuCau cofté dudit Duc de Bourgongne,au plus 
haultdu lieu. 

En faifànt ces chofes ledit D uc de Bourgongne fift 
tourner Tes Archiers, qui tous eftoient à pie deuers 
iceulx SuifTes, & ordonna deux, efles de Tes hommes 
d’armes pour batailler, dont en lvne eftoit Iacques 
G aliot Capitaine I talien, à l’autre eftoit le fouuerai n 


Digitized.by c.ooQle 



2,68 Les CHRONiQVES 

de Flandre?> nomme' meflire Idffe deLalain. Et fi tbft 
quelefdits Suides fe trouuerent au deflus & au collé 
dudit Duc de Bourgongne:toutà vngcoupfe tourne* 
rent levifaige vers luy & fon arm ce, èc fans arrefter 
marchèrent le plus impetueufement & orguillieufe- 
mentqueiamaisgens firent. Et à l’approucher pour 
ioindre defchargerent leurs couleurincsà main,& àla- 
dide defeharge qui n eftoit pas des Generaulx des fi¬ 
nances , tous les gensde piet dudit de Bourgongne fe 
mirent en fuite. La bende defdits Suifies qui eftoit dc- 
uers la riuiere marchèrent quant ôc quant celle dudit 
Galiot & deceubc qui eftoient auccques luy, & frap¬ 
pèrent lefdits Suifies dedens eulx.tellement qu’ils fu¬ 
rent incontinent defiaits.L autreefie defdits Bourgui¬ 
gnons tourna pareillement fur l’autre bende défaits 
Suifies, mais ils les recueillirent bien : & fi toft que lef¬ 
dits gens dudit Duc de Bourgongne qui eftoient à 
pied,fe mirent en fuite, tous fes gens decheual Blo¬ 
quèrent apres, & tirèrent pour pafler au pont de Bri- 
dores à demie Üeuë de Nancy, qui eftoit le chemin à 
tirer vers Thionuiile & Luxembourg.: Et lequel pont 
ledit de Cambafts auoit empefehé,& y eftoit luy & fes 
gens, &aultre$ gens d’armes tous en armes, ôz auoit 
fait mettre des chariots au trauers duditpont. Etainfi 
que la foule defdits Bourguignons y arriuoit,rrOuua 
illec empefehement, monfieur de Lorraine & fes gens 
qui le fuiuoient au dos, ôz pource que ongardoitledit 
pont & qu’il eftoit en baraille, lefditsvB ourguignons- 
furent contraints de eux ietter aux guez de la riuiere.‘ 
Et U fut la grant defeonfiture & plus la moitié que 


Digitized by LaOooLe 


dv Roy Loys XI. 1 69 

au champ de là bataille : car ceulx qui fe gettoient en 
l’eauëeftoient incontinent tuez par lefdits Suifles qui 
y vindrent, & ceulx de l’autre partie fe noy oient eulx 
mefmes, & tout le demeurant fut pris ou mort, &* 
bien peu s’en fàuua. Et aucuns quant ils virentTem- 
bufehe dudit pont fe tirèrent vers les bois,& là les gens 
du pays fi les fuiuoient & les prenoient & tuoient, & à 
quatrelieuësenuiron onnetrouuoit que gens morts 
parles champs & chemins, 6 c dura la chafle fur lefdits 
Bourguignonsiufques à plus de deux heures de nuit, 
que monfieur de Lorraine s’enquift de tous collez 
qu eftoit deuenu ledit Duc de Bourgongnc, 6c s'il s’en 
cftoit fouyou s’il eftoit pris,mais à l’eüre ne furent 
feeues aucunes nouuelles : & tout incontinent fut en- 
uoyé par ledit de Lorraine homme propre en la ville 
de Mets par deuers vng qui eftoit nomme Iehan Dais, 
Clerc de ladite ville de Mets, pour fçauoir fi ledicSb 
Duc de Bourgongne eftoit point pafte, & le lande- 
main ledit Iehan Dais manda dudit lieu de Mets audit 
feigneur de Lorraine,quefeut#ment il n’eftoit point 
pafle, ôcnefçauoit-on qu’il eftoit dcuenu,& qu’iln’â- 
uoit point tiré vers Luxemb ourg. Et le landemain qui 
futlundy iour des Rois,ledit ContcdeCambaftmô- 
ftravngpaigequiauoit eftéprins, quiauoitnom Bà- 
ptifte, natirde Rome, de la lignee de ceulx de la Cou- 
îompne, qui eftoit auec le C onte de Chalon Neapoli- 
tain^lequel eftoit auec ledit Duc de Bourgongne. Et 
apres qu’il euft efté interrogué* fut icclluy paige mené* 
à grant compaignie de gens de guerre, au lieu ou ledit 
de Bourgongne gifbic mort, lequel eftoit tout nud. 

Ll iij 


Digitized by LaOOQle 



i70 Les Chroniqjes 

Et en ieellüy lieu le mardy enluiuant de ladiéle bataille 
au matin, ledit Paige monftra clairement ledit Duc de 
Bourgongnemort & toutnud, St enuiron luy qua¬ 
torze hommes tous nuds,les vngs alTez loings des aul- 
tres. Etauoit ledit Duc de Bourgongne vng coup de 
ballon nomme hallebarde, à vng coufté du milieu de 
la telle par deflus l’oreille iufques aux dents, vng coup 
dcpicqueàtrauersdcs cuilTes, & vng aultre coup de_ 
picque pariefundement, & futcogneumanifeflemét 
que c’elloit le Duc de Bourgongne à lix choies. La 
première & la principale fut aux dents de dclfus, lef- 
quelles il auoit aultrefois perdues par vne cheute. La 
fécondé fut d’vne cicatrice à caufe de la playe qu’il eut 
à la iournee de Montlehery en la gorge, en la partie 
dextre. La tierce à fes grans ongles qu’il portoit plus 
que nul aultre homme de fa Court, ne aultre perlon- 
ne. La quarte fut d’vne playe qu’il auoit en vne clpau- 
le, à caulè d’vng efcarboucle que autrefois y auoit eue. 
La cinquiefine fut à vne fiflule qu’il auoit au bas du 
ventre en la pennilliere du collé dextre. Et la lixicfme 
fut d’vng ongle qu’il auoit retrait en l’otteil. Etaufdits 
enfeignes donna fon iugement. pour tout vray vng 
fien Médecin Portingalois, nommé maillre Mathieu, 
que c’elloit ledit Duc de Bourgongne fon maillre, & 
aulïi le dirent pareillemen t fes varlets de Chambre, le 
grantBaftard,melhre Oliuier delà Marche,fonChap- 
pclain, & plulieurs aultres de fes gens prifonniers du¬ 
dit monfeigneür de Lorraine. 

Et apres que ledit de B ourgongne aihli trouué eut 
i eftéportéauaitlieu de Nancy, &illec laué & mondé 




Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. 171 

& nettoyé, il fut mis en vne chambre bienclofe où il 
n’y auoit point de clarté, laquelle fut tendue de veloux 
noir & eftendu le corps demis vne table, habillé d’vng 
veftement de toille depuis le col iufqucs' aux pieds, & 
defTus fa telle fut mis vng oreillier de veloux noir, & 
defTus le corps vng poille de veloux noir,& aux quatre 
cornets auoit grans cierges, & aux pieds, la croix & 
l’eauë benoifte. Et ainfi habillé qu’il elloit le vint veoir 
monditfeigneurde Lorraine veftu de dueil, & auoit 
vne grant barbe d’or venant iufqucs à la Teinture, en 
lignification des anciens preux, & de la vi&oirc qu’il 
auoit fur luy eue. Et à l’entree dift ces mots en luy pre¬ 
nant l’vne des mains de defTus ledit poille, Vos âmes 
ait Dieu, vous nous auez fait moult de maulx & dou¬ 
leurs. Et à tant vint prendre l’eaue benoifte & en getta 
defTus le corps, & depuis y entrèrent tous ceulx qui le 
vouldrent voir,& puis le fift ledit Duc de Lorraine en¬ 
terrer en fepulture bien & honnorablement,& luy fift 
faire moult beau feruice. 

Et incontinent apres ladiéte defeonfiture & mort 
dudit de Bourgongne, ledit monfeigneur de Lorrai¬ 
ne & aultres feigneurs & Capitaines, fe mirent à con- 
feil & ordonnèrent que aucuns d’eulx yroient en la 
Duché de Bourgogne,en la Conté & aultres lieux qui 
le tenoient pour ledit de Bourgogne,pour tous les ré¬ 
duire & mettre en la main du Roy, laquelle chofe fut 
incôtinent faiéte fans refiftance,& pareillement ceulx. 
de la Conté d’Auxerre fe rendirent & firent ferment 
au Roy. En ladiéte bataille moururent la plufpart de 
tous les gens de bien de fadiéte compaignie, & y fu- 


Digitized by c.ooQle 



i-ji Les Chroniques 

rcnt prins le grant Baftaxd de Bourgongne, lequel 
depuis ledit monfeigneur de Lorraine mena au Roy, 
luy eftant en Picardie, Le Baftard Baudouin de Bour¬ 
gongne & plufieurs aultres grans feigneurs prifon- 
niers. 

Apres ces chofes & que le Roy eut efté deuement 
accrtene de ladite mort dudit de Bourgongne,& des 
chofes defliifdi&es, ii fe partit de Tours pour aler en 
pelerinaigc à fâ deuotio, & apres s’en retourna à Char¬ 
tres, à Viilcpcrcur,à Hauberuillier,à Noftrc Dame 
delà Vi&oirc, &apres à Noyon & à Compiengnc. 
Et cependant fe reduifirent à luy plufieurs villes ôc 
places tenues & occupées par ledit de Bourgongne, 
comme Montdidier,Pcronne, Abbeuille, Monftreuii 
fur la mer, & aultres places cftans près d’Arras, mais 
kfdits d’Arras ne vouldrcnt point obeyr de prime face 
& fe fortifièrent en ladite ville, de gens de guerr e,vi- 
ures & artillerie JEt lurent enuoy ez de par culx au Roy 
plufieurs AmbafTadeurs, qui tindrent la chofc entre- 
ue, pendant laquelle le Roy fift le plus grant amas 
dartiHerie,pauldres, pionniers, gens de guerre, & atti¬ 
trés préparatoires que jamais on auoit veu,toufiours 
attendans quelle conclufion prendroient lefdits d’Ar¬ 
ras, ou de appointeméc onde guerre» Et pour faire les 
frais des choies defiufdites futîaiâr de grans emprunts 
à Paris & aultres bonnes villes de ce Royanlme. Et: 
apres le Roy tronua moyen cfauoir & mettre la cité 
dudit Arras en fa main, dedcns laquelle ilenrrale mar- 
dyquatriefmeiourde Mars fan îbixanre & feize, & 
fift fortifier &redifier ladiétc cite contre kdiétc ville 

d’Arras, 





bv Roy Lôys XI.' I73 

d’Arras, dedens laquelle y auoitvng tas de gens illec 
venus de plufieurs lieux tenans le party de Bourgon- 
gne,&mefmementdes villes qui nouueliement s’e- 
ftoient réduises au Roy. Et illec (ans auoir chiefne 
hommes de conduire fe fortiiKerent fort, & firent 
de grans blafphemes au Roy, comme faire gibets en 
ladiéte ville & fur les murs, & y pendre croix blanches, 
monft rer leur cul &aultresvillenies.Etsentretindrent 
en leurs folies imaginations iufques à vng peu de 
temps apres, que vindrent deuers le Roy en ladiéte ci¬ 
té aucuns manansdudit lieu de Arras,pour auoir de 
luy aucune bonne parification,auecques lefquels non- 
obftant qu’ils feufîent de faulfe & mauuaifè obftina- 
tion, & que en icelleeufTent trop perfeueré;Le R oy fut < 
content auec eulsqne ladiébe ville d’Arras feroit mile ! 
en famain commetouuerain,, & par deffault de hom¬ 
me, droits & dcuoirs non faits. Et que les fruitbs & re- 
uenuesdeladî&e ville & appartenances feraient re¬ 
cueillis par fes CommifFaireSjlaquellc reuenuë fe pour¬ 
rait prendre par IefditsCommiüàires > & foubs la main 
duRoy paricellc Ebamoifclle de B ourgongne , & iuf- : 
qèesà ce quelle luy euftbaillce homme. Et queau re¬ 
gard de ladiiStc ville d’Arras le Roy n y mettrait puif- 
lâncene gens d’armes , fans le bon gré &; vouloir des 
habitansduditlieu.Apres lequel appoin cernent ainfi 
fait le Roy enuoya audit lieu monfeigneur le Cardinal 
de Bourbon, monfeigneur le Chancelier, mefïire 
GuyOtPotBailiy de Vermendois, mefïire Phelippes 
deCreuecœur feigneur Dcfquerdcs, Gouuerneur de 
ladiéte ville, & aultres nobles hommes, pour prendre 

Mm 


Digitized by c.ooQie 



174 Les Chroniqves 

& recepuoirlcs fermens des habitans dudit Arras, la¬ 
quelle chofe fut fai die : mais en icelle faifant lefdits ha¬ 
bitans d’Arras en aucune partie fe rebellèrent, &vin- 
drent en l’Abbaye de faindt V uaft, ou eftoient aflis à 
difner lefdits feigneurs Cardinal 8 c âultres nommez, 
en armes 8 c fort effrayez, crians, tuez, tuez, dont tous 
lefdits feigneurs eurent la plus grant paour 8 c frayeur 
qu’ils eurent oneques en leur vie, mais il n y eut point 
de mauuais mai fait pour celle fois. Etàpres cescnofes 
& qu’ils furent retournez en la cité d’Arras,le Roy s’en 
partit 8 c ah faire fes Pafqucs à Therouenne, & : apres ! 
s’en alaiaHedin où il eutla ville : mais aucuns paillars i 
tenansleparty deBourgongne s’enalerent mettre 8 c 
bouter dedens le Chaftel & parc dudit H edi n, auquel 
liëu le Royfift tirer de fon artillerie $ ^incontinent y 
fillvnegrant brefehe,parlaquellelesgens du Roy y 
entrèrent. Et en ccllemefine heure ceulx de dedens eu-. 
rent compofition. de rendre ledit lieu f» & eü&etwdierjîi 
eubc& leurs bagues fauuès. • < ; > v > ; '! ü 

L’an mil quatre cens foixan te dix-lepr* apres ce que 
ledit lieudeHedin euftéfte ain£ pris qukmteft s aduifllL 
que aucuns habitans dùdit. Arras faighdhsid® vouloûp 
aler deuers le Roy, obtindrent fauf-condùit dettiôn- 
feigneur L’Admirai qui le lèuc bailla, maispopree qu’il ; 
luy-femblort qu’ils aüoipnt aultte knfagindiaittiqùni 
d’aler deuers le Roy, les fifrfdinre ôc traimawï^u ils"' 
aloiehten Flandres' par deuers-ladi&e dQamorfelle dé 
Boutgongney p otulâqdellecaulè iHs êiüe^tpriisa&rîai-; 
menez audit H edin yaufqùels ’ fut lait Ifeur .procez. Eab 
par iceul? trouuez quiauidits.voyage enmauuaife in-. 


Digitized by 


Google 




dv Roy Loys XI. 1?5 

tentionjpour laquelle caufe furent décapitez audit lieu 
deHediniufques au nombre de dixhuid, entre lef- 
quelsy eftoitvng nomme' M.Oudart de Bucy Procu¬ 
reur General de ladite ville d’Arras & de la Conté 
d’Artois, auquel fut le col couppé dedens vng chappè- 
ron d’efcarlate fourré de letiftes,& ladide tefte auec 
ledit chapperon mife & bouttee au bout'd vng che- 
uron , auquel fut foirt cloué'lcdit chapperon , affih 
qu’il ne feuft emblé enfemble ladide tefte, & contre 
ledit cheurony auoit vng efcripteau ou eftoit efcript. 
Cy eft la tefte maiftr'e O üdart de Bucy, Confeillier d il 
Roy en fa Court de Parlementa Paris.Et apres ladide 
execution faide le Roy s’en ala à Noftre Dame de 
Bouldngnè fur-la-mer ,•& pour raifon des deftufdids 
airifi décapitez,le Roy eut grande malueillance contre 
ladide ville d’Arras, & declaira lorsqu’elle fejroit de- 
ftruide r Et pour ce faite y tnuoya m anouuriers, gens 
de guerre, artillerie, viures, & aultres chofes, : & y fut 
mis le fiege fort & afpre. Et tira lartillerie dedens icel r 
le.ville d’Àri^s vers la fin dumoisd’Apurrl, qüe.|e Ro| 
retourftaon ladide tire d’Arras, ou incôhtinen t fift ti¬ 
rer fadide artillerie , tant bombardes que aultres, à 
caufedequdy toütela ville fut fort fouldroyee, & fut 
fërtafeatu le bouiéuéft què'ceulx d’Arras auoîent faid 
contre îadide cité, tellement qu’on véoit de ladite cf- 
téparmy le bouleuert tout au long de ladite ville d’Ar¬ 
ras. Et tellement que apres ces chofes lefdits fiàbltans 
dudit Àrfàs forent fort efpouuerttez,& cüidbient bien 
mourir, & trouuerèrît le moyen d’enuoyer deuers le 
Roy pour deluy obtenir fa bonne grâce & mifericor- 

Mm ij 


Digitized by 



276 


Les Chroniques 


de , lequel le leur bailla & oébroya, combien qu’il 
l’auoic nabandonnec aux nobles hommes & francs ar- 


chiers eftans pour luy deuant icelle, qui le tindrent à 
mal contens delà compofition que leur auoit donnée 
le Roy veu fondit habandonnement.Et que les delfu£ 
dits en perfeuerât de mal en pis aUoient iniurié le Roy, 
tué de les gens &fait moult de maulx, parquoy leur 
fembloit bien que le Roy lie les prendrait point à 
mcrcy. Et les gens du Roy au moyen dudit appointc- 
ment entrèrent dedens ladiébe ville d’Arras le Dimen- 


che quatriefme iour de May mil quatre cens foixante 
& dix-fept. 

Et apres la compofition ainfî faidtc dudit lieu d’Ar¬ 
ras , s’en partit le R oy & vint à la Viéboirc. Ainfi s’en 
partitmonfeigneur l’Admirables Gentils-hommes & 
francs archiers de No rmendie, pour eulx en aler chaf- 
cunenleurmaifon. Et le Royeftant audit lieu de la 
Viétoire eut nouuelles que cinquante archiers de fon 
ordonnance eftoient alez.à Peronnc, pour y mettre & 
loger cinq prifonniers de par le Roy,aufqucIs ils auoit 
fait refus a’y entrer,pourquoy il s’en partit &ala audit 
Peronnc cuidant qu’on y voulfift faire aucune rébel¬ 
lion , ou il fut depuis par aucun teraps que aultrèsnou- 
Uelles luy furent apportées que les Flamens Sc attitrés 
tenans leurparry eftoient fur les champs pour nuireaix 
Roy & fespays, pourquoy incontinent le Roy fift pu¬ 
blier fon arrierepan, & que tout homme noble & 
non-noble, preuilegié &c non preuilcgié,& pour ceftc 
fois feuft toutpreft & enarmes pour le feruir ôc refi— . 
ftçr à leur fureur. Et fut ledit cry publié à Paris le Di- 


Digitized by ^.ooQle 






nv Roy Loys XI. 177 

menchc dix-huichefme iour de May àudit an mil qua¬ 
tre censfoixante & dix-fept. En apres le Roy s’en ala à 
Cambray, où il fut rcceu par compofition, & illeefùc 
reeeu par certain temps, & s y refrefchirétfes gensd’ar- 
mes iufques au iour de la Trinité. En ce temps le Roy 
enuoyafes lettres patentes adreflans aux Gens tenans 
fà Court de Parlement à Paris, par lefquelles leur 
mandoit tous en general alcr & eulx tranfporter en la 
ville de Noyon, auec aufii les maiftres des requeftes de 
l’oftel duRoy,pour auecques le Roy & aûltres fei? 
gneürs defon fang ôc lignage, qui feraient illec vcoir 
prendre conclufion & ntl fur le fait du procez faitalen- 
contre dudit de Nemours, qui par long temps auoit 


Paris, laquelle chofc firent lefdits de Parlement, ôé 
partirent de Paris pour aler audit lieu de Noyon, le 
lundy fécond iour de Iuing pour eftre le landemain 
audit Noyon, ainfi que mande leur eftoit par lefHidfes 
lettres, • . 


A udit temps .& au mois de Iumglefartiedyquator* 
ziefine iour dïqcUuÿ mois vng qui auoit cfte de l’oftei 
du R dy, & qui auoit.fàlfifre fon fignet & celluy dvng 
des Secrétaires, & à celle caufe auoit fai<5t & lignées 
plusieurs lettres & baillées en diuerfes villes de ce Roÿ- 
aulme,oüil auoit au moyen d'iccHes prins plüfieurs 
fbmraes de deniers au nom du-Roy, &: icelles à luy ap¬ 
pliquées, fùtpourledit cas audit délinquant fonpro- 
cezfaitdeparle Preuoft derofteiduRoy du Ion Laon 
tenant, & depuis enuoye 7 audit lieu de Paris, auquel 
lieu & pour ledit cas fut pillorié & mictre, & puis fia- 

Mm iij 


Digitized by LaOOQle 



j Lis Chroniques 

ftré au fronc, le poing coisppc,& banny du Royaul- 
me de France, & fes biens & heritaigcsdeciairez & ac¬ 
quis confifquez au Roy. . . 

Auditmoisde îùin adudntque le feigneur deCraon 
à qui lé Roy auoit baillé la charge de fon armee, pour 
aieren la Concède Bourgongne faire guerre à l’en- 
eoritre du Pririce d; Q rengeipour aucunesiniures à luy 
faites par ledit de Craôn, qui n’eftoit pas de pareille 
maifon deluy. Et pour foy venger d’icelle iniure, ét 
auffi le Roy qui auoit baillé le Gouuernement dupays 
audit Prince, & qui auoit edé auffrau moyen dé faire 
mettre ledit pays ai la main du Roy, & l’auoit de ce 
defehargépoiir bailler audit de Craon,s?en courrouça 
£b«i& ironua moy endefarre rctoumcrcqntr ele R oy 
lés pays j villes, & placés qui àfà requefte's’eftoient rc- 
duiâesàluy. Etauecques & en fa compaignie fe mift 
& bouta vng Ghéualierjduduc pays de Bourgongne, 
nomméîftefüre Claudbde¥auidî^y,mii fouftindrent 
îa guerre contre ledit de Craon, iniques a certain 
temps , que iediét. de Craon fceuft.qqe ledittfO- 
renge eftoittoni vnevil^e ncunmee Guy»,«H il vintmet- 
ççlefiege & y démolira par deux iours que ledit fei- 
gnetrr ae Chaûeauguyan frerockidit drOrcnge, &: 
auteres, vindrénepour lb farecurity dofrtins aickierry le4 
dit ddCrponi* quûiîenialarmeaafe un bataille Gontreie- 
ditfeigneur de Ghafteàugayon i ôc f eue grànthurti- 
bilis à^adi®erapeontxty&.deQOiÜ^^ 
rut de gensdeia^otridudtobb éb 
fâns.Etde lad&éÔc dfefcoixEcurey haceacfàiéleèpâr lor- 
«donnante duRoy:procef£o|is^da5crales 


Digitized by c.ooQie 



l’Eglife{àin&MartindeSJthamps,.. -j. ; • . . 

Au mois deluiüeç enfuiuattt audit anj fbixantc dix- * 
fept, le Duc de Guerles qui eftoit venu logeur prés de 
Tournay à tout quatorze ou quinze cens Alemaris, & 
vinccuiderl^ùterlefeuésE^uxbpuigsdudirToUrnay^: 
& foy loger aü pont de pierre prés de ladiéte ville, vin^' 
drent dommager icelle, fut fait faillie par deux fois fur 
ledit dé GuedeSjOuà la ptœmiier.eiàülieiilifut tellement’ 
qu’il y mourut,& Ton corps apportéiehlaŸilledeTraur- 
nay. Et puis à la fécondé faillie yflîrent fur ceulx de fon 
arm ce de trois à quatre cens lançesde l’ordonnance du 
Roy, auec aücunspàrticuliérs deladiéèe vilIMefq<ijceii 
mirent en fuite tous lefdits Alcm'ans ôd £lamens[i & 
bien tuèrent deux mil, & de fcpt 4hui6tcens‘prifôn- 
niers. Etde ladite dcfconfitureen fW chanté-en ÜEu.'. 
glifé de VansTêDtHm 1audaé«sy8i: faitiaibedeS ftmtf 
parmy les rues de ladite ville.1 i'-v - , i.~.. d • 

; j Audit; ancnitquatré t^s dbixanca fic-dixHfèpt ylc* 

mignac DücdcN emours& Cariât© di laIMÎarché,qui- 
auoit eRé c'onfliitué ôf amené prifonnier do la BàÛriliq * 
fairiéti AnthoinjQà itelj&i lîèmblah)© quatriflCoaei iouar ; 
d’Aoull: en l’anrice prcccdeiite,polit aucuns cafe,délits, > 
& crimes par luy commis ; & perpétrez, durant lequel : 
tcmpsdeioriytrhpri^^ enècdi&qi E«üfde la Ba*» 
{bUe,luy£in:mtiaits'pluficuis mtcrlrdgatdirés. furi lefi ' 
di&c$ charges, aùfqucls il rcfpoKjditdc bouche & par > 
efertpt 9 «mtlpaidcuant mdTcigtièursi lb Chamelier de : 
Frahtenommémaiûix Pïcri^D ofkrlle,que,aulàcs des ? 
Prefidens & Confeillers delai Court de, Parlement par 


Digitized by c.oooLe 



tSo Les Chroniques 

pluficurs ôc diuerfes ioumees. Ec cncores par certains- 
gtansClers du Royaulme, demouraiïs en diuerfes ci¬ 
tez & villes dudit Royaulme,pource mandez & af- 
fcmblcz de l’ordônancc du Roy en la ville de Noyon, 
auee& enJà compaigniedèfdits de Parlement. Et en 
laprcfèncedemonfeigneut de Beaujeu illec reprefen- 
tant laperfonne du Roy, fut tout veu & vifité lapro- 
cedurcpar ladiéte Court, faiû^ alencontrédudilfc de 
N emours,ehfemblejaufli ks^Kcufàtronsparluy faites- 
& baillées feruants àià faluation. Et tout pareuix veu 
côclurent audit procez,tellement queleditiourdc lun- 
dÿ.quàtriefme idur dtAouiVfut audit lieude iaBaftille 
meliirc Ichari te Boulengierpremier PrefidentaudicSt • 
Parlement,accompaignic du Greffier Criminel de la- 
<Ü3e Court, de fire X>enisjidTelin maiftei ctoftel du 
Ro)r, & aultrèsijXjufiyindrcnt dire& declairer audidfc 
de Nemours, que veues les charges àîluy impofees, fes- 
confefliofii& excofàaons par luy fur cdàires r & tout 
veu 6èconrider4agTandei& s meOTc'deliberation,luy> 
fut dit par ledit PrÆ.dent^parla.Court dc-'Parlcmét, 
qu’il droit crimineux decrimc de leze-Majeifé,èccom> 
me tclcondempné par Arrcû d-icelleCouttà^ eftrb le^- ; 
ditioùr décapité es Halles deParis, fesbiensj feigneù- 
ries & terres acquifex &conâf^uces au Roy: laquelle 
executionfut ledit iour fuébelleftbafï^t^rdonné 
efdiébes Halles , à leurs de trois heures aptes midÿ , 
qu’il eut illec le col couppé ,& puis fut enfèpûely & 
mis en biere & deliuré aux Corcdeliers de Paris, pQUr 
cftrcinhumé en ladite Ègüley & Vindrcnr quérir le¬ 
dit corps es Halles iufques enoiron de fept à hui# 

vingts 


Digitized by LaOOQle 




dv Roy Loys XI. * 8l 

vingts Cordeliers a qui furent deliurecs quarante tor¬ 
ches pour mener ôc conduire ledit corps du dit fei- 
gneurdeNemoursen leurdide Eglifc. 

Audit mois le Roy quieftoitàTherouenne enuoya 
partie de Ion armeepdur combatre & mettre hors de 
leur parc certaine quantité' de Flamens qui eftoient 
parquez en vng lieu nomme le blanc fofle, lefquels 
Flamens quant ils ouyrent nouuelles de la venue du 
Roy & fon armee,s enfuirent & deparquerét, & audit 
delparquement faire frappèrent nos gens fur les def- 
luldits Flamens, defquels eny eut bien tué deux mil. 
Et depuis furenr fuiuis iufques bien loing dedens le 
pays de Flandres,& paderent lefdits gens du Roy au 
mont de CafFel, à Fiefnes & aultres places, qui furent 
priles & arrafees, & en tuerent encores bien aultres 
deux mil. Et de/Hidtes defeanfitutes en furent failles 
de moult belles procédions en la ville de Paris. 

1 ■A'Udit mois d Aouft 1 an mil quatre cens feptante- 
lept, aduint queVng ieune fils Bourreau à Paris nom¬ 
mé petit Iehan , fils de mai tire Henry Coufin maiftre 
Roumcmj en ladite ville de Paris, qui dcfiaauoitfaia 
plulieurs exploits de Bouneau: Et entre les aulrres 
auoit exécuté & couppé le col de meffire Loys de Lu¬ 
xembourg Conneftable de France, fut tué & meurdry 
Iddit pcticlehan en Miteville de;Paris, au pourchas 
d’vngmenuifier qui eftoitnommé Oudin du Buft na- 

rifdupays de Picardie,qui auoit conceu haine mortel- 

k contre ledit petit Iehan, pour raifon & càufe de ce 
que ledirpetic Ichan auoit frappéou batu long temps 
parauandedit du Buft,pour aucune noife quils eurent 

Nn 


Digitized by 



z 8 i Les Chroniques 

enfemble, àcaufe de ce que ledit Menuifier du Buft: 
luy demandoit la. greffe & feel'd’vne obligation,en 
quoy ledit petit Iehan eftoit obligié à icelluy Oudin 
du Buft, & de laquelle obligation ledit petit Iehan 
auoit payé le principal, & ne reftoit que ledit groffe-r 
ment & feel. 

Et pour eftre ledit du Buft vengé dudit petit Iehan, 
feaffocia ledit du Buft.de trois ieunescompaignons 
demourans à Paris.L’vngd’iceux nommé Lempereux 
du Houlx Sergent à-verge. L’autre Iehan du Foing 
Fontcnier & plombeur. Et l’autre nommé:Regnault 
Goris Orfeurefils de Martin Goris Courtier de Geo- 
leric. Touslefquels quatre de guet à pens & propos 
délibéré, vindrent affaillir ledit petitIçhan qu’ils tronq¬ 
uèrent au coing de la rue de.Garnellesprës.de l’oftel dq 
.Moulinet, & vint le premièr à luy ledit Empereux du 
Houx foubs fiance amiable, qui le print par deffoubs 
le bras enle tenantfermemét,énluy difant qu’ilneuft 
pointdepabur desdeffufdits, &qu’ils;ne luy feroient 
point de mal. Et en luy difant ces chofes vint ledit Ré¬ 
gnault Goris quifrappa ledit petit Iehan.d’vnepiarre 
parla tefte dont ilchancella, & lors, lediéfc Empefcux 
le lafcha,& incontinent vint! luy ledit IehanduFoing 
que. luy bailla d’y ne jauelinè aii trauers du corps dont 
il çheyt mort ehJaplace,. & depuis qu’il fbtmortledit 
Dubuft luy vint cOùpperles jambes, Ôc a tant fe depar¬ 
tirent les quatre deffufdits,& s’en alerent bouter en 
franchife aux,Geleftin s de Paris* A uq uel lieu la nuic en-i 
fumant furéntprins & tirez dehors par l'ordonnance 
commqndementde meffire Robert O eftouteuille, 


Digitized by G.OOQle 





dv Roy Loys XI. 18$ 

Cheuaiier Preuoft de Paris, &c gens de fou Confeil, 
pourcc que par information leur apparut dudit guet à 
pens & propos délibéré, dequoy lefdits Celeftins ap- 
pellerent, & par la Court de Parlementant l'appel vui- 
dé& dit qu’ils ne iouyroient point dés priuileges de 
l’Eglife. Et apres comme Clers furent requis par l’E- 
uefque de Paris comme fes ; Clers. Aufti pareillement- 
fut dit par Arreft de Parlement quais ne jouyroient: 
point du preuilege de Clerc, & furent renuoyez par, 
deuantledit Preuoft, par la fentencc duquel ils furent 
tous condempnez à eftre pendus & eftranglézidont 
ils appelèrent en la Court de Parlement. Lequel con- 
ferma ladiéte fentence qui fut executee, & furent tous 
quatre pendus au Gibet de Paris, parles mains dudicft 
maiftre Henry pere dudit petit Iehan;qui pour tant 
fut vengié delà mort de fondit fils, le ieudy veille de 
monfèigneurfàinétlehan decollafte, vingt ■hüi&ief- 
me iour dudit mois. Et furent pendus en la maniéré 
qui s’enfuit,& tout ioingnant l’vng de l’autre :c’eft 
âftauoir ledit Empereux le premier, Iehan du Foing le 
fedond,Régnault Go ris lexiers, & ledit Iehan du Buft 
le quatriefme & dernier. .Et :eft âftauoir quelcfdié& 
Empereux, du Foing & Goris, eftoicttt trois beâuè 
ieunes hommes, & en oultrepiour 1 edit;cas fût ; b.a tu dé 
verges &c banny du Royaulme ’de France Yhg ieunè 
fils Cordonnier, qui auoit confpiré de la mort dudit 
petit Iehan: mais point ne s’eftoit trouué à icelle; 

Audit temps le Roy qui eftoitàupays de Picardie, 
fe partit dudit pays, & y laifta pour fon Lieutenant ge¬ 
neral monfeigneur le Baftard de Bourbon Admirai de 

Nn ij 


Digitized by 


Google 



t&4 Les Chroniques 

France, pour la conduite de la guerre & garde de tout 
le pays. Et au regard des gens de guerre de l’ordonnan¬ 
ce du Roy & aultres eftans pour luy efdits pays,on leur 
bailla & alïigna F en leur logis en la cité & ville d’Arras, 
T ournay,Lens,la Baftèe,# aultres lieux furies frontiè¬ 
res de Flandres & autres pays quiencores fe tenoient 
pour ladiéte Dainoifelle de Flandres fille dudit Duc 
de Bourgongne. Et apres toutes ces chofes ainfi fai¬ 
tes & ordonnées le Roy s’en vint à noftre Dame de la 
V i&oice veoir la belle Dame illec a ouree,& puis apres 
s’en tira à Paris où il nefcjouma guercs, & y eftoit le 
iour de la fèfte fainét Denis. A Ta reuerence duquel 
Sainét il deliura tous les prifonniers eftans en fes pri¬ 
ions de Chaftellet de Paris, & puis s’en aia à T ours, à 
Amboife &: aultres lieux voifins où il fe tint paraffez 
longue efpaffe de temps, durant lequel les Bourgui¬ 
gnons ôc- aultres ennemis du Roy foubs les charges & 
compaignics du Prince d’Orenge, mefïire Claude de 
Vouidray & aultres eftans en la Conté de Bourgon*- 
gne,firent# portèrent de grans guerres aux gens du 
Roy eftans pour luy audit pays, & en fut fait de grans* 
defconfiturcs fur lefdits gens du Roy , tant en la ville 
du Grey fur Sofne & ailleurs, ou lefdits gens du Roy 
s’eftoient logez.Ety tuerent lefdits Bourguignons des 
Gentils-hommes de l’ordonnance du Roy, foubs les- 
charges & compaignies de Sallezart'& de Conyngan, 
Capitaine des Efcoffois, en biengrant nombre-. 

En ladite anneeleRoy ayant en finguliere recom¬ 
mandation lesfain&s faits de fainétLoys & S.Gharle- 
maigne, ordonna que leurs Imaiges de piarre pieça 


Digitized by c.ooQle 





dv Roy Loys XI. 185 

mis ôc affis en deux des pilliers de la grant lalle du Pa¬ 
lais Royalà Paris, du rang des aultres Rois de France, 
feulTent defeendus, ôc voulut iceulx eftre mis & pofez 
au bout de ladite grant falle au deflus ôc au long de la 
Chappelleeftant au bout de ladiéte grant (allé, ce qui 
fut fait. Et en furent payez les deniers que louuraige 
coufta à faire, par Robert Gailletcl Rcceueur des Ay- 
des en ladite ville de Paris. 

Au mois de Décembre audit an, le Roypourtoufi 
iours accroiftre fon artillerie, voulut ôc ordonna eftre 
faivftcs douze groftes bombardes de fonte & metaii 
de moult grande longueur ôc groffeur, ôc voulut icel¬ 
les cftres raidies : c’eft affauoir trois à Paris, trois à Or¬ 
léans , trois à T ours, ôc trois à Amiens. Et durant ledit 
temps fift faire bien grant quantité de boules de fer és 
forges eftans és bois prés de Creil,dontil bailla la chan¬ 
ge à maiftre Iehan de Reilhac fon Secrétaire. Et pareil¬ 
lement fift faire és carrières de Peronne grant quantité 
depiarrts à bombarde. Et a’ufti faire dedens les bois 
grant nombre de cheuretes ôc tauldis de bois,auec- 
ques des efchelles à. aflàillirvilles ôc fortereflçs , pour 
auoir& prendre les villes de Flandres ôc Picardie, qui 
^encoresaudit temps eftoient à réduire. 

Audit temps aduint au Roÿaulmed’Angleterre 
que pour ce que le Roy Edouart dudit Royaulme fut 
acertenéquevngfienrrerequieftoit Duc de Clairçn- 
ce,auoitintention depafTer la mer ôc alerdefcendre 
en Flandres,pour donner aide Ôc fecoursà fâ fœur Du- 
chefTeen Bourgongne,veufue duditdefFunéb le der¬ 
nier Duc, fift icelluy Roy Edouart prendre & confti- 

Nn iij 


Digitized by 


Googl 


i86 Les Chroniques 

tuer prifonnier fondit frere & mettre prifonnier en la 
Tour de Londres, où il fut depuis detenu prifonnier 
par certaine longue elpace de temps. Pendant lequel 
ledit Edouart aftembla fon confeil,&par la déclara¬ 
tion d’icelluy fut condempné à eftre mené depuis ladi¬ 
te tour de Londres, trainant fur les folfés iufques au 
gibet de ladi&e ville de Londres, & illec eftre ouuert 
ôc fes entrailles gettez dedés vng feu. Et puis luy coup- 
per le col ôc mettre fon corps en quatre quartiers,mais 
depuis par la grant priere & requefte de la mere defdits 
Edouart ôc de Clairance, fut là condempnation chan¬ 
gée ôc muee tellement que au mois de Feurier audit 
an icelluy de Clairance eftant prifonnier en ladite tour 
fut prins ôc tyré de fadite prifon, ôc apres qu’il eut 
cfté confelfé fut mis ôc boute' tout vif dedens vnepipe 
de maluoifie deffoncee par l’vng des bouts la tefteen 
bas, ôc y demoura iufques ad ce qu’il eut rendu l’cf- 
perit. Et puys fut tyré dehors ôc luy fut le col couppe, 
& apres enfeuely & porté enterrer à auecques 

fà femme iadis fille du Conte de Vvarvich qui mou¬ 
rut à la ioûrnee de Conueneryauecques. le Prince de 
Galles fils du fàin<ft Roy Henry d’Angleterre de Lan- 
caftre. 

Audit temps aduint à Paris que vng nommé Da¬ 
niel de Barferuiteur de maiftre Oliuier le Dain pre¬ 
mier Barbier Ôc varlet de Chambre du Roy, fut mis ôc 
conftitué prifonnier enla Court de Parlement , pour 
raifon de plufieurs plaintes qui furent baillées à ladite 
Courtalencontre dudit Daniel,& mefmement à la 
complainte d’vnenommee Marion femme de Colin 


Digitized by L.OOQle 



dv Roy Loys XI. 187 

Panier, & d’vne aultre femme diflolue qui chargeoiét 
ledit Daniel de les auoir efforcées, & en elles fai (St & 
commis Tord & villain péché de Sodome. Et apres 
que par ladiéte Court & par la Iuftice du Prcuoft de 
Paris euft eftévacqué par long temps à befongner au¬ 
dit procez, icelles femmes fe defdirent defdi<Stes char- 
geSjen confeflant par elles,que icelles charges auoient 
faiétes à la pétition & requefte dudit Panier & dvng 
nommé Ianuier, comme ennemis dudit Daniel, & 
pour eulx vengier de luy. Pourquoy lefdiétes deux 
femmes par fentence du Preuoft de Paris furent con- 
dempnccs à eltre batuës nues, & bannies du Royaul- 
^ me de France, leurs biens & héritages confifquees au 
Roy, furquoy premièrement feroient prins les dom¬ 
inai ges & interdis dudit Daniel Panier, première¬ 
ment & auant toute œuure. Laquelle fentence fut 
pronuncee & apres executeepar les carrefours de Pa¬ 
ris, le mercredy vnziefmeiour de Mars audit an qua* 
tre cens foixante & dix-fept. . 

Audit an & moisde Mars,le Roy qui eftoitàTours 
s’ën vint vers Paris loger à Ablon fur Seine,en vngho- 
ftel appartenant à Marc SenamyEfleu de Paris , où il 
ne fej ourna que deux iours, puis vint [à Paris &c cou¬ 
cher en fon hoftel des Tournelles, & d’illec le lande- 
main matin s’en alla en rEglifc.de Paris faire fon oroi- 
jfon à la Benoifte V ierge Marie. Et icelle fai été s’en ala 
coucher à Louures& és lieux voifins,ou il fej ourna 
vng;peu de temps, & apres ala à He£din- v Amiens & 
aültres lieux de Picardie, oùlefeigneurdeHauart de 
par le Roy Edoüartd ? Angleterre y vint, & commuai- 


Digitized by c.ooQie 



2,88 Les Chroniques 

qua de trouucr accord entre le Roy & les Flamens. Et 
du cofté du Roy y fut commis le feigneur de S. Pierre 
.& aultres. Et durant ce temps le Roy fift toufiours 
paflerfonarmee audit pays de Picardie, tant ceulx de 
fon ordonnance que nobles, archiers de retenue, & 
aultres gens de guerre en bien grant nombre.. 

Audit temps au mois de Mars quatre censfoixante 
& dix-hui£t apres Quafimodo, vint & arriua à Paris 
madame d’Orléans, monfeigneur le Duc d'Orléans, 
vng j eune enfant fils du Duc de Cleues nepueu d’icel¬ 
le Dame, madame de Nerbonefille dufeuDuc d’O r- 
leans & femme de monfeigneur le Viconte de Ner- 
bonne fils du Comte deFoucz, le fils du Comte de ^ 
Vendofme & aultres plufieurs feigneurs, gentilshom¬ 
mes , dames & damoifelles qui moult bien furent fe- 
ftoiees par deux fois en ladidb.e ville de Paris. Pour la 
première fois par monfeigneur le Cardinal de Fouez 
en l’oftel d’Eûampes prèsla Jbxaûillc. Et la féconde fois 
par monfeigneurle Cardinal de Bourbon enfonho- 
ftel à ladi&e ville de Paris,qiii y donnaà foupper à icel¬ 
le dame, à toute fadi&e axnpaignie & plufieurs aul¬ 
tres, le mardy dernier iour de Mars audit an quatre 
cens lxxviij. Et fut lediét foupper moult honorable 
plantureux & bien & homieftement feruy de tout ce: 
quil eftoit pollibLede trouucr, auecques chantres 
plufieurs inftrumcns mélodieux, farces, mommeries 
& aultres honneftes ioyeufetees. Et fut l’affietedudit 
foupper cnla galieriedbree, referué madame dame de 
Nerbonne qui cfioit fort grolfe , qui pour fon aife 
auok auec monfeigneur fon mary,& iufques au nom- 


Digitized by 


, Google 


D v Roy Loys XI. 189 

brc de hui& foupperent en vne chambre baffe dudi<5fc 
hoftel au logis delehan de Roye Secrétaire demon- 
feigneurleDucdeBourbon, &z garde dudit hoftel de 
Bourbon. 

Au mois d’Auril audit an mil quatre cens lxxviij. fut 
feeu par Guérin le Groin Baillif de faiinft Pierre le 
Monftier, & Robinet du Quefnoy, lefquels & chaf- 
cun de eulx auoient charge de cent lances de l’ordon¬ 
nance du Roy, & qui eftoient en garnifon au pays de 
Picardie j que les Flamens venoientà Douay pour ap¬ 
porter argent à ceulx dudit lieu pour leurs gaiges & 
fouldees,&:aufli pour les affaires de ladiâre ville. Lef¬ 
quels Capitaines femirent aux champs pour gaigner 
ledit argent, ce quils firent, & ruerent ius ceulx qui le 
portaient, & entuerent aucuns, & plufteurs prifon- 
niers y furent prins. 

Et pour ce que ceux de ladiefte ville de Douay & de 
l’Ifle les Flandres,eurent certaines nouuclles de ladifte 
deftroufle, fe mirent aux champs pour refeourre ledit 
argent & prifonniers. Et nonobftant qu’ils feuflent 
moult grant nombre, nofdits gens fe faulueren t par- 
my eulx, en tuerent quatre vingts & mieulx,& en em¬ 
portèrent ledit argent par eulx gaigné. Et n’y mourut 
point des gens du Roy plus de vingt-ftx ou vingt-fept 
nommes. 

Au mois de May audit an mil quatre censfoixante 
&dix-huiâ:, le Roy qui eftoit au pays de Picardie ne 
fiftgucredechofes,(inonde gaigner & auoir par fà 
puifïànce vne petite ville nomraee Condé, qui eftoit 
tenue par les Bourguignons, laquelle eftoit fort nui- 

O o 


Digitized by 



i$o Les Chroniques 

fimteàauitailler, & porter viuresà ceulx de la cité de 
Tournay. Dedens laquelle ville y auoit des gens de 
guerre du party du Duc en Auteriche qui felaiiferent 
batre, mais en fin quant ils apperceurent le grant oft 
qui leur cftoit apparant, ils prindrent compofition 
auec le Roy de luy bailler ladiéte ville & lechafteau, 
à quoy le Roy les receupt, & s’en alerent eulx & leurs 
biens faufs. 

En ladicftc année vint à Paris vng Cordelier natif 
de ville Franche en Beauiolois, pour prefeher à Paris, 
& illec blafmer les vices, & y prefeha bien lôguement, 
difànt ôc publiant les vices dont les créatures eftoient 
entachées. Et par fes parolles y eut plufieurs femmes 
qui s’eftoient données aux plaifances des hommes &: 
aultrespcchezqui deceferetrayrent, & aulcunes d’i¬ 
celles fe mirent & rendirent en Religion,en delaiftànt 
leurs plaifances & voluptez ou par auant s’eftoient 
dernenees:& fi blafma tous les eftats,& fi prefeha de la 
iuftice, du gouuernement du Roy, des Princes & fei- 
gneurs de ce Royaulme, & que le Roy eftoit mal fer- 
uy, & qu’il auoit autour de luy desferuiteursquiluy 
eftoient traiftres , &c que s’il ne les mettoit dehors 
qu’ils le deftruiroiét & le Royaulme auili. Defquelles 
chofes en yindrent nouuelles au Roy, parquoy ordô- 
na qu’on luy deftendift le prefeher. Et pour cefte cau- 
fe vint àParis maiftre O liuier le Dain Barbier du Roy, 
pour luy faire deftendre le prefeher, ce quiluyfutin- 
terdit: ce qui fut à la grant defplaifance de plufieurs 
homes & femmes qui fort s’eftoient rendues enclins 
à le fuyure & oy r fes parolles & prédications. Et pour 


Digitized by c.ooQie 





. Dv R0Y l °ys XI. i 9 f 

doubte quonneleprint ne que on neluyfeift aucun 
opprobre,le furent veiller nuit 8 c iour dedensle Con- 
uent des Cordeliers dudiét lieu de Paris. Et fi difoit on 
que plufieurs femmes yaloientcurieufement de nuit 
& de iour, quifegarnifloient en leurspatois depiar- 
res, cendres, coulteaulx mucees, 8 c aultrcs ferremens 
& battons pour frapper ceulx qui luy vouldroient 
nuire ou empefeher fadi&e prédication, 8 i qu’ils luy 
difoient qu’il n’euft point depaour, & qu’ils mou- 
roient auant que efclande luy aduenift. 

D urant ces chofes s’en ala en Picardie vng Légat de 
parle Pape, pour remonftrer au Roy & au Duc d’Au- 
terichelegrant mal que faifoient les Turcs infidelles 
alencontre de la Chreftienté, en les exhortant de faire 
paix entre eülx, 8c de eulx délibérer d’eulx expofer à la 
deffence de ladiâx Chreftientc, 8c deftruire lefdits in¬ 
fidèles. Au moyen dequoy fut vng peu ceflee ladite 
guerre, en efperant trouuer accord en Ieurfdits débats; 
mais nonobftant ce ne ccfierent point les Bourgui¬ 
gnons delà Duché 8c Conté de Bourgongne,de toufi 
iours faire guerre aufdits pays 8c à l’armee que le Roy 
yauoitenuoyee, 8c de prendre fur les gens du Roy, 
villes, chafteaulx, 8c places par le Roy recouurees, 8c 
y tuèrent des gens du Roy 8c francs archiers bien 
grant nombre. 

Etlemardy vingt-fixiefmeiour de May fut crié à 
fonde trompe & cry publicque par les carrefours de 
Paris, côme de toute ancienneté il foit de couftume,&: 
qu’il ne loife à nuis de quelque eftat qu’ils foient, de 
faire afiemblees de gens en la vilie de Paris fans le con- 

O o ij 


Digitized by C.ooQle 



■ *1 


i<)i Les Chroniques 

gié & licence du Roy ou de fa Iuftice. Et que ce néant- 
moins au moyen de certains fermons & prédications 
puis n’agueres faits en ladiéte ville, par frere Anthoine 
Fradin de l’ordre des Cordeliers, pîufteurs perfonnes 
fe font alfemblces & venues au Conuent defdits Cor- 
deli ers,pour illec garder leditCordelier,auquel n’auoit 
efté fait aucun opprobre parle Roy ne là Iuftice, mais 
y auoient efté enuoy ez feulement aucuns des Confeil- 
lers du Roy pour le interroguer fur aucunes chofes 8c 
matières fecrettes, dont le Roy en vouloit fçauoir la 
vérité. Et illec s’eftoient tenus nuit 8c iour prés de icel- 
luy frere Anthoine, 8c pour le garder, fi comme ils di- 
foient. Laquelle chofe eftoit en grant efclandre,par- 
quoy ôcparl’aduisde la Cour de Parlement 8c Prc- 
uoft de Paris eftoitinterdit & defFendu à toutes per¬ 
fonnes de quelque condition qu’ils feulfent de non. 
plus faire lefdiétes aifemblees en ladidte Eglife des 
Cordeliers, ne ailleurs,fur peine de confifcation de 
corps 8c de biens. Et que au regard de cculx qui ainfi 
eftoientaffcmblezaudit lieu des Cordeliers, inconti¬ 
nent apres le cry fedepartiflent 8c alaft chafcun en (à 
maifon fur lefditles peines,& aux maris qu’ils feif- 
fent deffence à leurs femmes de plus aler ne eulx tenir 
aufdiétes aftemblees. A près lequel cry ainfi fait que dit 
eft,fut par grant derifion crié par plufieurs des efeou- 
tans , que cen’eftoit que folie, & que le Roy nefçauoit 
riens des chofes deftufdicfes, 8c quec’eftoit mal fait 
d auoir ordonné de faire ledit cry. 

Et lelundy premier iour deluingauditan, parle 
premier Prefident de Parlement, ôcaultres qui fe di- 


Digitized by 


Google 



r> v Roy Loys XI. z95 

foientauoircharge du Roy, fut dit &declairé audit 
frere Anthoinc Fradin qu’il eftoit à toufîours banny 
duRoyaulme de France, & que pourcefaire ilvuy- 
daft incontinent & fans arrefter hors d’icclluy Roy- 
aulme, ce qu’il fift, & vuyda lelandemain deladidtc 
ville de Paris, qui futmardy fécond iour dudit mois 
deluing mil quatre censlxxviij. Et quant ledit frere 
Anthoine partit dudit lieu des Cordeliers de Paris y 
auoit grant quantité de populaire, crians & fouppi- 
rans moult fort fon departement, & eneftoienttous 
fort mal contens. Et du couroux quils en auoient, di- 
foient de merueillcufes chofes, & y en eut plufîeurs, 
tant hommes que femmes quilefuiupienthors de la 
ville de Paris iulques bien loin g, & puis apres s’en re¬ 
tournèrent. 

Audit temps le R oy qui eftoit aie au pays de Picar¬ 
die, en intention d’auoir & mettre en fes mains &c 
obeiffance les villes,places & pays que tenoitle def* 
funét Duc de Bourgongne au iour de fon trefpas, 
comme appartenans au Roy, & à luy acquifes par la 
rébellion & defobeyftance du delfund: Duc de Bour¬ 
gongne,& qui pour icelles auoir y auoit menee la plus 
belle & grande quantité d’artillerie & gens d’armes de 
fon ordonnance, francs archiers &: nobles hommes* 
qui oneques fut veue en France. Et demoura longue¬ 
ment audit pays cuidant toufîours auoir les Flamens 
& le Duc Maximien d’Auteriche,qu’ilsappelloient 
leurfcigneur,foubsvmbreduquel auoir fut enuoyé 
deuers le Roy luy eftant à Cambray & en la cité d’Ar¬ 
ras , Ambaffadeurs dudic Duc d’Auteriche, qui pour- 

Oo iij 


Digitized by c.ooQle 



194 Les Chroniques 

parlèrent de bailler au Roy paifiblcment lesContees 
d’Artois & de Boulongne,l’Ifle, Douay, & Orchies, 
faindt Orner, & "aultres villes, auecques la Duché de 
Bourgongne entière. Et foubs vmbre defdiétes pro- 
meffes le Roy leur bailla la jouyftànce de Cambray, 
Quefnoy le Conte, Bouchain, & aultres villes. Et 
pour eftre plus prés du Roy pour communiquer des 
chôfes ddîùfdiébes, s’en vint loger & parquer ledit 
Ducd’Auteriche,luy & fon oft,quc on difoit eftre 
vingt mil combatans & mieulx,entre Douay & Arras. 
Et illec tindrent le Roy en belles parolles foubs vm¬ 
bre defdiétes promeftes, iufques en la fin dudit mois 
de Iuing, que le Roy n eut aucune chofe de ce qui luy 
auoit efté promis. Et fi auoit eu libéralement du Roy 
icelluy Maximien lefdiétes villes, cuidant que de Ton 
coftéfeuft entretenu ce que promis luy auoit, dont il 
ne fift riens, &c ny eut aucune conclufion fur ce prinfe. 

Durant ledit mois de-Iuing, Larmee que le Roy 
auoit enuoyee en la haulte Bourgongne pour recou- 
urer Tes villes contre luy rebellées , & dont auoit la 
chargeleGouuerneurdcChampaigne nomé d’Am- 
boife, profpera fort, & regaignerent & mirent es 
mains du Roy la ville de Verdun, Monfauion, & Se- 
mur enLauxois,tant par aftaulr que par côpofition.Et 
aprez alerent mettrele fàege deuan t la ville deBeaulne, 
où ils furent depuis par aucun temps,& iufques au co- 
mencementdumoisde luiliet entuiuanr, & audit an 
lxxviij. que ladite ville de Beaulne fe rendit au Roy 
par compofition és mains dudit G ouuerneur: telle¬ 
ment quilscurentlotrsvies & biensfaufs,ôcpayèrent 


Digitized by LaOOQle 


D V IlOY LOYS XI. Z95 

en ccfaifànt par forme d’amende pour leurs defaultes 
quarante mil efcus, & fi furent condempnez à rendre 
& reftituer tout le vin &c aultres debtes qu’ils pou- 
uoient deuoir aux marcharts de Paris, & aultres mar- 
chans duRoyaulme,tant en vin par eulx vendu & non 
liuré, que d’argent à eulx baillé & prefté. Et au regard 
des gens de guerre ils s’en alerent par ladiéte compofi- 
tion franchement Acquittement, eulx & leurs biens 
faufs. 

Audit mois de Iuillet furent & fe tranfporterent en 
ladiéfe ville d’Arras par deuers le Roy illec eftant, vnc 
grande Ambaflàde dudit Duc Maximien d’Auteri- 
che,& aufïi des habitans des villes & pays de Flandres: 
Lefquels furent oy s par le Roy & fon Confeil, & fur 
ce qu’ils voulurent dire à grande & meure delibera¬ 
tion,fut appointé entre le Roy & lefdits Maximien & 
Flamens, que la guerre qui lorseftoit audit pays cef- 
feroit iufques à vng an, pendan t lequel yftient feure- 
ment de enafeun des deux coftez toutes perfonnes de 
l’vngparty en l’autre, &c que toute marchandée au- 
roit fon plain cours. Et à tant s’en départit le Roy, & 
s’en vint loger vers Paris, & ne entra point en la ville, 
pour caufe de ce que on luy dift que on s’y mouroit,& 
s’en ala prés de V endofme, où il le tint par aucun téps. 
Et apres alaà Behuart, & aultres pelennaiges à fa de- 
notion. 

En ladiéte annee & au retour dudit pays le Roy fift 
de grans dons à plufieurs Eglifes & diuers fainéfs : car 
il vintveoirla Benoifte Vierge Marie de la Victoire 
prés Senlis,oùil donna deux mil francs,qu’il voult 


Digitized by UoooLe 



196 Les Chroniques 

eftrc employez à faire des lampes d’argent deuant Tau- 
tel de ladiéte Vierge. Et aufli fift couurir d’argent la 
chafic de monfeigneur fainéf Fiacre ou il fut employé 
de fept à huit vingts marcs d’argent. Et en oultre pour 
fâ grandeôc finguliere confidence que de tout temps il 
a eu à monfeigneur S. Martin de Tours,voult & or¬ 
donna eftre faitvng grant treillis d’argent tout autour 
delà chafie dudit lainut Martin, lequel y fut fait,& 
pefoitde feizeàdix-fept mil marcs d’argét, quicoufta 
auant que efire preffc ôc tout afiis,bien deux cens mil 
francs.Eteftafiauoir que pour finer de ladiéte gran¬ 
de quantité d’argent à faire les ouuraiges defiufdits,fu¬ 
rent ordonnez commiflàires pour prendre & fàifir 
toute la vaifielle qu’on pouoit trouuerà Paris &aul- 
tresvilles,laquelle vaifielle fut payee raifonnablement: 
mais nonobftantce,en fut grande quantité mucee& 
ne fut plus veuë és lieux où elle auoit acouftumé de 
courir. Et à^Befte caufe de là en auât quant on aloit aux 
nopces franches & aultres,ou on auoit accouftumé dy 
en veoir largement, ny eftoient trouuez que beaulx 
verres & elguieres deverre &c feugiere. 

En icelluy temps le Roy fift faire grant afiemblee 
des Prélats,gens d’Eglife,de grans Clers,tant des Vni- 
uerfirezde Paris, Montpelier,qued’aultres lieux,pour 
eulxtroüuer & afiembler en la ville d’Orléans,pour 
fubtillier & trouuer moyen de rauoir la Pragmatique, 
& que l’argent des vaccans &c bénéfices ne fùfient plus 
portez à Rome,ne tyrez hors de ce Royaume. Et pour 
celle caufe fe tint ladiéfe afiemblee ainifi eftant à Or¬ 
léans,où prefidoit pour le Roy monfeigneur de Beau- 

jeu. 


Digitized by LaOOQle 





dv Roy Loys XI. 197 

jeu, monfcigneurle Chancellier & aultres duConieil 
du Roy .Lequel monfeigneur le Chancellief en la pre- 
fence de monfeigncur de Beaujeudift& decîaira les 
caufes pourquoy ladide aftemblec eftoit ainfifaide 
audit Orleans,& les caufes quimouuoientle Roy d’a- 
uoir fait faire icelle aftemblee,laquelle proportion fut 
reiponduëpar maiftre Ican Hue, Doyen de la fatuité 
de Tbeologie pour ladide Vniuerfité de Paris, qui en 
cefaifant'fift de grandes remonftranccs & parla fort 
& hardicmcnt, pource qu’il eftoit aduoué de par lef- 
dits de l’Vniuerfité de Paris. Et auili y parlapour ladi¬ 
de Vniuerfttéde Montpellier vng aultre grant Clerc, 
qui aufli parla moult bien. Et apres que .icelle aftem- 
blee eut illec efté certaine efpace de temps, le Roy vint 
à Ql deuotion en l’Eglifenoftre Dame deÇlery, & au¬ 
près làdeuotionfaide ala audit lieu d’Orléans, où il 
ne fejourna que demie iournee. Et apres qu’il s’en fut 
retourne" tout ledit Confiai ainfi aiTemble que dit eft, 
fans conclure fe départit, ôc ala chafcun dont il eftoit 
partypoury venir, & fut ledit Conieilremis à Lyon 
au premier iour de May apres enfuiuant. 

En apres le Roy eftant audit pays de T ouraine, en- 
uoya fes lettres clofe&à fes bons Bourgois de Paris,leur 
faifànt fçauoir quant ilauoit cnuoyéfcsAmbaftàdeurs 
pat deuers le Roy de Caftille & de Leon, fur aucuns 
difterens qui eftoient entre Le Roy & luy,affin de trou- 
ueraucunbon accord entre eulx fur lefdics difterens, 
lefquels fes Ambaftadcurs eftoient retournez dudid 
voyaige, & auoient rapporté que ledit Royde Caftil¬ 
le eftoit bien content du Roy , & luy auoit promife 6 c 


ft. 


Digitized by c.oooLe 



198 Les Chroniqves 

iurcc bonne amour Se vraye aliance.-pourquoy le Roy 
voulant de ces chofeseftre loué & regracié Dieu no- 
ftre Créateur Se la Benoifte Glorieufe Vierge Marie, 
mandoitaufdits de Paris que de ce ils feiflent procef- 
fions generallesà Paris, & que les feux en feuflent faits 
parmy les rues deladiéte ville: Laquellechofe fut fai¬ 
lle. Et furent icelles procédions faiétes, qui alerent de 
Noftre Dame à madame fainéte G eneuiefue au mont 
de Paris, & y fut illec prefehé par le Prieur des Car¬ 
mes, qui illec declaira bien au long Se honnorable- 
ment l’intention & contenu dcfdi&es lettres du Roy. 

En ladiéte annee au mois d’Oétobre, aduint au 
pays d’Auuergne que en vnc Religiô de moines noirs, 
appartenant à monfeigneur le Cardinal de Bourbon, 
y eut vng des Religieux dudit lieu qui auoit les deux 
lexes d’homme Se de femme , Se de chafcun d’iceulx fc 
aida tellement qu’il deuint gros d’enfant, pourquoy 
fut prins Se faifi, Se mis en Iuftice Se gardé iufques à 
ce qu’il fut deliuré de fon poftume, pour apres icelluy 
venueftre fait dudit Religieux ce que Iuftice verroit 
eftre à faire. 

Audit pays aduint aufli que vng Gentilhomme du¬ 
dit pays d’Auuergne nourriftoit vng lyon, qui luy ef- 
chappa& le perdit par aucun temps, qu’il ne fçauoit 
oüil eftoit deuenu. Laquelle befte s’en ala à l’efeart Se 
fur aucuns chemins,làoümengea Se deuoura pluiicurs 
créatures, tant hommes que femmes, pour caufe de- 
quoygrant nombre de gens dudit pays fe mirent fur 
les champs pour le tuer, & y ala aufli fondit maiftre,& 
tant firent qu’ils trouuerent ladite befte. Laquelle en- 


Bigitized by C.OOQL 


dv Roy Loys XI. 199 

treaultresperfonnes reconnaît & vint à fondit mai- 
ftrc, & incontinent fut tuee & meurdrie. Et pareille¬ 
ment aufli audit pays y fourdit vne fontaine en lieu ou 
iamais n’en auoit point eu,& illec dcuint la terre mou- 
uant & tremblant merueilleufement. 

Audit an lxxviij.au mois de Nouembre, vngnom¬ 
mé Symon Courtois, que le Roy auoit fait fon Pro¬ 
cureur general par toute la Conté d’Artois, au moyen 
de la treuequi eftoit entre le Roy & les Flamens,fc 
partit de la ville d’Arras faingnant aller en fes affaires 
au pays de Flandres. Auquel pays s’en ala par deuers la 
ContefTedudit Flandres, femme dç Maximien d’Au- 
tcriche, par deuers laquelle &non content de l’hon¬ 
neur à luy fait par le Roy de l’auoir ainli créé fondit 
Procureur general en ladiéte Con té, dift à icelle Con- 
teffe qu’il eftoit bien fon feruiteur, comme fesaultres 

f >arensauoient efté, & quelle voulfift prendre de luy 
c ferment &creer fondit Procureur, & de raifon elle 
luy reuauldroit, & aimoit mieux quelle feuft & de- 
mouraft en fes mains que en celles au Roy. Lefquelles 
choies qui furent fccuês par leGouuerneurducfit Ar¬ 
ras pour le Roy,fut ledit Symon Courtois prins 5 c fai- 
li, &c mené deuers le R oy à T ours, ou il confelfa tout 
ce que dit eft delfus. Et à cefte caufc il fut décapité. 

Audit an Ixxviij .le lundy deuant les Rois,aduint que 
plufieurs officiers du Roy en fon artillerie, firent alfor- 
tir vnegroffe bçmbarde qui en ladi&e annee auoit 
efté faiéte à T ours, pour illec eftay er & efprouuer, & 
fut acculee la queue d’icelle aux champs deuant la Ba- 
ftille làinétAnthoine, &la gueulle d’icelle en tirant 

e p P ij 


Digitized by ^.ooQle 



300 Les Chroniques 

vers lepôntdeCharenton. Laquelle fut chargée pour 
la première fois te tira cres-bien, & porta la piarre d’i¬ 
celle de volee iufqucs àlaluftice dudit pont de Cha- 
renton. Et pour ce qu’il fembla aux deflufdits quel¬ 
le nes’eftoit pas bien defehargee de toute la pouldre 
qui mife te boutee auoit efté dedens la chambre d’icel¬ 
le bôbarde, fut Ordonné par les deiïufdits que encores 
feroit chargée de nouueaU, te que de rechief feroit ti¬ 
rée pour fécondé fois, & que auant ce elle feroit net¬ 
toyée dedens la châbre d’icelle auant que d’y mettre la 
poudre,ce qui fut fait, te fut faite charger te bouté fa 
boule qui pefoit 50 o.liures de fer,dedens la gueule d’i¬ 
celle bôbarde,à laquelle gueule eftoit vng nômé Iehan 
Maugue fondeur, qui icelle bombarde auoit fai&e: 
laquelle boule en rollant au long de la vollee contre le 
tampon de la chambre de icelle bombarde, fe defehar- 
gea incontinent, fans fçauoir dont le feu y vint. A 
caufedequoyelletua te meurdrit te mift en diuerfes 
pièces ledit Maugue, te iufquesà quatorze aultres per- 
fonnes de Paris, dont les telles,bras, iambes te corps, 
cftoient portez te gettéz en l’air, te en diuers lieux. Et 
alaaulftladidle boule tuer te mettre en pièces & lo¬ 
pins, vng pauùre garçon oylèlleur qui tendoit aux 
champs aux oyfeaufx. Et de la pouldre & vent de ladi¬ 
te bombarde, y en eut quinze ou feize aultres per- 
fonnes qui tous en curent plufîeurs de leurs membres 
gallez te brûlez, & en mourut plufîeursdcpuis.Ettel¬ 
lement que de çeulx qui y moururent ledit iôur,que de 
ceulx qui furent happez dudit vent^en mourut en tout 
de vingt-deux à vingt-quatre perfonnes. Et apres le 


Digitized by c.ooole 



dv Roy Loys XI. 301 

trefpas dudit Maugue fondeur de ladite bombarde, 
fon corps fut recueilly,enfepuely,&: mis en biere, & 
porté à faillit Merry à Paris fon patron, pour y faire 
fonferuicc,& fut crié par les carrefours de Paris que 
onjpriaft pour ledit Maugue, quinouuellement eftoit 
aile de vie à trefpas entre le ciel & la terre, au feruicc du 
Roy noftre Sire. 

En ladiéte année le mardy fécond iourdeMars, le 
corps d’vng nommé Laurcns Garnier de la ville de 
Prouins,qui auoit par Arreft delà Cour de Parlement 
efté pendu & eftranglé au gibet de Paris vng an & 
demy parauant leditiour,pour occafion de ce quil 
auoit tué & meurdry vng Collecteur ou Receueur de 
laTaillcdudit lieudcProuins, & duquel cas il auoit 
obtenu remiffiô qui ne luy fut point entérinée par la- 
diéte Court, fut au pourchas d’vng fien frere fait def- 
pendre dudit gibet par Henry Couhn Exécuteur de la 
naulte Iuftice audit lieu de Paris. Et illcc fut enfepuely 
ledit corps & mis en vne biere couuerte d’vng cercueil, 
& dudit gibet mené dedens Paris parla porte Sainét 
D enys, & deuant icelle biere aloient quatre crieurs de 
ladiéte ville fbnnant de leurs clochetes,& en leurs poi¬ 
trines les armes duditGarnier,&autour d’icelle bierey 
auoit quatre cierges & huit torches,qui elloient por¬ 
tées par hommes veftus de dueil& armoyez comme 
diteft. Et en tel eftat fut mené paffant parmy ladiébe 
ville de Paris iulques à la porte fainét Anthoine,ou 
fut mis ledit corps en vng chariot couuert de noir, 
pour mener inhumer audit Prouins. Et l’vng defdits 
Crieurs qui aloit deuant ledit corps, crioit bonnes 

p P üj 


Digitized by G.oooLe 



30i Les Chroniques 

gens di&es vos patenoftres pour l’ame de feu Laurés 
Garnier en Ion viuant demourant à Prouins, qu’on a 
nouuellement trouué more foubsvng chefiie, diètes 
en vos patenoftres que Dieu bonne mercy luy face. 

En ladiète annee audit mois de Mars le ieudy xviij. 
iour dudit mois,vng Gentilhômenommé Oriolcna- 
tif du pays de Gafcongne,quiauparauantauoiteuëIa‘ 
chargé & conduire de par le Roy de cent lances de 
fon ordonnance, laquelle charge & ordonnance le 
Roy auoit nouuellement fait cafter auecques aultres, 
laquelle chofe il print à defplaifance. Et a celle caufe 
fut rapporté que ledit Oriole parloit mal & vfoit de 
menalfes, & que auecques ce aulli qu’il mift en deli¬ 
beration auecques le Lieutenant de là compaignie, de 
delailferle Roy & fon feruice, & aler feruir en guerre 
fonaduerlàirele Duc en Auteriche. En quoy îailànt 
commettoit crime delezeMajeftéenuers lôn fouuc- 
rain feigneur, pour lefquels cas & aultres furent iceulx 
O riole & fondit Lieutenant décapitez en la ville de 
Tours ledit iour de ieudy. Et apres ladiefte execution 
faiâre furent portez par maiftre Denis Coufin Exécu¬ 
teur de la haulte Iuftice, & qui auoit exécuté ledit O- 
riole '& fondit Lieutenant, leurs telles & partie de 
leurs membres attachez & mettre aux portes d’Arras, 
& Béthune, au pays de Picardie. 

Audit an & mois de Mars fut aulli prins prifonnier 
à Paris vng nommé le feigneur de Mauues, qui aulli 
auoit efté cafte de la charge de cent lanccs,dont aulli 
auoit eue la charge pour le Roy, & fut prins en l’oftcl 
du Cornet prés lainét Ichan en Gréue par Phclippe 


Digitized by 


Google 



dv Rôy Loys XI. , 0? 

LuiilierEfcuyer Capitaine de la BaftilleS. Anthoine, 
& par luy ou par aultres mené prifonnier audit Iieude 
Tourspar deuers le Roy qui lors y cftoit.Et depuis fut 
deliure comme ignorant des cas à luy impofez. 

Au mois d’Auril quatre cens foixante & dix-iieuf 
apres,le Roy qui cftoit au pays de Touraine délibéra 
du fait de fa guerre, &de ce qui eftoit de faire touchant 
le fait d’icelle, pource que la treue quifurceauoit efté 
entre luy d’vncpart & le Duc en Auteriche d’aultrc- 
part, eftoitprefque faillie. Et que par ledit d’Auteri- 
chen auoit efté aucune A mbaftade enuoyé deuers luy 
pour accord faire entre eulx fur leurs diiferens.Et pour 
conclure de ce quils auoient à faire apres la fin d’icelle 
treue. 

Au mois de May enfuiuan t nonobftant que ladide 
treuenefeuft empireenefaillie, les manans & habitas 
de la ville de Cambray mirent & boutèrent les Picars, 
Flamens,& aultres ennemisdu Roy tenans le party 
dudit Duc en Auteriche dedens ladite ville de Cam- 
kray- ^ icelle en dechafterent & mirent dehors les 
gens dé guerre qui eftoient dedens leChafteau de la- 
. didc ville de par le Roy, nonobftant que ladide ville 
le Roy auoitlaiftèe & baillee enlagarde & cônfiden- 
cedufeigneurde Fiennes,& incontinent apres vin- 
drent de trois à. quatre cens lances defdits Flamens & 
Picars, deuant la ville & chaftel de Bouchain, dedens 
laquelle n’y auoit en garnifon pour le Roy que feize 
lances qui fe retrahirent dedens ledit chaftel, pource 
qu’ils apperccurent que les habitans dudit Bouchain 
auoient délibéré de mettre lefdits ennemis du Roy de- 


Digitized by LaOOQle 



304 Les Chroniqves 

dcns leur ville, incontinent qu’ils y feroient arriuez,ce 
qu’ils firent. Et incontinent eulx arriuez vindrent lefi- 
dits habitans afiaillir lefdits gens du Roy, que par for¬ 
ce ils prindrent & les nièrent tous dedens ledit cha- 
fteau,& de tous ceulx qui y eftoicntn’cn efehappa que 
vng feul, lequel s’enferma dedens vne ehambre, &c 
par vng tuyau des chambres aifees le laifla çheoir de¬ 
dens les foflez ôc fc fàulua : dcfquelles entreprifes & 
chofes ainfi faites, le Roy en fut fort mal content, & 
non fans caufe, veu que ladidte treuc rompue & entre¬ 
prifes defliifditcs ne fe faifoient point pour aucune 
faulte ou coulpe,quc euflcnt fait les gens de guerre du 
Roy fur lefdits ennemis. 

Et àceftecaufe le Roy enuoya certain grant nom¬ 
bre d’artillerie en la Duché & franche-Contéde Bour- 
gongne,auecques grant nombre de nobles hommes 
& francs archiers du Royaulmede France, par deuers 
leGouuerneur de Champaigne, qui eftoit Gouuer- 
neur & Lieutcnât G eneral du R oy audit pays deBour- 
gongne, pour recouurer ledit pays mettre dere- 
chieten fàmain. Et y befongnerent lefdits Goüuet- 
neur & ceulx de la compaigniefi vaillamment quepar 
alfauit & port d’armes iis gaignerent d’aflàult le cha- 
ftel de Rochefort, & tuerent tous ceulx qui cftoient 
dedens, en pillant tout ce qu’ils y trouuerent. Et delà 
s’en alerent deuant la cité de D oie, qui fut' fort batuë 
d’artillerie, ôc apres fut alTaillie tellement quelle "fut 
prife d’aflault, à càufe dequoy plufieurs gens de façon 
S>c bons marchans y moururent, & fi fut ladiétc ville 
arrafee & mife par terre. 

Au 


Digitized by G.oooLe 



dv Roy Loys XI. 305 

Au mois de Iuing enfumant meilirc Robert De- 
ftoutcuille,Cheualier feigneur de Beine, qui auoit efte 
Preuoft de Paris par l’efpace de xliij. ans, ala de vie à 
trefpas audit lieu de Paris. Et en fon lieu le Roy donna 
ledit office de Preuoft de Paris à Iacques Deftouteuil- 
le,fils dudit deffunét Preuoft, en faueur de ce qu’il di- 
foit que ledit deffunâ: l’auoit bien&loyaulment feruy 
à la rencontre de Montlehery & aultres diuers lieux. 7 
Duunt ces chofesle Royeftant à Montargis oyt 
les nouuelles des chofes defTufdiétes, dont il fut fort 
ioyeulx, & lors fe partit & s’en ala à Noftre Dame de 
la Vi&oirc prés Senlis y faire fès offrandes, & de là s’en 
vintauboisdeVinciennes où il ne feioùrna que vne 
nuyt. Et d’illecfe partit & print fon chemin pour aler 
à Prouins,& de là au pays de Champaigne, à Langres 
& aultres lieux, & cependant fut chargé à Paris par la 
riuiere de Seine moult grant nombre de belle & grof- 
fe artillerie, entre laquelle y auoit feize grofTes bom¬ 
bardes toutes de fonte, & grant quantité depouldres 
& fàlpeftrepour mener à Chalons en Champaigne, à 
Bar le Duc, & d’illec aler conquefter la Duché de Lu¬ 
xembourg, mais ledit voyage fut rompu & n’en fut 
riens fait. 

Et leSamcdy tien iour de Iuillet audit an lxxix. 
vint & arriua à Paris vne moult belle & honnefte Am- 
baflàdc du pays d’Efpaigne,que menoit & conduifoit 
pour le Roy l’Euefque de Lobes, A bbé de S. D enis en 
France. Et les furent recepuoir aux champs hors de la¬ 
dite ville les Preuoft des Marchans & Efclieuins de 
ladi&e ville, & aultres eftats d’icelle ville,& apres leur 

0.9 


Digitized by 



30 6 Les Chroniques 

entrée faiébe en icelle ville s’en alercnt à Sainét Denis, 
ôù ils furent fort feftiez par ledit Abbé dudit lieu, & 
aulfi audit lieu de Paris par aucuns des gens & officiers 
du Roy eftans en icelle. 

En icelle annee Ixxix. arriua en France vng ieunc 
Prince du Royaulme d’Efcoce nommé leDuc d’Alba¬ 
nie frère du R oy d’Efcoce, qui par ledit Roy çftoit de- 
chaffé hors dudit RoyaùIme,lequel s’en vint au Roy à 
reffuge,qui luy fîfb faire grant honneur à l’entree qu’il 
fift à Paris: car au deuant de luy furent aux champs par 
la porte Sainét Ànthoine,fur le chemin alant au bois 
de Vinciennès, tous les eftats de Paris auecques & en i 

la compaignie de Monfcigncur de Gaucourt, qui 
comme Lieutenant du Roy le recueillit bien honora» 
blement.Et d’illec fut amené & conduit dedens Paris 
& mené loger en la rue Sainét Martin,à l’enfeigne du j 

coq,oii depuis il fut longuement logé, &.fes gens & I 

C3mpaignie tout aux defpens du Roy, combien que 
de Ùl compaignie & gens de nation n’auoit auecques 
luy quededixàdouzecheuaux,& lefiftleRoyaccom- 
paigner parmefTeigncUrsdeMonypegny Chcualier, 
le feignéur de Congrcflâult, qui eftoitaufli EfcofTois. 

Au mois d’Aouftenfuyuantles Picars, Flamens,& 
aultres ennemis du Roy, eftans logez és paysde Flan¬ 
dres & aultres villes contraires au Roy, fe mirent fur 
les champs tendans affin de trouuer &c combatre les 
gens du Roy, & vindrentpour ce faire prés de la ville 
de Therouenne, laquelle ville tenoient les gens du 
Roy, &lefquels ennemis cuidoient auoir & empor¬ 
ter ladiéle ville par force & violence. Et apres leur ve- 


Digitized by ^.ooQle 



dv Roy Loys XI. 307 

nue la battirét fort de leur artillerie 3 à quoy il fur vail¬ 
lamment refifté & contredit par monfeigneur de S. 
Andry, comme Lieutenant de cent lances de monfei- 

f neur le Duc de Bourbon,& aultresCapitaines & no¬ 
ies hommes de l’ordonnance du Roy. Et dudit ex¬ 
ploit en furent aduertis les aultres gens de guerre 
eftans pour le Roy en gatnifon efditspays de Picar¬ 
die,tous lefquels pour fecourir lefdits deTherouenne 
& ladiébe ville, fe affemblerent & mirent fus les châps 
ôc vindrent trouuer lefdits Picars, Flamens, & aultres 
gens de guerre ennemis du Roy, à enuiron vne lieue 
prés dudit T herouenne : lefquels ennemis ôc aducrfài- 
res eftoient grant nombre, comme lx. mil comba- 
tans, qui eftoient menez & conduis par ledit Duc en 
Auteriche, le Comte de Romont & aultres feigneurs 
tenans ledit party, defquels vindrent frapper les gens 
du Roy eftans en garnifon audit T herouenne, auec- 
ques plufieurs des compaignies des lances que le Roy 
auoiten Picardie,dontauoit la conduite le feigneur 
des Querdcs & aultres Capitaines auecqucs luy,tous 
lefquels par grant vigueur & honnefte couraige frap¬ 
pèrent dedens lefdits aduerfaires & ennemis, & telle¬ 
ment qu’ils deffirent toute l’auantgarde dudit Duc en 
Auteriche, à caufe dequoy y eut grant occifion des 

f ens dudit Duc, & y perdirent beaucoup de biens, &c 
irent menez chaftans. Et pour ce que aucuns francs 
archiers du Roy qui fuiuoient ladite chafte fe mirent 
à piller lebagaige, & aultres biens laiifez par lefdifts 
aduerfaires, ainft chaffez comme dit eft, vint fur lefdits 
francs archiers & aultres gens de guerre le Conte de 

>i 


Digitized by c.ooole 




5 o8 Les Chroniques 

Romont, qui bien auoit de quatorze à quinze mil pie- 
tons picquiers, qui tuerent partie defdits francs ar- 
chiers & aultres gens de guerre. Et tant y en mourut 
des deux coftez,qu’on diioit & eftimoit les morts de 
quatorzeà quinze mil combatans, dont en y eut dek 
dits Bourguignons, Picars & Flamens,de morts en- 
uiron de vnze à douze mil combatans, fans les prifon- 
niers, dont les gens du Roy prindrent grant quantité ; 
c’eft aflauoir comme de neuf cens à mil prilonniers, 
entre lefquels y fut pris vng des fils du Roy de Poulai- 
ne, & vngaultreieune fils qu’on difoit eftrc le migno 
dudit Duc en Auteriche,auec grant nombre de gens 
de bonne & grande maifon,& tous bons prifonniers. 
Etauregartdesgons de l’armee du Roy y mourut le 
Capitaine Beauuoifien & V uafte de Mompcdon,Bail- 
lif de Rouen,& des gens de guerre de l’ordonnance du 
Roy y mourut enuiron trois cens archiers de ladide 
ordonnance, fans les francs archiers. 

Et apres ladide defeonfiture ainfi faide que dit eft, 
ledit Duc en Auteriche, le Conte de Romont & aul¬ 
tres de leur compaignie fe ralierent & vindrent deuan t 
vneplace nommee Malaunoy,dedens laquelleeftoit 
vng Capitaine Gafcon nommé le Capdet Remonnet, 
& auecques luy de fept à huit vingts lacqucts arbale- 
ftriers aufïi Gafcons, laquelleplacc parlefdits d’Aute- 
riche& Romont fut afîaillie. Et par lefdits Gafcons 
fut fort refifté, mais en fin furent emportez d’aflault, 
& y moururent la plufpart defdits lacquets, & les aul¬ 
tres fc getterent dedens les fbffez. Et au regard dudid 
Capdet il fut prins prifon nier & mené pour affeurancc 


Digitized by G.OOQle 


dv Roy Loys XL 509' 

deuers ledit d’Auteriche, lequel nonobftant ladiéte af- 
fcurance & trois iours apres fadicte prife,& de fang 
froit St raffis ledit d’Auteriche le fift pendre & eftran- 
gler. Et pour vengeance faire de fa mort le Roy très- 
mal content d’icelle fift pendre iufques au nombre de 
cinquante des meilleurs prifonniers que fes gens d’ar¬ 
mes euftent en leurs mains, &: par le Preuoft des Ma- 
rcfchaulx lequel les fift pendre :c’eft aftàuoir fept des 
plus elpeciaux prifonniers,au propre lieu ou le Capdet 
Remonnct auoit efté pendu, dix aultres prifonniers 
deuant Douay,dix aultres deuant S. O mer, dix deuant 
la ville d’ Arras, & dix deuant l’Ifie. Et eftoit ledit Pre¬ 
uoft accompaigné pour faire faire ladite execution, de 
huit cens lances & nx mil francs archiers, tous iefquels 
apres icelle execution faiéte s’en alerent cofte la Conté 
de Guynes, & en reuenant iufques en Flandres, prin- 
drentdix-fcpt places & maifons fortes, & tuerent & 
bruflerent tout ce qu’ils trouuerent, & en emmene- 
rent bcüfs,vaches,cheuaulx,iufques es aultres biens, & 
apres s’en retournèrent en leurfdiébes garnifons. 

Audit temps fut prins fur mer par Coulon & aultres 
efeumeurs de mer en Normendie pour le Roy,iufques 
àquatrcvingtsnauircsde Flandres, qui eftoient alez 
quérir des feigles en P race pour auitailler le pays, & 
tout le harenc de la pefche d’icelle annee, où il fut fait 
la plus grant defeonfiture qui pafle à cent ans fut fai été 
fur mer, à la grande confufion & deftra&ion def- 
dits Flamens. 

En l’annee mil quatre cens quatre vingtspaflerent 
la mer d’Angleterre pour venir en France par deuers 

Qjl üj . 


Digitized by c.ooQle 



jio Les Chroniques 

le Roy,lefeigncurdeHauart,vng Prothonotaire,& 
àultres Ambalïàdcurs Anglois, pour le fait de l’entre- 
tcnement de la treue d’entre le Roy& le Roy d’Angle¬ 
terre jlefquels Ambalfadeurs furent bien receups du 
Roy, & leur fift on bonne chiere & grant, & s’en re¬ 
tournèrent apres leur expédition. Et leur fut donné 
par le Roy de l’or content & de belle vaifTelle d’argent. 

Enladiéteannee mil quatre cens quatre vingts, le 
Roy bailla lettres de commiffion à maiftre Iehan Auin 
Confeillier en là Court de Parlemet,&à Iehan Doyac 
de la ville de Culfet en Auuergne, pour faire fur mon- 
feigneur de Bourbon fes villes, pays, officiers, & bons 
fubie£ts,plufieurs dampnez exploits & nouuelletez, 
que lefdits Commilfaires prindrentioyeufementà fai¬ 
re,cui dans deftruire & porter dommaige audit mon- 
feigneur le Duc, contre Dieu & raifon & fans caulc: 
mais pour complaire à la voulenté du Roy qui le me- 
noit,affin de deftruire ledit feigneur & mettre en exiL 
Et par lefdits Commilfaires en enfuiuant leurdiéte 
commiiïionlirentadiournerà comparoir perfonnel- 
lementen la Court de Parlement à Paris, la plulpart 
des officiers d’icelluy monfeigneur le Duc,commelon 
Chancellier,lbn Procureur general,le Capitainede là 
garde, & autres plulieurs en grant nombre,qui y com¬ 
parurent au iour à euxaffigné,ou par Commiflàires 
d’icelle Court furent examinez. Et pour ce faire lon¬ 
guement détenus enarreftsen ladûfte ville Rencon¬ 
tre defquels maiftre François Haie Aduocat du Roy 
en ladiéte Court de Parlement,lefquels pour Ion plai- 
fir faire contre Dieu Ôc raifon,le feruice de corps & d a- 


Digitized by c.oooLe 



bv Roy Loys XI. 311 

me. Et apres par ladiite Court furent eflargis & ren- 
uoyez en leurs maifons. 

Et apres ces chofesainfi. faites fut aufliadiourné à 
comparoir en ladite Court maiftre Iehan Herbert E- 
uefque de Confiances pour refpondre à plufieurs cri¬ 
mes & cas à luy impofez, où il vint & comparut, & fut 
fur ceinterrogué,& puis par Arreft de ladite Court fut 
fait conftitué prifonnier es prifons de la Conciergerie, 
& tous fes biens & temporel mis en la main du Roy. 

En ladiite annee au mois d’Aouft fut fait treue auec 
le Duc en Auteriche pour fept mois,dont les trois mois 
deuoienteftre marchans,les trois aultres d’aftinence 
de guerre,& lefeptiefme mois de repentailles. 

En iadiite annee au mois de Septembre le lundy 
quart iour dudit mois, vng Légat du Pape nommé le 
Cardinal de fainitPierre ad Vincula qui eftoit venu 
en France, & arriua en la ville de Paris où il fut honno- 
rablement receupar tous les eftats de Paris,qui alerent 
jau deuant de luy par la porte faint Iacques. Et par tout 
fon chemin où il pafta par laçliite ville eftoit tout ten¬ 
du de tapifterie iufques à TEglife Noftre Dame de Pu-» 
ris,oùilfiftillecfonoroifon. Etapres icelle faiite s’en 
ala en fon logis <jui luy eftoit ordonné au Colliege de 
faillit Denys près les Auguftins. Et l’accompaignoit 
ôc eftoit toufiours prés de luy tres-noble,tres-Reueréd 
pereen Dicumonfeigneur le Cardinal de Bourbon. 

Et le landemain qui fut mardy fixiefme iour dudiit 
mois, maiftre Oliuier le diable dit le Dain, Barbier du 
Roy, feftoya lefdits Légat, Cardinal de Bourbon, & 
moult d’aultres gens d’Eglife, & nobles hommes,tant 


Digitized by 



3i2. Les Chroniques 

plantureufement que pollible eftoit. Et apres difncr 
les mena au bois de Vinciennes efbatrc 6c chaffer aux 
Dainsdedensle parc dudit bois, 6c apres s’en reuint 
chafcun en Ton hoftcl. 

Etleieudy enfuiuant veille de laNatiuité de laBc- 
noifte Vierge Marie 6c vendredy enfuiuant,ledit Lé¬ 
gat fut aux Vcfpres 6c Melfe en l’Eglife Noftre Dame 
de Paris,ou moult de gens de tous eltats furent en la¬ 
dite Eglife,pour veoir faire ledit fcruice audit Légat, 
qui le fut bien & honnorablcment. 

Et le Dimanche enfuiuant douzie£mciourdudi<St 
mois, ledit Légat ala difner 6c foupper en l’oftel de 
Bourbon à Paris, ou mondic feigneur le Cardinal de 
Bourbon le feltoya, & y mena ledit Légat plufieurs 
Arceuefques,Euefques,&aultres feigneurs 6c Gen¬ 
tilshommes,ou elloient l’Arceuefque de Befançon 6c 
celuy de Sens,les Euefques de Chartres, celuy de Nc- 
uers,celuy de T onne,celuy d’Amiens, celuy d’Alec, 6c 
aultres,le feigneur de Culron,Moireau Maiftred’oltel 
du Roy, 6c plufieursaultres Gentils-hommes 6c gens 
d’EglifcjOii ils furent moult honorablement feftoyez. 

Et le lundy apres enfuiuant xiij. iour dudit mois, le¬ 
dit Légat fe partit de Paris 6c s’en ala à S. Denis en 
France,ou aulli il fut feftoyepar l’Abbcde S.Dcnis, 6c 
dudit S. Denis s’en ala au pays de Picardie 6c Flandres, 
pour cuider communiquer auecques les Flamens 6c 
Picars,& effayer de faire aucun accord entre le Roy 6c 
eulx fur leurs differens,où il fut depuis par long temps, 
la plufpart d’iceluy fejournant à Péroné, cuidant auoir 
feur acceps d’en trer audit pays de Flandres,ou le Roy y 

enuoya 


Digitized by G.OOQle 



dv Roy Loys XI. $1$ 

enuoya aufli maiftre FrançoisHaflé, le Preuoft de Pa¬ 
ris & aultres,qui fans y riens faire retournèrent à Paris. 
Et aufli retourna ledit Légat audit lieu de Paris le ieu- 
dy deuant Noël vingt & vniefmeiourdc Décembre 
mil quatre cens quatre vingts, lequel Légat ala voir 
monfeigneurle Cardinal de Bourbon,auec lequel il 
fouppa ôc coucha, & le landemain s’en partit dudit 
hoftel par la porte doree, & pafTa la riuiere iufques en 
l’oftel de Neelle,où il monta à theual aucc fes gens qui 
illec l’attendoient.Et s’en ala iufques à O rleans oü il fe- 
journa certain temps, pendant lequel le Roy fift deli- 
urer le Cardinal B»fee,& s’en ala audit Orléans deuers 
ledit Légat. Et en ce temps fe tint le Roy au pays de 
Touraine ou il demoura par laplufpart de l’yuer, & 
iufques à enuiron les Rois qu’il s’en ala à Poidiers &c 
aultres lieux, & puis s’en retourna à T ours & aux for¬ 
ges,vers la fin du mois de Ianuier. 

En ce temps le Roy fift cafler & abatre tous les francs 
archiers du Royaulme de F race, & en leur place y voùlt 
ellre &demourer pour feruir en fes guerres les Souyf- 
fes & picquiers. Et fit faire par tous couftcllicrs grant 
quantité de picques,hallebardes,& grans dagues à lar¬ 
ges roüelles. 

En ladidc année l’yuer commença tard, & ne gela 
point qui ne feuftle landemain de Noël iour faind 
Efticnne, &: dura iufques au huidiefme Feburier, qui 
font fix fepmain es,durât lequel temps fift la plus gran¬ 
de &afpre froidure que les anciens euflent iamais veu 
faire en leurs vies, & furent les riuicres de Seine, Mar- 
nfe, Yonne,& to utes aultres riuieres afiluans en ladide 

Rr 


Digitized by c.ooQle 



314 Les Chroniques 

xiuicrcdè Seine j prifes ôc gelees fi très-fort que tous 
charrois,gens, & oeftes paflbient par deflitsla glace. Et 
au defgel defdidtes riuieres en aduint plufieurs grans 
maulx & dommages, à caufe defdi&es glaces qui en 
emportèrent plufieurs ponts eftants fur lefdiétes riuie¬ 
res, & les glaçons firent de grans dommages: car ils 
rompirent ôc emportèrent grant quatité de bafteaulx, 
dont partie s’en aierent frapper contre les ponts No- 
ftre Dame, faincft Michel d’icelle ville de Paris,lefqueis 
bafteaulx fauuerent plufieurs grans heurs que euftent 
fait lefdits glaçons contre lefdits ponts, qui furent en 
bien grant dangicr d’eftre abatus.fifcpour la paour que 
en eurent les demourans fur lefdits ponts, defempare- 
rent lefdits ponts, eulx & leurs biens, iufques le dan- 
gier en feuftpafle,&lefqueis glaçons rompirent fept 
des pieux du moulin duTempie.Et à celle caufe ne vint 
point de bois à Paris parla riuiere de Seine, & fut bien 
chier,commede fèpt a huit fols pour le moule: mais 
pour fecourir le poure peuple, les gens des villaiges 
amenèrent en ladite ville à cheuaulx & charrois grant 
quantité de bois vert. Eteuft efté ledit bois plus chier 
felesAftroIogiensdeParis euftent dit vérité, pource 
quilsdifoientque ladidre grande geiee dureroit iuf¬ 
ques au huiétiefme iour de Mars,& il defgella trois 
iepmaines auant, mais dcfpuis ledit defgel le temps 
fut fort froit iufques bien auant le mois de May, à cau¬ 
fe dequoy plufieurs bourgeos des vignes qui cftoient 
;tropauancees furent perdus & gelez, Ôc lesfleursdes 
arbres & les fouches en diuers lieux perdues & gellees. 

Durant ledit y uer ôc iufques au mois d’Apuril, que 


Digitized by LaOOQle 



DV R.ÔY Lo YS XI. 515 

failloit la treuc entre le Roy & les Flamens,ne fut riens 
faitde cofté ne d’aultre,pource que lefdits Flamens en- 
uoyerent leur Anabaflàde deuers le Roy à T ours, auf- 
quels il donna expédition & continua les treuesdvng 
an,efperant que durant icelluy fe trouueroit quelque 
bon expédient de paix finale. 

Audit temps les Ambaffadeurs du Roy Edouart 
d’Angleterre vindrent par deuers le Roy, pour le fai& 
delatreue,& print le Roy la peine d’aler deuers eulx 
iufqucs à Chafteau Régnault, où le Roy les ouyft fur 
la matière pourquoy ils eftoient venus : Et illec furent 
expédiez par le Roy & puis s’en retournèrent en An¬ 
gleterre. Et apres leur partement fut dit & publie' que 
la treue d’entre lefdits deuxRois efioit continuée pour 
bien long temps. 

Audit an mil quatre cens quatre vingts au mois de 
Mars,le Roy eftanten Ion hoftel du Pleflis du parc lez 
Tours, fut merueilleufement maladed’vne maladie 
qui foubdaincmentîeprint, dont fut dit depuis qu’il 
fut en grant dangier de mort, mais moyennant l’ayde 
de Dieu la fanté luy fut rendue, &c reuint en conualef- 
cence. 

En l’annec mil quatre cens quatre vingts & vng,Ie 
Roy voult& ordonna que certain camp de bois qu’il 
auoit fait faire pour tenir les champs contre fes enne¬ 
mis,feuft drecié & mis en eftat en vne grant plaine prés 
lepontdel’Arche,pourilleclevcoir, 8>c dedens icelluy 
certaine quatité de gens de guerre armez auec halebar- 
diers & picquiers que nouuellementauoit mis fus, dot 
il auoit aôné la conduite defdits gens de guerre à mef- 

Rr ij 


Digitized by LaOOQle 



jié Les Chroniques 

{ire Phelipe de Creuccueur, Cheualier feigneur des 
Querdes, &c à maiftre Guillaume Picquart Baillif de 
Rouen ^dedens lequel camp ilvoult que lefdits gens 
de guerre feuflfent par refpace dvng mois pour fça- 
uoir comment ils fe conduiroient dedens, & pour fça- 
uoir quels viures il conuiendroit auoir à ceulx qui fe- 
roient dedens ledit camp, durant le temps qu’ils y fe- 
roient. Et pour aler audit camp que le Roy auoit or¬ 
donné eltrepreft dedens lequinziefme iour deluing, 
le Roy s’approcha prés de Paris, & fiftla fefte de Pen- 
thecoufte àNoftrcDame de Chartres, & d’illec s’en 
ala audit pont de l’Arche, & de là audit camp, qui fut 
choifi & aflis entre ledit pont de l’Arche & le pont S, 
Pierre,partie duquel camp tel qu’il pouoit contenir 
fut foffoyé au long de ce qui en fut drefïié ,& dedens 
fut tendu des tentes & pauillons, & aufli y fut mis de 
l’artillerie ôc de tout ce qui y eftoit requis. Et par ladite 
portion ainfi dreffee, qui fut fort agréable au Roy, fut 
fait iugement quel auitaillemét il fauldroit auoir pour 
fournir tout icelluy camp, quant il feroit du tout em- 
plydece que le Roy auoit intention de y mettre & 
bouter. Et apres ces chofes & que le Roy l’eut bien veu 
&vifité,s’en vint à bien content, & s’en partit pour 
s’en retourner audit lieu de Chartres,Selome,Vendof- 
me,&àTours,& en renuoya toutes lescompaignics 
qui eftoient venus audit camp par fon ordonnance, 
chafcun en fa garnifon. 

En ladiéte année le Duc de Bretaigne enuoya ache¬ 
ter à Milan certaine quâtite' de harnois,, comme cuiraf 
fes,fallades,& aultres harnois,qui furent enfardelez en 


Digitized by 


Google 



dv Roy Loys XI. ^ 

fardeaux en façon de draps de foye & aultres marchan- 
difes fort enueloppez de cotcon.Et tellement que à re¬ 
muer les fardeaulx ne faifoientpoint de noife, lefquels 
fardeaulx qui fe portèrent fur mulets arriuerent aux 
montaignes d’Auuergne., laquelle marchandife de 
harnojsles gens & commis deDoyacprindrent, & in¬ 
continent fut mandéau Roy qui donna lefdits har- 
nms audit Doyac & aultres fes fatalités. 

En ladideannee toutes les vignes prefquc vniuer- 
fellçment par tout le Royaulme de France faillirent, &: 
ne rapportèrent que vngpcudechofe, & le vin qui 
creuft en ladiébe annee ne valut guieres, & fi fe vendit 
bien chier. Et à celle caufe le vin de lannee precedente 
qui aufli ne valoir guieres fut vendu moult chier: car le 
vin qui au commencement, d’icelle annee qui ne fut 
vendu a detail & tauerne que quatre deniers tournois, 
fut vendu douze deniers tournois la pinte. Et par au¬ 
cuns marchans bourgois de Paris & d’ailleurs qui 
auoient gardé du vin,creu autour de Paris, comme de 
Champigny fur Marne & aultres lieux voifins, le ven¬ 
dirent bien chierement: car plufieurs en vendirent à 
detail deux foisparifis la pinte, qui eftoit audit prix 
trente fix liu.tournois le muy.Et aduint que au moyen 
de ce que lefdi&es vignes faillerent comme dit eft,& 
que le vin ne valut guieres,plufieurs marchans s’en ale- 
rent cercher les bons en diuerjfes régions loingtaines, 
lefquels marchans firent amener en la ville de Paris, 
qui fut pareillement chier vendu, comme fix & lept 
blancs la pinte. Et lefquels vins furent alez quérir iuf- 
ques és fins & mettes des dernieres villes d’Efpaigne. 

Rr iij 


Digitized by ^.ooQle 



318 Les Chroni^ves 

En ladite anneeles garnifons pour le Roy eftans 
au pays de Picardie, tenans froncieres fur lefdits Fla- 
mens,nonobftantlatreue firent de grans courfes les 
vngs contre les aultres, en faifant mauuaifc guerre : car 
tous lesprifonniers de guerre prins de chaftun defditss 
coftez, fans mifericorde aucune eftôicnt pendus quant 
prins eftoient, fans aucun en mettre à ran çon. 

Audit temps le Roy qui auoit efté malade à T ours; 
s en partit dudit lieu de T ours, & s’en ala à T ouars, ou 
aulfi y deuint très fort malade,& y fut en très grat dan- 
gier de mort. Parquoy & affin de rccouurcr fa fante'en- 
uoya faire maintes offrandes, & donner de bien grans. 
fommes de deniers en diuerfes Eglifes de ceRoyaume, 
& fift de grades fondations.Et entre les aultres fonda¬ 
tions fonda enlafaincfteChappellc du PalaisRoyalà' 
Paris vne haülte Meffc, pour y eftre di<5te chafcun iour 
en l’onneur de môfeigneur S. I ean,à l’eure de fept heu¬ 
res de matin, laquelle il ordonna eftrcchanteepar huit' 
chantres qui eftoient venus dupays de Prouence, lei- 
quels auoient efté auRoy René deCccile,& de fà chap« 
pelle, qui s’en vindrent apres le trefpas dudit feu Roy 
René leurmaiftre deuers leRoy, qui les recueillit corne 
dit cft. Et fonda ladiéte meffe de mil Hures parifis, pri- 
fèsfur laferme&couftumedu poiffon de mer qui le 
vent és Halles de Paris. • ' 

E t apres ce que dit eft & que le Roy eut cfté ainfima- 
lade,ilfevoüad’aler en pelerinaige a monfeigneur S. 
Claude,ce qu’il entretint défaire,& s’en vintàNo- 
ftre Dame de Clery faire fes offrandes, & puis fepartit, 
d’iliec pour aler accomplir fondit voyaige. Et pour 


Digitized by 


Google 



dv Roy Loys XI. 319 

dire feurement de fa perfonne y mena auecques luy 
huit cens lances, & plufieurs aultres gens de guerre 
qu’on eftimoit bien à fix mil combatans. Et auant fon 
partcmentdupaysde Touraine ala à Amboife vcoir 
monfeigneurleDaulphin fon fils que iamais n’auoit 
veu,au moins que bien peu,& au departement luy dô- 
na fabenediétion, & le lailfa en la garde de monfei- 

f neur Pierre de Bourbon feigneur de Beaujeu,lequelil 
ft fon Lieutenant general par tout fon Royaume du¬ 
rant fondit voyaige. Et lors declaira le Roy à monfoi- 
gneur le Dauiphin qu’il vouloir qu’il obeift à mondit 
leigneurdeBeaujcu, & qu’il fift tout ce qu’il luy or- 
donneroit, &c toutainfi que fi luy-mefmes luycom- 
mandoit. 

En ladiéleannee durant le voyage defainét Claude, 
fut le blé moult chier vniuerfellement par tout le Roy- 
aulmc de France,& mefmementaüpays de Lyonnois, 
Auuergne,Bourbonnois, & aultres pays voifins. Et à 
celle caufe y mourut grant quantité de peuple, tant de 
maladie que de famine, qui rut merueilleufemét gran¬ 
de par toutes contrées, & fe ce n’eulTent elle les gran¬ 
des aumolhes & focours de ceulx qui auoient des blcz, 
k mort y eull elle moult douloreufe. Nonobllant ce 
fo partirent delHits pays plufieurs pourcs gens qui ale- 
rent à Paris & en plufieurs aultres bonnes villes, & fu¬ 
rent mis en vne grange ou maifon à fainébe Katherine 
du val des Efcolliers, odillec les bons Bourgois & bon¬ 
nes bourgoifes de Paris les aloient fongneufement 
penfer. Et depuis furent menez à i’oftel Dieu de Paris, 
oüils moururent tous ou la plus part: car quant ils cui- 


Digitized by LaOOQle 



3 io Les ChroNiqves 

doient mangicr ils nepoüoiént, pource qu’ils auoient 

les conduits retraits par auoir efté trop fans mengier. 

En l’an mil quatre cens quatre vingts & deuxjeieu- 
dy iour de May, enuirôn l’eurc de quatre à 

cinq heures,de tres-noble, puiffanté, fàinébe & des 
bonnes viuans l’exemplaire :c’eft aflauoir ma tres-rc- 
doubtee Dame madame lehanne de France,femme &c 
efpoufede monfeigneur Ichan Duc de Bourbonnois 
& d’Auuergne, expira & rendit lame à Dieu en Ton 
chafteau de Molins en Bourbonnois, par le moyen 
d’vne forte fleure,fimerueilieufe que l’art de Médeci¬ 
ne n’y peut pourueoir, & fut fon corps inhumé eni’E- 
glife de Noftrc Dame dudit Molins. Laquelle Dame 
rut fort ploree & lamentee, tant par monditfeigneur 
fon efpoux & mary,fes feruiteurs & gcnsdefespays,& 
partousaultresdu Royaulme de France, qui ladi&e 
Dame auoient veuë & eu cognoilfance,pour les gran¬ 
des vertus & biens dont eiloit par grâce remplie. 

Et auparauant icelle annee ala aufli de vie à trefpas 
au pays de Flandres, madame la Conteiïe de Flandtes 
& Artois, fille du feu Duc Charles de Bourgongne, 
femme du Duc en Auteriche, & niepee de meffei- 
gneursdeBourbon: de laquelle y Rirent deux enfans, 
c’eft affauoir vng fils & vne fille, lefquels demourerent 
en la garde des Flamcns en la ville de Gant. 

En ceftedite annee mil quatre cens quatre vingts’ & 
deux de iadicte maladie de fleure & taige de tefte,mQU* 
rurent en diuers lieux moultde notables & gransper-r 
fonnaigeSjtant hommes que femmes.' Et emtreaultres 
moururentles Arceuefques de Nerbonne:&: Bourges, 

i'Euefquc 


Digitized by 


Google 





dv Roy Loys XI. $u 

l’EuefquedeLifieux,& maiftre Iehan le Boulengier 
premier Prefidcnt en la Court de Parlement, & auiîï 
mellirc Charles de Gaucourt Cheualier, qui auoit efté 
Lieutenant pour le Roy en fà ville de Paris, lequel fut 
fort plaint: car il eftoit vngbon & honnefte Cheua- 
ücr, beau perfonnaige,faige homme & grant c|erc. Et 
de ladide Court de Parlement moururent plüfieurs 
des Confeillicrs & Aduocats d’icelle, & entre aultres 
mourut vngnômémaiftreNicolle Bataille,quc on dri- 
foit cftre leplus grant Legifte duR oyaulme de France, 
bonne perlonne & fort plaifànt, qui fut fort plaint & 
non fans caufc. Et difoit on qu’il mourut par le cour*! 
roux qu’il print de fà femme qui fut fille de maiftre 
Nicole Erlaut,en fonviuantTrcforicr du Daulphiné, 
combien quelle euft de fondit mary tout le plaiur que 
femme en pouoit auoir, & d’elle auoit eu douze enfans 
en mariage, & auoit ledit defïund au iour de fondit 
trefpas quarante quatreans d’aage.Laquelle femme fc 
conduifit en la lefeherie de fa pute chacougne auec- 
ques ribaulx particuliers,durant fondit mariage.Et en- 
treaultres entreuint en fadide lefeherie vng ieune gar¬ 
çon fils d’vne venderefle de poires & poiüon de mer 
des Halles de Paris,nommé Régnault la Pie,lequel 
auoitaultrefois eue grant familiarité autour du Roy, 
comme fon varier de chambre, & depuis auoit efté mis 
dehors de fon feruice par fes fauites & abus, dont l’ac- 
cufàOliuier le diable dit le Dain,aufli fon compai- 
gnon, comme barbier,varlct de chambre du Roy. La¬ 
quelle femme îe print en fon amour defordonnee, & 
pour l’entretenir en vendit & engaiga de fes bagues & 


Digitized by 


Googl 



3 i t Les Chroniques 

vaifTelie de fondit mary, & fi print auilx de largent de 
fondit mary larçineufement , pour rentretenement 
de fondit paillard : de toutes lefquelles chofes fondit 
mary en futaduerty,qui en print (i tres-grant cour¬ 
roux queàcaufed’iceluy ilalade vieà trefpas,qui fut 
moult grant dommaige. Au Royaulme des Cieulx gi- 
fe lame de luy en bon repos. 

Et apres que le Roy eut fait & accomply fon voya¬ 
ge audit lieu de faind Claude,il s’en retourna fort ma¬ 
lade à Noftre Dame de Clery, là ou il fit fa neufuaine, 
& apres icelle fàide moyennant la grâce & bonté' de 
laBenoifte Vierge Marie illec rcquHc , & à laquelle il 
auôit fa finguliere confidence ôedeuotion, reuinten 
afiez bonne conualefcenec, & fut fort alegé de fes 
maulx. Durant & pendant le temps que le Roy eftoit 
audit lieu de Clery y mourut beaucoup de gens , tant 
de fon Hoftel que d’aultres, & entre les aultres y mou¬ 
rut vng Dodeuren Théologie que nouuellementii 
auoit fait fon Confeiller & Aufmonier, qui eftoit na¬ 
tif de Tours fils d’vngBouchierdeladideville, &fe 
nommoit ledit Dodeur maiftre Martin Magiftri. 

En apres lé Roy qui eftoit audit lieu de Clery s’en 
partit & s’en ala à Mehun fur Loire,à faind Laurens 
des Eaues & illec enuiron,& y fut iufques prés la fefte 
N oftre Dame demy-Aouft qu’il fe. partit dudit faind 
Laurens & retourna de rechicf audit lieu de Clery,àla 
fefte & folempnité de la Noftire Dame de my-Aouft. 

, En laditeanneeaucQmmencementdcIuilletfèmi- 
rent fusvne belle & honnefte Ambaftàde du pays de 
Flandres,pour venir deucrs lc Roy audit lieu de Clery, 


Digitized by c.oooie 


df Roy Loys XI.. 

où ils arriuetént, & illec parlèrent au Roy, auquel ils 
firent remonftrer & àfon Confeil,les caufes pour les¬ 
quelles ils eftoient venus deuers luy, de par les nobles 
hommes, gens d’Eglife, & populaire dudit paysde 
Flandres. Lefquelles caufes eftoient tendansaffin qu’il 
pleuft au Roy auoir bon appoineftement aueeques luy 
pour lefdits Flamens,quinetendoicntàaultrefin que 
d’auoirpaix finaile aueeques le Roy.Lefquels Ambaf 
fadeurs furent du Roy tres-bicn & honneftement re- 
ceus & recueillis, & leur fut de par luy donne expediv 
tion, donticeulx Ambafiàdeurs furent tres-bien con- 1 
tens. Et ce fait ils s’en retournèrent audit pays de Flan* 
drcs,& furent conduits & menez de par le Roy eh la; 
ville de Paris par monfeigneur de fàinâ: Picrre,quiles 
fift bien feftoyer par lePreuoft des Marchans & Ef- 
cheuins d’icelle ville de Paris, bien & honneftement : 
& puis apres s’en retournèrent à Gant & aultres villes 
de Flandres,dont ils eftoient partis. Et ainfi que ladite 
Ambaffade s’enretournoit,le Roy auoit fait mettre 
fus les champs grant partie de fes gens de guerre qu’il 
auoit en garniion au pays de Picardie, dont auoit la 
charge & conduite le feigneurdes Querdes : laquelle 
compaignic il faifoit beau veoir, car elle eftoit fort 
belle. En laquelle compaignie auoit quatorze cens 
lances fournies, tres-bien accompaignees de fix mil 
Suiffes, & aufti de huit mil picquiers. Tous lefquels 
^ens de guerre ainfi alfemblez que dit eft, s’en alerent 
à grant triumphe & bruit mettre le fiege deuant la vil¬ 
le d’Aire,qui eft vne très belle place & bien afhfe, prés 
de fain<ft Orner & Therouenne, dedens laquelle ville 

Sf ij 


Digitized by LaOOQle 




$i4 Les Chroniqves 

y auoit pluficurs gens de guerre de par le Duc en Autc^ 
riche. En laquelle place, tout incontinent que les gens 
duRoyyfurcntarriuez la battirent moult fortd’ar- 
tillerieydont & dequoy les manans d’icelle ville furent 
& fc trouuerent fort eipouuentcz : mais aucuns des 
gens de guerre illec eftans, qui auoient bonne intelli¬ 
gence auecques ledit feigneur des Querdes pour le 
Roy,de luy bailler ladite place & ville,firent compo- 
fltion pour icelle ville,qui eftoit telle quelle feroit mi- 
fe en la main du Rôy. Et fut faille ladite composi¬ 
tion par vngCheualier nommé le feigneur Defcon- 
trans, qui eftoit du pays de Picardie, & lequel auoit la 
garde de ladiéte ville de Aire de par ledit Duc en Aute- 
riche. Etmift ladiâx place en la main du Roy, en luy 
faifant le ferment de le feruir bien Sc loyaulment, dont 
& pour bien le rccompenfer le Roy luy donna la char¬ 
ge de cent lances , & u. luy fut oultre baillé & donné 
trente mil efeus en or content. 

En ladiéte annee es mois d’Aouft & Septembre,vng 
Ghcualier du pays du Liegenommé memre Guillau¬ 
me de la Marche,dit le Sanglier Dardaine, fift & cofpi- 
ra guerre mortelle alencontre de tres-noble Prince & 
tres-Rcuerend pere en Dieu monfeigneur Loys de 
Bourbon, Euefque de ladiétc cité de Liege, qui auoit 
parauant hourry ledit Sanglier Dardaine, pour le tuer 
& meurdrir. Et apres ce fait de mettre &c faire Euefque 
dudit Liege le frere dudit Sanglier. Et pour faire par 
icelluy Sanglier la dampnee entteprifè, le Roy luy lift 
deliurer argent & gens de guerre en grant nombre. 
Au moyen dcfquels, & aufli de certain nombre de 


Digitized by LaOOQle 




dv Roy Loys XL 515 

mauuaîs garçons,larrons,pipeurs & pillars, qu ilprint 
& aftèmbla tant «1 la ville de Paris, que en aucuns des 
villages voifins d’icelle ville, iufques au nombre de 
deux a trois mil. Lefquels il fift veftir & habiller de ro¬ 
bes rouges,& à chafcunc defdites robes deffus la man¬ 
che feneftrey fift mettre vnc hure de fanglier.Et eftoiét 
lefdits mauuais garçons legierement armez: & ainfi le¬ 
dit Sanglier les mena iufques audit pays duLiege. Et 
luyillecarriuétrouua façon & moyen d’auoir intelli¬ 
gence auccques aucuns traiftres Liégeois de ladi&c 
ville, à l’encontre de leur feigneur, de acchafTer,tuer 8c 
meurdrir leurdit Euefque, & le mettre hors de la cité, 
auecquesce qu’il auoit de gens:ce que firent lefdiéts 
Liégeois,& foubs vmbre d’vne amitié fainte qu’ils di- 
foient auoir à leurdit Euefque, luy dirent que force 
eftoit qu’il alaft affaillir fondit ennemy, & que fefdits 
habitans lefuiuroient en armes, 8c viuroient 8c mour- 
roientpour-luy,& qu’il n y auroit point de faultc que 
leditSanglier 8c fa compaignie demourroient defeon- 
fits & deftruits. Lequel monfeigneur du Liege incli¬ 
nant à leur rcquefteiàillit de ladiéte cité du Liege, 8c 
ala auccques eulx aux champs tout droit où eftoit ledit 
de la Marche .-lequel quant il vit ledit Euefque fe def* 
couurit de l’embuche où il eftoit,& s’envint tout droit 
audit monfeigneur l’Euefquc.Et quant lefdits traiftres 
habitans du Liege virent leurdit Euefque és mains du¬ 
dit de la Marche fon ennemy,luy tournèrent le dos, 8c 
fans coup ferir s’en retournèrent en ladiéte cité de Lie- 
ge.Et incontinent ledit monfeigneur de Liege qui n’a- 
uoif aide ne fccours que defes feruiteurs & familiers,fe 


Digitized by LaOOQle 



Les Chroniqvss 

rrouua fort elbahy: car ledit de la Marche qui cftoit 
ûilly de fadkfte embufche,s’en vint à luy,& fans aultre 
chofe dire luy bailla d’vne taille fur le vifaige, & puis 
luy mefmes le tua de (à propre main : te apres ce fait 
icclluy de la Marche fift mener & getter ledit Euefquc, 
&eftendretout nuden lagrant place deuant l’Eglifc 
fainét Lambert, mai ftreffe Eglife de ladiâre cité de Lie-. 
ge,od illec fut manifeft ement monftré tout mort aux 
nabitans de ladicStc ville, &àvn chafcun qui le vouloit 
veoir. Et tantoft apres Iadi&emort y arriucrent cui- 
dans lefecourir le Duc d’Auterichc, le Prince d’Orcn- 
ge,le Conte de Romont &c aultres gens de guerre, lcC- 
quels quant ils feeurent la mort dudit Euefque,sen re¬ 
tournèrent fans riens faire,à l’occafion d’icelle. 

En ladite annee au mois d’O étobreje Roy fe trou- 
ua fort malade en fon hoftel du Plelîis du parc lez 
Tours, à caufe de laquelle maladie eut grant paourdc 
mourir. Et pour celle caufe fe fift porter à; Amboilc par 
deuers monfeigneur le Daulphin, auquel il fift plu- 
lîeurs belles remonftrances, en luy difant qu’il eftoic 
malade d’vne maladie incurable, en le exhortant que 
apres fon trefpas il voufift auoir aucus de fes feruiteurs 
pour bien recommandez. C’eft aflauoir maiftre Oli- 
uier le diable dit le Dain, fon Barbier, ôc Ichan de 
Doyac Gouuerneur d’Auuergne, en difant qu’ilauoit 
efté bien feruy d’eulx, & que ledit Oliuier luy auoit 
faitplulleurs grans feruices, & qu’il ne feuft riens de 
luy,fi n’euft cité ledit O liuier.Et aulfi qu’il eftoit eftra- 
gier & qu’il fe feruift de luy, & qu’il entretenift en fon 
Feruice &c aux offices & biens qu’il luy auoit donnez. 


Digitized by G.ooQle 



dv Roy Loys XI. 3*7 

Luy recommanda auffi monfeigneur du Bouchaige, 
& meffire Guyot PotBailly deVermandois,& luy en- 
chargea qu’il crcuft leur confcil : car ils les auoit trou- 
uezlaiges &deboftconfeil. Etfi dift oultre à mondit 
feigneur ieDaulphin,qu’il confcrmaft tous les officiers 
qu’il auoit faits en leurs offices, & que principale¬ 
ment il euft fonpoure peuple pour recommandé,le¬ 
quel il auoit mis en grande poureté &c defolation, & 
piufieurs aultres chofes luy rcmonftra,que depuis il fift 
magnifefter en piufieurs des bonnes villes de fon Roy- 
aulmc &c en fa Court de Parlement. Et fi luy dift oul- 
tre que pour la conduite de la guerre il fe feruift du fei¬ 
gneur des Querdes,& lequel il auoit trouué çn tous fes 
affaires bon,loyal & notable Cheualier,& de bonne 
& grade conduite,& ce fait s’en retourna au Montils. 

Audit temps le Roy fift venir grant nombre & grât 
quantité deioueurs de bas & doulx inftrumens, qu’il 
fift loger à fainét Cofme prés T ours, où illec ils fe af- 
femblerent iufques au nombre de fix vingts. Entre 
lefquels y vint piufieurs bergers du pays de Poiéfou, 
quifbuuentiouercnt deuant le logis du Roy, mais ils 
ne le veoient point : affin que aufiüts inftrumens le 
Roy y prenfift plaifir & pafte-temps,& pour le garder 
de dormir. Et a’vng aultre coftéy fift auffi venir grant 
nombre de bigots,Bigottes,&gens dedeuotion, com¬ 
me hermites & faillites créatures,pour fans ceffer prier 
à Dieu qu’il permift qu’il ne mouruft point, & qu’il le 
laiftaft cncores viure. 

. En ce temps és mois d’Octobre & Nouembrefe fi¬ 
rent degransalees ôc venues parles Flamens delà ville 

r 

.1 i 


Digitized by c.ooQle 



$iS Les Chroniques 

de Gant,& qui vindrent en Ambaflade dcucrs le Roy? 
Lequel pour les oyr y commift maiftre Iehan de la 
Vacqueriequieftoitdupays de Picardie, & lequel il 
auoit nouucllcment fait & créé fon premier Prelidcnt 
en là Court de Parlement à Paris,pour confultcr de la 
matière: C’eft alïauoir de bonne paix & vnion eftrc 
faite entre le Roy & lefdits Flamens. Et aulfi auccqucs 
ledit Prefident y ordonna & commift le Roy lediét 
monfeigneur des Querdcs & aultres, & tellement fut 
communiqué par lefdites parties tant d’vng cofté que 
d’aultre,quilsfirent & traiéterentladiétepaix. En la¬ 
quelle failànt fe debuoit faire le mariage de monfei¬ 
gneur le Daulphin & de la fille du Duc en Aultcriche, 
qui eftoit en lapoirefîion & garde deldits Flamens de 
Gant, dont de ce le Roy fut fort ioyeulx, & eut ladite 
paix & vnion pour bien aggreable. Et pour l’onneur 
d’icelle en fut chanté par tout le Royaulmc,7> Deum 
Uudamus , & fi en furent faits les feux en la ville de 
T ours. Etincontinent ces chofes faites fut grant bruit 
que lefdits Flamens s’eftoient partis dudit lieu de Gant 
pour amener ladite fille. Laquelle pour la bien & 
nonneftement recueillir, le Roy y auoit ordonné mc£ 
Dames de Beauj eu,la fille ainfiiec,madame de Dunois 
fœur de la Royne,madame de Touars^nadame l’Ami- 
rallc, & plufieurs aultres Dames, Damoifèlles & gen¬ 
tils fcmmes,que on cuidoit qu’ils deulfent venir & ar- 
riucr en la ville de Paris le huiâriefme iour de Décem¬ 
bre. Mais ladi&e venue feiourna pour aucuns menus 
differens qui furuindrent du cofté dcfdits Flamens, & 
iufquesad ccque lefdits differens culTenteftévuidez. 

En 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. $19 

Eli ladi&e ann cc les Roys d’Efeoffe &c d’Angleter¬ 
re eurent grantguerre lvng contre l’aultre, & entrè¬ 
rent lefdi&s Efcoffois bien auant audit Royaulmc 
d’Angleterre, lequel ils dommaigerent moult Fort. Et 
nonobftant que lefdi&s Efcoffois eftoient cent mil 
hommes en bataille plus que nettoient les Anglois, 
tôutesfois affin qu’ils nefrappaflènt lvn fur l’aultre, 
fè mift & fut Fait appoin&cment entr’eux par le moy¬ 
en du Duc d’Albanie frere dudit Roy d’Efcoffe, qui 
querclloit contre icelluy Roy d’Efcoffe fon frere. La¬ 
quelle querelle d’entr’eux eftoit telle que ledi£fc Duc 
d’Albanie difoitque fondit frere vfurpoit fur luy le- 
diârRoyaulme, pource que lefdi£h Roy d’Efcotte & 
Duc d’Albanie qui eftoient freres, eftoient venus & 
yffus fur terre d’vneventrec, & que d’icelle ledit Duc 
d’Albanie qui eftoit le premier yttii, & que par ainft 
il auoit acquis droit d’aineffe deuant fondit Frere au¬ 
dit Royaulme. Et à cefte caufe ceulx qui menoient 
ladidle guerre pour ledi<5t Roy d’Efcoffe firent com- 
pofition auecques lefdi&s d’Albanie &c Anglois qui 
eftoient cnfemblc, tellement qu’ils ne frappèrent 
point les vngs contre les aultres, & s’en retourna chaf- 
cun au lieu dont il eftoit party. 

En ladi<fte annee au mois de Ianuier vindrent & ar- 
riuerent en lavillcdeParis lcs Ambafladeurs de Flan¬ 
dres, qui auoient moyenne la paix d’entre le Roy & 
les Flarnens, au moyen du mariage de monfeigneur le 
Daulphin & de Damoifelle Marguerite d’Auteriche, 
Conteffe de Flandres, fille dudit D uc en Auterichç: au 

Tt 


Digitized by LaOOQle 



tfà .Les Chroniques 

deuant dcfquels & pour les reccuoir en la ville de Pa¬ 
ris, de par le Roy y furent monfeigneur l’Euefque de 
Marceille Lieutenant pour le Roy en icelle ville de 
Paris jâccompaigné du Prcuôft des Marchans & Ef- 
cheuins, bôurgois & habitans dicelle ville, & d’vng 
Do&cur de la ville de Paris nomme Scourable,qui fift 
vne moult honnorable proportion par deuantlcfdits 
Plamens, qui moult s en tindrèntpour bien contens. 
Et le landemain qu’ils furent arriuez en ladite ville, 
qui fut leDimenche quatriefme iour de Ianuicr, fu— 
reritlefdits Ambaflàdeurs Flamcnsen l’Eglife Noftre 
Dàme-de Parisoyr la Mefle. En laquelle Eglife de No¬ 
ftre Dame y furent fai&es procédions gencralles, & y 
prefüha ledit Scourabie, qui y fift vue moult belle col- 
hitïéû jdorit tousceulx qui l’ouyrent furent moult 
bien contens. Et de ladite venue & publication dç la- 
didçpaik en fut chante en icelle Eglife, Te Deum lau- 
damus , faitiesfeux, & aufli degràns chieres parmyles 
rues de ladite ville. Et furent ledit iour de Dimenchc 
iceulx Ambaflàdeurs au partir de ladite Eglife de N o- 
ftre Dame, menez dïfher enl’oftel de ladidte ville de 


Paris,là oùilledils furent moult bien felfoyez. Et le 
landemain lefdits Ambaflàdeurs fe partirent dudit lieu 
de Paris & s en alerent pai> deuers le Roy. 

Et d’icelèe venue & ocmne paix en furent refîouys 
& joyeux tres-noble & tres-Reuercnd pere en Dieu 
monfeigneur le Cardinal de fiourbon^qui à l’occafion 
d’icelle honnepaixflft faire en fon hoftel de Bourbon 
à Paris, vne moult belle -moralité, fotde, & farce, ou 


Digitized by LaOOQle 



• BV Roy Loys XI. & 

moult de gens de la villealerent pour les veoir iouer,. 
qui moult priférent ce qui y fut fait. Eteuflcntlès cho¬ 
ies deflufdiétes efte' plus triumphantes fe n’euft cfté le 
temps qui moult fut plouuieux & mal aduenant, pour 
la belle tapifTçric& le grant appareil fait en la Court 
dudit hoftel. Laquelle Court fut toute tendue de la 
tapiflerie de mondit feigneur le Cardinal, dont il en 
auoit grande quantité 7 & de belle. 

Apres lefdits icux ainfi faits que dit eft, lefdits Am- 
balladeurs s’en partirent de Paris le lundy enfuiuant, 
comme dit eft , & s’en alerenta Anafeoift^ oftils furent 
moult honûQtablemcnt receups de par k Roy,& :ÿ vi-> 
rent par deux fois monfeigneur lé Dauiphin,qui les 
recueillit moult honneftement. Et à lcur departement 
de Tours, ou ils furent depuis, leRoy lebrhft dbriner 
pour leur deffroy trente mil efcus au foleil, & de belle 
vaiflclle d’argent largement, & puis iceulx Ambaftà- 
dcurs^ en retournèrent a PariSi oà ds firentpublier en 
la Court de Parlement les àrciûiesifaâftes pour ladiété. 
paix : c’eft aftauoir publiquement & en pleine Court, 
a huis ouuers. Et apresladite leéhire faiébe leur furent 
iceulx articles çonrermenpàrkdiéleCiïurnf Et: aju dc-t 
partement d’icelle Court maiftre G uiilaurtie le Picard, 
Baillif de Rouen, mena &coriduiftt lefdits Arnhafla- 
deurs pi aultres Officiers du Roy, cftaès lillec en fon 
hoftelaffis audit lieu de Paris, en la ju? de Quiqiien- 
poisjoiiillecildonnaàdilfler à toute la compaignie, 
& y furent moult plantureufèment feftayez, à vng 
io.ur demardy quatriefmeiaur de Feurier eh ladiék? 

Tt ij 


Digitized by c.ooQle 



531 Les Chroniques * 

annee mil quatre cens quatre vingts & deux,' 

Audit mois de Feurier le Roy efcripuit lettres à tous 
les cftats de Paris, par lelquelles il les prioit tres-in- 
ftamment qu’ils fevoulfifient tranfporter en l’Eglife 
monfeigneurfàinâ: Denys, luy faire priere qu’il veille 
eftre interceiTeur 6c moyen enuers noître Saulueur Ie- 
fus-Chrift, qu’il voulfift permettre que le vent de bife 
ne couruft point,pourceque par le rapport de tous 
Médecins, auoient efte d’opinion que ledit vent de 
bife quant il venteroit feroit moult de maulx, tant à la 
fàntédes corps humains, que des biens de terre. Et par 
l'ordonnance du Roy furent - tous, lefdits eftats de Pa¬ 
ris àdiuer s iours audit lieu de faincft Denis ,fairepro- 
oefiions& chanter lefdi&es Meifes. 

Etlciàmedy dixiieufiefme iour d’Auril'mil quatre 
cens quatre vingts & trois apres Pafqucs, monfei- 
gneur de B eau jeu 6c madame fa femme vindrentà Pa¬ 
ris , pour eulx aler en Picardie reccpmoir madame la 
Daulphine des mains des Flamens-, qui par le trai&ic 
de la paix la debuoient mettre es mains de mondit fei- 
gtteurdeBcaujeupourleRoy. Et fift ladidcDame de 
Beaujcu fou entreeen la ville de Paris, comme fille du 
Roy, & y fift des meftiers nouueaulx. Et eftoient lef- 
<lits Seigneur & Dame bienhonneftement accompai- 
gnez de grans feigneurs & Dames, comme le feigneur 
d’Albret, lefeigneut de fainâr Valier, &Tàültres no¬ 
bles hommes, madame l’Admiralle & aultres Dames 
& Damoifelles, lcfquels fejournerentà Parispar trois 
iours , durant lcfquels monfeigneur le Cardinal de 



Digitized by LaOOQle 


m 


dv Roy Loys XI.’ 

B ourbon les feftoya moult honnorablemenk 

Audit mois d’Auril le Roy Edouart d’Angleterre 
mourut audit Royaulme d’vne apoplexie qui le print. 
Aultres dient qu’il fut empoifonné en buuant du bon 
vin du creu de Challuau, que le R oy luy auoit donné, 
duquel il but en fi grande habondance qu’il en mou¬ 
rut : combien que on a dit depuis que il vefeut iufques 
à ce qu’il euft fait Roy en fon lieu fon fils ainfné. 

Audit mois &c an mourut auffi madame Margueri¬ 
te de Bourbon, femme de Phelipe monfèigneur de 
Sauoye,ContefTe de BrefTe,de maladie qui longue¬ 
ment lüy dura, & d’icelle maladie on n’y peut mettre 
remede quelle n’en mouruft ctique, dont fut grant 
dommaige: car elle eftoit en fon viuant moult hon- 
nefte & Donne Dame, & pleine de grans biens & 
vertus. 

Au mois de May le fàmedy tiers iour d’icelluy mois, 
par l’ordonnance & commandement du Roy, tous les 
eftats de Paris, comme le Preuoft, luge ordinaire, 
âuecques les Supports & Praticiens du Chaftellet du¬ 
dit lieu, la Court de Parlement,la Chambre des Com¬ 
ptes, les G eneraulx des Aydes &c Monnoyes,la Cham* 
bre du T refor & les Eflcus, auecaues les Preuoft des 
Marchans &Efchcuins d’icelle ville, alerent en belle 
proceflion dudit lieu de Paris iufques au lieu & en 
l’Abbaye de monfeigneur fainéf Denys en France, 
pourillec prier pour la bonne profperité du Roy, de 
laRoyne,monfeigneurleDaulphin, & les fèigneurs 
dufang,&aufïipourlesbiensdeterre. . 


Digitized by 


Googl 


334 Les Chroniqjes 

Au mois de Iuing cnfuiuant le lundy fécond iour. 
dudit mois,cnuiron cinq heures du foir,fift fon entrée 
en la ville de Paris madame la Daulphine,accompai- 
gnee de madame de Bcaujeu, madame l’Admiralle, 
& aultres Dames & gentils femmes. Et entrèrent à la¬ 
dite heure audit lieu de Paris par la porte fainâ: De¬ 
nis , où eftoient préparées pour fà venue trois beaulx 
cfchaffaulx, en l’vng defquels tout en hault eftoit vng 
perfonnaigereprefentant le Roy comme fouucrain. 
Au fécond eftoient deux beaulx enfans, vng fils 8c 
vnefille,veftusde damas blanc, faifans 8c reprefèn- 
tansmonfeigneur leDaulphin, 8c madiéfcc Damoi- 
felle de Flâdres. Etau tiers eftaige audcfïoubs eftoient 
deux perfonnaiges, de mondit feigneur de Bcaujeu 8c 
de madame fà femme. Et à chafcun d’icculx perfon¬ 
naiges à coftc' eftoient les efeuffons des armes defdiéts 
Seigneurs & Dames. Et fiyauoitaufïi quatre perfon¬ 
naiges :c’eftaftauoirl’vngde labour,l’autredeCler- 
gié, l’autre marchandife, 8c l’autre nobleffe, qui tpus 
dirent vng couplet à icelle entrée. Et eft aflàuoir que 
par tout ou madi&c Damoifelle de Flandres paffa, 
tout fut tendu par lés rues, 8c y furent cncores faits 
plufieurs beaulx perfonnaiges,tous confonansauf- 
dits monfeigneur le Daulpnin 8c madame la Daul- 
phine. Et pour honneur de fàdi&e venue furent mi? 
hors 8c deliürcz tous prifonniers de ladiétc ville dq 
Paris. Etyfutfaitnouueaulxmcfticrs. 

Et le vendredy fèptiefme iour dudit mois de Iuing, 
enuiron leure d entré huit 8c neuf heures du.foirjlq 


Digitized by LaOOQle 



dv Roy Loys XI. 355 

leua grant tonnoire audit lieu de Paris. Et à vng des 
cfclats dudit tonnoirc qui fut à ladidte heure, vint 
icclluy tonnoire enflamber & mettre le feu au cio- 
chier de madame fainété G eneuiefue au mont de Pa¬ 
ris , lequel brufla toute la charpenterie dudit clochier, 
qui eftoit demouree par l'efpace de neuf cens ans, fon¬ 
dit toutes les cloches dudit clochier, & le plomb dont 
il eftoit couuert, où il y auoit par eftimation cent mil 
Iiures de plomb & plus, & y eut vng grant dommai- 
ge,qui eftoit pitié avoir. 

Au mois de Iuillet audit an mil quatre cens quatre 
vingts & trois, fut fait & folempnifé la fefte des nop- 
ccs de mondit feigneur le Damphin & Damoifelle 
Marguerite de Flandres , en la ville d’Amboifc. Et y 
auoit & eftoient prefens plufieurs nobles & notables 
perfonnaiges de ce Royaulme, enuoyez des citez & 
Donnes villes dudit Royaulme, & par l'ordonnance 
du Roy. 

En ladiéte année mil quatre cens quatre vingts & 
trois le Roy délibéra d’auoir & luy eftre portée la iàin- 
dte Ampolle qui eftoit en l’Eglife fainét Remy de 
Reims, & qui auoit efté apportée par grâce diuine dés - 
l’an cinq cens par vne Coulombe Blanche au bon 
fàinâ: Remy de Reims,pour en oindre & fàcrer à R oy 
de France le Roy Clouis,qui futlepremier RoyChre- 
ftien, lequel mourut enladidte annee, &gift enl’E- 
glifeTaindfee Gcneuiefue au montde Paris. Et par ain- 
11 eftoit demdurce ladiéte fainébe Ampolle audidt 
lieu de faindt Remy neuf cens quatre vingts & trois 


Digitized by G.ooole 


336 Lis Chroniqjis 

ans quelle en fut tiree & mife hors de fon lieu, & ap¬ 
portée à Paris par Claude de Montfaucon gouuer- 
neur d’Auuergne à ce commis par le Roy. Etarriua 
à Paris le dernier iour de Iuillet, & fat apportée en 
grande reuerence & procédons repofer en la fàin&c 
Chappclledu Palais Royal à Paris, où elle y demeu¬ 
ra iufqucs à lendemain au foir premier iour d’Aouft 
quelle fat emportée dudi<5b lieu de Paris au Roy en 
fan hoftel des Montils lez T ours, auec les V erges de 
Moy fe & Aaron, & la Croix de la Vi&oire qui aufïi 
fat enuoyee par grâce diuine au bon Roy fain<St Char- 
lemaignc pour obtenir vidtoire alencontrc dés infi¬ 
dèles. Lesquelles Verges & Croix auoient toufiours 
cfté audiét lieu de la (ain&e ChappelLe à Paris aucc- 
ques les filin<ftes relicques eftans illec au premier iour 
d’Aouft qu’ils en furent auecques ladiéte fainéfce Am- 
polle par l’Euefque de Seets & aultres Commiflàiresa 
ce ordonnez depar le Roy emportez. 

Audiéb an le lundy vingt-cinquiefinc iour dud£b 
moisd’Aouft le Roy deuint fort malade en fon hoftel 
des Montils lez T ours, tellement qu’il perdit la parol- 
le & tout entendement, & envindrent lcsnouuelles 
à Paris le mercredy vingt-feptiefme iour dudift mois 
qu’il cftoit mort, par vnes lettres que en eferipuit mai- 
ftre Ichan Briçonnct: Aufquelles lettres fat foy adiou- 
ftee, pour ce que lediéb Briçonnet eftoit homme de 
bien & de crédit. Etàcefte caufe lesPreuoft des Man- 
chans & Efcheuins de la ville de Paris pourpourueoir 
aux affaires d’icelle ville, firent mettre garde aux por¬ 
tes 



Digitized by ^.oooLe 


dv Roy Loys XL 

tes de ladite ville pour garder que homme n’en y fïift 
ne yentraft. Et à ceffce caufc fut bruit tout commun 
parmy ladite ville de Paris que le Roy cftoit ainfi 
mort, dont il n’eftoit riens, & s’en reuint, but, parla, 
& menga tres-bien, & vcfquitiufques aufamedyau 
foir enfuiuant trentiefme & penultiefme iour dudit 
mois d’Aouft enuiron l’eurc de entre fix & fept au foir 
qu’il rendit lame. Et incontinent fut le corps haban- 
donné de ceulx qui 1’auoient feruy en la vie. 

Et apres ledit trefpas fon corps depuis qu’il fut ap¬ 
pareillé comme on a de couftume de faire, fut porté 
inhumer dudit lieu dés Montils en l’Eglifc noftre-Da- 
medeClery, pource qu’il voulut & ordonna en fon 
viuant que ainfi feuft faift, &c ne voult eftrcmis auec- 
ques les deffunéts tres-nobles Roys de France fespre- 
aeceffcurs en l’Eglife & Abbaye de fàünft Denis en 
France. Et ne voulut iamais dire la raifbn qui le auoit 
meu ad ce. Mais aucuns penfoient que ce feuft pour la 
caufè de l’Eglife odil fift moult de biens, & aufli pour 
la grande deuotion qu’il auoit à la Benoifte Vierge 
Marie, priée audit lieu de Clery. Lequel deffunâ: Roy 
en fon viuant à caufe d’aucuns perfonnaiges qui e- 
ftoient à fentour de fàperfonnc,comme Oliuicr le 
diable dit le Dain,fon Barbier, Iehan de Doyac, & 
aultres plufieurs, lefqucls il creoit plus que gens ’ de 
fon Royaulme, fift durant fon régné beaucoup de in- 
iufticcs,maulx & violences:& tellement qu’il auoit 
mis fon peuple fi au bas, que au iour de fon trefpas 
eftoitprcfqueaudefefpoir:car lesbiens qu’il prenoit 

Vu 


Digitized by ^.ooole 


33* Les Chronf^üv Roy Loys XL 
fur fondicpeuple donnai t- & diffoibuoit aux Eglifes, 
en grans penfions, en A mba(îadesy& gensdfebas efta» 
£econdmon:Aufquelspour les exauieer ne fe pouoiü 
tenir de leur donner argent, biens & pofïèflioBS, en 
telle façon qu’il auoit donné & aliéné-la plufpartdu 
DemainedefonRoyaulme. Et nonobRant qu’il eue 
durant fondit Régné plufieurs affaires, toutesfois-ib 
railt en telle fubgc&ion fes ennemis, qu’ils vindren© 
tous par deucrsluy à mercy, & fut fi craint & doubtéy 
qu’il n’y auoit fi grant en fon Royaulme,& mefme- 
ment ceulx de fbn fàng, qui dormift ne repofaft leur©* 
mentenfàmaifon. Et auant fondit trefpasfut moule 
fort molefté de plufieurs maladies : Pour le guérir dfcfc 
quelles maladies furent faiétes pour luy, par les Méde¬ 
cins qui auoient la cure de fa perfonne, de terribles 
merueilleufcs médecines. Lefquelles maladies luy püif» 
fent valoir au fàlut de foname, & luy donne fbn Para¬ 
dis par fa miferieorde, celuy qui vit & régné au ficelé 
des ficelés. Amen. 

Deo grattas. 



Digitized by LaOOQle 


«T 


# 




Digitized by 


Google 




s 


Digitized by LaOOQle 










Digitized by LaOOQle